vignette|Taxi automobile tracté par un cheval durant la pénurie de carburant consécutive à la Seconde Guerre mondiale, aux Pays-Bas.
L'histoire du cheval au est marquée par un profond changement dans la relation entre l'humain et le cheval. Dans les pays développés, l'animal militaire et utilitaire du début du siècle voit son utilisation réorientée vers le loisir et la compétition sportive. Dans cette époque d'un des trois grands bouleversements de cette relation, Jean-Pierre Digard voit une rupture majeure de l'histoire des sociétés humaines. Le statut utilitaire du cheval existait depuis le Néolithique. Les conséquences de cette rupture se manifestent notamment en termes de cadre et de rythme de vie.
En quelques décennies, le voit la fin des chevaux de transport urbain, déjà amorcée au . Ils disparaissent également du travail agricole, et donc du quotidien campagnard, alors qu'ils y étaient omniprésents au siècle précédent. Les cavaleries militaires cessent d'être employées et, parallèlement, un nouveau rapport relationnel se construit, basé sur l'utilisation sportive du cheval. L'hippisme se développe au contraire très nettement, soutenu par la popularité des paris sportifs. Des sports équestres apparaissent aux Jeux olympiques dès 1900 à Paris, avant que les épreuves olympiques actuelles ne soient admises de façon systématique à partir de 1912 à Stockholm. La pratique de l'équitation entre parmi les loisirs de masse dans les pays développés, le nombre de cavaliers connaît dès lors une augmentation importante doublée d'une nette féminisation. La randonnée équestre, qui était déconsidérée, est plébiscitée à la fin du siècle. Ainsi, le , qui a vu s'effondrer les effectifs de chevaux dans nombre de pays, est également marqué par le développement de l'équitation de loisir et l'apparition des chevaux d'agrément, au statut proche de l'animal de compagnie.
Certains peuples cavaliers, notamment ceux qui ont été intégrés à l'URSS tels que les Iakoutes et les Cosaques, perdent ou voient reculer leurs traditions équestres. D'autres, comme les Mongols, les conservent tout au long du siècle. La sensibilité envers le traitement du cheval s'accroît. L'hippophagie est l'objet d'un rejet de plus en plus fort dans les pays occidentaux. La mode de l'équitation éthologique se développe, notamment sous l'influence du film à succès L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux en 1998. La production artistique n'oublie en effet pas le cheval, que ce soit dans les films de western ou dans la littérature, avec notamment les romans de la série L'Étalon noir.
La fin d'un monde
La fin du cheval utilitaire est souvent passée sous silence par les historiens. L'importance des chevaux de traction, qui étaient au centre des déplacements humains et du travail agricole, est elle aussi largement oubliée. L'exploitation humaine de la force du cheval existait pourtant depuis cinq millénaires, dès l'époque néolithique. Avant le chemin de fer, la vitesse de transport sur terre n'avait presque pas évolué depuis l'Empire romain. Le cheval s'est révélé primordial dans l'histoire de l'humanité. L'abandon de la force animale dans les villes puis dans le monde paysan représente un événement majeur. Ce bouleversement n'est pas sans conséquences, l'énergie chevaline et l'énergie électrique ou motorisée occupant des niches complètement différentes en termes de sources d'approvisionnement et de productionLes chevaux naissent dans des élevages ruraux, tandis que l'électricité et les véhicules motorisés sont produits dans des usines.. La transition culturelle entre cheval et moteur (l'idée de passer de l'un à l'autre) semble plus facilement acceptée que la transition matérielle (le remplacement effectif).
Comme le souligne l'historien Daniel Roche, le cheval quitte les villes, campagnes, mines et terrains de bataille, mais il continue d'occuper une place importante dans les activités, les goûts et l'imaginaire humains.
Prémices vignette|Couverture du livre La Fin du cheval de Pierre Giffard (1899), qui prédit la disparition de l'animal au profit des bicyclettes et des automobiles. Le remplacement de l'énergie animale par les moteurs et les machines est déjà entamé à la fin du siècle précédent. Éleveurs de chevaux et vétérinaires s'alarment très tôt de la popularité de la bicyclette, convaincus qu'elle les mettra au chômage. L'invention du chemin de fer, celle du moteur à explosion et l'électrification ont déjà entraîné le remplacement de la traction animale par la machineL'utilisation de l'équitation comme moyen de transport a très nettement reculé au profit de l'attelage au siècle précédent, l'amélioration des routes permettant une circulation plus aisée des attelages. dans les pays développés. En 1899, le Français Pierre Giffard publie La Fin du cheval, un livre illustré par Albert Robida, dans lequel il défend la thèse du remplacement du cheval par la bicyclette et l'automobilePierre Giffard (ill. Albert Robida), La Fin du cheval, A. Colin, 1899, 238 p.. La même année, La Jamais contente pulvérise le record du monde de vitesse automobile en atteignant les . Aux États-Unis comme en FranceChristophe Studeny, L'invention de la vitesse : France, - siècle, Gallimard, 3 mai 1995, , , dès les années 1890, le cheval montre ses limites en termes de vitesse. Partout où s'implante une ligne de chemin de fer, il cesse d'être utilisé, ou bien se retrouve cantonné aux courts trajets attelés, généralement entre la gare et les villes pour le transport des marchandises et des personnes.
Économie de l'élevage vignette|gauche|Construction de la gare de Iaroslavl à Moscou, 1903 ou 1904. Les chevaux cessent d'être employés au transport longue distance quand s'implante une ligne de chemin de fer. Au début du siècle, les méthodes de sélection des chevaux sont abouties et empruntent à diverses influences, notamment au mendelisme, au darwinisme et à l'eugénisme. La mécanisation des transports et de l'agriculture, grâce à des machines hippotractées de plus en plus perfectionnées, permet d'exploiter la force du cheval avec de plus en plus d'efficacitéContrairement à une erreur répandue, ce n'est pas la mécanisation qui a causé la disparition du cheval, mais la motorisation et l'électrification. Voir entre autres l'ensemble de l'ouvrage de .. Jusque vers 1940, à l'échelle mondiale, la place du cheval dans l'économie et la vie quotidienne reste importante. De superbes chevaux de traction sont visibles, notamment en France, dans des entreprises de transport de marchandises lourdes. Vers 1925, les chevaux de transport routiers sont au sommet de leur développement physique. Durant tout le début du , l'élevage et l'utilisation des chevaux de travail apportent des revenus très confortables à certains pays. En Belgique, le championnat annuel du cheval de trait local attire autant de personnes que la fête nationale : des trains spéciaux sont affrétés et le roi préside la manifestation. Le cheval de trait conserve une « aura de prestige » plusieurs décennies après sa disparition en tant qu'animal de travail.
Évolution des effectifs Le cheval disparaît dans un premier temps des grandes villes. Le premier tramway électrique d'Angleterre est mis en service à Newcastle upon Tyne en 1901 pour remplacer un hippomobile.. La suppression des milliers de chevaux de trait de la compagnie des omnibus parisiens, envoyés à la boucherie en 1913, est elle aussi très symbolique. de la disparition des chevaux de trait français dans les grandes villes, sur la décennie 1910-1920, en particulier après la Première Guerre mondiale. Au Sud de la Loire, ce déclin est moins visible puisque le monde agricole ne recourt pas au cheval. Dans les années 1930, seules les entreprises de moyenne importance (type brasserie ou glacier) possèdent encore des chevaux de trait. Les chevaux urbains déclinent dès les deux premières décennies du aux États-Unis, une chute de l'ordre de 50 % entre 1910 et 1920. À Londres, les investissements pour la traction hippomobile sont divisés par dix entre 1901 et 1911, si bien qu'à l'aube de la Première Guerre mondiale, les achats hippomobiles sont déjà devenus rares dans tout le Royaume-Uni. L'arrivée de l'automobile est perçue comme une rupture avec l'ancien monde, recalant les machines à vapeur symboles de l'industrialisation du siècle précédent. Tout au long du , la construction et l'amélioration des routes se poursuit vers les zones rurales, y permettant la circulation d'automobiles en lieu et place des attelages hippomobiles.. Les résidents urbains et péri-urbains les plus riches et ceux de la classe moyenne sont parmi les premiers à s'équiper d'automobiles, en particulier pour se libérer des transports en commun. Aux États-Unis, seuls véhicules automobiles sont vendus en 1900, contre près de en 1915..
L'un des aspects les plus remarquables de l'histoire du cheval au est donc l'effondrement de ses effectifs dans tous les pays développés, avec la fin de son utilisation quotidienne. De trois millions en France en 1935, les chevaux passent à en 1948, à peine plus d'un million en 1966, puis les effectifs tombent au plus bas en 1989, avec seulement . Le phénomène touche de nombreux autres pays, notamment les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni : le nombre total de chevaux en Europe est estimé à seulement en 1990. Dans les années 1970, la France compte environ , dont seulement hors du monde des courses. Cet effondrement d'effectifs se produit à différentes époques, selon l'état de développement des pays. La Pologne compte encore 2 millions de chevaux dans les années 1980, du fait d'une motorisation tardive de l'agriculture. Ce chiffre tombe à environ dans les années 2000.
Le cheval en ville vignette|gauche|Une famille avec son cheval de trait dans les rues de Berlin en 1930. Au début du , les grandes villes sont saturées de véhicules hippomobiles et les chevaux de trait y sont omniprésents pour assurer tous types de transports. En 1900, le centre de Londres est autant victime d'embouteillages qu'au début du siècle suivant. La raréfaction des chevaux dans les environnements urbains s'accompagne de la disparition de structures liées à l'animal, telles que des écuries, haras et écoles de cavalerie. Ainsi, à Londres, une école d'équitation près de Hyde Park Gate est remplacée par un quartier résidentiel en 1914. Si le nombre de chevaux urbains a nettement décru tout au long du , le remplacement s'est révélé assez progressif. Des chevaux de trait sont toujours visibles dans les rues de Philadelphie dans les années 1950, et à Paris pour servir la société des glaciers jusque dans les années 1960. La disparition des chevaux participe à un vaste mouvement de recul de la place de la nature et de l'organique dans les villes. Dans les pays développés, quelques communautés qui refusent la modernité, comme celle des Amish, conservent des chevaux dans les environnements urbains.
Arguments en défaveur du cheval Au , une foule de raisons entraînent le remplacement des chevaux de transport et de travail par des véhicules automobiles. Les mouvements de protection animale sont, contrairement à une croyance répandue, globalement favorables à la fin de l'utilisation du cheval. Aux États-Unis, ils rejoignent un vaste mouvement nommé , qui multiplie les arguments contre le cheval. Les anglophones parlent de (âge d'inutilité du cheval) pour qualifier cette époque. Plus encore que les chevaux eux-mêmes, les conducteurs de véhicules hippomobiles sont la cible de toutes les critiques. Leurs exigences envers les conducteurs d'automobiles sont considérées comme irrecevables. Lors d'accidents entre une automobile et un véhicule hippomobile, c'est généralement ce dernier qui est blâmé.
Arguments économiques vignette|La rue Monge à Paris, au début du .