Wolfgang Musculus (Müslin, Meuslin ou Mäuslin)Meuslin et Musculus signifient « petite souris » en francique lorrain, respectivement en latin. est un pasteur et un théologien réformateur originaire du duché de Lorraine, né le à Dieuze et mort le à Berne.

Il est né dans la ville de Dieuze (en allemand : Duss), alors située dans le bailliage d'Allemagne, une circonscription administrative du duché située dans l'ancienne province du Westrich (aujourd'hui dans le Saulnois, département de la Moselle) ; c'était alors une terre de langue germanique, plus précisément francique, jusqu'aux repeuplements consécutifs aux désastres de la guerre de Trente Ans.

Son père, Antoine était un tonnelier, originaire de Dieuze ; sa mère, Angela Sartori, était originaire de Domnon (à l'époque "Domenheim").

Passionné par le chant, le savoir, les langues, l'humanisme et la religion, il est entraîné dans les tempêtes et les déchirures religieuses de son époque. Son talent le fait connaître dans l'Europe protestante et la tradition orale de ses chants résonne encore aujourd'hui dans les temples réformés.

En 1527, à la suite des fortes tensions religieuses dans les fiefs environnants, liées aux suites de la guerre des Paysans, il quitte le monastère bénédictin de Lixheim (actuel département de la Moselle) pour rejoindre Strasbourg et se consacrer à la Réforme. Il est ensuite envoyé à Augsbourg. Il quitte la ville en 1548 en réaction à l'introduction de l'intérim d'Augsbourg, arrive en Suisse et devient professeur de théologie à Berne à partir de 1549.

Biographie Dieuze, Sélestat et Lixheim Wolfgang Musculus est très vite attiré par les études. Après avoir suivi les enseignements de base dans son village, il se rend dès l'âge de 12 ans à Rappoltsweiler (en français Ribeauvillé) en Alsace dont il apprécie la qualité de l'enseignement. Il subvient à ses besoins quotidiens en chantant dans les rues et parvient à gagner la protection du comte Guillaume XI de Rappoltstein (en français Ribeaupierre). Il poursuit ensuite ses études à Colmar puis à Sélestat en 1510 et 1511.

Cette dernière ville possède en effet une des écoles les plus réputées de l'époque, spécialisée dans la traduction d'ouvrages anciens. Wolfgang y est l'élève de Johann Sapidus, qui est son aîné de 7 ans seulement, et qu'il retrouvera plus tard à Strasbourg. Juristes, philosophes et écrivains humanistes célèbres de l'époque sont ses condisciples ou ses professeurs. Il s'initie au chant et surtout aux langues, en particulier le latin et le grec.

Sur la route de Dieuze, en allant rendre visite à ses parents, il s'arrête au passage à Lixheim, dans la seigneurie de Lutzelstein (La Petite-Pierre). Grâce à sa cousine Sophie, il fait la connaissance des moines bénédictins du lieu et les impressionne par la qualité de son chant. Ceux-ci sont prêts à l'accueillir comme novice en prenant en charge tous les frais. C'est ainsi que Wolfgang est ordonné prêtre en 1512, à l'âge de 15 ans, par l'évêque de Metz, après avoir obtenu l'autorisation de sa famille. Il revient ensuite à Lixheim où il travaille dans le calme de la bibliothèque ou des forêts environnantes. Il entreprend avec un zèle exceptionnel la traduction des Métamorphoses d'Ovide (à l'école de Sélestat depuis Krafft Hoffman et sans doute avec Johann Sapidus, son élève et successeur, on lisait assidûment Ovide). Wolfgang en est arrivé au sixième livre lorsque l'érudit messin Claudius Cantiuncula (Chansonnette), ébloui par son travail, se fait confier les manuscrits, qu'il ne lui rendra jamais — Les Métamorphoses seront traduites en 1545 par l'alsacien Jörg Wickram.

Dès 1518 Wolfgang se familiarise avec les écrits de Martin Luther, dont 22 livres sont publiés à Strasbourg en 1519 et 1520. Il convertit bientôt les moines de Lixheim aux thèses de ce dernier et on lui donne désormais le surnom de « moine luthérien », ce qui lui attire les foudres des évêques de Metz et de Strasbourg. Il est menacé à plusieurs reprises, mais protégé par Reinhard de Rotenburg, bailli de La-Petite-Pierre, lui aussi converti aux thèses luthériennes.

Guerre des Paysans En 1525, pendant la guerre des Paysans, le monastère de Lixheim est pillé. Il est difficile de situer l'attitude de Musculus dans le conflit. En tout cas, il est présent à Saverne parmi les paysans insurgés, au moment où le corps expéditionnaire d'Antoine, duc de Lorraine encercle la ville, le lundi . Le moine fuit dans des conditions épiques, poursuivi par la soldatesque ducale, à laquelle il parvient à échapper de justesse. Puis il se réfugie à Strasbourg. De retour au monastère quelque temps plus tard, il étend son influence au point qu'on le choisit à l'unanimité comme prieur. Mais, déçu par la vie monastique ou inquiété par la sévère répression du luthéranisme sur les terres du Westrich, il se désiste.

Strasbourg En 1527, Musculus quitte le monastère de Lixheim pour revenir à Strasbourg en compagnie de Margaretha Bart, une jeune femme originaire de Lixheim. Arrivés à Strasbourg presque sans un sou, ils vivent tous les deux de « petits boulots » jusqu'au jour où Wolfgang devient l'assistant de Martin Bucer, réformateur issu lui aussi de l'école de Sélestat. Musculus et Margaretha se marient en décembre de la même année, à l'église Saint-Pierre-le-vieux.

Après un court séjour à Dorlisheim où il ouvre une école pour subsister, il revient à Strasbourg pour travailler l'hébreu en compagnie de Capito et Bucer, réformateurs strasbourgeois. Il réalise un dictionnaire hébraïque qui va longtemps rester une référence (Capito réalisera une grammaire). Il profite également de son séjour pour reprendre ses études en théologie.

Augsbourg Il ne reste pas longtemps à Strasbourg car les théologiens de cette ville ont gagné à leurs idées le conseil de la ville libre d'Augsbourg. Il est envoyé en Souabe en compagnie de Theobald Niger. En 1531, il prend en charge la paroisse Sainte-Croix et en 1537 il devient prédicateur de la cathédrale Notre Dame qui est enlevée aux catholiques. Délégué de la ville d’Augsbourg, il participe en 1536 à l’élaboration des accords de Wittemberg entre protestants. Il participe en 1540 aux discussions de Worms, puis en 1541 à celles qui aboutissent à l’intérim de Ratisbonne. Dans les deux cas, il joue un rôle considérable dans la rédaction du compte-rendu. Il gagne aussi au protestantisme la ville de Donauwörth et prend des responsabilités dans les écoles de la ville d'Augsbourg. C'est ainsi que, pendant seize ans, il enracine ses idées et sa vie dans cette ville dont le rayonnement est grand en ce . En en ayant fait sa deuxième patrie, il peut envisager d'y finir son existence, mais les événements vont en décider autrement.

En 1546 Luther meurt. L'empereur Charles Quint en profite pour reprendre l’offensive contre les princes protestants. En , il remporte sur eux la victoire de Mühlberg (Saxe). Les dirigeants de la ligue de Smalkalde sont faits prisonniers. Le principal allié des princes luthériens, le roi de France, François , meurt la même année. L’empereur, auréolé de sa victoire, fait une entrée triomphale dans la ville d’Augsbourg (). Escorté de princes et d’évêques, il vient solennellement y ouvrir la Diète. Il confisque la cathédrale aux protestants et tente de mettre en place un intérim qui permette d’attendre les conclusions du concile de Trente. Le contenu de l’accord est si défavorable aux réformateurs que Wolfgang Meuslin le combat ouvertement, s’attirant les foudres de l’empereur. Il menace de quitter la ville si l’intérim est adopté. Après de nombreuses tractations le texte est promulgué le et Musculus quitte la ville le jour même.

Suisse Son objectif est alors de trouver asile en Suisse. Passant par Lindau et Constance, il cherche à rejoindre son ami Johann Haller à Zurich, mais celui-ci se trouve à Berne. Or le conseil de la ville de Zurich ne veut pas déplaire à l’empereur Charles Quint au faîte de sa puissance. Musculus doit reprendre la route vers Bâle où il trouve refuge chez son éditeur Johann Herwagen. Il retourne ensuite à Constance pour y chercher sa femme et ses enfants qui ont quitté Augsbourg pour le rejoindre. Pris dans le siège de la ville par les Espagnols de Alphonso Vives Compenses, il réussit cependant à s’enfuir avec sa famille. De Bischofszell, il gagne ensuite Saint-Gall, à l’invitation du maire Joachim Vidianus au nom de l’ensemble de ses administrés. Mais la maladie de sa femme et de ses enfants ne lui permet pas d’apprécier l’hospitalité de la cité et il répond avec plaisir à l’invitation du conseil de la ville libre de Zurich, qui après de longues hésitations lui propose enfin de l’accueillir. De plus son ami Johann Haller, qui est toujours à Berne, renonce à ses fonctions à l’abbaye de Zurich au profit de Wolfgang Meuslin.

Il envisage sans doute de terminer calmement sa vie dans cette ville. C’est pourquoi il refuse l’invitation de l’archevêque de Canterbury qui veut s’attacher ses services (son ami Martin Bucer avait choisi l’exil dans cette ville en 1548 alors que la ville de Strasbourg avait accepté les conditions de l’intérim d’Augsbourg). Par contre, il accepte une chaire d’exégèse à l’université de Berne en 1549 ; il la conservera pendant 14 ans. Il est si unanimement apprécié qu’il refuse diverses propositions : L’archevêque de Canterbury le redemande après la mort de Martin Bucer en 1551. Les deux villes libres de Strasbourg et d’Augsbourg cherchent à le faire revenir après l’affaiblissement de Charles Quint qui a perdu son aura depuis qu il a dû laisser les trois évêchés de langue française de l’empire (Metz, Toul et Verdun) sous protectorat du roi de France Henri II (à la suite d'un accord d'entraide avec les princes protestants allemands), en 1553. Le comte palatin Otto Henri puis son successeur Frédéric III le veulent à Heidelberg. Le landgrave de Hesse le demande à Marbourg. On le sollicite à Cassel (Hesse).

Finalement il reste à Berne qui l’a accueilli dans la période où il connaissait des difficultés. Il y meurt le en laissant une œuvre considérable.

Travaux L’œuvre de Wolfgang Meuslin est entièrement orientée par son engagement en faveur de la Réforme, à qui il a consacré sa foi sacrifié son attachement à la terre de ses ancêtres.

Wolfgang Meuslin est de ceux qui sont des hommes de carrefour, de contact et de transposition : Après la fin du Moyen Âge, la Renaissance renoue avec les cultures antiques. À Dieuze, alors fief du duché de Lorraine, il est né en terre d'Empire, germanophone dans un duché à dominante romane, où la lutte contre le luthéranisme, puis le protestantisme se fera sentir de façon de plus en vive au cours de sa vie. Plongé dans les livres et les Saintes Écritures, il reste cependant habité par la culture orale : le chant et la prédication sont des aspects dominants de son existence.

Traduction de textes anciens Pour asseoir sa doctrine sur des bases solides, la connaissance des textes anciens est primordiale. À cet effet, Wolfgang Meuslin se familiarise avec de nombreuses langues : latin, grec, hébreu, arabe, dialectes orientaux et sémitiques. Il se lance dans un intéressant travail de traduction qui constitue un élément essentiel de son œuvre. On retrouve là une constante des écrivains de cette région : ils se font traducteurs, par nécessité de transmettre les idées ou les nouveautés de leur époque d’un côté à l’autre des langues qu’ils connaissent : Johann Fischart (), Johann Salzmann (), Charles de Villers (-s), Théodore de Puymaigre ().

Il traduit notamment : Jean Chrysostome, Basile, Cyrille, Nestorius, Eusèbe, Socrate le Scolastique, Hermion, Athanase… et tous ceux qui ont fait les premières années de l’histoire de l’Église. Il y recherche les bases et les fondements bibliques nécessaires à l’élaboration de ses thèses.

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