Louis Paul Sevaistre est un fabricant de draps et homme politique français né le à Elbeuf (Seine-Maritime) et mort le à La Chapelle-Gauthier (Eure).
Éléments biographiques Louis Paul Alphonse Sevaistre (appelé indifféremment Louis Paul ou Paul) naît à Elbeuf (à l’époque département de la Seine-Inférieure) le 29 brumaire an XI ()Archives départementales de la Seine-Maritime, 3E 00999, registre d’état civil d’Elbeuf, naissances 1802-1803., enfant de Louis Jean-Baptiste Mathieu Sevaistre (1772-1835), fabricant de draps, et de Marie Henriette Julie Bourdon (1781-1816). Il est le frère cadet de Pierre Henri Sevaistre qui fut député sous Louis-Philippe et brièvement maire d’Elbeuf en 1848 et de François Mathieu Sevaistre, maire du Bec-Thomas (Eure) et colonel de la garde nationale d’Elbeuf en 1848-1851 (dont la rue « Sevaistre aîné » à Elbeuf conserve le souvenir).
Demeurant chez son père, rue Saint-Étienne, à Elbeuf, il y épouseA.D.S.-M., 3E 00999, registre des naissances, mariages et décès pour l’année 1829, acte . le Désirée Henriette Delacroix (Elbeuf, -Paris, 1879). Le couple a trois enfants, nés entre 1830 et 1837Geneanet, généalogie d’Olivier Payenneville.. Filateur et fabricant de draps à Elbeuf, il habite rue de la Barrière. Selon les listes électorales censitaires de 1846-1848, il paye alors un impôt de 844,71 frs puis 860,19 frs. Élu le membre à la Chambre consultative des arts et manufactures d’Elbeuf, puis réélu de à , il s’y montre un ardent défenseur du protectionnisme douanier, notamment en faisant partie de la délégation qui va protester à Paris contre le projet de traité de commerce avec la Belgique en 1842. Il interroge aussi à ce sujet le ministre Cunin-Gridaine de passage à Elbeuf en 1843Alain Becchia, La draperie d’Elbeuf (des origines à 1870), Mont-Saint-Aignan, Publications de l’Université de Rouen, 2000, .. Il est enfin chargé de rédiger une adresse au ministre à propos d’un autre projet de traité avec le Royaume-Uni en 1843Francis Concato et Pierre Largesse, Éléments pour une histoire de la Chambre consultative des arts et manufactures d’Elbeuf, 1801-1861, Elbeuf, C.C.I., 1992, , 119 et 122. En 1846, il participe également à une délégation elbeuvienne qui essaye de défendre les intérêts de la ville lors de l’établissement du tracé de la ligne de chemin de fer Rouen-Caen (, ).. Dans une publicationObservations présentées à la Société industrielle d’Elbeuf contre la conversion de la Chambre Consultative en Chambre de Commerce, Rouen, Impr. Rivoire et , 1859, 12 p., il s’oppose vivement, en 1859, à la transformation de la Chambre consultative (dont il ne fait alors plus partie) en Chambre de commerce, car il craint que l’arrivée de négociants (qui y sont admis depuis 1852) pousse cette institution à pencher en faveur du libre-échange. Deux rapports émanant de la Société industrielle d’Elbeuf, l’un rédigé par le manufacturier Isidore LecerfIsidore Lecerf, « Rapport sur les observations de M. Paul Sevaistre concernant la transformation de la Chambre Consultative en Chambre de Commerce », Bulletin des Travaux de la Société industrielle d’Elbeuf, 1859, ., l’autre par le commissionnaire en laine Philippe Aubé, répondent que dans les villes textiles (Rouen, Lille…) le commerce reste solidaire de l’industrie et que les Chambres de commerce y demeurent très attachées aux prohibitionsFrancis Concato et Pierre Largesse, Éléments…, et La Chambre et la Fabrique. Histoire de la Chambre de commerce d’Elbeuf de 1861 à 1914, Elbeuf, C.C.I., 2001, .. La Chambre consultative d’Elbeuf cédera finalement la place à une Chambre de commerce créée par décret du . Par ailleurs, après avoir été juge remplaçant (ordonnance royale du ) au Tribunal de commerce, puis juge (ordonnance du ) jusqu’en 1842, il en est nommé président (nomination du et ordonnance royale du ). Après avoir songé à abandonner cette fonction en , il retire finalement sa démissionÀ noter qu’à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle salle du Tribunal de commerce en mai 1847, dans l’enclave de la mairie, place du Coq, il n’hésite pas à prononcer un discours dans lequel il appelle à l’ouverture d’une souscription pour l’installation des sœurs de la Charité (Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, ) qu'il avait ignorées pendant vingt-cinq ans, mais dont les vertus lui avaient été révélées à propos d'un ouvrier de sa filature de Bernay (, ). Il les défendit à nouveau au conseil municipal (, )..
Il est aussi élu chef de bataillon de la garde nationale de la ville, le , réélu à ce poste en 1842 et, à ce titre, participe énergiquement à la lutte contre les troubles qui éclatent à Elbeuf en 1846Il se querelle à cette occasion avec Félix Aroux, dont l’installation d’une nouvelle machine avait été à l’origine d’une grave émeute : Alain Becchia, La draperie d’Elbeuf…, , , note 282. et 1848 Il retire finalement sa démission de ce poste le 5 mars 1848, comme il l’avait fait pour sa fonction de président du Tribunal de commerce (Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , ).. Par la suite, il se retire des affaires. En , lors du mariage à Rouen de sa petite-fille Marie-Juliette Baudry, il est témoin et se dit propriétaire, demeurant à La Chapelle-Gauthier (Eure) et pareillement en , lors du mariage, également à Rouen, d’une autre petite-fille, Henriette Marguerite Legentil.
Du Conseil municipal à l’Assemblée nationale Élu conseiller municipal d’Elbeuf dès , il y fait montre d’un tempérament fougueux, voire rigide, n’hésitant pas à blâmer ouvertement le maire Mathieu Bourdon en 1842, à propos de la question des chemins de fer qui divise le Conseil municipal Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , et 421-422entre autres., et à s’opposer à plusieurs reprises à une grande personnalité locale, Victor Grandin. Il se montre également très actif durant les années socialement très agitées de 1846-1848Il est notamment l’auteur d’une proclamation à l’adresse des ouvriers de la ville en 1848 (Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, et d’une autre destinée à l’ensemble des habitants (, ). Paul Sevaistre fut aussi capitaine des grenadiers de la Garde nationale d’Elbeuf en 1846 ().. Il fait aussi partie des personnalités qui accueillent Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, de passage à Elbeuf en Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , .. On signalera enfin qu’il eut un grave différend avec la Ville à propos de terrains lui appartenant, sur lequel fut aménagé le Champ de foire, et perdit en 1842 un procès qu’il avait intenté contre elle devant le tribunal civil de RouenHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , ..
Sans avoir jamais détenu de grand mandat municipal (plus tard, il deviendra seulement maire de La Chapelle-Gauthier, où il avait sa résidence), Paul Sevaistre parvient cependant à obtenir des fonctions parlementaires. Sa famille possédant également à Bernay, au moins depuis 1816, l’ancien moulin de l’abbaye, rue de Charentonne, et ayant été autorisée à y établir une filature Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, .Il demande aussi en 1823 d’y installer une « roue clapotière » permettant d’agiter davantage les eaux, de façon à mieux dégraisser les draps. Le bâtiment figure dans l’Inventaire général (Base Mérimée, cl. Y. Miossec, 1984). En 1874, Sevaistre fils exploite aussi la filature de la Grosse tour, employant au total dans les deux établissements 32 hommes et 28 femmes (Lyliane Carpentier, Mémoires de Bernay, Montreuil-l’Argillé, Pierann, 1999, , 23 et 205). par une ordonnance royale de 1819, il réussit par ce moyen à se faire élire député de l'Eure durant la Deuxième République. Il est donc représentant du peuple : à l’Assemblée nationale constituante du au (représentant de l’Eure), groupe : Centre. à l’Assemblée nationale législative du au (représentant de l’Eure), groupe : Droite.
Le , il est élu « représentant du peuple » à l'Assemblée constituante, le sur les 11 sièges attribués au département de l'Eure, en obtenant sur . Il siège d’abord au centre, fait partie du Comité du travail et attaque notamment le projet relatif aux ateliers nationaux, qu’il qualifie de « colossale gueuserie » ; « nous connaîtrons bientôt, dit-il, l'égalité du malheur et de la misère ». Ces ateliers contribuent selon lui à détourner les ouvriers des emplois offerts ailleurs. Il combat aussi le décret du sur la diminution des horaires journaliers et le droit au travail. Lors d’un discours à la tribune de l’Assemblée, il se présente comme un « chef d’industrie depuis vingt-cinq ans, ayant vécu au milieu des ouvriers qui ont été et qui seront toujours mes amis et mes frères »Il fait éditer son discours sous le titre : Quelques mots de bon sens sur la question du travail, Paris, Dupont, 1848, 8 p., mais il s’oppose à une augmentation des salaires et combat le concept d’association générale des travailleurs ainsi que les idées socialistes. En août, il demande aussi que toutes les « coalitions » soient interdites et punissables, quelle qu’en soit la cause, car elles occasionnent de graves préjudices et portent atteinte « à l’industrie nationale, à l’intérêt du maître, aux intérêts de l’ouvrier ». Sa demande est repoussée par l’AssembléeFélix Wouters, Histoire parlementaire de l’Assemblée nationale précédée du récit de la révolution de Paris, Bruxelles, Association des ouvriers typographes, , ..
Il vote toujours avec la droiteCurieusement l’historien elbeuvien Henri Saint-Denis dit pourtant de lui : « C’était un républicain et, en cette qualité, avait fait opposition aux ministères réactionnaires » (Histoire d’Elbeuf, t. XII, ). : - pour le bannissement de la famille d'Orléans, - pour la loi contre les attroupements et l'interdiction des clubs (il attaque violemment ces lieux de réunions et présente lui-même la proposition de loi), - pour les poursuites contre Louis Blanc et Marc Caussidière, - pour le renvoi des accusés de la manifestation du 15 mai 1848 devant la Haute Cour, - contre l'amnistie des transportés (c’est-à-dire des prisonniers politiques déportés à la suite des émeutes de ), - contre la proposition de Pierre Joseph Proudhon, le , visant à établir un « impôt du tiers » sur les revenus des propriétés. - contre l'abolition de la peine de mort, - pour l'amendement Grévy visant à supprimer la fonction de président de la République (il propose quant à lui, au moment de la discussion de l'article 43 de la Constitution, que le président soit désigné par l’Assemblée parmi une liste de candidats élus au suffrage universel), - pour l'ordre du jour en faveur du gouvernement du général Cavaignac, - pour l'ordre du jour du général Oudinot, - pour le blâme de la dépêche du ministre de l’Intérieur Léon Faucher préconisant de resserrer « l’union des bons citoyens », qui fut dénoncée par l’extrême gauche comme une intervention coupable dans le processus électoral, - contre l'impôt progressif, contre la suppression de l'impôt du sel et l'abolition de l'impôt des boissons. (Le , il dépose une pétition des limonadiers et débitants de Bernay, « relative au droit d’exercice et de perception sur les boissons »Félix Wouters, Histoire parlementaire…, , .). - pour la proposition de Jean-Pierre Rateau demandant la dissolution de l’Assemblée constituante.
Bien que s’étant montré très hostile au gouvernement provisoire et à la commission exécutive et bien qu’il ait voté constamment avec la partie la moins républicaine de l’AssembléeBiographie des 750 représentants à l’Assemblée législative, élus le 13 mai 1849, Paris, 1849. (ou peut-être grâce à cela), il est réélu, le , représentant de l'Eure à l'Assemblée législative, le sur 9 sièges, par sur et . Il reprend sa place dans la majorité, à droite, avec laquelle il vote pour l'expédition de Rome, pour la loi Falloux-Parieu sur l'enseignement, pour la loi du 31 mai 1850 restreignant le suffrage universel masculin en imposant une condition de résidence antérieure dans la commune ou le canton de trois années au moins.