Le docteur Charles Armand Picquenard, né à Quimper le et mort le à La Forêt-Fouesnant, est un médecin, professeur d'université, botaniste lichenologue, poète et écrivain en français, breton et cornique. Régionaliste, il est un des dirigeants du Gorsedd de Bretagne. Il a enseigné la botanique à l'Université de Rennes et a été membre de la Société botanique de France et responsable régional des Scouts de France. Il a été aussi adjoint au maire de Quimper, chevalier de la Légion d'honneur en 1932 et chevalier du Mérite social. Il a reçu la Légion d'Honneur au titre militaire.
Vie Origine Il passe sa jeunesse en Basse-Bretagne. Il a pour langues maternelles à la fois le breton et le français. Après des études au Collège de Quimper, il fait des études de médecine à Rennes. Il préside alors la corporation des étudiants. Il étudie aussi le breton, ainsi que le cornique.
Botanique En même temps, il suit les cours de sciences naturelles à la Faculté des sciences de Rennes, sans cependant s'être jamais présenté à un examen de licence. Il y fréquente notamment le Professeur de Botanique Louis Crié. Il connut aussi à cette époque James Lloyd. L'influence de ces deux botanistes confirme Picquenard dans son goût pour les plantes et, en 1891, à l'âge de 19 ans, sa première publication est une liste de Phanérogames et de Cryptogames, parue dans le premier bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l'Ouest, dont il devint membre dès la fondation.
En 1892, le premier bulletin de la Société Scientifique et Médicale de l'Ouest, qui venait de se fonder à Rennes, contient également deux notes de lui. Les notes se succédèrent nombreuses dans ces deux revues, et dans plusieurs autres, jusqu'en 1914.
Lichens C'est surtout l'étude des Lichens qui l'attira. Il entre en correspondance avec les lichénologues français en renom de l'époque : l'Abbé Harmand, l'Abbé Olivier, le Docteur Camus, Ambroise Viaud-Grand-Marais, Auguste Marie Hue, le Frère Gasilien, Alphonse Boistel, M. Monguillon et d'autres encore.
Dès 1898 il commença à apporter sa contribution effective à la connaissance des Lichens bretons. A Paris, il connait Wilhelm Nylander, dont il est son dernier disciple, jusqu'à sa mort en 1898. Il va achever ses études comme interne de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, et soutient sa thèse en 1900.
Bretagne Il vient s'installer à Quimper. Il est un des fondateurs du Gorsedd de Bretagne en 1900 étant barde avec le nom de Mab Ronan ar Barz melen (Fils de Ronan, le barde blond). En 1908, il rompt avec le Gorsedd de Bretagne et écrit un article, réédité sous forme de brochure, dans lequel il réfute que le néodruidisme gallois, et donc, le néodruidisme breton, soit héritier d'une tradition ininterrompue. Lors de la reprise des activités du Gorsedd en 1926, il est convaincu par son ami François Jaffrennou de réintégrer le collège des bardes et devient druide porte-gui, puis l'un des membres du comité directeur (pouellgor).
Il se marie en 1904 avec Blanche RogezC'est la sœur d'un botaniste de ses amis, l'Ingénieur des Poudres Rogez, qui habitait Pont-de-Buis. à Boulogne-sur-Mer. La famille Rogez était liée avec Alfred Giard, dont Picquenard fait la connaissance.
Il adhère en 1904 à la Société archéologique du Finistère et en est le vice-président de 1912 à 1928. Il publie alors quelques études archéologiques.
Vers 1910, il entreprit de classer et de reviser les herbiers d'Algues des frères Hippolyte-Marie Crouan et Pierre-Louis Crouan, qui étaient conservés au Laboratoire maritime deConcarneau. Il consacra en 1911 et 1912 quatre publications à ces études. S'étant établi comme médecin dans sa ville natale, il y fait une brève carrière politique comme adjoint au maire (1912-1919). Il est administrateur, puis président de la Caisse d'épargne locale en 1937. Passionné de botanique, il crée en 1913 la Société d'horticulture et de sylviculture du Finistère qu'il préside jusqu'en 1927. Première Guerre mondiale Il est engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, il finit capitaine et décide de rester médecin militaire.. Il ne resta pas inactif et il orienta ses recherches vers la géologie, plus particulièrement vers la paléobotanique, à l'instar de Louis Crié. Toute la période de l'après-guerre, jusqu'en 1926, est occupée surtout par des publications géologiques. Il un cours libre de paléobotanique de 1920 à 1922 au Laboratoire de Géologie à l'Université de Rennes et il a comme auditeur Yves Milon. Il écrit alors de nombreux articles dans les revues scientifiques spécialisées.
Scoutisme Jusqu'en 1923, il est membre de l'Union régionaliste bretonne (URB), dans laquelle il prend successivement les fonctions de trésorier (jusqu'en 1905) et de vice-président. Très proche de François Jaffrennou, il publie de nombreux articles en français et en breton dans les revues dirigées par celui-ci (Ar Vro, Le Consortium breton, An Oaled-Le Foyer breton), ainsi que dans l'Hermine et Buhez Breiz.
À partir de 1924, il s'engage dans le scoutisme catholique auprès des Scouts de France et devient commissaire pour la Bretagne jusqu'en , date après laquelle, il se consacre « à des travaux d'intérêt général intéressant l'ensemble des Scouts français ». Il travaille, cependant, avec une équipe de chefs et de cheftaines scouts, « Les Chevaliers de la Table ronde », à donner une couleur bretonne au scoutisme breton. C'est ainsi qu'il traduit en breton « les chants usuels des Scouts de France ».
Il fait connaissance d'Henry des Abbayes en 1927; avec lequel il reste en relations constantes, herborisant ensemble dans les localités de Basse-Bretagne. Il se remet alors à l'étude des lichens, sur lesquels il n'avait rien publié depuis 1910, et de 1933 à 1936 il donna plusieurs notes de floristique et de biogéographie de ces Cryptogames.
La Seconde Guerre mondiale éclate en . Il était médecin commandant de réserve, honoraire déjà depuis quelques annéesIl était toujours resté à la disposition du Service de Santé Militaire, et tous les ans il faisait en Bretagne les tournées du conseil de révision.. Il reprend du service comme engagé volontaire. Le , une pneumonie foudroyante devait l'emporter, dans son manoir de Kerambarz, à La Forêt-Fouesnant, où il décède.
Distinctions
Œuvres botaniques Il aborda presque toutes les branches de la botanique, mais ses principaux travaux se rapportent à la répartition et l'écologie des plantes vasculaires, à la botanique appliquée et aux lichens. Une des régions les mieux étudiées par lui, et dans laquelle il fit connaître un nombre imposant de plantes rares, est la région de Pont-l'Abbé. Il explora non seulement le Finistère, mais aussi les autres départements bretons et particulièrement l'Ille-et-Vilaine, pour lequel il dressa, en 1897, le catalogue des plantes vasculaires.
Les Cryptogames vasculaires retinrent souvent son attention. C'est lui qui découvrit l'Isoetes lacustris L. dans l'Ouest, à l'étang de Rosporden. Il rechercha aussi spécialement le rare Aspidium lobatum Sw. et en fit connaître plusieurs stations nouvelles.
En botanique appliquée, il donna plusieurs travaux de sylviculture. Il montra l'importance du reboisement en Basse-Bretagne, et préconisa spécialement, comme bien adapté au climat, le Pinus insignis, qui croît en Bretagne avec une remarquable rapidité. Son petit «Manuel de la forêt française» rédigé spécialement pour les Scouts est un véritable traité de dendrologie pratique, où il montre toutes ses qualités d'observateur et son aptitude à mettre la science à la portée de tous.
Ce sont ses études de lichénologie qui constituent le meilleur de son œuvre botanique. Il aborda l'étude difficile de ces Cryptogames à une époque où les ouvrages de langue française les concernant étaient encore très peu nombreux. De 1898 à 1936, il publia 19 notes ou travaux de lichénologie. C'est à lui qu'on doit les connaissances les plus complètes sur la flore des lichens du Finistère, il y découvrit un grand nombre d'espèces dont l'existence n'était pas soupçonnée en Bretagne. Mais là encore, à chaque instant, le floriste s'efface devant le biogéographe, et constamment on trouve dans ses travaux la préoccupation d'expliquer les différences des flores et des végétations et de mettre en évidence leurs rapports avec le milieu. À ce point de vue ses « Lichens du Finistère » sont une nouveauté, car c'est le premier ouvrage français où les problèmes de la répartition géographique et de l'écologie des lichens aient été abordés. Il commença aussi la publication d'exsiccata des espèces rares bas-bretonnes ; mais malheureusement cette collection ne fut pas continuée.
Il était membre de la Société Scientifique et Médicale de l'Ouest depuis sa fondation; et lorsqu'en 1924 la Société Scientifique de Bretagne en prit la suite, il fut un des premiers membres à s'inscrire. La Société Géologique et Minéralogique de Bretagne le comptait aussi parmi ses membres. Les bulletins de ces trois sociétés renferment la plupart de ses publications scientifiques.
Il voyagea fréquemment dans les Vosges et le Massif Central et il rapporta de ses excursions de nombreuses plantes montagnardes qu'il cultiva dans son jardin de Quimper et à sa propriété de Keranbarz, près de La Forêt-Fouesnant. Il étudia leur comportement pendant de nombreuses années et leur réaction vis-à-vis du climat bas-breton. Ses observations ont été consignées dans un de ses derniers travaux qu'il dédia à Lucien Daniel à l'occasion de son jubilé scientifique.
Œuvres zoologiques Son œuvre zoologique n'est pas négligeable. En effet il s'occupa de malacologie et d'entomologie. Il donna notamment un catalogue des Gastéropodes marins de Loctudy et un catalogue des Lépidoptères du Finistère. Il ne se contenta pas d'observer et d'écrire; il amassa aussi d'importantes collections géologiques, botaniques et entomologiques, qui témoignent de sa grande activité.
Postérité En 1938, il voulut encore marquer son attachement à la Faculté des Sciences de Rennes en lui léguant, de son vivant, une grande partie de ses collections et de sa bibliothèqueC'est ainsi que son herbier de Cryptogames et de nombreux fascicules de doubles de son herbier de Phanérogames sont venus enrichir les collections du Laboratoire de Botanique. De même ses collections de paléobotanique ont pris place dans les tiroirs de l'Institut de Géologie. Ces deux laboratoires et aussi le laboratoire de Zoologie reçurent également en don de nombreux livres de sa bibliothèque..
Publications Plantes vasculaires : floristique et biogéographie Contribution à la flore du Finistère. Bull. Soc. Se. Nat. Ouest, t. I, p. 76- 78, 1891 (comprend également des Mousses, Hépatiques, Algues, Lichens et Champignons). Contribution à la flore du Finistère. Bull. Soc. Se. Nat. Ouest, t. I, P- 160, 1891 (comprend également des Cryptogames). Herborisations dans le sud du Finistère. Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest, t. II, p. 45-63, 1892 (comprend également quelques Mousses, Algues et Lichens). Note sur les rosettes caulinaires et raméales du Sysimbrium austriacum Jacq. Bull. Soc. Se. et Méd. Ouest, t. I, fasc. 1, p. 40-43, 1892. Sur quelques points relatifs à la biologie des Pinguicula. Bull. Soc. Sc. et Méd. Ouest, t. I, fasc. 1, p. 43-44, 1892. Contributions à la Flore de Bretagne. Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest, t. I, P. 235-244, 1892 (comprend également quelques Mousses). Cas de tératologie observé sur une Euphorbe. Bull. Soc. Se. et Méd. Ouest, t. II, fasc. 1, p. 48-49, 1893. Exploration botanique du littoral sud-ouest du Finistère. Bull. Soc. Se. Nat. Ouest, t. III, p. 37-53, 1 carte, 1893. Les Amaryllidées et Liliacées naturalisées dans le Finistère. Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest, t. III, p. 100-102, 1893. Analyse détaillée des Carex appartenant à la flore Bretonne. Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest, t. III, p. 247-260, 1893. Catalogue des plantes vasculaires qui croissent spontanément dans le Finistère. Bull. Soc. Sc. et Méd. Ouest, Rennes, T. 2, 1893-1894