Le Jura bernois est la région francophone du canton de Berne, en Suisse. Il est d'un point de vue administratif regroupé en une seule entité, l'arrondissement administratif du Jura bernois. Depuis 2022, il est également appelé Grand Chasseral..
Nom De 1815 à 1979, respectivement 1994, le nom Jura bernois correspondait à l'ensemble des régions francophones du canton de Berne, incluant les districts de Delémont, de Porrentruy, des Franches-Montagnes et de Laufon (germanophone) ; ce dernier, qui s'était retrouvé à l'écart du reste du canton de Berne en 1979, a été rattaché au canton de Bâle-Campagne en 1994.
Son nom en franc-comtois, aussi appelé patois jurassien, est biernois Jura.., tandis qu'il est appelé Jura bèrnês en arpitan (ou francoprovençal).
En novembre 2022, la région adopte une nouvelle marque, Grand Chasseral, en référence à la montagne du même nom, pour sa communication et dans le but de rester neutre sur la Question jurassienne..
Le bâtiment de La Couronne, à Sonceboz-Sombeval, devient le siège de la marque et de la Fondation pour le rayonnement du Jura bernois. Ce hub abrite aussi les bureaux de la Chambre d’économie publique du Grand Chasseral (CEP), de Grand Chasseral tourisme et de l’association de communes Jura bernois.Bienne (Jb.B)..
Géographie Généralités Le territoire du Jura bernois est celui de l'actuel arrondissement administratif du Jura bernois. Il est situé dans le nord du canton de Berne et partage ses frontières avec les cantons de Neuchâtel, du Jura et de Soleure. Au nord-ouest, le territoire de la commune de La Ferrière prend fin à 250 mètres de la frontière française. Il s'étend au sud jusqu'au lac de Bienne, dans le Seeland. La commune de La Scheulte (allemand : Schelten) est celle située le plus au nord du canton de Berne.
La topographie du Jura bernois, au cœur du Jura plissé. est très variée. On y retrouve des paysages de vallées et bassins, mais aussi de collines. On y trouve également des paysages aux caractéristiques plus montagnardes, à l'instar du massif du Chasseral, ou de plateau, telle la bordure sud du plateau des Franches-Montagnes. Monts, cluses. et réseaux karstiques. participent aux côtés des forêts et pâturages boisés. à la typicité des paysages du Jura bernois. La circulation souterraine de l’eau alimente de nombreuses sources vauclusiennes, dont la Source Merlin en est une spectaculaire illustration.
Parmi les lieux emblématiques de la région, les gorges de Court. ou de Moutier., entre autres, mettent en lumière le caractère monumental des cluses. Tantôt obstacles et jugées dangereuses, tantôt ouvertes et jugées plus directes que le passage par les monts, les cluses ont grandement influencé l'organisation géographique de la région. Plus discrètes mais non moins remarquable, les dolines (ou emposieux.), grottes et gouffres., formations karstiques. typiques du Jura plissé, sont aussi des marqueurs paysagers importants du Jura bernois.
Au sud, le Jura bernois est bordé par le lac de Bienne et son vignoble, souvent aménagé en terrasses et comportant d'anciens murs de soutènement en pierres sèches..
Le Chasseral, qui culmine à d'altitude, fait office de repère régional avec l'imposante antenne de sa station de télécommunication.. Il est, par ailleurs, le point le plus élevé du massif du Jura sur sol bernois, et le quatrième de tout le Jura suisse.
Plusieurs cours d'eau irriguent le Jura bernois. La Birse prend sa source. à Tavannes. La Suze, qui coule dans le vallon de Saint-Imier, surgit (sans source véritable, elle naît de l'écoulement de marais.) dans la région des Convers, sur le territoire du canton de Neuchâtel. La Sorne traverse Petit-Val et la Raus parcourt le Cornet.
Environnement naturel
Sites marécageux d’importance nationale
Cinq sites figurent dans l’inventaire fédéral des sites marécageux d’une beauté particulière et d’importance nationale.: La Gruère, La Chaux-des-Breuleux, Bellelay., Les Pontins et La Chaux-d’Abel..
Les forêts et les pâturages boisés
Près de la moitié de la superficie du Jura bernois (46%) est couverte de forêts, alors que cette proportion n’est que d’un tiers pour l’ensemble du pays.. Les propriétaires publics possèdent 80% de cette surface. On y dénombre quatre réserves forestières : Raimeux, Chasseral Nord., Chasseral Sud et Houbel.. Quelques autres petites réserves sont dues aux initiatives du WWF et de Pro Natura Jura bernois..
Désignant un type de paysage semi-forestier traditionnel et culturellement important dans le Jura bernois, le pâturage boisé. est caractérisé par des arbres dispersés dans des prairies utilisées pour la pâture, formant une mosaïque agro-forestière précieuse pour la biodiversité et l'économie locale.. Dans le région du Grand Chasseral on recense 17'000 hectares de pâturages boisés.
Des murs de pierres sèches délimitent les zones des élevages depuis le et offrent des espaces propices à différentes espèces de plantes, d’insectes et de reptiles, contribuant à enrichir la biodiversité de la région..
Climat Le climat du Jura bernois est relativement peu ensoleillé et humide., à l'image de celui du massif jurassien. Le différentiel de températures entre été et hiver est important. Alors que les précipitations hivernales dans la région étaient marquées par la neige durant le , l'augmentation des températures moyennes provoque la remontée de la limite pluie-neige..
Parc naturel régional Chasseral La majorité des communes du Jura bernois (28 sur 40) sont membres du Parc naturel régional Chasseral, qui est un territoire et une organisation de développement durable reconnue par la Confédération suisse depuis 2012. Labélisé parc naturel régional en tant que parc d'importance nationale, il se situe à cheval sur les cantons de Berne et de Neuchâtel (3 communes, mais 27 % du territoire du Parc).
La genèse du Parc remonte à 1997 avec la création d'un groupe de pilotage. L’association Parc régional Chasseral est fondée en 2001. La première charte liant les communes membres à l’institution est entrée en force en 2012, la seconde court de 2023 à 2031.
Avec ses , le Parc Chasseral est le plus grand parc naturel régional suisse. Il couvre 1,33% de la superficie du pays et compte quelque et habitants.
Histoire
Paléolithique Les premières traces de présence humaine sur la chaîne de Chasseral remontent au paléolithique. Elles sont attestées par le gisement de silex de Pierrefeu, à proximité de la métairie éponyme. Il s’agit d’un gisement remarquable dans le Jura suisse. Très recherché, ce silex servait à allumer le feu et à fabriquer des outils et des pointes de javelots. Des silex travaillés provenant de Pierrefeu ont été retrouvés sur le site de Bois Noir à Alle (JU), sur celui de Löwenburg à Pleigne (JU) et celui de Cotencher à Rochefort (NE)..
Âge du bronze La plus ancienne représentation d’une partie du corps humain connue à ce jour en Europe est la "main de Prêles".. Découverte sur la montagne de Diesse en 2017, cette main droite en bronze entourée d'une applique en or était accompagnée, dans un contexte funéraire, d'un poignard en bronze, d'une épingle à tête et d'un anneau de cheveux. La "main de Prêles" date du s. av. J.-C., soit de l'âge du bronze moyen. D'autres objets archéologiques actuellement connus, dont une hache trouvée sur le versant sud du Chasseral et deux couteaux mis à jour sur le mont Sujet, révèlent que le périmètre du Plateau de Diesse a été fréquenté à l'âge du bronze..
Époque romaine Une inscription latine gravée dans la pierre du col de Pierre Pertuis atteste que la voie vicinale empruntant ce passage naturel a été aménagée au ap. J.-C. par Marcus Dunius Paternus, duumvir de la Colonie des Helvètes. Ce passage marque la limite entre le pays des Helvètes et celui des Rauraques..
Prévôté de Moutier-Grandval
Abbaye, puis chapitre collégial, seigneurie et bailliage de l'évêché de Bâle, la prévôté de Moutier-Grandval façonne la région du milieu du VIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Elle est entourée au nord par la seigneurie de Delémont, à l'est et au sud-est par des fiefs du futur canton de Soleure, au sud par l’avouerie d’Erguël et à l'ouest par la Courtine de Bellelay. La dénomination de ces territoires limitrophes varie toutefois au cours des siècles. La Prévôté dénombre 5539 habitants en 1629 et 5915 habitants en 1771. Rattachée aux départements français du Mont-Terrible (1797), puis du Haut-Rhin (1800), elle est intégrée au canton de Berne en 1815.
Fondation
Alors que le duché d'Alsace s'étend jusqu'au col de Pierre-Pertuis, le duc Gondoin d'Alsace offre, vers 640, des terres à défricher dans la vallée de la Birse à Valbert de Luxeuil, abbé du monastère colombanien de Luxeuil-les-Bains. Ce dernier y fait fonder une abbaye qu'il place sous l'autorité de Germain de Grandval, un moine d'origine noble, de mœurs austères et fin lettré. Elle devient une abbaye royale après la disparition du duché d'Alsace.
Après les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux, l’abbaye de Moutier-Grandval fait partie du royaume de Lotharingie. En 999, le roi Rodolphe III de Bourgogne la donne à l'évêque de Bâle, avec toutes ses dépendances, dispersées de l’Ajoie au lac de Bienne (Nugerol). En 1032, l’évêché de Bâle est incorporé au Saint-Empire romain germanique. Il le reste jusqu’en 1792.
Rayonnement intellectuel
Certains auteurs comparent le rayonnement intellectuel de Moutier-Grandval à celui de l’Abbaye de Saint-Gall. A la recherche d’un maître susceptible d’enseigner à Moutier, l'abbé Grimoald, de Saint-Gall, lui délègue Ison. L’école, rattachée à l’abbaye bénédictine, attire alors des élèves de toute l’Europe venus écouter ce maître singulier qui sait aiguiser tous les esprits. La Bible de Moutier-Grandval, conservée à la British Library, témoigne de la prospérité de ce foyer culturel et spirituel au IXe siècle. Ison de Saint-Gall y prodigue sa science, entre autres celle de l’écriture, et y pratique la médecine. Ses onguents et ses soins sont particulièrement efficaces lors d’affections oculaires dues à la fumée des foyers. Ison soigne aussi les maladies mentales.
Combourgeoisies
Un traité de combourgeoisie permet à une petite entité (nobles, communes, villes) de se mettre sous la protection d’une plus grande (généralement une ville). La Prévôté signe des traités de combourgeoise avec Soleure (1404), Bâle (1407) et Berne (1486). La raison véritable est à rechercher dans la politique d'expansion poursuivie par ces trois villes, pour lesquelles l'Évêché représente la dernière chance d'étendre leurs territoires.
En 1404, le chapitre demande à la ville de Soleure le droit de combourgeoisie, moyennant le paiement de trois livres par année. Les chanoines mettent ainsi leurs biens en sûreté. En 1486, le traité de combourgeoisie avec Berne permet à cette ville de prendre pied dans l'évêché. En bénéficiant de la protection de Berne, la Prévôté protège ses anciennes coutumes contre les empiétements d'une administration épiscopale plus centralisée et plus désireuse d'efficacité. Elle saura habilement jouer de la protection bernoise pour revendiquer des avantages auprès du prince-évêque. Ainsi liée à la Confédération suisse, la Prévôté échappe aux dévastations de la Guerre de Trente Ans, contrairement à d’autres parties de l’Évêché, en particulier l’Ajoie ou l’Erguël. L’intégration dans la neutralité suisse la dispense également de certains impôts d’Empire. Ces privilèges de la Prévôté provoquent une amertume dans les bailliages du nord de l’évêché. Elle se manifeste tout au long des siècles, jusqu’à l’occupation française.
La bataille de Malleray