thumb|Un chauffeur et son bus Mercedes du centre de mise à mort de Hartheim pour le transport des victimes au château. Le programme 14f13, ou , aussi appelé , est une programme du Troisième Reich destinée à assassiner des déportés de camps de concentration nazis. Elle consiste à sélectionner et tuer les déportés malades, âgés ou invalides selon les critères nazis. L'un des critères de sélection pourrait s'expliquer notamment par le fait que les victimes étaient passées par des kommandos satellites en lien avec les armes de représailles V1 et V2. Cette opération s'est déroulée d' à fin 1944.

Contexte de l'élaboration du programme Au printemps 1941, Heinrich Himmler rencontre le Reichsleiter du NSDAP Philipp Bouhler, chef de la Chancellerie d'Hitler, pour lui faire part de son désir de soulager les camps de concentration de leurs , désignant ainsi les prisonniers malades et ceux qui ne sont plus capables de travailler"Inmate euthanasia as part of Action 14f13" Consulté le 17 mai 2010.

Bouhler avait été désigné par Hitler pour mettre en œuvre l'Action T4, le programme d'« euthanasie » destiné à éliminer discrètement les malades mentaux, infirmes et pensionnaires de maisons de retraite jugés incapables de travailler. Le but de cet accord entre Himmler et Bouhler est de trouver une façon discrète de tuer les prisonniers des camps qui correspondent à la description donnée pour l'Aktion T4 ; 20 % des effectifs des camps doivent être sélectionnés en vue du traitement spécial 14f13. Bien que l'Aktion T4 ait été apparemment et officiellement arrêtée par Adolf Hitler le , elle a continué secrètement dans l'Allemagne nazie jusqu'à la chute du en 1945"T4 program" Encyclopædia Britannica official website. Consulté le 17 mai 2010.

Organisation Bouhler ordonne au chef du Hauptamt II (le bureau principal) de la Chancellerie, l'Oberdienstleiter Viktor Brack de mettre en place ce programme. Brack était déjà responsable des différentes opérations en rapport avec le programme T4, au sein de la Dienststelle T4 ; il y utilisait le pseudonyme de « Jennerwein ». Le projet s'est développé sous la direction de l'inspection des camps de concentration (IKL) et du Reichsführer-SS sous le nom Sonderbehandlung 14f13. La combinaison de nombres et de lettres provient du système de tenue des dossiers SS : « 14 » désigne l'IKL, « f » se réfère au mot allemand « morts » (Todesfälle) et le nombre « 13 » désigne la manière de mourir, dans ce cas-là, le gazage dans les centres d'« euthanasie » de la T4.

Première phase : sélection L'opération commence en avril de 1941 . Un comité de médecins se rend dans différents camps de concentration pour sélectionner des déportés malades et hors d'état de travailler destinés à être . Ce comité réunit des médecins déjà connus pour leurs rôles dans l'Aktion T4, comme les professeurs Werner Heyde et Hermann Paul Nitsche et les docteurs , , Horst Schumann, , , Robert Müller, , , et . Pour accélérer le processus, les commandants de camp ont fait une liste de présélection. Ils doivent répondre à quelques questions : les informations personnelles, la date d'admission au camp, la diagnostic médical, l'existence de blessures de guerre et toute infraction antérieure. Conformément aux directives de l'opération, les noms des concentrationnaires présélectionnés devaient être compilés et présentés aux médecins. Les personnes retenues par le commandant lors de la présélection sont ensuite présentés au comité médical. Aucun examen médical n'est véritablement effectué par les médecins. À partir de cet et de leur dossier médical, les médecins décident si le déporté est ou n'est pas dirigé vers le 14f13. Ce formulaire, appelé est le même que celui qui a été employé lors de l'Aktion T4; les résultats sont alors envoyés pour enregistrement au bureau central T4 à Berlin.

Ceux susceptibles d'être retenus lors de la présélection étaient quelquefois encouragés par l'administration des camps à se déclarer malades ou incapables de travailler. On leur faisait alors miroiter un séjour dans un () ou un où ils auraient à effectuer un travail plus léger. Des concentrationnaires ont accepté, parfois conscients de ce qui allait leur arriver.

La première sélection connue a lieu en au camp de concentration de Sachsenhausen. Vers l'été, au moins de Sachsenhausen sont . Pendant la même période, de Buchenwald et d'Auschwitz sont gazés au centre d'« euthanasie » de Sonnenstein. du camp de concentration de Mauthausen sont tués au château de Hartheim. Entre et , de Dachau, ainsi que des milliers de Mauthausen et du camp double de Gusen sont gazés au château de Hartheim. Le système se généralise, et le , une circulaire est adressée à tous les commandants des camps de concentration leur annonçant la visite de la commission de médecins pour sélectionner les sujets « à traiter ». Ce document n'a pas été retrouvé en ce qui concerne Natzweiler et Ravensbrück, alors que Mennecke s'y est rendu en « visite d'expertise » le et au début de .

Le même traitement est réservé aux prisonniers des camps de concentration de Flossenbürg, Neuengamme et Ravensbrück. Dans la période suivante, de Buchenwald, 850 de Ravensbrück et 214 du camp de concentration de Groß-Rosen sont gazés au château de Sonnenstein et à Bernburg. En , environ sont sélectionnées à Ravensbrück et gazées à Bernburg.

Ces qu'il note dans les formulaires sont décrits dans des lettres du Friedrich Mennecke. Pendant une sélection à Buchenwald, Mennecke écrit à sa femme EvaFrancis R. Nicosia et Jonathan Huener, Medicine and Medical Ethic in Nazi Germany: origins, practices, legacies. (née Wehlan) :

Dans sa lettre du , parlant de la première sélection de Sachsenhausen, il précisait : . Et plus tard, après une grande sélection à Dachau, le mercredi , il note à son épouse qu'.

La sélection des détenus obéit très vite à d'autres critères que la maladie ou l'incapacité de travailler ; s'y ajoutent alors des critères politiques, raciaux et tiennent compte des antécédents judiciaires. Mennecke note le qu'il est interrompu dans son travail par deux médecins de la T4 (il est en train de traiter 300 formulaires à Ravensbrück) qui l'informent de nouvelles directives de Berlin, élargissant la sélection à ces nouveaux groupes de déportés. L'examen médical perd son sens, en particulier pour les détenus juifs ; aussi l'expertise médicale (ou phase II de la sélection) est-elle progressivement escamotée, et les médecins de la commission ne font plus que viser les dossiers des déportés sélectionnés par les médecins et commandants des camps. Il semble même qu'au camp d'hommes de Ravensbrück, cette phase II ait été complètement ignorée et qu'aucun médecin de la T4 ne soit intervenuBernhard Strebel, , pourtant il y a 298 victimes dont 139 juifs dans cette partie du camp.

Centres d'extermination Seuls trois centres de mise à mort nazis (NS-Tötungsanstalt) sont utilisés pour le gazage des prisonniers : le centre de mise à mort de Bernburg (dirigé par Irmfried Eberl qui est commandant de Treblinka en juillet-), le centre de mise à mort de Sonnenstein (dirigé par Horst Schumann) et le centre de mise à mort de Hartheim (dirigé par Rudolf Lonauer et Georg Renno). Après que les commissions de médecins ont déclaré des prisonniers dans les différents camps de concentration, l'administration du camp doit répondre à cette demande d'« euthanasie ». Ils sont alors transportés soit par la soit par la Deutsche Reichsbahn directement dans l'un des centres d'extermination. Là, les prisonniers sont examinés par un médecin du centre à la recherche de dents en or avant d'être conduits dans une chambre à gaz, où ils sont tués au monoxyde de carbone ; d'après un médecin de la T4 en poste à Bernburg, . Après avoir enlevé les dents en or, qui sont envoyées à un bureau central à Berlin, les cadavres sont incinérés dans le crématoire sur place. Certains cadavres sont examinés plus en détail avant l'incinération.

Le meurtre est commis par le même personnel, en utilisant les mêmes moyens que ceux utilisés précédemment avec les malades mentaux dans le cadre de l'Aktion T4. Quelques détails administratifs ont été modifiés et les décès sont enregistrés par les membres de l'administration des camps respectifs qui en informe les parents de la victime. Une description détaillée a été donnée par en à la Linz Kriminalpolizei qui enquêtait alors sur les crimes de guerre nazis qui ont eu lieu dans la région. Nohel, qui avait travaillé au four crématoire du centre de mise à mort de Hartheim, a été reconnu coupable au procès de Dachau-Mauthausen en 1946 et condamné à mort pour l'assassinat de prisonniers des camps de concentration déclarés malades et invalides. Il a été exécuté en 1947Brigitte Kepplinger, "Die Tötungsanstalt Hartheim 1940 – 1945" (PDF) Education Highway – Innovationszentrum für Schule und Neue Technologie. Consulté le 12 décembre 2009.

Extension puis réduction des sélections Progressivement, les sélections incluent les politiques ou autres indésirables (selon les critères nazis), les juifs et les soi-disant asociaux. Conformément aux orientations générales de la police bavaroise du , ceux qui doivent être mis en détention préventiveBundesarchiv Slg. Schumacher/271 sont les En raison de la nécessité croissante de travailleurs dans l'économie de guerre, l'Inspection des camps de concentration publie un décret le , qui est distribué à tous les commandants des camps. Le , ce service est incorporé dans l'Office central SS pour l'économie et l'administration comme division (Amt.) D, sous les ordres du SS-Brigadefuhrer Richard Glücks. Ce décret a été signé par Arthur Liebehenschel, agissant à la place de Glücks).

Un an plus tard, l'intensification de la guerre nécessite de réduire les sélections pour s'assurer un nombre suffisant de travailleurs valides pouvant travailler pour l'économie de guerre. Si certains déportés échappent à la mort à partir de 1943 parce qu'il convient de conserver un potentiel de travail dans les camps de concentration, un groupe de prisonniers s'est trouvé protégé dès 1942, du fait de leur statut particulier. Zamecnick signale le cas particulier de l'ecclésiastique allemand Hermann Scheipers : alors qu'il est engagé dans le processus de l'Aktion 14f13, sa sœur engage des démarches auprès de l'administration nazie et informe un collaborateur du RSHA que « dans le pays de Münster, on sait que les prêtres sont gazés ». Très vite, Scheipers, mais aussi les autres prêtres qui devaient également être gazés sont réintégrés dans des blocks normaux. Aucun ecclésiastique allemand ne sera incorporé à un transport d'invalides à partir du Zamecnick, lire en ligne.

Le , Glücks présente un nouveau décret précisant qu'à l'avenir, seuls les prisonniers qui sont réellement des malades mentaux doivent être sélectionnés.

Après ces directives, seul le centre de mise à mort Hartheim est nécessaire. Bernburg et Sonnenstein sont fermés. La première phase de l'Aktion 14f13 est terminée.

Deuxième phase de l'Aktion 14f13 Les nouvelles directives du lancent la deuxième phase de l'Aktion 14f13. Dès cet instant, les sélections (et les formulaires à remplir) ne sont plus de la responsabilité du groupe de médecins de la T4. La sélection des déportés destinés à mourir est sous la seule responsabilité des administrations du camp, et plus généralement, le médecin du camp. Cela n'exclut pas cependant l'élimination des malades, qui physiquement ne sont plus en état de travailler ; cette exécution s'effectue dans le camp lui-même ou par le transfert des prisonniers dans un camp qui possède une chambre à gaz, tels que les camps de concentration d'Auschwitz, Mauthausen ou Sachsenhausen.