Hans-Joachim Klein, né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Sainte-Honorine-la-Guillaume, est un ancien membre de l'organisation de guérilla urbaine d'extrême gauche, Revolutionäre Zellen (Cellules révolutionnaires) active en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970-80.

En 1975 à Vienne, lors d'une conférence des ministres de l'OPEP, il participe à une prise d'otages organisée par le terroriste international Carlos qui fait trois morts. Il est grièvement blessé mais parvient à se réfugier à Alger avec le reste du commando.

En 1977, il annonce publiquement se dissocier de la lutte armée et raconte sa dérive dans le livre La Mort mercenaire, publié en français en 1980.

Caché pendant deux décennies en France par des amis haut placés, il parvient à échapper à tout jugement mais il est finalement interpellé en 1998 et poursuivi pour son rôle dans la prise d'otages meurtrière de l'OPEP. En 2001, il est condamné à 9 ans de prison, puis libéré sur parole en 2003 et finalement gracié en 2009.

Biographie

L'enfance et l'adolescence

Hans-Joachim Klein naît dans une famille ouvrière. Son père est policier. Sa mère, à laquelle il est très attaché, est internée pendant deux ans dans le camp de concentration de Ravensbrück pour avoir violé les lois sur la « pureté raciale »Christophe Boltanski, L'incroyable destin de M. Klein, Dirk pour les amis, nouvelobs.com, 27 septembre 2008, Texte intégral. sous le régime nazi en ayant un amant juif. Quelques mois après la naissance de Klein, le , elle se suicide avec l'arme de service de son mari. Klein est alors placé en famille d'accueil jusqu'à l'âge de 8 ans. De retour, contre sa volonté, chez son père remarié, il est régulièrement battu et physiquement abusé par celui-ciMichaël Prazan, Une histoire du terrorisme, Flammarion, 2012, Extraits en ligne. La majeure partie de sa vie, Hans-Joachim Klein a cru que son père avait été Waffen-SS et que l'internement de sa mère était dû au fait qu'elle était juiveDaniel Psenny, Un certain Monsieur Klein, Libération, 23 février 1995, texte intégral..thumb|droite|Les événements de 68 à la Maison de l'Histoire de la République fédérale d'Allemagne à Bonn. À 16 ans, il quitte l'école et devient apprenti carrossier pendant 3 ans. Il fait un séjour en maison de correction tout en fréquentant le milieu alternatif dans le quartier de Westend à Francfort-sur-le-Main.

En 1967, Klein purgea une peine de huit mois en centre de rétention pour jeunes pour avoir dérobé son portefeuille à un passant.

La fréquentation des organisations gauchistes L'année 1968 En 1968, il a 21 ans. C'est au cours d'une violente manifestation contre la guerre du Viêt Nam et les bases américaines de Francfort qu'il se radicalise en voyant un policier frapper une étudiante : « Je suis entré dans une rage folle. Tout mon monde s'est effondré. Mon père m'avait toujours appris que les policiers étaient des amis. ». Il fréquente de nombreuses organisations gauchistes allemandes, le mouvement The Red Army Faction, a Documentary History : Volume 2: Dancing with Imperialism, 2000, page 267..

Les rencontres dans les squatts en 1971 Dans les amphithéâtres de l'université de Francfort, il s'invite et fréquente les groupes les plus radicaux.

En 1971, il rencontre, dans une communauté de la Lichtensteinstraße, Hanna Krabbe, un exemple révolutionnaire pour lui. Klein a changé de logement presque une douzaine de fois et partagé un habitat communautaire avec Joschka Fischer, rencontré lui aussi en 1971, et Daniel Cohn-BenditSophocle, Les candidats et ceux qui vont compter en 2012, Archipel, 2011, .. Tous les trois sont alors activistes au sein de l'opposition extra-parlementaire (APO) et du groupe Revolutionärer Kampf. Un milieu dont ont fait partie aussi Werner Olles, qui militait à Francfort dans les rangs du SDS en 1968-1969, puis devient permanent des jeunesses socialistes (Juso) entre 1973 et 1977 et collabore ensuite régulièrement à l’hebdomadaire berlinois Junge Freiheit, organe de presse non conformiste, Günter Maschke ou Botho Strauss :les Konvertiten, anciens activistes du mouvement de 1968. ..

Klein et Joschka Fischer créent un « groupe de nettoyage pour la défense des manifestations » et dérobent aux policiers du matériel comme des pistolets, des boucliers, des masques et des matraques"Une histoire du terrorisme", par Michaël Prazan, Editions Flammarion 2012 ..

Fischer rappellera plus tard dans une interview : « Je n'ai jamais nié avoir utilisé la force pendant près de dix ans pour renverser l'ordre constitutionnel de la République fédérale. ».

La fondation du Secours rouge en 1972 En "La contribution de Francfort au terrorisme révolutionnaire mondial", par Werner Olles, le 10 novembre 2000 ., il est cofondateur d'une nouvelle version du « Secours rouge allemand », organisation de défense de droits de l'homme qui avait disparu depuis la Seconde Guerre mondiale avant d'être relancée en France en . Lui-même date son adhésion de 4 mois plus tard : « après l'arrestation d'Andreas Baader (le ) et des autres, nous décidons de créer un Secours rouge (Rote Hilfe) pour lutter contre les conditions de détention et comme je ne cache pas ma sympathie pour la Bande à Baader, je suis contacté. Je les rencontre et je leur dis que je les soutiens mais qu'il est hors de question pour moi de plonger », racontera-t-il à Daniel Cohn-Bendit en 1986"Nous l'avons tant aimée, la révolution", par Daniel Cohn-Bendit FeniXX, 1986 ..

Une biographie plus approximative de Cohn Bendit placera au contraire cette adhésion à l'automne 1974. En , Klein est au contraire déjà parti frustré par ce groupe qui, à son avis, s’était révélé incapable d’organiser politiquement la lutte révolutionnaire dans les métropoles et était devenu un « club social charitable ». Cependant, les détenus de la RAF n'acceptaient de liens qu'en échange du ralliement à leur cause"Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire: Terrorisme et révolution par les textes" par Alain Bauer, François-Bernard Huyghe, aux Presses Universitaires de France, 2018, auquel ont procédé de nombreux membres du Rote Hilfe comme Wolfgang Grams ou Volker Speitel.

Le basculement dans la lutte armée Des manifestations violentes, Klein passe au cocktail Molotov, puis aux petites actions terroristes aux côtés de Wilfried Böse, le leader des Cellules révolutionnaires (Revolutionäre Zellen, RZ).

La mort d'Holger Meins et la visite de Sartre à Andreas Baader La mort d’Holger Meins le dans une grève de la faim, aurait été selon le livre écrit en 1978 par Hans-Joachim Klein « le point décisif pour dire adieu à la politique légale, la politique de l’impuissance et de la stérilité »Fiche de lecture, Le Charançon Libéré, lundi 21 septembre 2009 .. Il porte une photo du corps émacié de Meins dans son portefeuille. « Je ne peux pas dire exactement à quel moment je suis devenu un terroriste, mais la mort d'Holger Meins en , a sûrement fait tout basculer. ».

Ce décès a lieu alors que les visites de l'écrivain Jean-Paul Sartre et Daniel Cohn-Bendit à Andreas Baader viennent d'être annoncées, cinq jours plus tôt, dans la presse. Klein, qui avait déjà servi de garde du corps à des personnalités, fait office de chauffeur, tandis que son ami Daniel Cohn-Bendit fait le traducteur. Sartre déclare à la télévision allemande qu'il n'est pas d'accord avec Baader, mais le rencontre le pour s'enquérir de ses conditions de détention à la prison de Stuttgart-Stammheim, à la demande de son avocat Klaus Croissant et de ses codétenues Gudrun Ensslin et Ulrike Meinhof"« Ce qu'il est con... » Des idées aux corps : Sartre, Baader et la grève de la faim, par Grégory Cormann et Jeremy Hamers dans Les Temps Modernes en 2012 .. Les leaders de la Bande à Baader viennent de lancer leur grève de la faim et Sartre s'enquiert de leur santé"La mort lente d'Andreas Baader", par Jean-Paul Sartre, le 7 décembre 1974 dans Libération .. Sartre et Cohn-Bendit sont pris en photos lors de la conférence de presse, très critiquée en Allemagne"Quarante ans après, l'Allemagne héroïse-t-elle trop les terroristes de la bande à Baader?" par Adrienne Rey dans Slate du 19 décembre 2017 . car Heinrich Böll, prix Nobel de littérature en 1972, avait rencontré un peu plus tôt en prison Ulrike Meinhof, l'autre cerveau de la bande à Baader, et tenté deux ans plus tôt d'apaiser le climat, en proposant de faciliter sa reddition, en bénéficiant d'un profil personnel moins controversé et plus consensuel que Jean-Paul Sartre et Daniel Cohn-Bendit.

Le contact avec Sartre avait été établi par l'un des avocats de la bande à Baader, Klaus Croissant, et par Daniel Cohn-Bendit qui ne partageait pas les vues des terroristes, mais les considérait comme faisant partie de la gauche"Le défi européen: de 1963 à nos jours ", par Hélène Miard-Delacroix - 2011, page 166 .. Un mois avant l'entretien, le , Sartre avait rendu publique cette demande à l'avocat de Baader, en disant que Daniel Cohn-Bendit pouvait servir d'interprète durant l'interview. Le juge dit alors aux journalistes qu'il ne doutait pas que cette rencontre aurait lieu ; cela prendra en fait un moisL'Express de Neuchatel du 5 novembre 1974 ., le procureur freinant.

Le , quatre jours après la déclaration de Sartre, Holger Meins, l'un des membres de la bande à Baader emprisonnés, décède de la grève de la faim lancée par le groupe. Dans une note du , le procureur Siegfried Buback se déclare toujours hostile à cette visite de l'écrivain français, dont « l'autorité philosophique pourrait être exploitée ».

Le prestigieux écrivain allemand Heinrich Böll venait d'obtenir, avec beaucoup de difficultés, l'autorisation de visiter Ulrike Meinhof. Deux ans auparavant, Heinrich Böll avait publié le , un peu avant de décrocher son Prix Nobel de littérature, un article retentissant dans Der Spiegel, par lequel il demandait de gracier Ulrike Meinhof et de lui procurer un sauf-conduit, pour éviter qu'elle ne soit tuée dans un éventuel affrontement, car son « procès doit avoir lieu, et il faut qu'une Ulrike Meinhof vivante en tienne le rôle principal, avec le monde entier pour témoin »"Modèles pour analyser le phénomène du terrorisme" par Paul Ponsaers dans la revue Déviance et société 1978 .. Ulrike Meinhof n'a alors commis aucun crime, mais elle a participé à la libération violente d'Andreas Baader le , qui a dégénéré et causé un mort. Considérée comme le nouveau cerveau du groupe, sa reddition et son procès auraient un impact. L'article du , d'Heinrich Böll dans Der Spiegel manque cependant son but, en raison du climat ambiant très tendu, mais aussi de son ton pas suffisamment conciliant"Understanding Heinrich Böll" par Robert C. Conard, Univ of South Carolina Press, 1992., en particulier dans sa critique visant l'agressivité avec laquelle la presse du groupe Springer, « Bild » en tête, organise la campagne contre les terroristes. L'écrivain réagissait à un gros titre de Bild attribuant le meurtre d'un policier à la bande à Baader, alors qu'il était encore en soins et touché dans un braquage de banque dont les auteurs étaient encore inconnus. Le déjà, Renate Riemeck, la mère adoptive d'Ulrike Meinhof avait publié dans le journal Konkret, dont Meinhof fut l'éditorialiste jusqu'en 1968 et avait épousé le directeur, une lettre titrée : « Ulrike, abandonne ! » et lui écrivant : « vous affaiblissez toute résistance contre les tendances pré- et post- fascistes ».