La mit'a (ˈmɪˌtʼa, dans la transcription de l’APITeofilo Laime Ajacopa, Diccionario Bilingüe Iskay simipi yuyayk'ancha, La Paz, 2007 (dictionnaire quechua-espagnol)Diccionario Quechua - Español - Quechua, Academía Mayor de la Lengua Quechua, Gobierno Regional Cusco, Cusco 2005 (dictionnaire quechua-espagnol)) était, dans l’empire Inca, un système rotatif de prestations de travail obligatoires auquel était périodiquement assujetti tout homme valide âgé entre 15 et . Cette façon de corvée seigneuriale s’inscrivait dans le cadre de projets d’intérêt général, tels que la construction de routes, le labour des champs impériaux etc. Si le travail s’effectuait à titre gracieux, le mitayo (le corvéable, l’assujetti à la mita) était néanmoins récompensé par l’empereur sous forme de festivités et de l’octroi de biens à la région d’origine des mitayos (mita), et la famille de ceux-ci étaient pris en charge par la communauté pendant leur absence. Par ailleurs, ce système était régi d'une certaine manière sous l'ère inca par une éthique de « réciprocité positive »ce qui peut se simplifier ainsi : « je reçois individuellement parfois plus, en tant que de besoin, que ce que je donne au système, dans la mesure où le tout est supérieur à la somme de ses parties, par la synergie que permet leur solidarité ». Sur le système d'échange dans les Andes précolombiennes et sur le détournement du régime de la mita à leur profit par les colons espagnols, voir notamment : ., car une bonne partie de ce travail communautaire contribuait en fait au bien commun (travaux de voirie, constitution de réserve de nourriture pour pallier l'éventualité d'une famine, etc.), et ressortissait plus à l’économie coopérative qu’au servage, même si ce travail n'était pas toujours librement consenti.
Dans le sillage de la conquête espagnole du Pérou, le système fut repris par l’administration coloniale à partir de la seconde moitié du comme un moyen de s’assurer une main-d’œuvre bon marché et permanente ; intégré dans le système de l’encomienda, la mita fut considérablement renforcée, en ce sens que les tours de rôle se succédaient plus rapidement, que les conditions de travail s’étaient endurcies (salaire insuffisant, absence de filet de sécurité pour les familles etc.), que les prestations se faisaient principalement au bénéfice d’intérêts privés, et que, au contraire de l’ère inca, la mita minière y occupait désormais une place centrale. Les abus que les colons faisaient de la mita eurent pour effet de dépeupler certaines zones et provoquèrent des fugues, voire çà et là des révoltes indiennes. Une législation de protection du travailleur indigène, promulguée par le roi Philippe III au début du , ne fut guère appliquée. La mita sera finalement abolie par les Cortes espagnoles en 1812.
Dans l’empire Inca Objectifs de la mita Dans l’Empire inca, la mit’a était une sorte de tribut dû au gouvernement inca et payable sous forme de prestations de travail, autrement dit une corvée seigneuriale. Les souverains organisaient régulièrement des festivités pour les seigneurs, principalement au moyen du butin de guerre, et en retour ces derniers fournissaient leur main d’œuvre.. Ainsi, l’accomplissement de travaux d’utilité publique dans le cadre de projets publics, tels que la construction du vaste réseau routier inca, était obligatoire, de même d’ailleurs que le service militaire.
Tout citoyen en état de travailler était requis de le faire pendant un nombre déterminé de jours par an (le sens premier du mot mit’a est tour régulier ou saison). Souvent, en raison de la richesse de l’Empire inca, une famille d’agriculteurs n’avait besoin, pour pourvoir à sa propre subsistance, de travailler que par an à la ferme ; le reste de l’année pouvait être entièrement consacré à la mit’a.
Les Incas s’appuyaient, pour développer et consolider leur empire, sur un système préexistant comportant non seulement l’échange de prestations de travail à travers la mit’a, mais aussi l’échange d’objets de culte religieux appartenant aux peuples qu’ils avaient intégrés dans leur empire. Ces échanges servaient aux Incas à s’assurer la loyauté des peuples par eux conquis. Dans ce cadre, les huacas (objets ou lieux de vénération) et pacarinas (lieux d’origine et de séjour des ancêtres) devinrent non seulement d’importants centres d’un culte ainsi rendu commun, mais aussi des foyers d’unification d’un empire ethniquement et linguistiquement hétérogène, conférant une unité et une citoyenneté à des peuples géographiquement éloignés les uns des autres. Il en résulta finalement un réseau de pèlerinage englobant l’ensemble de ces divers sanctuaires, à l’usage des populations autochtones de l’empire, et ce avant l'introduction du catholicisme.
Fonctionnement Dans le cadre de ce système, chaque homme travaillait pour le gouvernement durant un certain laps de temps. La population était alors employée à l’aménagement de routes, à la construction de monuments, de ponts et de demeures à l’usage de l’Empereur et des nobles, au travail des champs autour des temples et sur les terres de l’Empereur, et également, mais beaucoup plus rarement, à l’exploitation des mines. La construction d’un vaste réseau routier et d’ouvrages d’art ne fut possible en partie que grâce à la mise en œuvre de la mit’a par les Incas. Conformément à la loi inca, ce travail s’effectuait à titre gracieux, et toute personne était tenue, lorsqu’était arrivé son tour de rôle, de rejoindre l’un des chantiers publics fonctionnant selon le système de la mit’a. Un arrangement de type communal, propre à satisfaire aux besoins élémentaires, fut mis en place pour prendre en charge la famille de ceux ayant dû s’absenter pour leur tour de mit'a.
Toutes les personnes de sexe masculin étaient, à partir de l’âge de quinze ans et jusqu’à l’âge de , requis de participer à la mit'a et d’effectuer obligatoirement des travaux d’intérêt public. Toutefois, la loi inca était souple quant au temps qu’une personne devait passer à travailler pendant son tour de rôle à la mit’a. Des superviseurs étaient chargés de veiller à ce que la personne, une fois sa tâche accomplie à la mit'a, disposât toujours de suffisamment de temps pour s’occuper de ses propres terres et de sa famille.
La construction de ponts et d’oroyas (navires de guerre) relevait de la responsabilité des groupes ethniques locaux, lesquels divisaient le travail selon le système particulier de la mit’a, en subdivisant la population en hanan et urin ou en ichuq (ichoc) et allawqa (allauca) (resp. haut et bas, gauche et droite). Sous le régime des vice-royautés espagnoles, la méthode andine de répartition des obligations de travail entre les groupes ethniques fut maintenue, ce qui permit de poursuivre l’entretien de ces ouvrages publics.
Dans le monde andin, l’ensemble des travaux publics était ainsi accompli selon un système de rotation, que ce soit pour entretenir les tambos (relais routiers), les chaussées, les ponts ou pour garder les entrepôts, ou pour accomplir d’autres tâches de cet ordre. Les artisans jouissaient d’un statut spécial dans l’État inca et étaient dispensés de participer à la mit’a agricole et à la mit'a militaire. La mit'a agraire était distincte de la mit’a de pêche, aucun de ces deux groupes ne s’immisçant dans les occupations de l’autre. Dans la seigneurie chincha, les marins-pêcheurs étaient au nombre de , et partaient au large à tour de rôle, passant le reste du temps à boire et à danser. Les Espagnols les critiqueront comme des paresseux et des ivrognes, parce qu’ils ne prenaient pas la mer quotidiennement et tous à la fois. La mit’a militaire prélevait ses effectifs dans les ayllus et les appelait à servir dans les forces armées de l’État. La mit'a minière était également organisée au niveau de l’ayllu, c’est-à-dire sous l’autorité du seigneur local, et, en dernière instance, de l’État.
L’empereur inca rétribuait ces prestations par des fêtes et des biens qu’il distribuait à certaines occasions déterminées. Si la mit’a inca ne comportait pas le versement d’un salaire, les mitayos en contrepartie étaient logés et nourris par l’État pendant leur tour de travail et l’Inca récompensait les efforts des mitayos en offrant des services et des biens à leur ayllu d’origine Encyclopédie Encarta espagnole, article Mita..
Le concept de mit'a a une portée qui va au-delà d’un simple système d’organisation du travail. Il comporte une certaine conception philosophique andine de l’éternel retour. La constellation des Pléiades, appelée cabrillas (« chevrettes ») par les Espagnols, était connue sous le nom d’unquy (vocable quechua signifiant maladie, hispanisé en oncoy) pendant la mit’a de la saison des pluies, et de qullqa (qui désigne en quechua l’entrepôt) pendant la saison des récoltes et de l’abondance. Les saisons étaient divisées en mit’a sèche et en mit’a humide. La mit’a diurne succédait à la mit’a nocturne selon une répétition qui reflétait une ordonnance du temps conceptualisée par les Indiens comme un système d’organisation cyclique de l’ordre et du chaos.
Catégorisation des terres Sous l’ère inca, la majorité des gens était dépendants de la mise en culture de leur terre. Les champs de l’empire étaient divisés en quatre catégories : les champs de la Huaca (divinité, objet sacré, sanctuaire), de l’Empereur, des Kurakas (seigneurs locaux), et du Peuple. Les champs du Peuple appartenaient aux malades, aux veuves, aux vieillards et aux épouses de soldat.. Les champs de chaque Ayllu (communauté andine), seigneur ou huaca étaient éparpillés sur une région plus ou moins vaste, et de même pour les champs de l’empereur Inca. La territorialité discontinue avait pour but d’éviter des famines à la suite de catastrophes naturelles, puisque si un champ était touché par une telle catastrophe, un autre pouvait encore alimenter les habitants. De plus cela permettait de profiter d’une multitude d’écorégions andines.
Au début des labours, les gens commençaient à travailler d’abord dans les champs des veuves, des malades et des épouses de militaires, sous la surveillance des superviseurs de village, avant de s’affairer dans leurs propres champs. Ensuite, ils se mettaient à l’ouvrage dans les champs des Huacas et des Kurakas, puis, enfin, dans les champs de l’Empereur. Quand ils travaillent dans les champs impériaux, ils s’habillaient de leurs meilleurs vêtements, et hommes et femmes psalmodiaient des chants de louange à l’Inca.
Lorsque les hommes étaient partis à la guerre, un certain nombre de personnes requises par la mit’a devaient se charger de cultiver les terres des absents. De cette façon, les soldats pouvaient se rendre au combat en ayant leurs champs et leur famille pris en charge et protégés, disposition propre à renforcer la loyauté et l’application du soldat inca.
Système de réinstallation mitma
On se gardera de confondre la mit’a, système tournant de corvées communales, avec la politique délibérée des autorités incas consistant à déplacer et réinstaller des groupes de population, et désignée en langue quechua par le terme mitma (mitmaq signifiant personne extérieure ou nouveau venu) ou par sa forme hispanisée mitima (mitimaes au pluriel). Cette pratique consistait à transplanter des communautés entières de personnes d’appartenance culturelle inca et de les fixer comme colons dans les territoires habités par des peuples fraîchement conquis et incorporés dans l’Empire. L’objectif était de disperser des sujets incas loyaux à travers tout l’Empire afin de limiter le risque de rébellions localisées.
Sous la domination espagnole