La Guerre folle est un conflit qui, de 1485 à 1488, oppose une coalition de grands seigneurs féodaux à Anne de France, fille de Louis XI, dite Anne de Beaujeu, régente du royaume de France au nom de son frère Charles VIII. Menée parallèlement à la guerre de Bretagne, elle se termine par le traité du Verger () qui prépare l'union de la Bretagne à la France.

La Guerre folle s’inscrit dans une longue succession de conflits qui opposent les rois de France aux princes féodaux dans la deuxième moitié du : Praguerie (1440), ligue du Bien public (1465), etc.

Parmi les rebelles, on compte les ducs René II de Lorraine, François II de Bretagne, Louis II d'Orléans, premier prince du sang (futur Louis XII), suivis par Jean IV de Chalon-Arlay, prince d'Orange, le comte Alain d'Albret, Charles d'Orléans-Angoulême, prince du sangPère de François I., Odet d’Aydie, comte de Comminges et gouverneur de Guyenne, ainsi que Philippe de Commynes.

Ils reçoivent le soutien de plusieurs monarques : Henri VII, roi d'Angleterre, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, Maximilien d'Autriche, régent de l'État bourguignon.

Nom L’expression « guerre folle » est due à Paolo Emilio, auteur de l'Histoire des faicts, gestes et conquestes des roys de France (1581.).

Contexte Les grands féodaux du royaume

Le est marqué par l'accroissement du pouvoir royal issu de la guerre de Cent Ans, mais aussi par l'existence dans le royaume de pouvoirs féodaux importants : la puissante maison de Valois-Bourgogne (branche cadette des Valois) dirigeant le duché éponyme ; la maison de Bourbon (branche capétienne la plus proche des Valois), possessionnée dans le centre du royaume (Bourbonnais, etc.) ; la maison d'Albret, détenant plusieurs fiefs dans le pays d'Albret (Nérac), ainsi que le comté de Foix, le Béarn (Pau), aussi à la tête du royaume de Navarre indépendant ; enfin, les ducs de Bretagne modernisant et renforçant leur État (la reconstruction du château de Nantes à partir de 1466 est considérée comme une provocation par Louis XI).

Le domaine royal, plus important que chacun de ces États féodaux, est particulièrement étendu dans la moitié nord (Picardie, Normandie, Champagne, Anjou, Maine, Poitou, Berry), mais aussi présent au sud (Guyenne, réintégrée seulement depuis 1453, Languedoc). Malgré cela, les féodaux gardent une capacité de nuisance envers le pouvoir royal.

Louis XI et l'État bourguignon L'État bourguignonSous le règne de Charles le Téméraire, les possessions des ducs de Bourgogne sont outre le duché proprement dit (Dijon) : le Charolais, le comté de Bourgogne (fief impérial ; Dole), une douzaine de fiefs des Pays-Bas (français ou impériaux) est créé à partir de 1363 par les ducs de Bourgogne de la maison de Valois, issus de Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon (ils sont donc cousins des rois de France). Les ducs de Bourgogne sont les plus puissants princes féodaux du royaume, même si un certain nombre de leurs possessions (Brabant, Hainaut, Hollande...) se trouvent dans l'Empire. Si le traité de Péronne en 1468 consacre un ascendant du duc Charles le Téméraire sur Louis XI, la mort du souverain de Bourgogne entraîne une guerre de Succession. Cette guerre entraîne l'implication de la maison de Habsbourg par le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III, en . Après la mort de Marie de Bourgogne en , Maximilien, devenu régent au nom de son fils, le duc Philippe le Beau, est contraint de signer le traité d'Arras sous la pression des villes flamandes en décembre.

Déroulement La succession de Louis XI (août 1483-mai 1484) À la mort de Louis XI, il est prévu que la régence revienne à sa fille Anne (1461-1522), mariée au sire de Beaujeu, Pierre II de Bourbon (1438-1503).

Cette attribution est contestée par Louis II d’Orléans, qui a un rang élevé dans la dynastie des Valois : si Charles VIII meurt sans laisser de fils, c'est à lui que revient le trône (il est l'héritier présomptif de Charles). De surcroît, il est marié depuis 1476 avec la deuxième fille de Louis XI, Jeanne (1464-1505). Mais il est mis en échec lors des États généraux de 1484 à Tours (-).

Le , il tient une place conforme à son rang lors de la cérémonie du sacre du roi Charles VIII (1470-1498) à Reims. Mais il ne se résigne pas à son échec.

Complot de Louis d'Orléans avec le duc de Bretagne (novembre 1484-novembre 1485) Le , il conclut un accord avec le duc de Bretagne François II. Cet accord prévoit entre autres son mariage avec Anne de Bretagne. Louis II adresse donc au pape une demande d’annulation de son mariage avec Jeanne de France (pour lequel une dispense pontificale avait été nécessaire, vu leur degré de parenté).

Revenu à la cour, le duc d’Orléans tente d'enlever le roi, mais la régente, informée de ce projet, intervient en : elle ordonne l'arrestation de quelques membres de la garde royale et place le duc d’Orléans en résidence surveillée à Gien.

Le , il tente de soulever Paris, mais c'est un échec. . Simultanément, la noblesse bretonne se soulève, mais est ramenée à l’ordre par les troupes royales.

Le , Louis d’Orléans lance un manifeste contre la régente. L’armée royale marche sur Orléans. Louis se retire à Beaugency, d’où il est délogé par le jeune Louis II de La Trémoille en septembre.

Le , François II de Bretagne signe la paix de Bourges (), en fait une trêve qui suspend les hostilités pour un anIci prend fin, selon , la première phase de la Guerre folle, qui lui rattachent une seconde phase, de à , parfois appelée guerre de Bretagne. , séparent cette seconde phase de la première, pour l'associer à la guerre de Bretagne qui aboutira à la fin de l'indépendance politique du duché de Bretagne en 1532.

Reprise des hostilités 1486 En juin 1486, Maximilien d'Autriche (qui n'est pas tenu par la trêve) envahit l'Artois et la PicardieLe comté de Flandre (bien que fief français) est toujours détenu par Philippe le Beau., puis bat en retraite.

En novembre, dès la fin de la trêve, François Ier d'Orléans-Longueville (dit « DunoisFils du compagnon de Jeanne d'Arc, Jean de Dunois. ») s’empare du château de Parthenay

Début 1487 (janvier-avril) thumb|upright|Le duc Louis II d'Orléans.

Le , Louis d’Orléans s’évade du château de Blois. , il se réfugie en Bretagne.

L’armée royale part de Tours au début de février pour se diriger d'abord vers le Sud-Ouest où le roi se méfie du gouverneur de Guyenne, Odet d’Aydie. Le , l'armée est à Bordeaux, où le gouverneur est révoqué et remplacé par Pierre de Beaujeu, époux de la régente. L’armée repart de Bordeaux le 15 et s'empare de Parthenay le 30. Dunois parvient cependant à rejoindre Louis d’Orléans à Nantes. L’armée royale repart donc vers la Bretagne.

Charles VIII bénéficie alors d'une intervention de la noblesse bretonne, sous la conduite de Françoise de Dinan, baronne de Châteaubriant. Par le traité de Châteaubriant, le roi s'engage à ne pas attaquer le duc et à quitter le duché dès que les deux rebelles (Dunois et Orléans) seront pris.

Dans le nord du royaume, le maréchal Philippe de Crèvecœur d'Esquerdes repousse l'armée de Maximilien.

Au sud, le sire de Candale est vainqueur d'Alain d'Albret à Nontron : celui-ci voulait rejoindre les rebelles du Nord, mais est forcé de livrer des otages.

En Bretagne, les nobles rebelles au duc, dirigés par Jean II de Rohan, tiennent le nord du duché, et prennent Ploërmel.

Entrée en Bretagne (1487) thumb|Le château de Laval et son donjon circulaire. Après avoir été à Château-Gontier dès le mois d', le , Charles VIII arrive au château de Laval. Il vient s'établir sous la conduite d'Anne de Beaujeu, qui surveilla et dirigea de cette ville les opérations de la guerre entreprise contre le duc de Bretagne. La cour de France y fit un premier séjour de cinq semaines. Le roi et la régente s'étaient dirigés ensuite sur Ancenis. Les troupes qui venaient rejoindre l'armée royaleEt surtout sous un capitaine nommé Bonestoc, qui conduisait une compagnie composée de Normands et de Picards. étaient des soldats peu disciplinés, et s'établirent dans le faubourg du Pont-de-Mayenne de LavalOù demeurait Guillaume Le Doyen sans doute lui aussi victime de pillage.(1487) Et moult le peuple de Laval En fust oppressé mont et val. Et messieurs de dedans la ville Chacun en fust moult fort abille, Car si toust que venir voyoient Gens d'armes, les portes fermoient. Par ce point ceulx du Pont de Maïene En avoient la charge et la paine De les fournir et jour et nuyt, Qui n'estoit pas faict sans grand bruyt Par eux n'estoit faict quelque mal Mais prisoient tous ceulx de Laval. A chacun jour vivres habondoient Plus que despendre n'en pouvoient. Et si grand peuple se trouvoit Que le nombre nul ne savoit., et du droit du plus fort se firent héberger par les habitantsGuillaume Le Doyen se plaint amèrement de la conduite des gens du dedans de la ville ; c'est ainsi qu'il nomme ceux qui habitaient l'enceinte fortifiée, qui, du plus loin qu'ils voyaient paraître dans la campagne une troupe d'hommes armés, sans s'informer de la bannière sous laquelle ils marchaient, qu'ils fussent amis ou ennemis, s'empressaient de fermer leurs portes. De cette façon, la charge de les loger et de les nourrir retombait entièrement sur les habitants des faubourgs : Le seiziesme jour De juillet fut faict maulvais tour Pour le peuple de Pont de Maïene; Car il leur en cousta de leur layne, Pour cappitaine Bonestoc. Ses gens n'avoient vaillant leur froc; Mais estoient gens désraisonnez Et qui point n'estoient à louer; Car ilz firent ung gros dommaige Es forsbourgs et sur le villaige. L'on ne savoit quelz gens s'estoient Cauchays, Picquars ilz se disoient; Mais toutesfois pas ung denier Ne potassent pour leur menger Ny de boires et aultres vivres, Sinon qu'ilz trenchoient de gens yvres. Estime valoir le dommaige Qu'il/ firent en leur villain passaige Plus de deux cens cinquante francs, Qu'au deable je les recommans !.

À la fin du mois de , les troupes françaises, près de ., entrent en Bretagne. L'armée du duc de Bretagne est concentrée vers Malestroit. Elle compte 600 lances et près de , dont beaucoup de paysans..

Cependant, l'avancée des troupes françaises est fulgurante : Ancenis, Châteaubriant, La Guerche et Redon se rendent. Plöermel tente de résister, mais tombe après 3 jours de canonnade et est prise le .. Par ces mauvaises nouvelles, et des divergences politiques entre les nobles bretons, l'armée ducale se démembre. Il ne reste plus que , incapables de secourir Plöermel. François II s'enfuit à Vannes, et s'en échappe pour rejoindre Nantes, avant que Vannes ne soit également prise.

À Nantes, la défense s'organise alors que le , les troupes françaises mettent le siège sur la ville. Celui-ci s'éternise devant l'efficace défense bretonne, et la fidélité des habitants, aidés de mercenaires étrangers, recevant l'appui décisif de Cornouaillais et de Léonards qui débarquent et brisent l’encerclement. Les troupes françaises tenues en échec lèvent le siège le .

thumb|250px|left|Le château de Vitré sous la neige.

Guy XV de Laval ne rejoint son château de Laval qu'en août, accompagné de son frère Pierre et de plusieurs autres chevaliers. Il a fourni de façon assez discrète du soutien au roi de France, tout en ne se coupant pas de ses liens bretons. Ainsi, il ouvre, selon Bertrand d'ArgentréHistoire de Bretagne, f. 764r. Argentré place ce fait par erreur en 1488, après la bataille de Saint-Aubin du Cormier., sans combat, le , les portes de son château de Vitré et Vitré, aux troupes royalesD'Argentré affirme qu'il avait laissé pour instruction : Entrer de nuict les François en son châsteau de Vitré par une posterne, et par ce moyen les fist maistres de la ville. Cette décision fut prise contre la volonté des habitants et présentée comme un fait accompli.. Quelques jours après, le jeune roi désira revenir au château de Laval.