La bataille de Pavón, livrée le dans la plaine s’étendant entre les actuels villages de Rueda et de Godoy, à quelque de la rive du ruisseau Pavón, dans la province de Santa Fe, fut une bataille clef de la Guerre entre la Confédération argentine et l’État de Buenos Aires, conflit situé dans le cadre des Guerres civiles qui déchira l’Argentine au cours d’une grande partie du .
L’élément déclencheur du conflit armé était en l’occurrence le refus de la province de Buenos Aires de reprendre sa place au sein de la Confédération argentine, c'est-à-dire de respecter les clauses du pacte de San José de Flores conclu en 1859.
Après un affrontement d’abord équilibré lors de la bataille de Pavón proprement dite, l’armée de Buenos Aires, dirigée par Bartolomé Mitre, remporta dans les semaines qui suivirent une victoire totale, due principalement à l’inaction du général en chef de la Confédération, Justo José de Urquiza, qui avait inopinément, et pour des raisons encore inexpliquées, abandonné le champ de bataille, puis démobilisé ses troupes. Cela laissa le champ libre à Mitre pour étendre la domination portègne au pays tout entier, soit par une invasion militaire directe, soit en appuyant l’arrivée au pouvoir, souvent par la force, de personnalités politiques locales dévouées à Buenos Aires.
Pavón mit ainsi fin à la Confédération argentine, d’inspiration fédéraliste, et aboutit à ce que la province de Buenos Aires, qui avait jusque-là joui d’une quasi indépendance de fait pendant une dizaine d’années, se réintégrât dans la République argentine, mais cette fois en tant que membre prépondérant du pays.
Arrière-plan historique
Forces politiques en présence dans les années 1850
Depuis quelques décennies, en particulier depuis la bataille de Caseros et la fin de l’ère rosiste, la situation politique argentine était marquée par l’antagonisme entre, d’un côté, les Portègnes de Buenos Aires, de tendance unitaire, qui prétendaient imposer leur hégémonie et leur idéologie, libérale et centralisatrice, sur la totalité du pays, et de l’autre, les provinces dites de l’Intérieur, de tendance fédéraliste, qui désiraient décentraliser l’État, en accordant une large autonomie politique aux provinces. Unitaires et fédéralistes se faisaient face également à l’intérieur de chaque province ainsi qu’à Buenos Aires même ; si, certes, ils s’opposaient ainsi les uns aux autres dans leur province respective, à l’heure de défendre le terroir commun, que ce soit vis-à-vis de Buenos Aires ou d’une autre province, ils s’unissaient pour affronter ensemble l’adversaire.
À la suite de la bataille de Caseros de 1852, le pays était resté divisé entre d’une part le dénommé État de Buenos Aires, de fait quasi indépendant, et d’autre part la Confédération argentine, qui se combattaient entre eux en une guerre civile intermittente. La bataille de Cepeda de 1859, remportée par la Confédération, et le pacte de San José de Flores qui s’ensuivit en 1860, avaient réuni la province de Buenos Aires au reste du pays, du moins de façon nominale. Ce pacte cependant, pour avantageux qu’en fussent les termes pour Buenos Aires, n’avait pas pour autant permis de stabiliser la situation institutionnelle, Buenos Aires rechignant en effet toujours à rejoindre la Confédération.
Au terme de son mandat présidentiel, en 1860, le capitaine-général Justo José de Urquiza transféra, devant le congrès de la Nation argentine réuni à Paraná, pour lors capitale de la Confédération, la direction politique à Santiago Derqui, avocat originaire de Córdoba.
Cette même année, la législature de la province de Buenos Aires élut pour son gouverneur le brigadier Bartolomé Mitre, commandant en chef de l’armée de l’État de Buenos Aires, qu’Urquiza avait vaincu l’année précédente dans le marais de Cepeda.
Conflits dans l’intérieur
Sous la présidence du général Urquiza, les provinces de l’intérieur avaient vécu en paix, à l’exception de San Juan, où un crime politique servit de catalyseur à la guerre civile, laquelle culmina à Cepeda en 1859. Les choses changèrent après l’accession à la présidence de Santiago Derqui.
Plusieurs caudillos locaux, appartenant à la mouvance unitaire, s’étaient maintenus en paix avec le gouvernement central. Avec le nouveau président cependant, ils se mirent à mener publiquement une politique d’opposition ; ce fut le cas de Manuel Taboada, dans la province de Santiago del Estero, et de José María del Campo, dans la province de Tucumán. Les courants politiques que le gouverneur Juan Gregorio Pujol avait réussi à faire vivre en bonne entente dans la province de Corrientes recommencèrent, à sa mort, à s’affronter. Le gouverneur de Córdoba, Mariano Fragueiro, de tendance unitaire, géra très mal ses relations avec l’opposition ; lorsque la situation prit un tour plus violent, Derqui décréta l’intervention fédérale contre le gouvernement de la provinceDerqui était natif de Córdoba. : une force de de troupe originaires de San Luis, placés sous les ordres de Juan Saá, envahit alors la province, . et gagna la capitale Córdoba.
Mais c’était à nouveau dans la province de San Juan que la situation était la plus grave : le gouverneur, le colonel José Antonio Virasoro, d’origine correntine, fut renversé et assassiné à l’occasion d’une rébellion libérale qui bénéficia de l’appui de plusieurs personnalités politiques portègnesAu premier rang desquels, le sanjuanino Domingo Faustino Sarmiento. Les libéraux nommèrent ensuite gouverneur l’avocat Antonino Aberastain. Le président dépêcha une intervention fédérale contre la province, dirigée par le gouverneur de San Luis, le colonel Juan Saá, mais le nouveau gouverneur Aberastain l’affronta militairement. Il fut vaincu et assassiné dans le département de Pocito, ce que les Portègnes exploitèrent en accusant Derqui d’avoir provoqué le crime.
Élections à Buenos Aires
Pour rendre effective l’union de la province rebelle avec l’État argentin se tint à Buenos Aires l’élection de députés provinciaux appelés à siéger au Congrès national. Cependant, peut-être en guise de provocation, ou en signe de mépris envers les lois nationales, ces élections furent organisées conformément à la loi électorale de Buenos Aires, et non selon la législation nationale. Les députés ainsi élus furent refoulés du Congrès, et les sénateurs portègnes, par solidarité avec ceux-ci, se retirèrent également.
Pour cette raison, et pour d’autres motifs encore, le président Santiago Derqui rendit un décret par lequel de nouvelles élections devaient être convoquées dans la province de Buenos Aires. Toutefois, les autorités de la province refusèrent de donner suite à cette disposition, et déclarèrent caduc le pacte de San José de Flores.
La guerre civile
Préparatifs de la guerre
thumb|Départ de Buenos Aires de la Garde nationale en . Peinture à l’huile de Jean Pierre Léon Pallière. Le Congrès considéra l’attitude de Buenos Aires comme un acte de sédition, et Derqui confia au capitaine-général, gouverneur d’Entre Ríos et ancien président Justo José de Urquiza le commandement en chef des forces nationales, avec mission de ramener la province rebelle à l’obéissance. Le général Urquiza s’attela à concentrer et organiser des troupes à Diamante, dans la province d’Entre Ríos.
Pour sa part, le gouverneur de Buenos Aires, le brigadier Bartolomé Mitre, se plaça à la tête de l’armée portègne, laquelle commença de se concentrer à Rojas, dans le nord de la province de Buenos Aires, en .
Diverses tentatives de médiation, émanant tant de personnalités individuelles que de différents pays étrangers, échouèrent toutes devant l’intransigeance de Mitre et de Derqui. Urquiza, en revanche, s’attacha jusqu’au dernier moment à préserver la paix et refusa systématiquement de prendre l’initiative contre l’armée de Buenos Aires, au contraire de ce que lui conseillaient ses colonels Ricardo López Jordán et Prudencio Arnold.
Le président Derqui de son côté mit sur pied une armée à Córdoba, rassemblant un groupe hétérogène d’unités d’infanterie de Córdoba et de cavalerie de San Luis, sous le commandement des colonels-majors José María Francia et Juan Saá, respectivement. Cependant, la mobilisation fut lente et peu nombreuse. Alors que Santa Fe était capable théoriquement de mobiliser miliciens à la fois, il s’en présenta à peine sous les ordres de López Jordán ; à l’appel de Derqui ne répondirent au départ que d’Entre Ríos, et Saá entraîna avec lui un effectif de quelque de San Luis, parmi lesquels beaucoup étaient mécontents de leur gouverneur, .
Les forces réunies par Derqui lui-même s’élevaient à environ (mais d’autres, il est vrai, ont estimé ces effectifs à la moitié de ce nombre)Bartolomé Mitre & Jorge Adolfo Mitre (1911). Archivo del general Mitre. Tome VIII. Buenos Aires: Biblioteca de "La Nación", . Cependant, durant la marche, le mécontentement des hommes de Córdoba à l’endroit de Derqui et l’influence des libéraux chez les officiers de cette province se firent bientôt sentir, conduisant quelque d’entre eux à déserterMitre & Mitre, 1911: 237.À ces forces, qui avaient gagné le sud de la province de Santa Fe, se joignirent celles d’Urquiza, composées d'hommes d’Entre Ríos et de Correntins, celles de la province de Santa Fe (aux alentours de de la garnison de Rosario) et les émigrés de Buenos Aires ; la grande majorité de ces forces était de cavalerie, avec quelques petites unités d’infanterie.
Au total, l’armée confédérale comptait , dont étaient apportés par les provinces du centre et par Entre Ríos, Corrientes et Santa FeJ. E. Acevedo (1940). Historia argentina y constitución nacional: adaptada especialmente al programa de la Facultad de derecho de Buenos Aires. Buenos Aires: A. Lacort, Bartolomé Mitre & Jorge Adolfo Mitre (1911). Archivo del general Mitre. Tome IX. Buenos Aires: Biblioteca de "La Nación", . Mitre hausse ces effectifs à un nombre de à confédérés, venus de Santa Fe, d’Entre Ríos, de Corrientes, de Córdoba, de San Luis, avec des apports mineurs d’autres provinces..
L’armée mitriste, composée de Ciudad Digital: La batalla de Pavón et de 35 pièces d’artillerie, présentait une importante supériorité numérique, d’armement et d'équipement en infanterie et artillerie.
Derqui avança jusqu’à Rosario, où il céda le commandement à Urquiza. Mitre, pour sa part, fit presque directement mouvement vers le nord de sa provincePour partie, les troupes de Mitre furent débarquées de vaisseaux de transport fluviaux à San Nicolás de los Arroyos. et envahit Santa Fe.
La bataille
Les deux forces se firent face sur les rives du ruisseau Pavón, à au sud de Rosario, dans la province de Santa Fe, à 260 km au nord-ouest de la ville de Buenos Aires. Urquiza déploya ses troupes en un dispositif défensif, formant une ligne s’étirant à l’est et à l’ouest de la ferme de Domingo Palacios (l’actuelle ferme Los Naranjos)«Los Naranjos, la estancia donde vive el pasado», article d’Osvaldo Aguirre dans le quotidien La Capital de Rosario du 9 septembre 2011.. La cavalerie fut disposée sur les ailes.
Après s’être approché à de la ferme, Mitre déploya son infanterie et se prépara à attaquer le centre du dispositif de l’adversaire. Pourtant, ce fut l'artillerie confédérale qui lança la bataille, ouvrant de grandes brèches dans les rangs des fantassins de Buenos Aires, cibles en effet faciles par leurs uniformes colorés et voyants.