Jacques Leibowitch (né le à Clermont-FerrandÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 et mort le à Massy dans l'Essonne) est un médecin clinicien français, chercheur reconnu pour ses contributions à la connaissance du VIH, du SIDA, et de son traitement, dont la première trithérapie anti-VIH effective et la désignation d'un rétrovirus comme cause présumée du SIDA.
Vacataire dans le service d'infectiologie de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (dirigé par le Pr Christian Perronne, AP-HP), maître de conférences émérite des universités, il anime le programme thérapeutique ICCARRE qui propose une réduction drastique des traitements anti-VIH limités à quelques pilules par jour prises un, deux, trois ou quatre jours par semaine au lieu des sept jours universellement prescrits. Ces posologies médicamenteuses réduites sont sans doute adéquates, nécessaires et suffisantes à en juger par ses observations cumulées depuis 2003.
Il est l'auteur des livres Pour en finir avec le sidaJacques Leibowitch, Pour en finir avec le sida, éditions Plon, 2011., et Un virus étrange venu d'ailleursJacques Leibowitch, Un virus étrange venu d'ailleurs, éditions Grasset, 1984..
Biographie Jacques Leibowitch a fait ses études de médecine à la faculté de médecine de Paris (1960-1968), interne des hôpitaux AP-HP (1967) pendant lesquelles il a acquis une spécialité d'immunologie notamment à l'hôpital Necker dans le service de Jean Hamburger.
Il connaît sa première expérience de chercheur pendant l'été 1962 au Bellevue Hospital de New York. Il retourne aux États-Unis pour un stage de recherche post-doctorale à l'université Harvard à Boston (1970-1972), où il se forme à l’immunologie cellulaire. De retour à Paris, il finit son internat, entreprend un clinicat de néphrologie à Necker puis rejoint l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches en qualité de maître-assistant en immunologie.
Jacques Leibowitch a publié de très nombreux articles dans des revues scientifiques internationalesarticles dans des revues scientifiques internationales indexées par Medline..
Carrière scientifique et médicale Les contributions de Jacques Leibowitch ont marqué l’histoire VIH/sida et de son traitementLes contributions de Jacques Leibowitch Pour en finir avec le sida, sur le site de Patrick Vallas. Consulté le octobre 2013 : en 1982, il émet l’hypothèse qu’un rétrovirus exotique CD4 trope pourrait être à l’origine de l’épidémie naissante de sida et lance les équipes de Luc Montagnier et de Robert Gallo sur la piste du virus ; il écarte les lots sanguins contaminés par le VIH du centre de transfusion sanguine de Cochin en 1984-1985 grâce à un test artisanal fiable mis au point dans l'urgence par Dominique Mathez, sa collaboratrice principale à l'hôpital Raymond Poincaré à Garches, anticipant les tests de dépistage industriels ; le et lui-même mettent au point un test biologique maison appréciant précisément les quantités de virus en activité chez un patient et démontrent ainsi l'inefficacité antivirale de la monothérapie AZT ; il est le promoteur en France des traitements anti-VIH combinant trois molécules antivirales (trithérapie) comme modalité efficace de contrôle à long terme du VIH chez le patient correctement traité ; depuis 2003, il montre que les prises d'antiviraux hebdomadaires peuvent être réduites de 40 à 80 % sans perte d'efficacité chez le plus grand nombre des patients sous thérapies effectives depuis au moins un semestre.
Découverte du rétrovirus VIH Jacques Leibowitch s'implique dans la recherche sur le sida depuis l’origine de l’épidémie, à commencer par l’enquête sur son agent causal. Lorsque les premières séries de cas de sida aux États-Unis sont publiées dans le New England Journal of Medicine et dans de , il se remémore le cas historique d’un syndrome d’infections opportunistes multiples, similaire aux syndromes décrits aux États-Unis, chez un Portugais parisien qui avait vécu en Angola et au Mozambique dans les années 1973-76. Il contacte alors Willy Rozenbaum en pour former avec lui le groupe de travail français Sida, se donnant pour charge d’analyser les cas survenant en France.
Lorsqu'en les premiers cas de Sida émergent chez des hémophiles receveurs de fractions sanguines ultrafiltrées, la communauté scientifique prend conscience que l’agent causal du sida ne peut être qu’un virus. Jacques Leibowitch remarque des homologies intrigantes entre sida et pathologie liée au HTLV (), seul rétrovirus humain alors connu : les deux situations affectent la catégorie TCD4+ des lymphocytes ; HTLV y induit la prolifération massive d’un ou de quelques clones et leur cancérisation, tandis que l’autre virus, celui du sida, tend à éradiquer cette population sans discrimination apparente« Un entretien avec le Docteur J. Leibowitch », Le Panorama du médecin , 8 octobre 1982.. Par ailleurs, l’une et l’autre de ces pathologies sont présentes en Afrique et aux CaraïbesJacques Leibowitch, Un virus étrange venu d’ailleurs, éditions Grasset, Paris, 1984, .. En effet, à Paris et à Bruxelles, les médecins ont eu à connaître dans les années 1970 des patients et des patientes vivant ou ayant séjourné en Afrique francophone ou en Haïti, qui souffraient d’une maladie ressemblant sans équivoque à celle émergeant aux États-Unis chez des « homosexuels immunodéficitaires ». Jacques Leibowitch, informé par l’écrivain franco-américain Gilles Barbedette de l’annonce par Robert Gallo à () qu’un rétrovirus de type HTLV pourrait être l’agent du SIDA, retrouve dans cette proposition le portrait-type de son suspect : virus CD4-trope exotiquein Jacques Leibowitch, 1984. La piste rétrovirale était alors ouverte entre Bethesda (Gallo) et Paris (Leibowitch ) à partir d’.
N'ayant pas trouvé auprès des équipes de Jean-Paul Lévy à ParisEntretien avec Jean-Paul Lévy réalisé par Anne Lévy-Viet et Jean-François Picard, janvier 1992-décembre 2001, paragraphe sur le site histrecmed et de Dominique Stéhelin à Lille un spécialiste français des rétrovirus désireux d'explorer cette piste, il contacte Robert Gallo « » réalisé par Victoria A. Harden et Dennis Rodrigues le 4 novembre 1994 sur le site de l', spécialiste mondial du HTLV, qui lui avait été recommandé. C’est en que Gallo l’informe par téléphone de ses premières observations virologiques qui confortent l’hypothèse sida et rétrovirus de type HTLV. De son côté, Willy Rozenbaum engage une collaboration discrète avec l’équipe de Luc Montagnier à l'Institut Pasteur. Ce dernier, ainsi que son collaborateur Jean-Claude Chermann, venait d’être sensibilisé à l’hypothèse rétrovirus HTLV et SIDA par Paul Prunet, directeur Recherche et Développement chez Sanofi-Pasteur à Marnes-la-Coquette – où Leibowitch en avait fait l’exposé fin Paul Prunet, Comprendre la vie et ou comprendre les maladies. Avec petit retour sur l'histoire de la recherche sur le sida en France sur le site de Patrick Valas. L’équipe de Montagnier fait émerger des cultures cellulaires du patient BRU les traces d’un premier rétrovirus non HTLV en , virus reconnu cause du sida grâce aux contributions démonstratives de Robert Gallo en En février 1983, les spécimens cellulaires obtenus de trois patients sida en France donnaient les mêmes résultats : surnageant de culture Reverse Transcriptase positifs, protéines p24 et p19 HTLV négatifs, dans le laboratoire de R. Gallo à Bethesda. Consulter le Memo Regarding Chronological Summary of Experiments Leading to the Isolation of HTLV-III from AIDS and ARC sur le site de la , 2 pages. Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi recevront le prix Nobel de médecine en 2008 pour leurs travaux. Dans une lettre à la revue scientifique (2003) comme dans son discours du Nobel (2008), Luc Montagnier reconnaîtra à Jacques Leibowitch la place d’initiateur de l’hypothèse rétrovirale en France Luc Montagnier, 2003, 9Luc Montagnier, Nobel lecture, 2008. Pour autant, la liste patentée des découvreurs du HIV sida n’aura pas inscrit Jacques Leibowitch pour sa contribution initiatrice. L’historien des sciences Mirko Grmek revient en détail sur les étapes qui ont conduit à la découverte du virus du sida dans son ouvrage Histoire du sida, et la comporte de nombreux documents d'archives sur ce sujet. Le livre Sida 2.0, écrit par D. Lestrade et G. Pialoux, propose également de nombreux éléments sur l'histoire du sidaDidier Lestrade et Gilles Pialoux, Sida 2.0, Regards croisés sur 30 ans d'une pandémie.
Détection et élimination des sangs contaminés par le virus du Sida En 1984, tandis que l’équipe de Luc Montagnier s’efforce de mettre au point pour l'Institut Pasteur un test industriel de détection des anticorps anti-VIH, Dominique Mathez élabore avec Jacques Leibowitch à Garches un test artisanal utilisant des cellules tumorales infectées par le virus HTLV-III de Robert GalloMathez et al., « Antibodies to HTLV-III associated antigens in populations exposed to AIDS virus in France », The Lancet, 1984.. Grâce à ce test-maison, Mathez et Leibowitch constatent la fréquence inquiétante des personnes contaminées par le rétrovirus chez les polytransfusés, puis, en collaboration avec François Pinon, chef de la transfusion à l’hôpital Cochin, l’effarante proportion de donneurs de sang séropositifs (1 sur 200) dans une étude pilote historique menée sur donneurs de la région Paris et Île-de-France. Les résultats de cette étude sont présentés au Congrès d'hématologie de Bordeaux le . Les autorités sanitaires auront été dument mises en alerte sur ces questions et leurs conséquences pour les fractions antihémophiles (, Jean Baptiste Brunet, DGS, Catherine Manuel et Pascal Auquier, « Retour sur l'affaire du sang contaminé », La Recherche, juin 1996.). Grâce à ce test artisanal, 50 donneurs de sang séropositifs, assurément contaminants, auront été écartés de la transfusion, et 150 receveurs potentiels de ces sangs auront été protégés d’une contamination autrement inéluctableÉric Favereau et Armelle Thoraval, « Le procès du sang contaminé. », Libération, 17 février 1999..
Mesure de la charge virale et évaluation de l’efficacité des traitements Dominique Mathez et Jacques Leibowitch mettent au point à Garches un test biologique sophistiqué et fiable permettant de quantifier le virus actif chez les patients VIH+Productive human immunodeficiency virus infection levels correlate with AIDS-related manifestations in the patient, Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 1990, Mathez et al., un test qui leur permet de mesurer l'impact des traitements anti-VIH sur l'activité du rétrovirus chez le patient avant et sous traitement. En effet à partir de 1987, les patients français les plus atteints reçoivent de l’AZT avec l’espoir que cette molécule bloque la reproduction du virus. Et c’est dans l’intention de suivre l’évolution de la quantité de virus au cours de la maladie sous traitement que l’équipe de Garches travaille à la mesure de la charge virale. Leibowitch présentera aux spécialistes mondiaux réunis en congrès à Marnes-la-Coquette (colloque Pasteur-les Cent Gardes, ) ses résultats montrant que la monothérapie par AZT devient rapidement inefficace puisque la quantité de virus en activité chez le patient traité, après une baisse sensible d’un mois, ré-augmente ensuite malgré la présence continue d'AZTHIV expression levels in vivo : a surrogate marker for clinical endpoints in the evaluation of AIDS treatments ?, 1989, Quatrième Colloque des Cent Gardes, p299, Mathez et al., Présentation orale par Jacques Leibowitch. La mesure de la charge virale VIH en clinique devient à partir de 1996, dans sa version industrielle et commerciale, l’outil de référence pour suivre l’évolution de la maladie et l’efficacité des traitements. Jacques Leibowitch est le premier en France à accumuler des spécimens séquentiels de cellules du sang de patients (lymphothèque) et à les conserver vivantes au grand froid à partir de 1982. Cette banque de cellules se révèlera précieuse et prisée par la communauté scientifique.