Les hospices de Beaune (ou hôtel-Dieu de Beaune) sont un hôtel-Dieu ou hospice de style gothique flamboyant. avec toiture en tuile vernissée de Bourgogne, fondé au par le chancelier des ducs de Bourgogne Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins à Beaune en Bourgogne.

Il est un des plus célèbres du monde, tant par sa fastueuse et remarquable architecture traditionnelle bourguignonne que par son prestigieux domaine viticole bourguignon dont la production est historiquement vendue aux enchères pour financer son fonctionnement, sous le nom de vente des hospices de Beaune. Actif jusque dans les années 1960, classé aux monuments historiques depuis 1862, inclut au patrimoine mondial au titre des Climats du vignoble de Bourgogne, il est à ce jour un musée d'histoire de la médecine et expose entre autres le polyptyque Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden.

C'est le monument le plus visité de la région Bourgogne-Franche-Comté (devant la Citadelle de Besançon et devant le château de Guédelon).

Les Hospices civils de Beaune Les hospices civils de Beaune, nés dans l'hôtel-Dieu, regroupent actuellement : Le centre hospitalier Philippe Le Bon de court séjour de Beaune, ouvert en 1971 Le Centre Nicolas Rolin de long et moyen séjour Deux structures d'hébergement pour personnes âgées dépendantes : Saint Luc et la charité/Rousseau Deslandes L'hôtel-Dieu des hospices de Beaune, les bâtiments historiques devenus musée Un domaine viticole qui permet les célèbres ventes aux enchères

Historique En 1441, à la fin de la guerre de Cent Ans, après avoir hésité entre Autun et Beaune, Nicolas Rolin, richissime chancelier de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et son épouse Guigone de Salins fondent cet hôtel-Dieu richement doté, proche de la collégiale Notre-Dame de Beaune du , et de l'hôtel des ducs de Bourgogne de Beaune du , siège du Parlement de Bourgogne.

Beaune est choisie pour son important taux de passage et pour son absence de grande fondation religieuse. L'influence flamande se fait sentir dans cette importante cité d'un État bourguignon qui s’étend alors jusqu'aux Pays-Bas.

Les premières démarches du chancelier commencent en 1441, en sollicitant le pape Eugène IVJean-Louis Mestre, « Les Fondations dans l'Histoire », in Charles Debbasch (dir.) Les Fondations : Un mécénat pour notre temps ?, Economica, Presses Universitaires d'Aix-Marseille, novembre 1987, p.13. et le duc de Bourgogne. Le est signé l'acte de fondation.

L'établissement est indépendant de tout ordre religieux. Les terrains nécessaires sont progressivement acquis, et les travaux commencent. Les bâtiments se présentent sous la forme d'un U autour d'une cour d'honneur, qui sera clos au XVe siècle d'une grange, puis du bâtiment XVIIe actuel sur son côté nord-ouest. Les travaux commencent par la grande salle sur la rue, achevée autour de 1449-50, et s'achève par le côté sud-ouest.. gauche|sans_cadre Chapelle et cimetière sont bénis les 30 et . Le , ce accueille ses premiers patients. Vieillards, infirmes, orphelins, malades, parturientes, indigents, fréquenteront gratuitement l'institution, du Moyen Âge au .

En 1459, le chancelier Rolin obtient la création de l'ordre des sœurs hospitalières de Beaune, dont la règle associe vie monastique et soins aux pauvres et aux malades. Après la mort du chancelier (en 1462), et six ans de procès contre son beau-fils, le cardinal d'Autun, sa femme récupère la direction de l'établissement. Elle y meurt en 1470.

Un incendie en 1500 oblige à reprendre les combles nord, reconstruits plus sobrement.

D'autres salles s'ouvriront par la suite, comme la salle Saint-Hugues en 1645, qui sera réservé aux hommes à la demande de Louis XIV en 1658, tandis que l'historique salle des pôvres sera réservée aux femmes. Une grange à grain fermera la seconde cour, au sud, en 1659, et sera reconstruite en 1738 pour donner l'actuel bâtiment des greniers. La salle Saint-Joseph a ensuite été aménagée en 1830. sans_cadre|droite Un nouvel hôpital est ouvert en 1971 au nord de Beaune, permettant le déménagement des activités de soins. Le séjour des personnes âgées dans les bâtiments historiques (salles Saint-Hugues et Saint-Nicolas) cessera au cours des années 80, permettant la restauration et l'ouverture à la visite de ces espaces. L'hôtel-Dieu de Beaune est un élément majeur de l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco des Climats du vignoble de Bourgogne en 2015, qui incluent, en plus des parcelles viticoles, les villes de Beaune et de Dijon.

Description La façade extérieure, relativement austère, contraste avec la richesse de la décoration de la cour d'honneur, avec ses célèbres toits en tuile vernissée de Bourgogne, et celle de l'intérieur de l'édifice. Le choix de l'ardoise pour le grand bâtiment date de la fondation du chancelier. Ce matériau était encore peu employé dans la région, et donc plus prestigieux que les tuiles. Il n'a pas été possible jusqu'à présent de déterminer à quelle époque des tuiles vernissées ont été employées pour la première fois sur ce bâtiment - déjà présentes sur la maquette du XVIIIe siècle. Les décors de faitage ont été largement restaurés et augmentés aux , par exemple avec l'ajout de gargouilles.

Cour d'honneur De forme rectangulaire, elle comporte un puits à eau en ferronnerie gothique. Elle donne vue sur les différents bâtiments aux toits en tuile vernissée de Bourgogne, technique probablement originaire d'Europe centrale, devenue caractéristique des monuments bourguignons (la grande salle est couverte d'ardoises de Trélazé).

Ces tuiles ont quatre couleurs (rouge, brun, jaune et vert) formant des motifs d'entrelacs géométriques. Elles ont été reconstruites entre 1902 et 1907 par Sauvageot qui a recréé des motifs personnels, les dessins originaux ayant été perdus. Les parties nord, est et ouest comprennent deux étages à galerie, avec colonnettes de pierre au rez-de-chaussée et de bois au premier, permettant le passage à l'abri des sœurs soignantes. De nombreuses lucarnes arborent des décorations sculptées en bois et en ferronnerie.

Grande salle « des pôvres » De dimensions imposantes (près de de long, de large et de haut), elle est couverte d'une charpente monumentale apparente et peinte, en forme de toit en carène de bateau renversée, couverte d'ardoise de Trélazé. Les ardoises étant importées elles avaient plus de valeur que les tuiles vernissées, ce qui explique que ce bâtiment, qui donne sur la rue, était qualifié de "palais des pôvres". Les poutres traversières sortent d'engoulants : gueules de dragons multicolores qui évoquent les monstres de l'enfer. De petites têtes sculptées, représentant des caricatures des bourgeois beaunois dont les visages sont accompagnés de tête d'animaux qui symbolisent leurs défauts respectifs, rythment les travées. Le carrelage comprend le monogramme de Rolin et sa devise : « Seulle * ». Ce mot accompagné de l'étoile signifie que sa femme, Guigone de Salins est la seule dame de ses pensées, ou fait référence à sa dévotion pour la Vierge (comme le tableau La Vierge du chancelier Rolin).

La salle est occupée par deux rangées de lits à rideaux bordant les murs sud et nord, la place centrale étant réservée aux tables et aux bancs pour les repas. Le mobilier a été reconstitué en 1875 par Maurice OuradouSite web consacré aux hospices de Beaune. (le gendre de l'architecte Viollet-le-Duc). Deux patients pouvaient se coucher sur chaque lit. Derrière chaque lit, un coffre permettait de ranger les vêtements des malades. Un couloir comportant une banquette équipée de chaises d'aisance court le long du mur derrière les rideaux.

Chapelle Elle fait partie intégrante de la salle des « pôvres » et était décorée, à l'origine, du polyptyque du Jugement dernier, du peintre flamand Rogier van der Weyden, fermé en semaine et ouvert pour les dimanches et fêtes solennelles. Guigone de Salins y repose. Un jubé en bois sépare, depuis la restauration des bâtiments, chapelle et salle des malades.

Salle Sainte-Anne Située au sud, au contact de la salle des « pôvres », et dédiée à sainte Anne, d'une capacité de quatre lits.

Salle Saint-Hugues Voisine de la dernière, elle a été créée en 1645 et comprend quelques lits destinés à des malades plus aisés. Elle est remarquable par ses peintures murales d'Isaac Moillon représentant différents miracles du Christ ainsi que saint Hugues, en évêque et chartreux. Il est aussi représenté sur le retable de l'autel, ressuscitant des enfants morts de la peste. Cette salle de malades a été réaménagée dans son décor du .

Salle Saint-Nicolas Située au sud-ouest de la cour d'honneur, et dédiée à saint Nicolas, elle était destinée aux malades les plus graves, avec 12 lits. Elle sert actuellement de salle d'exposition sur l'histoire des Hospices et de son vignoble. Un pavage de verre permet de voir couler la Bouzaise qui servait à l'évacuation des eaux usées.

Salle Saint-Louis Dédiée au roi Saint Louis, elle ferme la cour au nord et a été construite en 1661 à l'emplacement d'une grange. Cette pièce contient de beaux coffres gothiques, une fontaine et deux séries de tapisseries du , dont l'une tissée à Tournai raconte en sept épisodes la parabole du Fils prodigue et l'autre provenant de Bruxelles évoque l'histoire de Jacob. Elle présente également l'activité viticole des Hospices.

Salle Polyptyque du Jugement Dernier

Les Hospices de Beaune abritent une œuvre remarquable, peinte au , le polyptyque du Jugement dernier du peintre flamand Rogier van der Weyden, polyptyque à volets mobiles rectangulaires, composé à l'origine de neuf panneaux de chêne à fil vertical peints, dont six sur les deux faces initialement exposées dans la chapelle des « pôvres » malades.

Probablement réalisé entre 1446 et 1452, ce retable a d'abord été attribué à Jan van Eyck en 1836 avant d'être attribué à Rogier van der Weyden en 1843. Scié sur toute l'épaisseur des panneaux, l'envers et l'endroit (correspondant aux positions ouverte et fermée) sont exposés conjointement dans une même salle spéciale climatisée.

Cuisine Dotée d'une vaste cheminée à deux foyers, elle est meublée de différents éléments dont un tourne-broche automatisé datant de 1698, animé par un petit automate en costume traditionnel appelé « Messire Bertrand » qui semble tourner la manivelle en veillant aux activités de la cuisine.

La cuisine est aujourd'hui présentée comme elle était au début du avec son grand fourneau muni de deux robinets d'eau chaude appelés « cols de cygne ». Une statue de sainte Marthe et la Tarasque, en bois polychrome (), veille sur la pièce, encadrée de bassines de cuivre.

Apothicairerie (laboratoire et pharmacie) Cette apothicairerie comprend deux petites pièces avec ses étagères de flacons et de fioles. La première salle (le laboratoire) présente un mortier en bronze doté d'un arc accroché au pilon permettant d'alléger son poids et ainsi de faciliter le travail des apothicaires lors de la préparation des remèdes. Dans la deuxième salle (la pharmacie), les étagères présentent une collection de 130 pots de faïence datés de 1782 dans lesquels étaient conservés plantes médicinales, onguents, huiles, pilules et sirops de la pharmacopée des simples médecines.

Cour des fondateurs et bâtiment des greniers La cour des fondateurs est située entre le bâtiment sud de la cour d'honneur et le bâtiment dit des greniers. Elle abrite un jardin, avec deux statues (Nicolas Rolin et Guigone de Salins), et offre une vue sur le jardin de l'Ehpad, au sud-ouest, qui est toujours en activité au sein de l'Hôtel-Dieu.

À l'étage : galerie haute, chambre du Roy et dortoirs des sœurs