Maurice Lafond, c.s.c. ( - ) est un prêtre de la congrégation de Sainte-Croix au Québec, aumônier général de la Jeunesse étudiante catholique (J.É.C.), éducateur, directeur de collège classique, supérieur de la Province canadienne de la congrégation de Sainte-Croix., administrateur ecclésiastique et curé de paroisse.
Biographie
Jeunesse, études : 1915-1940 Maurice Lafond naît le à Saint-André d’Acton Vale du mariage de Reine Jeté et de Damien Lafond. Il décède le à l'Hôpital Général de Montréal.
Son père Damien, boucher de son métier, est un homme influent dans son village. Le couple, qui a neuf enfants, soit cinq filles (Juliette, Thérèse, Madeleine, Françoise et Jacqueline) et quatre garçons (Jean, Paul, Maurice et Jacques), souhaite leur donner une éducation de qualité. Les garçons fréquentent l’Académie Saint-Gabriel d’Acton Vale avant de poursuivre leurs études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Jean, l’aîné, devient médecin et maire de Douville; Paul et Jacques se lancent en affaires et Maurice, de la famille complète ses études primaires à l’Académie Saint-Gabriel, de 1921 à 1928, puis il s’inscrit au Séminaire de Saint-Hyacinthe pour entreprendre son cours classique; il y demeurera six ans jusqu’à la fin de la classe de rhétorique, soit de 1928-1934. Il a notamment pour ami de collège Daniel Johnson, futur premier ministre du Québec. Organisateur-né, il fait montre de ses talents en mettant sur pied des plaidoiries hebdomadaires autour du thème de la «refrancisation» du Québec, sans doute influencé par le courant nationaliste de son époque autour de Lionel Groulx.
En , il décide de poursuivre ses études classiques au Collège de Saint-Laurent pour ses deux années de philosophie (1934-1936). Pour compenser les frais d’inscription, il propose ses services comme auxiliaire d’enseignement. Il sera tour à tour maître de salle et professeur de mathématiques. Le jeune provincial découvre alors un milieu collégial urbain en plein essorAndré Legault, «Maurice Lafond : un éducateur, un apôtre, un pasteur», Revue Hommage, 1987, p. 28-29.
Au Collège de Saint-Laurent, il prend contact avec la Jeunesse étudiante catholique (J.É.C.)Jeunesse étudiante catholique http://www.patrimoinelaurentien.org/htm/JEC.htm qui vient d’être fondée à l’automne de 1935 et qui s’implante rapidement dans tous les collèges classiques du QuébecLouise Bienvenue, Quand la jeunesse entre en scène : l’Action catholique avant la révolution tranquille, Montréal, Boréal, 2003, p. 57-59; 248-254.
Le Collège de Saint-Laurent inspire le jeune Maurice Lafond à plusieurs égards. C’est l’époque où le théâtre collégial est à son meilleur. On y joue le répertoire classique français : Athalie, Polyeucte, Britannicus, etc. C'est dans cette institution que sera créé en 1937 la célèbre troupe des Compagnons de Saint-Laurent par le Père Émile Legault, c.s.c..
Maurice Lafond remarque l’esprit de famille qui règne dans ce collège. Il assiste, impressionné, à l’ordination de 14 nouveaux prêtres de Sainte-Croix dans la chapelle du collège, le . Sans doute y a-t-il trouvé le chemin de sa vocationAndré Legault, op. cit., p. 29.
Détenteur d’un baccalauréat ès arts en , il est élu secrétaire de sa promotion. Il entre aussitôt au noviciat de Sainte-Croix situé à Sainte Geneviève-de-Pierrefonds, à l’ouest de l’île de Montréal. Il y passe un an.
L’année 1937 est marquée par la mort du Frère André, le , et le centenaire de la Congrégation de Sainte-Croix.
De 1937 à 1941, Maurice Lafond poursuit des études en théologie au scolasticat d’Atwater. Selon son confrère André Legault, Maurice se fait remarquer par ses qualités de leadership, en plus de s’intéresser à trois champs d’activités : les missions, l’amour du fondateur et l’amour des pauvresAndré Legault, op. cit., p. 30.
Au cours de ses années d’études en théologie, Maurice Lafond met sur pied un « grenier du pauvre » au scolasticat et mobilise ses confrères étudiants en théologie pour une visite hebdomadaire dans les foyers démunis des quartiers de Saint-Henri et de Sainte-Cunégonde, à Montréal. Durant deux étés consécutifs, il organise également un camp de vacances pour les enfants pauvres de Montréal avec l’aide d’un collègue, Albert Roger. Cette initiative est à l’origine de la fondation de Boscoville par le Père Roger en 1941, une institution qui se consacre à la réhabilitation des jeunes délinquantsLouise Bienvenue, «La « rééducation totale » des délinquants à Boscoville (1941-1970). Un tournant dans l’histoire des régulations sociales au Québec», Recherches sociographiques, vol. 50, no 3 (sept.-Déc. 2009) :p.7. Lire en ligne : https://www.erudit.org/revue/rs/2009/v50/n3/039065ar.html; voir aussi : Une enquête d'histoire orale auprès des anciens de Boscoville (1942-1997) http://boscoville.uqam.ca/historique.
Au cours de l’été de 1940, les jeunes scholastiques de la congrégation de Sainte-Croix réalisent le premier film canadien sur « La passion du Christ ». Le tournage a lieu à CarillonCarillon https://grandquebec.com/laurentides/carillon/ et Maurice Lafond y tient le rôle du ChristLe Devoir, 5 avril 1941, p. 1.
Le , Maurice Lafond, licencié en théologie, est ordonné prêtre dans la chapelle du Collège de Saint-Laurent (1847), qui deviendra le Cégep de Saint-Laurent (CSL), par Mgr Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal. Il vient d’avoir 25 ans et s’apprête à entreprendre une longue carrière dans le domaine de l’Action catholique, de l’éducation, de l’administration religieuse et de la pastorale; elle durera près de 50 ans.
Militant dans le mouvement de la JÉC : 1941-1954
Né en France, le mouvement de la Jeunesse étudiante catholique (JÉC) prend difficilement racine au Québec en 1934, inspiré du mouvement de la Jeunesse Ouvrière catholique (JOC) implanté quatre ans plus tôt. Deux Pères Oblats, Thomas Villeneuve, o.m.i. et Victor Charbonneau, o.m.i. tentent sans trop de succès de développer le mouvement dans les institutions d’enseignement. Ils réussissent néanmoins à y intéresser d’autres prêtres, dont les Pères de Sainte-Croix. Une rencontre décisive a lieu au Collège de Saint-Laurent, le . On se met d’accord pour définir la JÉC comme un mouvement d’action catholique spécialisé, destiné aux étudiants des institutions contrôlées par le clergé : collèges classiques, juniorats, séminaires, écoles apostoliques, écoles primaires supérieures, écoles normales. Il convient de noter que la JÉC excluait l’action nationale et politique de ses activités, contrairement aux cercles de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC), déjà implantée dans certains collèges classiques à l’époqueLa JEC, cheval de Troie du progressisme http://www.crc-canada.net/1008-l-action-catholique-au-quebec-la-jec-cheval-de-troie-du-progressisme.html.
Après cette rencontre de Saint-Laurent, des sections de la JÉC s’implantent rapidement dans presque tous les collèges classiques du Québec dès l’automne de 1935. À l’été de 1936, la JÉC compte déjà deux mille membresLa JEC, . En , les Pères de Sainte-Croix lancent à Montréal Les Cahiers d’Action catholique, une revue mensuelle de la JÉC fondée par le Père Émile Deguire c.s.c. et dont le tirage atteint 10,00 exemplaires en 1945André Beaulieu et al., La presse québécoise des origines à nos jours, t. VII (1935-1944), Québec, Presses de l’Université Laval, 1985, p. 185.
Aumômier général de la JÉC, rencontre avec Pie XII
C’est dans ce contexte général que se situe l’implication du Père Maurice Lafond dans la JÉC. En 1941, il est d’abord nommé assistant-aumônier général du Père Émile Deguire, aumônier général; une tâche qu’il partage avec un autre confrère, le Père Germain Lalande. En 1948, il succède au Père Deguise à titre d’aumônier général de l’ensemble de la JÉC; une fonction qu'il occupe durant 13 ans.
Au cours de son mandat, il publie différents textes pour définir l’orientation et les champs d’action du mouvement. Il collabore également avec la JÉC d’expression anglaise au Canada, ainsi qu’avec les JÉC européennes et sud-américaines.
À l’automne de 1946, Maurice Lafond fait partie de la délégation canadienne de la JÉC qui participe à des congrès du mouvement à Cambridge, Prague et Fribourg. La délégation en profite pour faire un détour par Rome afin d’être reçus en audience par le pape Pie XII.
De 1948 à 1954, Maurice Lafond prend la relève du Père Deguise à direction des Cahiers d’Action catholiqueBibliothèque et Archives nationales du Québec, Cote: C-1 PER La bibliothèque a: nos 1-200; oct.1940-juin 1960. Il met aussi sur pied un comité de cinéma qui publie deux revues : Bâtir et DécoupagesAndré Legault, op. cit., p. 31.
Au cours de ses années à la JÉC, Maurice Lafond développe des liens avec les dirigeants laïcs du mouvement qui exerceront une influence marquée au Québec au cours des années qui précèdent la Révolution tranquille, dont Claude Ryan, qui occupe un poste de direction au sein de l’Action catholique à partir de 1945, avant de devenir directeur du quotidien Le Devoir en 1962. Maurice Lafond entretient également une correspondance importante avec Guy Rocher, Fernand Cadieux et plusieurs autres militants laïcsFonds Jeunesse étudiante catholique, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P65, S6, SS7, SSS1, D14. ; Guy Rocher, Entre les rêves et l’histoire. Entretiens avec Georges Khal, Montréal VLB Éditeur, 1989, p. 13.
Supérieur et bâtisseur du Collège Sainte-Croix : 1955-1962
En 1954, après une année de transition comme aumônier au Collège Basile-Moreau, un collège classique pour jeunes filles fondé par la congrégation des sœurs de Sainte-CroixSœurs de Sainte-Croix https://www.soeursdesaintecroix.org/fr/index.html en 1933, Maurice Lafond est nommé supérieur du Collège Sainte-Croix, qu’on appelait alors l’Externat classique Sainte-Croix. Il consacrera sept ans à la direction de cette institution située dans l’Est de Montréal.
L’Externat classique Sainte-Croix avait été fondé en 1929 par le Père Hervé Morin c.s.c., en pleine période de crise économique. Destiné aux jeunes du milieu ouvrier, c’était alors le seul collège classique de l’Est de Montréal. Après les premières années dans les locaux temporaires, rue Létourneau, on procède à la construction du pavillon Morin, rue Sherbrooke Est, en 1934, afin de répondre à la demande d’une population étudiante croissante. En 1950, la communauté de Sainte-Croix achète le Château Dufresne, rue Sherbrooke, coin Pie IX. Le pavillon Dufresne s’avère une solution temporaire. On y loge les quatre dernières années du cours classique. Le collège compte alors quelque 500 étudiants.
Agrandissement et financement du Collège
L’arrivée du Père Maurice Lafond à la direction du Collège Sainte-Croix coïncide avec l’accès au cours classique des premières cohortes du baby-boom d’après-guerre. L’institution manque d’espace et il faut agrandir. Le nouveau supérieur s’y emploie, mais doit faire face à deux obstacles majeurs : le financement et le manque de terrain disponible. Le pavillon Morin, rue Sherbrooke, avait été construit sur un terrain aux dimensions limitées, coincé entre les rues Bourbonnière et Valois. Un agrandissement nécessitait la fermeture de la rue Valois entre les rues Sherbrooke et Hochelaga afin d’avoir accès au terrain vague situé de l’autre côté de cette rue. Le Père Lafond entreprend de longues démarches auprès des autorités municipales pour obtenir la fermeture de la rue Valois. Il rencontre l’opposition du maire Jean Drapeau, puis obtient l’accord de son successeur, Sarto Fournier (1957-1960). Les autorités du collège ont dû, par ailleurs, verser d’importantes compensations aux résidents du bas de la rue Valois pour obtenir leur accordLaurent Lachance, dir., De Sainte-Croix à Maisonneuve. 75 ans d’histoire, Montréal, Fides, 2003, p. 165.