La Peugeot 203, apparue en 1948, est une automobile de tourisme développée par le constructeur français Peugeot. Rapidement disponible en plusieurs versions (cabriolet, coupé, ou utilitaires), elle commence sa carrière en 1949, alors que la France se relève de la guerre. Unique modèle commercialisé par Peugeot jusqu’en 1954, la 203 est le symbole de la renaissance de la firme de Sochaux.

Contexte et genèse

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'industrie automobile française est en ruine, à l'image de ses usines. La firme de Sochaux rêvait de pouvoir concurrencer la Citroën 15 Six, en proposant une voiture dotée d'un , équivalent à un Peugeot. Le projet 802, commencé en 1940, est finalement abandonné, car voué à l'échec en raison des restrictions et des pénuries sur le marché d'après-guerre. Il est donc décidé de repartir sur la proposition d'un projet moins ambitieux et plus réaliste. Le cahier des charges de la nouvelle Peugeot est une voiture de , aussi puissante qu'une d'avant-guerre, dotée d'un confort supérieur aux normes précédentes. Une place prépondérante doit être accordée à la sécurité avec une meilleure tenue de route et, surtout, un freinage efficace et renforcé. La précédente 402 avait en effet rencontré quelque difficulté sur ce plan. Dans le même temps, afin de ménager un budget serré, il est décidé de concevoir une gamme complète autour d'un seul modèle, décliné en plusieurs versions, alors que nombre de constructeurs se contentent de remettre en production, en le modernisant ou pas, un modèle existant avant la guerre. Le pari audacieux mais calculé pour la Peugeot 203 se révèle une réussite commerciale.

Les premiers salons automobiles de l'après-guerre voient naître une foule de petites voitures (Panhard Dyna, Renault 4CV, Citroën 2 CV). Quant à la voiture moyenne traditionnelle, il n'y a guère que la Traction Avant et la . C'est précisément sur ce créneau que Peugeot présente à la presse et aux concessionnaires, en , sa « 203 », dont la carrosserie est inspirée du style américain du début des années 1940. comme le coupé Hudson 1941, mais aussi évoque irrésistiblement la Lincoln-Zephyr de 1938/1939.. La présentation officielle au grand public a lieu à Paris, lors du salon de 1948.. Le succès du modèle et la politique de remise octroyée au personnel chez Peugeot permettent à de nombreux ouvriers d'acheter « leur » 203. Selon l'historien J-C Daumas, en 1958, il fallait un an de travail à un ouvrier pour en acquérir uneJean-Claude Daumas, La révolution matérielle: Une histoire de la consommation, France , Éd. Flammarion, Paris, 2018, ..

Sa fabrication commence quelques semaines plus tard pour s'achever douze ans après, le .. L'usine est organisée pour une production journalière de , mais la limitation des attributions des matières premières permet d'atteindre seulement quotidiennes, en Peugeot 203, Revue technique automobile, E.T.A.I.. On arrive à par jour, au début 1950Dominique Pagneux, Peugeot 203-403, éditions Rétroviseur, 1996.. Au total, plus de , toutes versions confondues, sortent des chaines de Peugeot.

Gamme 203 Née en 1948, la 203 engendre une large gamme. Les versions tourisme de la 203 (berline, berline découvrable, cabriolet et coupé) sont établies sur d’empattement, avec une suspension arrière par ressorts hélicoïdaux, d’abord sous l’appellation « 203 », puis sous celle de « » (, boîte de vitesses entièrement synchronisée).

Berline La gamme est composée d’une « berline Luxe » (dotée d’un toit ouvrant et d’un chauffage-dégivrage) et d’une « berline Affaires » (beaucoup plus dépouillée) qui disparaît en 1958. En 1956, la « berline Luxe Simple » apparaît sans toit ouvrant. Berline Luxe et Luxe Simple : exemplaires ; Berline Affaires : exemplaires.

Berline découvrable Un an après les débuts de la 203, la berline découvrable voit le jour au Salon de Paris de 1949. Commercialisée en finition Luxe, elle bénéficie de sièges en cuir, à partir de . Élégante, la voiture n'en a pas moins une carrière courte, qui s'achève fin 1954, alors que le cabriolet se maintient au catalogue jusqu'en 1956. Malgré cette fin précoce, la 203 n'en reste pas moins la plus diffusée des berlines découvrables françaises, avec une production de . Un chiffre honorable, si on le compare aux familiales construites. En l'absence de version découvrable de l'Aronde, la 203 se trouve sans réelle concurrence dans sa catégorie. De plus, elle est proposée à un prix raisonnable qui, lors de son lancement, s'établit à , contre pour la berline. La plateforme ayant besoin d’être renforcée, la production se fait donc avec un léger décalage.

Cabriolet Le cabriolet 203 est présenté au Salon de Paris de 1951, à cause d’une gestation différée par rapport à la berline. Ce cabriolet a un équipement supérieur, dont une sellerie cuir, à trois coloris (noir, bleu ou rouge). En , il prend l'appellation de « Grand Luxe », un titre justifié par une finition encore améliorée. La grille de calandre incorpore des phares antibrouillard, tandis que les ailes sont décorées de sabots chromés. Divers aménagements complètent la présentation : volant spécifique, montre électrique, double pare-soleil, pneus à flanc blanc, etc. Finalement, le cabriolet 203 est construit à jusqu'en , où il cède la place à son homologue de la gamme 403.

Coupé Un an après l'apparition du cabriolet, soit au salon de 1952, est lancé le coupé, qui achève de compléter la gamme 203. Malheureusement, sa ligne est peu réussie par la faute d'un pavillon assez maladroitement dessiné, trop haut et trop court. Accueilli fraîchement par la clientèle, il ne répond pas aux attentes de Peugeot et disparaît du catalogue en 1954. C’est la version la moins produite de la gamme 203, avec seulement .

Familiale La suspension AR adopte deux barres semi-elliptiques longitudinales, afin de libérer un plancher plat des versions utilitaires. La production sera arrêtée en 1956.

Plateau et utilitaire La version longue avec empattement de est réservée aux utilitaires. Elle a une suspension arrière équipée de ressorts semi-elliptiques longitudinaux pour les versions commerciale, camionnette, fourgonnette, fourgon tôlé, ambulanceSurnommée « paquet de tabac » en raison de sa forme cubique semblable aux paquets de tabac scaferlati caporal de l'époque. et plateau-cabine. Un peu plus de sont produits.

Aspect extérieur Avec son apparence de petite américaine, la 203 jouit d'une ligne qui va participer de son succès. Sa forme bi-corps et sa poupe fastback évoquent, en particulier, les conduites intérieures américaines des automobiles Ford (plus particulièrement la Deluxe et la Coupé de 1946), ou encore la Chevrolet Fleetline de 1941. Elle quitte la ligne aérodynamique de la génération 202 des années 1930 que la direction de la firme nomma et que l'ingénieur Jean Andreau porta à son comble avec ses 402.

La ligne générale de la 203 n'évolue pratiquement pas durant les de production. Tandis que les portes avant s'ouvrent d'avant en arrière (portes suicide) jusqu'au terme de la carrière de la voiture, seuls quelques détails, esthétiques ou pratiques, particularisent les différents millésimes. Pour le millésime 1953, la lunette arrière, jusqu'alors très étroite, s'élargit en devenant légèrement bombée ; le tableau de bord, jusqu'alors centré dans l'axe, est déplacé devant le conducteur, et le cadran, initialement rectangulaire, devient semi-cirulaire, gradué de 0 à 150 au lieu de 0-130. Pour les ultimes millésimes (1959-60) un clignotant électrique remplace les flèches (ou sémaphore ou bras) de direction.

Habitacle Sobre et dépouillé, l'habitacle offre néanmoins un bon confort mais assez rustique ; il bénéficie cependant d'un chauffage efficace. Le tableau de bord est redessiné pour le salon 1952, avec des sièges avant ayant perdu, en 1950, leur dossier tubulaire, assez dangereux pour les enfants assis à l'arrière en cas d'accident. La 203 est la première voiture française produite en série équipée de sièges couchettes, et 98 % des berlines sont équipées d'un toit ouvrant de série. Dotée d'une surface vitrée plus importante que les précédents modèles, l'habitacle de la 203 est jugée clair et lumineux, par rapport à la production de l’époque, notamment la sombre Citroën Traction Avant.

Moteur et transmission vignette|Moteur de 203. Le moteur moderne pour l'époque consomme peu d'essence (), grâce à sa conception, mais aussi à l'emploi d'une boîte de vitesses avec une surmultipliée, qui permet à la voiture de rouler à plus de , avec un régime relativement bas.

Grâce à sa culasse en Alpax, qui permet de réaliser de bons échanges thermiques et qui autorise pratiquement de toujours rouler au régime maximum du moteur, les résultats obtenus par certains préparateurs, prouvent que la 203 reste bien en dessous des possibilités multiples de son moteur.

Ce moteur poursuit sa carrière en version jusqu’en 1966, sur la 403-7 avec supplémentaires.

La boîte de vitesses ne mérite pas les éloges du moteur. Peugeot rencontre des difficultés pour doter sa 203 d’une boîte dite correcte. Cette dernière est en effet des plus capricieuses, refusant parfois de passer d’une vitesse à l’autre quand le climat lui déplaît. La deuxième vitesse est trop courte et, afin d’abaisser le régime moteur par souci d’économie d’essence, le bureau d’études fait le choix d’une quatrième surmultipliée. La boîte et le moteur y gagnent en durée de vie, mais y perdent, surtout en nervosité. On peut y ajouter la médiocre maniabilité - aujourd'hui - du levier de vitesse au volant et la faiblesse de synchronisation des vitesses - ramenée dans le contexte de l'époque - entraînant des craquements. Ces défauts seront corrigés en 1955 avec l’adoption de la boîte C2 de la future 403.

Autres 203 et dérivées

203 R En 1950, Peugeot étudie une carrosserie type « Jeep » sur la base de la caisse de 203. L'armée française ayant choisi la Delahaye VLR, ce projet n'aura pas de suite. En 1956, Peugeot présente une nouvelle version, sans plus de succès.

203 Darl'mat L’une des premières transformations de 203 - et l’une des plus répandues aussi - fut l’œuvre d’Émile Darl’mat, concessionnaire Peugeot à Paris. Il a déjà réalisé la brillante « 402 Darl’mat » et on peut imaginer qu’il travaille avec l’accord tacite de l’usine. La « 203 Darl’mat » ( produits entre 1949 et 1954) est dérivée de la berline de série. Elle est plus basse de quatorze centimètres, grâce à un abaissement des longerons avant qui apporte une modification de la suspension, et bénéficie d'une refonte totale de toute la partie supérieure de la caisse. Ce n’est pas seulement une très jolie voiture, car sa mécanique a également subi une profonde modification : alimentation par deux carburateurs, augmentation du rapport volumétrique et quatre tubulures séparées pour l’échappement. Le moteur développe un peu plus de réels et la voiture approche les chrono en version clientLa 203 Darl’mat coûte de l’époque, la 203 berline luxe toit ouvrant : en octobre 1948, en février 1952 et en février 1960..

Darl’mat transforme aussi quelques cabriolets, moins réussis esthétiquement, et étudie également cinq coupés avec carrosserie en plastique (1951) et un coupé sport carrosserie en aluminium (1953), toujours sur base 203.

Ces voitures sont, aujourd’hui, très recherchées par les collectionneurs.

Constantin