Christian Chapiron, alias Kiki Picasso, est né le à Nice. Artiste multidisciplinaire, membre et fondateur du mouvement Bazooka, qui a notamment collaboré avec le journal Libération et la revue Un Regard moderne à la fin des années 1970.

Après la dissolution de Bazooka, il poursuit une carrière de graphiste pour la télévision, travaillant sur l'identité visuelle de nombreuses émissions.

Dans les années 1980, il est l'un des premiers artistes à utiliser la PaintBox, la première tablette graphique.

Il a réalisé des clips, pochettes d'albums. et illustrations tout en produisant des œuvres à titre personnel.

En 1984, il illustre une édition limitée de la première montre Swatch..

Il a été directeur artistique du magazine Maintenant, premier média français à dénoncer l'implication de la France dans le génocide au Rwanda, en 1995.

En 2000, l'équipe de Bazooka se reforme pour créer une version Web du Regard moderne, illustrant chaque jour l'actualité dominante..

Il réalise en 2002 le film Traitement de substitution qui réunit ses œuvres en vidéo réalisées à la PaintBox..

Depuis quelques années, il se consacre plus exclusivement à la peinture, tout en poursuivant son engagement militant, notamment auprès de l'association d'aide aux usagers de drogue Asud.

Carrière Le nom de « Kiki Picasso » Christian Chapiron prend le pseudonyme de « Kiki Picasso » en 1976 lorsqu'avec Bazooka il dessine pour Libération, par provocation, et à la suite de critiques accusant les membres de Bazooka de faire ..

La famille Picasso a intenté un procès pour usurpation d'identité, qui n'aura finalement pas de conséquences..

Les années Bazooka (1976 - 1981) Christian Chapiron rencontre les membres de ce qui va devenir le groupe Bazooka à l'école des Beaux-Arts de Paris : Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen, Bernard Vidal, Philippe Bailly.

La création de Bazooka est partie du constat fait par ses membres que les espaces d'expression alloués par les institutions artistiques, notamment les galeries, n'offrent pas la liberté nécessaire à la diffusion de leurs créations, et ne s'adressent pas au public qu'ils souhaitent toucher.

Les membres du groupe sont dans une logique de guérilla contre les institutions, attaquant les galeries à coups de fumigènes ou de boules de neige..

La logique de Bazooka était de faire de l'art sur d'autres supports que les murs des galeries, privilégiant les médias.. Il développe un style que l'on pourrait définir comme du collage d'images. Utilisant des sources d'origines variées (actualité, art, bande dessinée...), les artistes les retravaillent avec diverses techniques (dessin, peinture). L.L. de Mars, évoque un «collage de collages»).

Le magazine Bazooka et Bulletin Périodique (1975-76) Le premier numéro du magazine Bazooka devait être publié au départ par l'éditeur Rolf Kesselring. Mais ce dernier fait faillite, et les membres du groupe décident d'imprimer eux-mêmes la revue. Le deuxième numéro paraîtra quelques mois plus tard, sous le nom de « Loukhoum Breton ».

Plus orienté BD que le premier, il contient notamment un dessin de Christian Chapiron sur l'affaire Portal, un fait divers qui avait marqué la France des années 1970, où deux femmes âgées avaient assassiné leur voisin. Il utilise des images de gaines pour personnes âgées, sous le titre : « les dessous de l'affaire Portal »..

Actif durant quatre ans, Bazooka se trouve au cœur de l'explosion des fanzines et autres publications indépendantes qui se produit à cette époque.

Le groupe publie notamment Bien dégagé sur les oreilles, en référence à la coupe de cheveux en vogue dans les groupuscules fascistes, ou encore Activité sexuelle normale..

En 1976, le collectif récupère les clés des locaux du journal Actuel, qui vient de s'arrêter. Ses membres y publient le journal Bulletin périodique, un très grand format ( de hauteur) qui se déplie, imprimé en couleurs.. Après quelques mois et sept numéros, la publication s'arrête, et les membres de Bazooka continuent à publier dans d'autres revues, notamment Charlie mensuel et Hara-Kiri.

Bazooka chez Libération (1977) En , le journal Libération propose à Bazooka de combler les blancs dans la maquette du journal avec des dessins qu'ils exécutent sur place, rapidement. Ils re-dessinent les photographies des reporters, et choisissent des images en les réinterprétant pour en accentuer l'impact. Kiki Picasso, qui se qualifie « d'artiste propagandiste », instaure la logique de « dictature graphique ». se posant en . Il parvient un jour à sous-titrer le journal « organe de la Fondation réactiviste »Entretien avec Kiki Picasso, propos recueillis par Mattis Meichler (octobre 2021).. Bazooka se présente comme une avant-garde, avec comme référence la révolution culturelle chinoise et son slogan « l'Amérique est un tigre en papier ». Fidèle à ses principes et au lieu de remplir les espaces vides dans les colonnes avec des illustrations, il rédige de fausses brèves, de fausses infos, des sortes de théories du complot avant l'heure. Certaines de ses brèves sont reprises par l'AFP. La Fondation réactiviste affirme entre autres qu'elle est en train de racheter le journal, et les lecteurs y croient. Rapidement, des tensions naissent avec les journalistes, notamment ceux du service politique. Les provocations de Bazooka suscitent aussi de vives réactions parmi les lecteurs, qui envoient de virulentes lettres de menaces, notamment à la suite d'un dessin traitant de la manifestation des écologistes contre la construction de la centrale nucléaire de Creys-Malville. La tension est forte dans une époque marquée par les actions violentes menées par l'extrême gauche, les Brigades rouges, la bande à Baader… Le groupe touche aux limites lorsque Kiki Picasso publie un dessin pédophile, alors qu'une série de viols de jeunes filles à Marseille a choqué l'opinion. Ils sont comme , reprenant la logique théorisée par Egon Schiele, qui consiste à dire . Ainsi Bazooka cherchait à créer une réaction chez le lecteur, pour provoquer un « effet boomerang ».

Kiki Picasso a toujours choisi de traiter l'actualité à la première personne, une technique qui finira par lui valoir plusieurs procès.

Influence psychédélique Les graphismes de Bazooka sont inspirés par les visions psychédéliques qu'ont eu ses membres en prenant du LSD. La réalité est perçue sous un angle alternatif supposé permettre d'accéder à une compréhension accrue de celle-ci.

L'époque de Libération correspond à la rencontre des membres de Bazooka avec l'héroïne.

Lorsqu'ils décideront de décrocher, certains connaîtront des épreuves plus difficiles que les autres.

Un Regard moderne (1978) Les tensions entre Bazooka et la rédaction de Libération se sont amplifiées progressivement. Les conférences de rédaction qui ont lieu au lendemain de chaque parution étaient alors essentiellement consacrées aux complaintes des journalistes, qui réclamaient le départ du groupe.

En , Serge July finit par trouver une solution pour sortir Bazooka de la rédaction. Il leur propose de créer une revue mensuelle, qui sera baptisée « Un Regard moderne », en utilisant l'infrastructure du journal. Le titre connaît cinq éditions, entre février et . En ayant accès aux dépêches d'agence et à la réserve photo de Libération, Bazooka traite l'actualité en faisant correspondre chaque page à un jour.. Mais affaiblis par la drogue, malades, les membres du groupe repartent finalement chacun de leur côté. Il se dira que .

La presse En parallèle de Libération, les membres de Bazooka ont collaboré avec de nombreux journaux et revues, dont L'Écho des savanes, Métal hurlant, Okapi, Playboy, Lui, Marie Claire, Le Nouvel Obs, L'Express, Télérama...

Bien qu'ils ne soient jamais entrés formellement dans l'équipe d'Hara-Kiri, les membres de Bazooka fréquentent ses membres, plus âgés qu'eux. Dans leur ouvrage Dans le ventre d'Hara-Kiri., les auteurs Arnaud Baumann et Xavier Lambours décrivent cette collaboration comme celle de « la dictature graphique » et du . Baumann et Lambours ajoutent :

La musique et le monde de la nuit Les membres du groupe Bazooka fréquentaient assidûment le monde de la nuit. Loulou Picasso dessine les premières affiches du club parisien Les Bains Douches, inauguré le . Il crée le graphisme des affiches de concert, d'après le fond de la piscine que l'on trouve dans la discothèque. Cette image sera utilisée pendant des années.

Bazooka fait aussi les affiches du Palace, l'autre établissement alors en vogue. En , Kiki Picasso organisera une soirée au Palace pour , inaugurant au passage .

Identifiés au mouvement punk, Bazooka, puis Kiki Picasso seul, ont réalisé de nombreuses pochettes d'albums, notamment pour le label Skydog, référence du punk en France, fondé par Marc Zernati, ainsi que des clips pour Starshooter, Elli et Jacno, Alain Bashung, Sapho, Nicoletta, Elvis Costello…

La télévision et la rencontre avec la Paintbox De 1978 à 1981 Bazooka réalise le générique de Chorus, une émission d'Antenne 2 présentée par Antoine de Caunes. Après la dissolution du groupe, Kiki Picasso, devenu père avec la naissance de son fils Kim Chapiron, en 1980, entame plusieurs années de collaboration intensive avec la télévision.

Il travaille avec Dupon Duran, une grande régie privée historique, qui investit dans du matériel très coûteux. Celle-ci acquiert le Kiron 4, une des premières palettes électroniques destinées à la fabrication des génériques tv.

Kiki Picasso est autorisé à rester dans les locaux la nuit, qu'il passe avec les opérateurs qui lui montrent le fonctionnement de la machine. Il réalise ses premières œuvres sur palette.

À cette époque, le ministère de la culture via la délégation aux arts plastiques, lui propose de participer au film Six peintres en quête d'ordinateurs avec des artistes renommés comme Arroyo, Télémaque, Boisrond, Lea Lublin et Louis Cane.

Les six peintres réalisent chacun un film sur la , première palette de de couleurs, avec un crayon sensible à la pression.

Cette première Paintbox installée en France est acquise par la société Mikros images. La plupart des régies vidéo et les chaînes de télévision en seront équipée par la suite. La Paintbox comprenant un stylet et offrant la possibilité de numériser l'image et de redessiner dessus, Kiki Picasso peut . Il a trouvé un outil lui permettant de travailler rapidement et de manière autonome, . Pour Kiki Picasso, ..

Il travaille ensuite pour la maison de production RIFF, pour qui il réalise notamment les habillages de la Coupe du monde 1986, des clips d'Alain Bashung, ou encore des affiches de campagne « Allons z'idées » pour Jack Lang.

En 1985, Antenne 2 fait appel à lui pour l'émission C'est encore mieux l'après-midi, animée par Christophe Dechavanne. On lui demande de réaliser chaque semaine une rubrique d'une minute baptisée « provoc ». Là, il a accès à la Paintbox de la chaîne, qui sert notamment à faire les logos du JT.

Il travaille en parallèle pour TF1 et FR3, tout en continuant à mener ses projets personnels la nuit.

La période Muse Lorsque son contrat avec Antenne 2 s'arrête, Kiki Picasso monte la société Muse et acquiert au nom de celle-ci la Paintbox HD, destinée à la retouche photo pour l'imprimerie. Il s'associe avec trois professionnels de l'imprimerie dont un représentant de Quantel, le fabricant de la Paintbox, et obtient la machine en leasing, pour près de 8 millions de francs de l'époque. Il peut désormais travailler depuis chez lui.

La numérisation étant très onéreuse, il doit passer par d'autres prestataires. Il travaille alors uniquement pour de la publicité produite par de gros annonceurs, comme la régie Renault et est appelé pour réaliser des tests pour les agences. Pour amortir le coût de la machine, il la loue aux agences de publicité ou pour d'autres projets : par exemple, le réalisateur et photographe Jean-Baptiste Mondino s'en servira pour réaliser la pochette de l'album Lovesexy de Prince.

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