Le sanctuaire Notre-Dame de Dusenbach (en allemand : das Heiligtum Unserer Lieben Frau zu DusenbachÉcriteau au sanctuaire Notre-Dame de Dusenbach à Ribeauvillé (Haut-Rhin, France), Wikimedia Commons ) est un édifice religieux situé dans un vallon à Ribeauvillé, en direction de Sainte-Marie-aux-Mines, dans le département français du Haut-Rhin. Il fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis 2007.
Le pèlerinage de Notre Dame de Dusenbach remonte au . Les bâtiments pour le culte ont souvent fait l’objet de vandalisme et furent détruits par les différentes guerres du Moyen Âge et de la Révolution avant d'être reconstruits au dans un style néogothique à l’identique. C’est actuellement l’un des pèlerinages les plus fréquentés d’Alsace.
Accès Situé à une vingtaine de kilomètres de Colmar, le pèlerinage de Dusenbach est accessible à partir de l'ancienne route nationale 416 (aujourd'hui RD 416) de Ribeauvillé qui va vers Sainte-Marie-aux-Mines. Il existe également quatre chemins forestiers qui contournent le pèlerinage. Le premier appelé "chemin Sarassin" part depuis la sortie ouest de Ribeauvillé. Un autre chemin longe le torrent, qui passe à côté des ruines du premier chemin de croix. Lorsqu'on sort du creux de ce ravin, on aperçoit à l'orée du bois le surplomb majestueux de la chapelle installé sur un pic rocheux. Entre les deux chemins, à mi-hauteur, se trouve le chemin de croix construit sur les ordres du chanoine Raess. Un quatrième chemin a été tracé plus tard. Il quitte la route nationale 416 à la sortie de Ribeauvillé et conduit le pèlerin à travers vignes et forêts vers le sanctuaire. On aperçoit au passage pas très loin des lieux les ruines des châteaux du Girsberg, Ulrich et Haut-Ribeaupierre qui surplombent la montagne et qui sont accessibles après le sanctuaire. Dusenbach provient du nom d'un petit torrent qui longe l'abri des Pèlerins, le couvent des Capucins et la chapelle de Notre-Dame de Dusenbach. Les anciennes cartes mentionnent Dusenbach sous le nom de "Dreykirch". On trouve notamment cette mention sur la carte de Nicolas Sanson (Paris 1667). Ichtertsheim l'appelait sous la dénomination de "Dreykirchen"Neue Elsaszischen Topographia, Regensburg, 1710.
Histoire L’édification de la première chapelle vignette|gauche|upright|Gravure de Walter François terminée au lavis bistré peint avant 1785. Gravure extrait des Vues Pittoresques d'Alsace de Philippe-André Grandididier parue en 1785|alt= La légende rapporte qu'un ermite de passage dans ce vallon pittoresque, situé à la sortie de Ribeauvillé et la route qui va vers la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, pas très loin des ruines de Saint-Ulrich y établit un ermitage. La région était en effet une terre de prédilection pour les solitaires recherchant la tranquillité, loin des villes et à l'ombre des forêts pour se soustraire de la vanité et la cupidité des hommes. Cet ermite dont l'histoire n'a pas retenu le nom construisit près de sa retraite un calvaire que les populations des environs ne tardèrent pas à fréquenter. C'est aussi l'époque (1197) où le pape Innocent III demanda à Martin, abbé de l'abbaye de Pairis près d'OrbeyAbbaye de Pairis : Fondée en 1138 par le comte Ulrich d'Eguisheim et peuplée de moines venus de Lucelle. Unie en 1452, comme simple prieuré de l'abbaye de Maulbronn à la suite d'une décadence intérieure. En 1537, les moines de Maulbraunn chassés par la Réforme se réfugièrent à Pairis. L'abbaye de Pairis fut détruite à la Révolution, de prêcher la croisade en Allemagne et en Suisse. Egelophe II de Ribeaupierre, feudataire de l'évêque de Bâle, Lutholphe RoetelnOrthographié aussi Lutholde, prit une petite armée et une croix pour partir à la conquête des lieux saints. On ne sait pas exactement si Egelolphe II prit part au siège de Constantinople en 1204 puis à la cinquième croisade de Damiette, Égypte, en 1221. C'est à la suite d'une de ces expéditions, qu'il rapporta d'Orient une statue de la Vierge, pour remercier la madone de lui avoir préservé la vie et des dangers encourus au cours de son périple en terre sainte. Il fit construire en 1210 la première chapelle de Dusenbach et y plaça la précieuse statue. Après avoir participé la cinquième croisade avec Jean de Brienne, roi de Jérusalem en 1217 pour prendre le contrôle de Damiette, puis en 1221 avec les croisés, et ensuite avec les Grecs, il perdit la moitié de son armée. Lassé par les guerres et les conquêtes et dégoûté par toutes ces tueries, il se retira dans le petit sanctuaire de Dusenbach et y vécut en anachorète. Il mourut pieusement en 1222. L’historien et abbé Philippe André Grandidier prétend que celui-ci demanda à être enterré dans le sanctuaire nouvellement construit. La statue de la Vierge de Dusenbach, remonte donc à la plus haute Antiquité. Elle avait déjà été exposée auparavant à la vénération des fidèles d'Orient puis des fidèles d'Alsace, que les croisés avaient voulu soustraire aux musulmans, La tradition rapporte, que dès les premiers jours, de nombreux miracles furent signalés, ce qui ne faisait qu'augmenter la renommée du lieu. De nombreux fidèles venant parfois de très loin affluèrent devant la statue miraculeuse.
La construction d'une deuxième chapelle
C'est vers 1260 qu’Ulric II neveu et Henri I, fils d'Egelolphe II, firent ériger une seconde chapelle, à côté de la précédente. Elle se composait de deux édifices s'ouvrant l'un dans l'autre.
Construction d'une troisième chapelle upright|vignette|Adolphe de Nassau Anselme le TéméraireL'histoire a donné le nom de téméraire à cause de ses nombreux exploits et de son amour immodéré de la chasse écroué au château d', en Souabe, pour avoir osé défier l'empereur Adolphe de Nassau, fit une promesse. En cas où il serait libéré, il ferait ériger une nouvelle chapelle à Dusenbach. Il avait été arrêté au cours de l'insurrection de la ville de Colmar contre l'empereur de Nassau en 1293 à laquelle il participa en compagnie de Walter Roesselmann, prévôt de Colmar. Peu de temps après, son pire ennemi Adolphe de Nassau (1291-1298) sera tué le à Worms et c'est le fils de Rodolphe de Habsbourg, Albert qui prend la relève. Mieux disposé que son père envers Anselme le Téméraire, il le libère le jour de la purification de Notre-Dame et lui rend tous ces biens. Attribuant sa libération du à la Vierge, il tint sa promesse et fit ériger une troisième chapelle. Il reprit cependant ses mauvaises habitudes et recommença à s'adonner à la chasse et aux plaisirs. Un jour, Anselme poursuivant un cerf, celui-ci fit un saut prodigieux du haut d'un énorme rocher.
Le chasseur n'eut pas le temps de retenir son cheval qui se précipita dans le vide. Le seigneur de Ribeaupierre sortit indemne dans sa chute. Cet événement est conservé dans la mémoire collective sous le nom du Saut-du-Cerf, nom que porte encore aujourd'hui le rocher où se produisit l'événement. Anselme attribuant son salut à la protection de la Vierge, et se souvenant du vœu qu'il fit lors de son incarcération, fit immédiatement faire des travaux dans la troisième chapelle. Il s'adonna ensuite à une vie simple et paisible et mourut en 1314.
Première destruction et restauration vignette|gauche|Chapelle et église de Dusenbach|alt= Des mauvais jours se préparaient pour le célèbre pèlerinage. Les Anglais venant de remporter d'importants succès sur les armées françaises et le Prince Noiralias Édouard de Woodstock était prince de Galles, comte de Chester, duc de Cornouaille et prince d'Aquitaine. Il était le fils aîné d'Edouard III d'Angleterre et de Philippe de Hainaut, firent prisonnier le roi Jean et imposèrent au vaincu le traité de Brétigny. En 1360, le pèlerinage fut détruit une première fois par des pillards Anglais avides de butins issus des "grandes compagnies" après le traité de Brétigny. Les guerres se faisaient à cette époque avec des mercenaires, qui une fois la paix signée, étaient licenciés sans que l'on se souciât de leur avenir. C'est ainsi que des milliers d'hommes furent congédiés par les Anglais. Pour se procurer des ressources, les soldats des "grandes compagnies" exercèrent des expéditions et des ravages à travers toute la France. Quarante mille de ces aventuriers, après avoir pillé toute la partie septentrionale du pays, voulurent envahir les terres du grand électeur de Trèves, mais furent repoussés. Ils se rabattirent ensuite sur l'Alsace. Le , les villes libres de l'Alsace conclurent entre elles à Colmar un traité de défense mutuelle afin de se garantir contre ce danger. Mais elles mirent tellement peu d'empressement à conclure ce pacte, que le les envahisseurs sous la conduite de leur chef Arnaud de Cervole, dit l'archiprêtre, envahirent toute l'Alsace. Pendant un mois entier on assista à des scènes de brigandage, à des meurtres, viols, de paisibles habitants et des profanations d'églises. Jean II de Lichtenberg, évêque de Strasbourg qui vivait à cette époque, fut tellement affligé qu'il mourut de chagrin. Les chapelles de Dusenbach n'échappèrent pas au pillage. La statue de la Vierge disparut à ce moment. Fut-elle détruite par les pillards ou mise à l'abri en Bavière par les seigneurs de Ribeaupierre ? Personne ne le sait. Quand l'empereur Charles IV força les grandes compagnies à quitter le pays, le pèlerinage ne présentait plus qu'un amas de ruines. Bruno I et Ulric VII de Ribeaupierre, fidèles aux traditions de leurs ancêtres, firent restaurer hâtivement le pèlerinage en 1370 dès la paix retrouvée
Transformation du sanctuaire
vignette|gauche|upright|Peinture à la main de Erhard Reuwich montrant l'entrée du Saint-Sépulcre à Jérusalem|alt= Au cours de la seconde moitié du , le sanctuaire de Dusenbach sera rénové de fond en comble. Les chapelles furent essentiellement consacrées au culte de la Vierge Marie. Maximin II de Ribeaupierre y ajouta un chemin de croix reproduisant les principales scènes du calvaire du Christ. Maximin, que les Annales des Ribeaupierre nous représentent comme un guerrier batailleur mais un digne serviteur de la cause chrétienne, entreprit dès 1483 un pèlerinage en Terre sainte. C'était l'époque où tout chrétien valide, s'il en avait la possibilité et les moyens, devait au moins une fois dans sa vie visiter le pays sanctifié par la naissance et la mort du Christ. Le seigneur de Ribeaupierre avait alors quarante-trois ans. La caravane dont il faisait alors partie comptait plusieurs personnages de marque : Henri de Schauenbourg, Gaspard Zorn de Bulach, tous deux Alsaciens, Jean, comte de Salm, Bernhard von Breydenbach, doyen du chapitre de Mayence, Félix Fabri, dominicain à Ulm et Erhard Reuwich, célèbre peintre d'Utrecht qui peignit des vues des lieux saints au cours du voyage. Bernhard von Breydenbach, un riche chanoine de la cathédrale de Mayence, se rend en terre sainte pour faire pénitence. Il voyage en compagnie de Erhard Reuwich. Il publie en 1484] un livre en latin (et en allemand) sous le nom de "Peregrinato in Terram Sanctum" qui sera traduit en plusieurs autres langues. Cet ouvrage sorti est rempli de détails sur les conditions matérielles du pèlerinage où il décrit les villes, les régions et les habitants qu'il a côtoyés.
Les pèlerins s'embarquèrent à Venise le et parcourent toute la Judée et revinrent par l'Égypte après avoir visité le mont Sinaï. Ils étaient de retour à Venise le . Maximin II voulut perpétuer le souvenir de son voyage en reconstituant à Dusenbach les séquences douloureuses du Christ. La topographie du pèlerinage se prêtait fort bien à l'exécution du projet. L'étroite vallée au fond de laquelle s'élèvent les chapelles ressemblait au ravin sauvage qui sépare le jardin des Oliviers du Mont Moria. Le torrent qui l'arrose a le même cours impétueux que le Cédron à l'époque des pluies et les trois petites églises rappelaient les trois édifices qui recouvraient à cette époque le Saint-Sépulcre. Le noble pèlerin fit donc exécuter une première station au pied du rocher sur lequel se trouvent les chapelles.