La guerre de Succession de Bourgogne (1477-1482) est une entre le roi de France Louis XI et la duchesse Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, mort le .
Louis XI lance immédiatement une offensive sur le duché et sur le comté de Bourgogne. À la suite du mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche (), membre éminent de la maison de Habsbourg, la guerre s'étend aux Pays-Bas bourguignons.
Au terme de cinq ans de guerre, Louis XI impose à Maximilien, veuf de Marie depuis , le traité d'Arras (), très favorable à la France, qui sera cependant corrigé sous le règne de Charles VIII par le traité de Senlis (1493).
Contexte
La maison de Valois-Bourgogne Une branche cadette de la maison de Valois, qui règne sur la France depuis 1328 : les ducs de Bourgogne de cette période sont cousins des rois de France, tous descendants du roi Jean le Bon Les ducs de Bourgogne : Philippe le Hardi, Jean sans Peur (1371-1419), Philippe le Bon (1396-1467), Charles le Téméraire (1433-1477), Marie de Bourgogne (1456-1482), Philippe le Beau (1479-1506 ; régent : Maximilien d'Autriche) ; Charles de Habsbourg (1500-1558), le futur Charles Quint L'État bourguignon, une puissance à cheval sur la France et sur l'Empire : les Pays de par delà (les Bourgogne) et les Pays de par deçà (Pays-Bas bourguignons)
Louis XI et Charles le Téméraire Conflit ancien entre Louis XI et Charles le Téméraire, encore prince héritier de Bourgogne : guerre du Bien public (1465). Traité de Péronne (1468) : Louis XI humilié. Reprise de la guerre et siège d’Amiens (1471) ; siège de Beauvais (1472) Conquête et ravage de la Picardie face à l'invasion d'Edouard IV d'Angleterre allié à Charles le Téméraire (1475)
Les guerres de Bourgogne et la mort de Charles Guerres de Bourgogne entre Charles et les cantons suisses, soutenus par Louis XI Attaque de Charles contre la Lorraine ; mort lors de la bataille de Nancy.
Charles le Téméraire mort, prend prétexte du défaut de lignée masculine à la succession du fief et de son souci de préserver les droits de la duchesse héritière (encore célibataire) dont il est le parrain pour lancer l'armée française vers la Bourgogne et la Picardie.
La guerre de Succession de Bourgogne La première campagne () L'armée française, commandée par Georges de La Trémoille atteint très vite Dijon et occupe le duché de Bourgogne., puis envahit le comté, qui devient le principal théâtre d'opérations.
Dans le même temps, Louis XI envoie son grand maître des arbalétriers Jean d'Estouteville, s'emparer des dernières villes de la Somme sous contrôle bourguignon en Basse-Picardie. Il entre dans Abbeville le accueilli par la population mais il doit négocier le départ de la garnison flamande qui occupe le château. Il soumet peu après Le Crotoy, Rue puis Montreuil. La Haute-Picardie se soumet également grâce au ralliement de Philippe de Crèvecœur, ainsi les villes de Péronne, de Bohain et de Saint-Quentin passent sous l'autorité du roi.
En quelques jours, la Bourgogne et la Picardie sont définitivement rattachées au domaine royal et le comté d'Eu, que Charles le Téméraire venait d'acheter à son cousin Jean de Bourgogne, est également annexé. Louis XI souhaite alors continuer son expansion dans le comté de Bourgogne et en Artois, qui reconnaissent Marie de Bourgogne comme leur suzeraine légitime.
Controverse juridique entre Louis XI et Marie de Bourgogne vignette|gauche|Entouré des quatre vertus (Droiture, Raison, Justice et Vérité), fait valoir ses droits sur le duché de Bourgogne, entre autres possessions du défunt duc Charles le Téméraire.
Charles d’Amboise entre le à Dijon et publie les lettres du roi datées du , rappelant aux habitants que le duché de Bourgogne fait partie du royaume de France.
Marie de Bourgogne réplique en écrivant aux habitants du duché le qu’elle n’a pas besoin de protection et que le duché n'est pas un apanage, s'appuyant sur le texte des lettres d'inféodation de 1363Bertrand Schnerb, « La plus grande héritière du monde », dans Bruges à Beaune. Marie, l'héritage de Bourgogne, Paris, 2000, ..
Pour légitimer le coup de force royal, les gens du roi opposaient que le duché avait été par deux fois donné à un fils de France par les rois Robert II puis Jean II. Certes, le roi Jean II avait hérité du duché de Bourgogne à la mort de Philippe de Rouvre en 1361 comme plus proche parent de celui-ci : par sa mère, Jeanne de Bourgogne, Jean II était son cousin. Mais même s'il s’agissait d’un héritage plutôt que d'un retour au domaine après une déshérence, la Bourgogne était bien à ce moment entrée dans le domaine royal. En concédant deux ans plus tard le duché à son fils Philippe, le roi prenait bien sur le domaine royal. Il ne pouvait, d'après eux, s'agir que d'une constitution d'apanage, même si le mot d'apanage ne figure jamais dans les lettres de 1363. Or, les concessions d’apanage avaient, à partir de 1314 et tout au long du , été faites sans qu’on tînt compte des filles.
Marie rappela également que les acquisitions de ses prédécesseurs, l’Auxerrois, le Charolais, le Mâconnais, n’avaient pas été à charge de succession masculine. Les Bourguignons, cependant satisfaits des annonces du roi qui proclamait une amnistie et l’abolition des impôts créés par le Téméraire, se déclarèrent fidèles sujets du roi. Le roi eut la grande habileté d’ajouter à ce qu’il avait promis en créant le un parlement de Bourgogne. Il y eut bien une révolte en 1477 mais elle fut écrasée brutalement par La Trémoille.
La révolte du comté de Bourgogne
Le comté, terre d'Empire, n'est pas concerné par les relations féodales entre Louis XI et la maison de Bourgogne, cependant plusieurs villes comtoises sont conquises par les troupes françaises et le , les États du comté font leur soumission au roi de France, contre l'avis d'une partie de la population.
L'installation d'une garnison française à Dole, la capitale (Besançon étant une ville libre impériale), suscite une révolte victorieuse, et assez vite le comté entier est en rébellion contre l'occupation française. Dès le mois suivant, Vesoul chasse les occupants, ce qui les force à quitter provisoirement le comté, afin d'adapter une nouvelle stratégie d'occupation.
Le mariage de Marie vignette|upright|La duchesse Marie de Bourgogne.
Projet de mariage avec le dauphin de France Le , Philippe de Commynes fit part au roi de sa crainte de ce que chercher à s’emparer militairement des territoires du duc de Bourgogne pouvait être hâtif et malavisé. Il conseilla au roi de tout faire pour obtenir la main de Marie pour son fils. Ainsi, la France pourrait absorber sans difficulté l'ensemble des États réunis par les ducs de Bourgogne : le royaume aurait annexé de fait de nombreuses et très riches terres d'Empire (Hainaut, Brabant, Hollande, Zélande, Luxembourg) comme autrefois le Dauphiné. Le roi ne fut pas satisfait des propos de son conseiller et il l'envoya dans le Poitou pour surveiller le duc de Bretagne.
En fait, du vivant de Charles le Téméraire, envisageait de marier Marie de Bourgogne à son fils, le dauphin Charles, et il n'avait pas abandonné cette idée. Cependant, il devait prendre en compte les inconvénients qu'impliquait une stratégie uniquement diplomatique : une politique d’amitié et conciliation pouvait permettre aux dirigeants bourguignons de se ressaisir et donner la possibilité à la principauté de se reconstituer et de retrouver sa puissance et elle pouvait très bien ne pas déboucher sur le mariage attendu ; le dauphin était fiancé avec Élisabeth d’York ; certes Louis accepta de revenir sur cet engagement en 1482 mais la situation de l’Angleterre était bien différente à cette date de ce qu’elle était en 1477 : que eût soigneusement évité de jamais demander publiquement la main de Marie semble impliquer qu’il avait conscience qu’un contrat unissant son fils à Marie risquerait de l’entraîner dans une guerre avec les Anglais car ce projet signifiait l’abandon du mariage du dauphin avec Élisabeth d’York, clause du traité de Picquigny tout miser sur la diplomatie et un mariage n'avait aucune garantie de réussite : Marie pouvait très bien refuser d'épouser un enfant de sept ans, de treize ans son cadet, et les dirigeants flamands qui tenaient Marie n'avaient pas nécessairement envie de se placer sous la souveraineté effective du roi de France.
vignette|gauche|upright|Philippe de Commynes.
Dans son récit, rédigé douze ans après les faits, Philippe de Commynes ne prend pas en compte ces éléments. Mais il reste néanmoins prudent sur ce qu'il aurait convenu de faireGeorges Bordonove, , le diplomate, Pygmalion, coll. « Les rois qui ont fait la France », 1986, . :
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Quoi qu'il en soit, essaya quand même de faire aboutir le mariage de son fils et de la fille de son ennemi. À cette fin, envoya des ambassadeurs à Gand chargés de les circonvenir : les voulant discrets, il les choisit parmi les plus modestes de son entourage. Olivier Le Daim fut envoyé auprès de Marie, tenue presque captive dans son château de Gand par les Gantois qui voulaient la convocation des états généraux de Flandre et la restauration de leurs privilèges. Olivier fut mal reçu, ne parvint pas à obtenir la soumission de Gand et il quitta la ville alors qu’on parlait de le jeter dans la rivière. La cour de Marie envoya alors une ambassade composée du chancelier Guillaume Hugonet et de Guy de Humbercourt : favorables au mariage avec le dauphin, les deux principaux conseillers de Marie évoquèrent celui-ci. Hugonet et Humbercourt donnèrent même carte blanche au roi pour s’emparer de l’Artois et de fait, les troupes du roi qui s'étaient emparées de la Picardie n'eurent pas de difficulté à prendre l'Artois. Ainsi, le roi fit son entrée à Arras le . Le roi reçut dans cette ville une délégation mandatée par les états de Flandre à laquelle il déclara qu’il souhaitait marier son fils à Marie à condition que celle-ci se plaçât sous sa protection. Contrairement aux conseillers de Marie, les délégués trouvèrent cette proposition inconcevable.
La crise flamande Le roi tenta d’exploiter la mésentente qui existait entre les Flamands et la cour de Marie de façon à s’assurer l’appui de celui des deux partis qui se tournerait vers lui. Lorsque ses conseillers exhibèrent une lettre où l’héritière déclarait vouloir que toutes ses affaires fussent dirigées par Hugonet, Humbercourt et deux autres de ses intimes, les ambassadeurs flamands qui prétendaient que les états généraux détenaient le pouvoir suprême se mirent en colère et ils quittèrent Arras le . Revenus à Gand, les envoyés traitèrent la duchesse de menteuse qui dut s'excuser. Les Gantois se révoltèrent à nouveau, se saisirent d’Hugonet et Humbercourt qu’ils accusèrent d’avoir livré l’Artois et d’avoir accepté les dons du roi et ils les firent décapiter le . Le roi condamna cette exécution et prit les familles des deux hommes sous sa protection.
vignette|gauche|upright|Maximilien et Marie de Bourgogne.
La mort d’Hugonet et Humbercourt et le fait que la duchesse Marguerite d'York ait éloigné de la cour le prince-évêque de Liège avaient décapité le parti favorable au mariage français. Entre-temps au duché de Gueldre, il y eut une révolte contre Marie, mais aux rebelles manquait leur chef : l'héritier, Adolphe de Gueldre, était en effet en captivité en Flandre. Marie fit libérer Adolphe en lui demandant de commander l'armée contre les Français et d'arrêter l'insurrection en Gueldre en lui laissant entendre qu'elle pourrait l'épouser. Cependant, Adolphe périt au cours du siège de Tournai (1477), empêchant la réalisation de ce projet..
Mariage avec l'archiduc Maximilien ()