La maison George-Stephen (aussi connue sous le nom d’édifice du club Mount Stephen) est une maison bourgeoise située dans le quartier du Mille carré doré de l'arrondissement Ville-Marie à Montréal au Canada.

Cette maison est successivement la résidence de George Stephen, Mount Stephen, de 1883 à 1896, puis de son beau-frère Robert Meighen et sa succession de 1896 à 1925. De 1927 à 2011, cette maison bourgeoise accueille le club Mount Stephen, un Gentlemen's club réunissant l’élite montréalaise et internationale. En 2012, un projet d’hôtel de luxe, l’hôtel Le Mount Stephen, prend forme pour occuper en partie la résidence. Ce projet nécessite la construction d’une annexe contemporaine à l’arrière pouvant accueillir 90 chambres, des boutiques et un stationnement intérieur de 96 places. L’ouverture de cet hôtel, à l'origine prévue pour , a lieu le .

Construite entre 1881 et 1883, cette résidence est conçue et réalisée par l’architecte William Tutin Thomas dans une combinaison de styles architecturaux propre à l’architecture victorienne. Elle réunit ainsi les styles de la renaissance italienne, du baroque italien et du baroque anglais du . Le style de la renaissance italienne est cependant le style dominant de la façade avant. L'intérieur, conçu par le même architecte comme une œuvre totale, est principalement décoré par l'équipe du charpentier et menuisier Archibald McIntyre, le maître-verrier John C. Spence, ainsi que la compagnie d'ébénisterie et de décoration d'intérieurs Jacques & Hay de Toronto. L'ébéniste James Thomson a aussi produit quelques meubles pour la résidence.

Cette résidence fait aussi l’objet de quelques mesures de protection. Le , la résidence est déclarée lieu historique national du Canada par la commission des lieux et monuments historiques du Canada. Elle est également classée immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications du Québec le . Le , le bâtiment est déclaré « immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle » par la Ville de Montréal. L’édifice est également déclaré être situé dans l’aire de protection de l’édifice du club Mount Stephen le et dans le secteur de valeur patrimonial exceptionnel « Guy-Drummond » le .

Localisation La maison George-Stephen est située au 1430-1440 de la rue Drummond dans le quartier du Mille carré doré de l’arrondissement Ville-Marie de la ville de Montréal. Elle est localisée à environ 2,7 km du Vieux-Montréal. Le site est notamment desservi par la station de métro Peel de la ligne verte.

Histoire Avant 1881 : achat du terrain et conception De 1858 à 1863, George Stephen et son épouse, Annie Charlotte Kane, habitent une maison en rangée au Square Beaver Hall. Le , George Stephen acquiert (sous le nom de son épouse, Annie Charlotte Kane) le terrain et la résidence de William Carter alors située au 213, rue de la Montagne. La résidence se trouve sur un terrain (lot 1525) d'environ 44 mètres de largeur (145 pieds) sur environ 82 mètres de profondeur (270 pieds) qui borde au sud-ouest la rue de la Montagne et au nord-est la rue Drummond. Le , George Stephen tente, mais sans succès, de vendre la partie de son terrain bordant la rue Drummond, probablement pour obtenir des capitaux supplémentaires nécessaires à la création de la compagnie du chemin de fer Canadien Pacifique. thumb|left|La maison de William H. Vanderbilt de la Cinquième Avenue à New York. Vers 1880, George Stephen décide de se faire construire une nouvelle résidence sur une partie de son terrain qui borde la rue Drummond. Il fait alors appel à l'architecte William Tutin Thomas pour la conception et la réalisation de sa future maison. Ce dernier conçoit la maison comme un palazzo italien dans le style néorenaissance ou style italianisant. Aucune information n'indique cependant pourquoi ce style a été choisi, ni s'il s'agit d'une préférence de l'architecte ou du commanditaire. Par contre, l'architecte se serait inspiré des plans de la maison de William H. Vanderbilt de la Cinquième Avenue à New York, alors en cours de construction (1880-1882). L'architecte William Tutin Thomas conçoit cette résidence comme une œuvre totale, c'est-à-dire qu'il dessine aussi tous les décors intérieurs de même que l'ensemble du mobilier qu'il fait produire sur mesure.

1881 à 1883 : la construction La construction de la nouvelle résidence de George Stephen débute en 1881. La superintendance du chantier est confié à un certain (possiblement Félix Casey de la Wm. Rutherford & Co.), qui a aussi possiblement exécuté certains ouvrages en bois tels la charpente ou les fenêtres de l'édifice. J. H. Hutchison exécute les travaux de maçonnerie. Les ouvrages en bois des intérieurs (ébénisterie, décors en bois, etc.) sont réalisés par l'équipe du charpentier et menuisier Archibald McIntyre. L'entreprise de Robert Mitchell s'occupe de l'installation de la plomberie ainsi que des systèmes de chauffage et d'éclairage au gaz. L'entreprise Jacques & Hay de Toronto exécute la majeure parie du mobilier selon les dessins de l'architecte William Tutin Thomas. L'ébéniste James Thomson contribue également à la production de quelques meubles. George Stephen pouvait de chez lui observer attentivement les travaux de construction de sa nouvelle résidence. thumb|Photographie prise en 1912 permettant de visualiser l'étendue d'origine du domaine de George Stephen. Le , le quotidien The daily witness mentionne que les travaux de construction de la maison . Les travaux se prolonge toutefois jusqu'en fin . D'ailleurs, compte tenu du terrain argileux du site, les fondations reposent sur cinq cents pieux de bois. George Stephen et son épouse, Annie Charlotte Kane, emménagent dans leur nouvelle résidence en . Cependant, la décoration et l'ameublement des intérieurs, de même que l'aménagement paysager de l'extérieur ne sont pas terminés. Par exemple, les décors du grand salon (lambris, cheminée ou tentures) ne sont toujours pas installés, de même que certains vitraux, dont ceux de la cage d'escalier. À l'extérieur, l'écurie n'est toujours pas construite.

Au courant de l'été 1883, le maître-verrier John C. Spence termine l'installation des vitraux. Le décor et l'ameublement du grand salon sont aussi progressivement achevés pendant cette période. Une nouvelle écurie donnant sur la rue de la Montagne est construite. Le , George Stephen vend aux enchères l'ensemble du mobilier de sa précédente résidence du 339, rue de la Montagne*. Vers la fin de 1883 ou au début de 1884, le précédent domicile de George Stephen est détruit, de même que ses dépendances. Par conséquent, l'aménagement paysager du domaine a probablement été achevé au courant de l'été 1884.

Années Étapes de construction Architectes Entrepreneurs 1881-1883 Construction William Tutin Thomas F. Casey (possiblement de la Rutherford & Co. (entrepreneur général)); J. H. Hutchison (maçonnerie); Archibald McIntyre (ébénisterie, décors en bois), Robert Mitchell (plomberie, chauffage et éclairage au gaz); Jacques & Hay (presque l'ensemble du mobilier, tenture, rideaux, etc.); James Thomson (partie du mobilier); John Burns & Co. (cuisinière). Entre 1901 et 1903 Remplacement du muret d’enceinte à l’avant par une clôture en fer forgé 1927 Remplacement des parois vitrées de la serre par des murs de pierre et agrandissement à l’arrière Grattan D. Thompson Bremner Norris & Co. Limited 250px 1937 Reconstruction de l’escalier extérieur sur de nouvelles fondations The Purdy and Henderson Co. Ltd. 1948 Agrandissement du côté sud de la serre J.L.E. Price & Co. Ltd. 1953 Agrandissement du côté nord Philippe Lebel L. Gordon Tarlton 1956-57 Agrandissement à l’arrière et modifications intérieures P. Goodfellow R. F. Walsh Co. Ltd 1958 Modifications intérieures au deuxième étage R. F. Walsh Co. Ltd 1962 Modification à la cuisine R. F. Walsh Co. Ltd Entre 1985 et 1989 Nettoyage des façades extérieuresBrian Merrett, « Maison Lord Mount Stephen, 1440, rue Drummond, Montréal » En ligne (?) 250px 1996 Abattage de 6 arbres en façade (ormes chinois) qui endommagent la clôture et le terrain en façade 2004 Au sous-sol et rez-de-chaussée : réaménagement partiel des locaux, réfection des fondations, installation de pieux, aucun travail extérieur 2006 Au rez-de-chaussée : réaménagement intérieur et ajout d’un système de climatisation centrale. À l'arrière du bâtiment : agrandissement sur deux niveaux (sous-sol et rez-de-chaussée, ajout de salles de réunion et ajout d'un appentis pour accès au toit 2007 Aménagement d’un café-terrasse de dans la cour avant 2012 Démantèlement partiel des annexes ouest et nord du bâtiment. L'annexe arrière comprenant sur deux niveaux : le sous-sol, la cuisine et la salle Élizabeth (niveau rez-de-chaussée), d'une aire totale de bâtiment de . L'annexe nord comprenant le vestiaire () 250px2012-2016 Construction d’un hôtel contemporain à l’arrière comprenant 80 chambres, des boutiques et un stationnement intérieur souterrain comptant près de 96 placesLe permis 3000327867-13 mentionne plutôt la construction d'un hôtel de 83 chambres et de 95 unités de stationnement. Lemay / Leclerc Architectes (Équipe d’architectes : Michel Lauzon, Gino Mauri, Didier Heckel, Sandra Neill, Jean-François St-Onge, Bryan Marchand, Jean-François Fortin-Gadoury, Virginie Pontbriand, Damien Leman, Geneviève Telmosse, François Desmarais) Construction Tidan (Entrepreneur), Nicolet, Chartrand, Knoll Ltd. (Structure), Pageau Morel et associés inc. (Mécanique/Électrique), Technorm (Sécurité du bâtiment et normes), Lemay (Design intérieur) 250px 2015 Destruction sans autorisation des trois cheminées (1883), de la clôture en fer forgé (1900-1903), de la corniche en bois de la façade Nord. (?) (Cinq architectes se sont succédé lors de la construction) (?) 250px 2016-2017 Installation d'une structure de béton armé soutenant le bâtiment historique, incluant 16 nouveaux piliers. Démantèlement de la partie Nord de la façade Est, remplacement de la structure de briques rouges d'origine par des moellons de béton et réassemblage de la façade. Reconstruction des trois cheminées et de la clôture en fer forgé. Autres (divers) (?) (Cinq architectes se sont succédé lors de la construction) Firme NCK (Ingénierie civile/Structure), St-Denis Thompson (Maçonnerie) et autres 250px Février 2017 Restitution de la clôture en fer forgé (?) 250px Avril 2017 Restauration des escaliers extérieures St-Denis Thompson (Maçonnerie) 250px 2026 Restauration des escaliers extérieures St-Denis Thompson (Maçonnerie) 250px

1883 à 1896 : George Stephen, Mount Stephen

Le , George Stephen inaugure sa nouvelle résidence par une réception offerte en l'honneur de Lord Carnarvon, alors de passage à Montréal. Parmi les invités, le lieutenant-gouverneur du Québec, Théodore Robitaille, le lieutenant-gouverneur de l'Ontario, John Beverley Robinson, Sir Samuel Leonard Tilley, Sir Hector-Louis Langevin ainsi que l'Honorable Edward Blake.

Encore, le , George Stephen reçoit pour une visite le gouverneur-général du Canada, John Campbell, marquis de Lorne, et son épouse, la princesse Louise.

En plus de la construction d'une nouvelle résidence à Montréal, George Stephen fait l'acquisition vers d'une maison de maître sur Park Lane à Londres.

Au courant de l'été 1884, George Stephen se fait livrer un piano conçu spécialement pour sa résidence par l'architecte William Tutin Thomas, et fabriqué par la compagnie Decker Brothers de New York.

Le , George Stephen reçoit à sa résidence Lord et Lady Lansdowne. Ces derniers séjournent à nouveau à la maison de George Stephen le .

En , le jardinier de George Stephen, J. Stanford, gagne le premier prix de la Société d'horticulture de Montréal pour les serres les mieux entretenues de la ville. Il gagne à nouveau le premier prix en .

En , George Stephen est élevé au rang de baronnet.