Michel Pierre Victor Grandin, né le à Elbeuf (Seine-Inférieure) et mort le à Paris, est un industriel et homme politique français.
Un grand manufacturier Victor Grandin nait dans une riche famille de fabricants de draps de laine cardée, installée à Elbeuf depuis le . Ses parents sont Michel Pierre Alexandre Grandin (Elbeuf, 1765 – Berville-en-Roumois, Château du Thuit, 1843) et de Marie Marguerite Thérèse Quesné (Elbeuf, 1770 – Berville-en-Roumois, 1847) et, il est le deuxième enfant d'une fratrie de six dont une fille. À dix-huit ans il devient lui-même manufacturier. Il épouse le Charles Aimée Victorine Fouquier, fille de Louis Frédéric Fouquier-Long, fabricant rouennais d'indiennes, ancien député.
Associé à ses cinq frères, il développe un établissement où Discours sur les douanes du 5 février 1841 (BNF Le 58 15).. En 1834, il emploie de et fabrique annuellement de de drap de 40 aunes (une cinquantaine de mètres).. qu’elle est choisie pour être visitée par des personnalités telles que la duchesse de Berry (), Louis-Philippe qui le décore de la Légion d’HonneurDossier Légion d’honneur, LH 1187/62. (), le ministre du Commerce et de l'Industrie Adolphe Thiers () ou Louis-Napoléon Bonaparte, alors président de la République, le .
« Faire du drap ! » sera la préoccupation majeure de Victor Grandin. Dans son souci de connaître les techniques nouvelles de fabrication des produits similaires, il voyage à l’étranger pour s'instruire et connaître les réussites de ses concurrents. Il est doué d'un rare esprit d'observation, d’une prompte justesse de coup d'œil. Il fait à partir de 1817 de fréquents voyages en Angleterre, pénètre dans les ateliers observe les derniers procédés de filature et de tissage ou les machines nouvelles, et parvient à en ramener malgré la prohibition dont elles sont frappées à la sortie ; il en rapporte aussi la technique de l'apprêt indestructible qu'il va adapter et pour laquelle il obtiendra un brevet d'invention. Il fonde un établissement à Glasgow (Écosse) pour fabriquer les fils de laineRegistre des délibérations du Conseil municipal, discours de Louis Buée à l'inauguration du monument de Victor Grandin..
Non seulement il fabrique pour la clientèle privée, mais il sollicite au nom de tous les fabricants des commandes de drap par l’État pour les militaires et les administrations. Il étudie les questions relatives à l'exportation des draps vers l'Amérique du Nord, du Sud, les pays de l'Europe centrale et son frère va jusqu'en Chine et dans d'autres parages lointains, d’où les navires affrétés ramènent du thé et de l’indigo ; mais la concurrence des Anglais y est trop rude. Mathieu Bourdon écrira dans son éloge funèbre : « L'essor qu’a pris l’exportation, la route qu’il a frayée, les sacrifices qu’il s'est imposés faciliteront la formation des fortunes bien supérieures à la sienne et il y aurait ingratitude à méconnaître les sacrifices dont il n’a recueilli trop souvent que des fruits amers ; tandis qu’ils ont été, pour tant d’autres venus après lui, une source d’opulence et de prospérité »Bourdon (Mathieu), « Notice biographique sur M. Victor Grandin », Annuaire des cinq départements de la Normandie, Caen, Hardel, 1858, 31 p. .
Ses produits lui vaudront de recevoir de nombreuses médailles de bronze, d'argent et d'or aux Expositions, dont il sera ultérieurement membre du jury.
Responsabilités locales Dès 1828, il appartient à la loge maçonnique UnitéSaunier (Éric), « Les Francs-Maçons elbeuviens de 1805 à 1930 », Bulletin de la Société de l'Histoire d'Elbeuf, , décembre 1991. . .
Sous la Monarchie de Juillet, il est élu au suffrage censitaire, conseiller municipal pendant plus de vingt ans, puis conseiller général du canton d'Elbeuf. Il est suppléant de la Justice de paix durant plus de dix ans, commandant de la Garde Nationale, membre de la Chambre Consultative des Arts et Manufactures puis au niveau national, du Conseil des Manufactures.
Conseiller municipal Son rapport visant à redonner de l'ouvrage aux ouvriers et par suite, contribuer au maintien de l’ordre et à la tranquillité publique, . Le prix fixé étant remarquablement bas, le Conseil municipal accorde aux fabricants une prime de 4 % « sinon ils y trouveraient immanquablement de la perte »Délibérations du Conseil municipal des 18 et 28 mars 1831, . . Notons que sa manufacture fut pour moitié dans cette fourniture. En 1841, il « guidera » encore les officiers du Ministère de la Guerre pour une commande de de drap..
En 1846, l’émeute des ouvriers de Félix Aroux contre l'introduction d'une nouvelle machine le verra au premier rang pour tenter d'apaiser les ouvriers et soutenir les Gardes nationaux qu'il avait commandés précédemment En 1836 et 1837. Cf. Largesse (Pierre), « Modalités du mouvement ouvrier dans un centre textile, Elbeuf 1846-1852 », L’homme et l’industrie en Normandie, Actes du Congrès des Sociétés historiques et archéologiques de Normandie (L’Aigle, 1988), Société Historique et Archéologique de l’Orne, Alençon, 1990, ..
Membre de la Chambre consultative
Conseiller général
D'autres dénonceront la coterie locale qui l'entoure, ces « consuls elbeuviens qui dirigent la ville » notamment le maire Mathieu BourdonLe Progrès (d’Elbeuf), 17 décembre 1843 et L'Industriel Elbeuvien, 14 et 21 janvier 1844..
Mandats parlementaires
Monarchie de Juillet - Chambre des députés législature, mandat du au , groupe : Opposition constitutionnelle législature, mandat du au , groupe : Opposition constitutionnelle législature, mandat du au , groupe : Opposition constitutionnelle
Deuxième République Assemblée nationale constituante, mandat du au , groupe : Droite Assemblée nationale législative, mandat du au , groupe : Droite monarchiste
font qu’Elbeuf n'obtient pour la première fois un député qu'en 1824. Sous la Monarchie de Juillet, après deux échecs aux élections législatives de 1834 et 1837, Victor Grandin est élu le . Son programme a pour but . Pendant la campagne électorale de 1842, mis en cause par son concurrent Louis Paul Sevaistre qui le somme de dire clairement s'il est, oui ou non, un candidat de l'opposition, il répond qu'il a Bibliothèque Nationale, Le 54 1663.. En 1843 il est réélu confortablement (63 % des suffrages exprimés), puis quasi-unanimement le avec 96% des voix, Sevaistre n'étant cette fois pas candidat. En désaccord sur plusieurs points avec la politique gouvernementale, il se place alors plus nettement dans l’opposition constitutionnelle.
. Après la Révolution de , c'est auprès du général Subervie que le le gouvernement provisoire passera commande de fourniture de draps militaires : pour Elbeuf , Louviers , Sedan Archives municipales du Havre, 20 Z 1. Le général Subervie fut ministre de la Guerre du 25 mars au 19 mars 1848..
En , il retrouve un siège à l'Assemblée nationale constituante de la Seconde République, . vignette|droite|Caricature de Grandin par Nadar, La Revue comique, 1849.
Il a eu pour secrétaire Félix Tournachon (1820-1910), qui devient célèbre sous le nom de Nadar.
Principales interventions à l’Assemblée
À propos des lignes de chemin de fer et de la corruption Au début de ses mandats, c'est contre la corruption qu'il rompt ses premières lances dès le , dénonçant les faux devis des Ponts et Chaussées. . . Un journal parisien évoquera ses "colères apoplectiques"Le Globe, 23 juin 1844.. À partir d’exemples concrets il démonte le mécanisme des procédés employés pour favoriser les Compagnies, les lois faites sur mesure pour les spéculateurs.
En 1844, il obtient l' de Charles Laffitte (neveu de l'ancien Président du Conseil) qui avait promis à ses électeurs de Louviers de faire exécuter à ses frais l'embranchement de Louviers à la ligne de Paris. Laffitte de Guizot est réélu , mais à chaque fois Grandin obtiendra son invalidation au nom de la morale, jusqu'à ce que Laffitte renonce à sa promesse et soit réélu une 5 fois. Il se déclare lui-même au-dessus de tout soupçon : .
Dénonciation du milieu parlementaire . Cela le mène à dénoncer les tares de la Monarchie de Juillet : En , il s’exclame :
La lutte contre le libre-échange . Ses interventions ont pour but de protéger l'industrie elbeuvienne, en luttant contre le libre-échangeLargesse (Pierre), « Les luttes des drapiers elbeuviens contre le libre-échange », Bulletin de la Société de l’Histoire d'Elbeuf, , novembre 1988, .. . . , il s'écrie : . En 1842 encore, il écrit à Mathieu Bourdon : Résumé de plusieurs lettres de Victor Grandin, écrites de Paris et adressées à Mathieu Bourdon (Centre d'Archives Patrimoniales d'Elbeuf, F 175)..
En dehors de ses discours à la Chambre, . En , il déclare , que .
Lui, qui a été décoré de la Légion d'Honneur par Louis-Philippe, vote, , comme l’opposition républicaine. que Jules Senard, député de Rouen, lui fait en de participer à un banquet qui regrouperait des opposants à la politique de Guizot.
La question sociale
Il reconnaît les longues journées de travail (12, 14 et ) et que . Il a lui-même été un des pionniers du travail par équipes : un autre établissement ayant été incendié, il a embauché les ouvriers en chômage pour travailler de nuit payées 13 h 1/2. ()Bron (Jean), Histoire du mouvement ouvrier français, Éditions Ouvrières, 1968..
Tout en constatant la des conscrits à Elbeuf (2 sur 3 sont réformés en 1842), il avance : les mauvaises conditions de logement, les maladies , : . . La loi sera votée le , .
. du docteur Villermé à Elbeuf, les
Attitude sous la Deuxième République
. Il insère ces phrases dans sa déclaration électorale :
Les émeutiers elbeuviens crient « A bas Grandin ! Grandin à la réforme ! Brûlons le beau Grandin ! (...) Nous voulons la démission de Victor Grandin.(...) C'est un scélérat. »Archives départementales du Calvados, 2 U3 578 : Procès des émeutes d’Elbeuf.. Sa maison est envahie, sa femme obligée de fuir.
Durant cette législature il vota : contre le bannissement de la famille d'Orléans pour le décret sur les clubs pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière contre l’abolition de la peine de mort contre l’impôt progressif contre l’incompatibilité des fonctions, contre la sanction de la Constitution par le peuple, pour l'ensemble de la constitution, pour la proposition Rateau, pour l’expédition de Rome.
. , Mathieu Bourdon (auteur de sa notice biographique) estime que, dans ses travaux à la Constituante puis à la Législative En , lors de la discussion sur les clubs, il dénonce . En mai, il dénonce un article de Proudhon déclarant dans le journal Le Peuple que . Ces propos, dit-il, .
Réélu aux législatives de , il prononce un discours qu'il fera éditer sous le titre Sur les rapports des patrons et des ouvriers. .
Victor Grandin : . .
Ses interventions à la Chambre contre Pierre Leroux ou Proudhon amènent Karl Marx à le dépeindre comme .
Le , il apporte son soutien à Louis-Napoléon Bonaparte qui avait écrit au ministre de l’Intérieur pour l'informer que ». qu’un député s'écrie : . Élu président de la République en décembre pour quatre ans, le prince-président, venant de Rouen, s’arrête à Elbeuf le ; il visite la manufacture de Victor Grandin, passant sous un arc-de-triomphe surmonté de faisceaux tricolores au centre de l’immense salle des métiers à tisser. Un ouvrier prononce un discours : Le journaliste du Moniteur Universel écrit le : .
Victor Grandin meurt brutalement du choléra à Paris le , douze jours après ce triomphe.
. Le la récapitulation des « déclarations actives » s'élève à . Sa veuve mourut à son domicile , le ; elle avait . Le , le feu détruisit la manufacture Grandin, qui employait encore à cette date . Reconstruit, l’établissement fut exploité par Jules May et Delrez, travaillant désormais à façon, pour d’autres établissements.
Une rue d’Elbeuf porte son nom.
Sources Alain Becchia, La draperie d’Elbeuf (des origines à 1870), Rouen, Publications de l'Université de Rouen, 2000.