+ ToponymesToponymes très usités du massif vosgien Langue romane Langue germaniqueBasseThalVariantes :Parenté avec:Suisse, Savoie: Baisse, Besse, Basso, BassièreLoch (lieu à l'écart, mal situé) vignette|upright=1.8|droite|Basse de l'Âne Le toponyme roman basse (prononcée en Lorraine ) est attesté dans le massif des Vosges, le massif du Jura, en Savoie et en Suisse romande. Dans les Vosges, il est particulièrement usité dans sa partie centre-ouest à laquelle le grès bigarré a donné un type de relief caractéristique : la vallée fluviale en V très resserrée et très boisée. Une basse désigne donc un vallon perpendiculaireXavier Rochel, Gestion forestière et paysages des Vosges d'après les registres de martelages du siècle, thèse de doctorat du 28 mai 2004, école doctorale langages, temps, société, Université Nancy II. Page 536: terme vosgien désignant une vallée. Dans son sens le plus stricte, il semble correspondre aux vallons secondaires par opposition aux vallées principales.. à la vallée principaleXavier Rochel, Gestion forestière et paysages Vosges d'après les registres de martelages du siècle, thèse de doctorat, 28 mai 2004, Université de Nancy II, École doctorale Langages, temps, société. À la page 536, X. Rochel énumère d'abord les variantes possibles : basse, besse, bessat, bessine, basserte. Puis il explique ce que les Vosgiens pratiquant la langue régionale comprennent sans recherches livresques: "terme vosgien désignant une vallée". qui se rétrécit au fur et à mesure que l’on arrive à la ligne de crête : . En zone helvético-savoyarde où la roche et la configuration topographique sont différentes, il peut y avoir plusieurs acceptions, parmi elles, le sens proche d’un endroit moins élevé que les environsAndré Pégorier, Sylvie Lejeune, Élisabeth Calvarin,Les noms de lieux en France. Glossaire des termes dialectaux, commission de toponymie, IGN, 2006, Paris. Page 53, le glossaire donne la définition de basse pour les Vosges en ces termes: "vallée petite et resserrée. Pour la Savoie et les Alpes, il évoque une dépression ou un lieu bas. se trouvant en dessous d’un lieu de référence comme en ancien français « baisset »Toponymes de Suisse romande.. La basse est comparable au ruz jurassien en tant que vallon cataclinal en taillant le flanc de l'anticlinal., mais en raison de la nature de la roche différente dans les deux massifs (calcaire et grès), la basse est moins escarpée, davantage resserrée comme une vallée en berceau.

Étymologie et occurrence du terme Les travaux de recherche linguistique sur l’ancien français et les différents dialectes d'oïlPage « baisse » Centre national de ressources lexicales et textuelles du CNRS et ATILF. montrent que le mot basse en tant que nom commun existait déjà avec un sens précis en ancien français, écrit baisse ou besse comme en lorrain vosgien : au : il signifiait « un lieu bas », « une vallée » ou un « chemin creux »Article sur baisse du dictionnaire de l’ancien français de Godefroy.. On retrouve ici exactement les caractéristiques des basses vosgiennes, celui d’un « lieu bas souvent marécageux »G. de Rochefort, Richel. 1. 9231..

En dialecte poitevin, une baisse désigne un lieu bas, vallon, la partie la plus profonde d'une valléeAbbé Lalanne, Glossaire du patois poitevin, Poitiers, 1868. une « sorte de dépression produite à un endroit d'un terrain quelconque et où peuvent séjourner les eaux pluviales ». Baisse se rapproche aussi de baissière attesté comme terme dialectal ayant le sens d’une dépression dans un terrain, partie basse et souvent humide. Le terme de baissière désignait au également un enfoncement dans une terre labourée qui retient l'eau de la pluie.

Tradition orale des toponymes de milieux naturels Comme c’est le cas partout en France, les noms des milieux naturels et anthropisésReprise partielle et adaptée du paragraphe correspondant de la page wikipedia Toponymie, sous-partie Noms des milieux naturels. ont permis aux populations locales de se repérer dans leur environnement immédiat. C’est le cas des combes ou vallons.

Si l’on prend la liste des basses énumérées ci-dessous, on s’aperçoit que des patronymes leur sont associés (la Basse Aubry…), des descripteurs du paysage (Basses de la Roche, du Grand Pré, de la Malefosse…) de la flore (Basses des Pins, des Bouleaux, des Aulx, des Ronces…), d’un cours ou point d’eau (La Basse de l’Étang, basse du Canal…) ou encore de l’aspect général (Belle basse, basse Mauvais, Peute basse, Rude basse…) ou d’une activité artisanale (Basse Sagard, Basse de la Verrerie…). Des zoonymes sont également fréquents pour les basses : les basses de l’Âne, du Loup, du Coq, des Chevaux, de l’Écureuil, des Corbeaux. Les toponymes mêlant des événements plus ou moins plaisants ou intégrant la superstition de tradition orale sont attestés pour les basses aussi : la Basse du Diable, la Basse d’Enfer.

Massif vosgien Forme dialectale à l’origine du toponyme Le terme basse est vraiment très caractéristique du massif vosgien en tant qu’élément toponymique en milieu montagnard. Les basses que l’on voit sur les cartes topographiques officielles sont une francisation du mot régional besse ou baisseLa correspondance entre /è/ et /a/ est fréquente quand on passe du patois au français standard dans cette région Lorraine ; on dit par exemple une vèche pour une vache, pessè pour passer.. Dans la plupart des patois vosgiens, une besse est une vallée en généralLexiques des patois des Hautes-Vosges.. Par conséquent, le mot besse va au-delà de l’appellation toponymique et topographique qui semble plus restreinte. Par adjonction du diminutif vosgien -otte / -atte, une petite vallée est une bessotte ou bessatteCeci est confirmé par André Pégorier, Sylvie Lejeune, Élisabeth Calvarin, Les noms de lieux en France. Glossaire des termes dialectaux, commission de toponymie, IGN, 2006, Paris. p. 46, le glossaire donne la définition de baissatte pour les Vosges en ces termes: "petit vallon". Dans sa graphie baisse, le glossaire donne pour le pays de Belfort et les Alpes le sens de « fond de vallée ».. Le glossaire des termes dialectaux de la commission de toponymie de l'IGN atteste aussi pour les Alpes-Maritimes le mot baissettaPage 53 du glossaire dont la référence revient dans d'autres notes. qui désigne une vallée ou une petite dépression.

Lors de ses enquêtes auprès des Vosgiens patoisants méridionaux en 1917, Oscar Bloch trace dans son Atlas linguistique des Vosges méridionalesOscar Bloch, Atlas linguistique des Vosges méridionales, Éditions H. Champion, Paris, 1917, page 137, item 777 et page 32 des notes explicatives. la carte des mots donnés par les personnes sondées par secteur pour le terme : « vallée »Les formes données sont velaye, valaye, volèye, volâ, voloye, besse, basse et piaine.. Toutefois, il précise en notes explicatives qu'après avoir répondu « velaye », , ils ajoutent que le mot ne s'emploie pas. Besse désigne pour eux exactement le creux qui se trouve entre deux collines. Oscar Bloch renvoie ensuite au terme « colline » car, en vosgien toponymique, il prend le sens inattendu de « plaine ».

L'occurrence du lexème besse () est très forte sur tout le massif et dépasse les grandes sous-familles dialectales vosgiennes. L'étude du romaniste strasbourgeois pendant la période d'annexion, Adolf Horning, sur les dialectes de Metz à Belfort lui donne simplement le sens de « vallée » (« Thal ») Adolf Horning, Die ostfranzösischen Grenzdialekte zwischen Metz und Belfort, Verlag von Gebr. Henninger, Heilbronn, 1887, in: Französische Studien, Hrsg. G. Körting und E. Koschwitz, V. Band, 4. Heft. .. Le dictionnaire des patois romans de la Moselle de Léon ZéliqzonLéon Zéliqzon, Dictionnaire des patois romans de la Moselle, partie, A-E, Publications de la faculté des lettres de l'Université de Strasbourg, fascicule 10, éditions Librairie Istra, Paris-Strasbourg, Oxford University Press, Columbia University Press, 1922, . n'atteste le mot « bèsse » que pour les secteurs des Vosges mosellanes ou en bordure du massif pour le Saulnois et le pays entre Moselle et Seille. Il indique en premier sens la flaque d'eau ou l'endroit marécageux. En deuxième sens, une bèsse dans le nord-est de la Lorraine est également un bas-fond dans la montagne ou un vallon. Zéliqzon donne des exemples : « Lè bèsse di Bianc Ri » (la vallée du Blanc-Rupt). « Lo ri cot dans lè bèsse »,(le ruisseau coule dans la vallée). L'étude du patois welche du Ban de la Roche en Alsace par le Sieur Oberlin en 1775 à Strasbourg atteste le terme baisse avec le sens de valléeSieur Oberlin, Essai sur le patois lorrain des environs du comté de Ban-de-la-Roche, fief royal, éd. Jean Fred. Stein, Strasbourg, 1775 d'Alsace, page 172 : baisse: « vallée »- de « bas ».. En revanche, le dictionnaire de l'abbé Varlet sur le patois meusien, déjà plus éloigné du massif vosgien, n'atteste ni bèsse, ni baisse. Le terme basse y prend le sens de borne, limite avec le verbe bassi « délimiter, aborner ». La petite vallée s'y dit vaucelle et l'expression à la vallaïe pour dire en avalAbbé Varlet, dictionnaire du patois meusien, Mémoires de la société philomatique de Verdun, Tome XIV, éditeurs L. Laurent, Verdun, 1896, pages 39-305, pour baisse . montre que la zone d'extension de la basse du secteur vosgien est atteinte.

Dans certaines microrégions vosgiennes, on utilise d’autres termes pour désigner une vallée fermée en amont qui s’ouvre de plus en plus en aval : combe; combêlle; bwôilloûre.

La parenté avec le terme alpin combe est flagrante, mais contrairement à une combe alpine ou jurassienne, une basse n’est pas dans l’axe d’un pli anticlinal. Une basse n’est pas forcément associée à un lieu très hospitalier, bien situé. Au contraire, on se l’imagine à l’écart avec un microclimat peu favorable. Quand la vallée prend une connotation culturelle, administrative et politique, comme à Saint-Dié par exemple, on utilisait également le mot val (en patois plutôt vau).

Répartition des toponymes en basse Massif forestier de moyenne altitude vignette|Zone d'extension du toponyme « basse ». On constate sans grand problème que les basses apparaissent sur les cartes à partir du moment où l’altitude atteint au moins et où la configuration grès-forêt-relief encaissé est plus marquée. Ce sont en général les massifs boisés peu habités des basses et moyennes Vosges du nord au sud : le pays de Dabo ; le massif du Donon ; le massif du Champ du Feu ; la haute vallée de la Bruche ; la forêt de la Côte de Répy ; la forêt de Mortagne ; la forêt d’Autrey ; la forêt de Champ ; la forêt de Faîte ; la haute vallée de la Meurthe.

Frontière linguistique romano-germanique Comme le terme est roman, son utilisation s’arrête brutalement dès qu’on atteint la frontière linguistique entre la famille romane et la famille germanique, d’un côté la Lorraine romane, de l’autre la Lorraine francique ou l’Alsace alémanique. Cette limite traverse, en effet, le massif des Vosges.

La transition peut être brutale ; d’un côté de la vallée (ouest / sud-ouest) les basses se succèdent, de l’autre côté (est / nord-est) ce sont les toponymes avec le suffixe /-thal/ qui prennent le relais. Parfois, c’est la ligne de crête qui sert de limite toponymique.

La présence du terme « basse » indique aux randonneurs qu’ils sont en zone romane. Toutefois, il ne faut pas confondre la limite départementale avec la limite linguistique : les toponymes romans dépassent la ligne de crête dans les départements alsaciens du Bas-Rhin et Haut-Rhin.

Limite orientale des basses dans le massif vosgien La zone d’extension des basses est en plein massif montagneux, on peut grossièrement, et à quelques vallons près, tirer une ligne en passant par les sommets suivants du nord au sud : Katzenberg () ; Le Grand Rommelstein () ; Col du Brechpunkt () ; Hunerstkopf () ; Grossmann () ; Rocher de Mutzig () ; Katzenberg () (67) ; Bruchberg () ; Champ du Feu () ; Climont ; Schlossberg () ; La tête des Porcs ().