L'église Saint-Saulge est une église catholique située sur la commune de Saint-Saulge, dans le département de la Nièvre, en France..
Ancienne prieurale implantée au cœur du bourg, l'église de Saint-Saulge se caractérise par son unité architecturale du (avec des fondations médiévales et des remaniements ) ainsi que par un remarquable ensemble de vitraux datant de la même époque.
Présentation La qualité de l'église de Saint-Saulge réside dans deux éléments : sa nef, pour n'être qu'une transformation, ne manque pas de caractère avec ses grosses piles et son réseau de nervures à pénétrations, habilement allégées par leurs profils ; mais, surtout, les vitraux décorant les baies à remplages flamboyants ouvertes entre les contreforts, et réparties en trois formes [...] constituent un très bel ensembleJean Martin-Demézil, Congrès archéologique de France, 1967, p. 222..Elle est ouverte tous les jours.
Dans la travée du clocher, une exposition permanente est consacrée à la vie de Jean-Baptiste Delaveyne, fondateur de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers.
Historique
Général L'église de Saint-Saulge appartenait à un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint-Martin d'Autun. Cette affiliation est évoquée dès 908 lorsqu'un laïc, Richard le Justicier, s'adresse au roi des Francs Charles le Simple afin que le lieu et les six manses qui y sont attachés soient restitués à l'abbaye éduenne. À cette époque l'endroit porte le nom de Vetula vinea, la Vieille Vigne, dans laquelle se trouve une celle (un petit monastère) dédiée à Saint-Denis, à laquelle est jointe une chapelle dédiée à Saint-Martin où repose le corps de saint Saulge : in villa vocata Vetula vinea, cum cella S. Dionysii, et capella S. Martini in qua corpus S. Salvii requiescitBulliot, vol. 2, n°8, p. 20-21..
Seize ans plus tard, en 924, une autre charte du roi Raoul veut que certaines terres, dont le monastère de Saint-Martin d'Autun avait été dépouillé, lui soient rendues. Il y est fait mention de celles qui étaient situées dans le Nivernais dont Salvium, Saint-Saulge : in pago Nevernensi [...], et...... Salvium [...] cum omnibus appendiciisBulliot, vol. 2, n°10, p. 25..
Dans le recueil de chartes publié par Jacques-Gabriel Bulliot, de nombreuses pièces évoquent le prieuré de Saint-Saulge :
un accord entre le prieur et les curés de Saint-Maurice et Sanizy au ou ; deux fondations de prieurs en 1230 et 1249 ; la participation de différents prieurs aux frais de l'abbaye (nourriture, dettes).
Cependant son effectif, l'agencement des bâtiments de vie, son temporel ne sont jamais vraiment connus avec précision. À partir du ou du , les prieurs commendataires ne résident plus. Sur place, la communauté monastique se limite au sacristain ou au fermier du revenu chargé de collecter les biens appartenant au prieuré.
Symboliquement, l'église est divisée en deux. C'est dans la nef qu'ont lieu les offices paroissiaux présidés par le curé. Le chœur appartient au prieuré et est affecté au sacristain. Les archives départementales de Saône-et-Loire renferment encore les seize procès-verbaux des visites du prieuré de Saint-Saulge par les grand-prieurs de Saint-Martin d'Autun entre 1638 et 1698Abbé Marillier, Histoire de Jean-Baptiste Delaveyne, Nevers, Thomas Ferrandier, 1890, p. 58..
En 1790, le revenu net du prieuré est de 5.916 livres. Un an plus tard, le le prieuré de Saint-Saulge est vendu à un nommé David, pour la somme de 31.100 livres « consistant en une maison composée de huit pièces, grange neuve avec deux écuries à bœufs, vieille grange avec deux écuries, clos de sept boisselées, pré de deux charretées, maison où logeait le garde du prieur, l'étang de Ranciaux de dix-huit arpents, un autre pré de treize charretées »J. Charrier, Histoire religieuse du département de la Nièvre pendant la Révolution, tome II (1795-1803), Paris, Guitard, 1926, p. 249..
Une visite très instructive Le , dom Nicolas Richebraque, grand-prieur de Saint-Martin, assisté de dom Gilles procureur de l'abbaye et secrétaire, visitent le prieuré de Saint-Saulge. Voici le compte rendu partiel de leur inspection :
« Nous serions arrivé à trois heures après midi à Saint-Sauge, où nous aurions rencontré d'abord dom Jean Delaveyne, religieux et sacristain dudit Saint-Saulge, lequel nous ayant honnêtement et charitablement reçu, il nous aurait introduit dans l'église où, après notre prière faite, il nous aurait conduit au logis de la sacristie où il fait sa demeure. Les reliques sont conservées dans deux châsses aux deux bouts de l'autel, servant de piédestaux aux figures aussi dorées desdits saint Sauge et saint Martin. L'autel est en très bon état, orné d'un beau tabernacle doré. La fabrique du chœur est en bon état ; cependant « nous y aurions remarqué quelques fentes ; il manque quelques pierres au-dessus de l'une des croisées ou fenêtres, qui sont au nombre de trois ».
« Dans la sacristie, calice, ornements, linges très propres et très bien conservés, lesdits ornements de toutes les couleurs. On nous aurait aussi fait voir une petite croix de bois couverte de lames d'argent dans laquelle on dit être un morceau de la vraie croix. Au-dessus de ladite sacristie nous aurions vu une chambre ou cabinet d'une grande propreté et commodité, lequel cabinet ledit dom Jean Delaveyne, sacristain, se serait pratiqué pour vaquer plus en repos à la prière et à la lecture. Le logis prieural est en ruine depuis plus de dix ans. De ce logis on n'a pu nous montrer qu'un petit bâtiment appuyé sur les murailles de la ville. Le four banal, la grange, le petit bâtiment ont besoin de réparations ».
« Nous étant ensuite informé de la conduite, vie et mœurs dudit dom Jean-Baptiste Delaveyne, sacristain, et lui ayant demandé à lui-même compte de ses occupations ordinaires et de ses exercices, nous n'y aurions reconnu rien que de bon et d'édifiant ».
« Ordonnances. Le chœur sera blanchi, les fentes réparées et bouchées le plus tôt possible et les pierres de la croisée aux fenêtres remplacées. Ledit prieur fera faire la coupe des bois [...]. Et quant audit dom Jean-Baptiste Delaveyne, sacristain, l'avons exhorté à continuer le bien qu'il fait tant pour soi-même que pour le publique, lui ordonnant au surplus de payer et de reconnaître la livre de cire qu'il doit à la sacristie dudit Saint-Martin »Abbé Marillier, Histoire de Jean-Baptiste Delaveyne, Nevers, Thomas Ferrandier, 1890, p. 404-406.. Les travaux de 1780 vignette|288x288px|Plan des travaux de 1780 sur l'abside de l'église, disponible aux Archives départementales de la Nièvre (268 B 31/2/13).Les archives départementales de la Nièvre possèdent le devis (avec plan et élévation pour le sanctuaire et la sacristie) des ouvrages « à faire aux bâtiments et fermes » du prieuré de Saint-Saulge. Ce devis est l'œuvre de Florentin Gilbert, architecte parisien ; il est établi le pour une adjudication ayant lieu le suivant.
Gilbert constate que « ce chœur est d'une bâtisse très ancienne ; les murs sont lézardés en différents endroits du rond-point et principalement du côté de la sacristie, il paraît que ledit chœur a été voûté dans sa première construction, que ces voûtes ont été depuis supprimées pour empêcher la ruine des murs, et on a suppléé à cette voûte par un plancher en planche attachées sous les solives » qui, pourri, menace ruine ; la charpente est elle-même en piteux état ; déversée, elle menace de s'écrouler sur celle de la nef.
Le projet prévoit la reprise des fenêtres, des enduits, le bouchage des lézardes en tuileau et mortier depuis la base des murs, leur sommet étant muni d'un entablement de pierre de taille orné de moulures, le tout couvert d'une fausse voûte faite de tuile de démolition garnie d'un lattis destiné à recevoir un « plafond appliqué à celle-ci en plâtre de Decize » ; ajoutons encore la réfection du sol en pierre de Saint-Benin-des-Bois et le marchepied de l'autel « en parquet de menuiserie encollé, ciré et frotté ». À l'extérieur, il y a lieu de reprendre et rejointoyer les contreforts. Enfin, chœur et sanctuaire doivent porter une charpente de trois fermes, couverte de tuile du paysADN : 268 B 31..
Architecture
Général L'église de Saint-Saulge a été reconstruite en grande partie au sur l'emplacement d'une église romane dont il reste que quelques fondations.
L'église actuelle, qui n'a pas été achevée, comprend une nef de quatre travées bordée de bas-côtés, un chœur voûté en berceau et une abside couverte d'un cul-de-four. La nef, large et peu élevée, ne dépasse pas la hauteur des collatéraux. Elle est couverte d'une voûte en étoile avec liernes et tiercerons ; les ogives profilées, ainsi que les doubleaux, d'un gros tore et de moulures prismatiques séparées par des gorges pénètrent de grosses colonnes appareillées avec bases à facettes reposant sur des socles polygonaux d'environ 0 m 80 de haut, décorés de dents d'engrenage ou de bandeaux séparés par des gorges. Les bas-côtés sont également voûtés de croisées d'ogives à moulures prismatiques séparées par d'épais doubleaux garnis d'un gros tore et de plusieurs moulures ; nervures et doubleaux pénètrent d'un côté les grosses colonnes de la nef et de l'autre les demi-colonnes adossées aux murs gouttereau. Les formerets épais sont allégés par des moulures et les clefs sont formées d'une simple pierre, taillée en croix avec un trou minuscule. Une porte s'ouvre dans la deuxième travée des bas-côtés qui se terminent par un mur droit, à la naissance de l'abside. vignette|267x267px|Intérieur de l'église de Saint-Saulge. À l'extérieur, une porte en plein cintre s'ouvre dans la façade occidentale sous un arc en tiers-point correspondant au doubleau de la première travée ; en effet la nef n'a pas été achevée, comme en témoignent la rangée de corbeaux en saillie, près de la fenêtre en tiers-point qui ajoure le mur du collatéral nord, et les naissances d'une voûte, dans l'angle formé par le bas-côté sud et la grosse tour qui se dresse au sud-ouest de la nef. La construction de cette tour a été interrompue à environ un mètre au-dessus du soubassement. Celui-ci, en bel appareil régulier, est renforcé aux angles par trois épais contreforts ceinturés par le cordon qui souligne l'embryon du premier étage. Sur ce soubassement s'appuie, par l'intermédiaire d'un glacis, un clocher en charpente couronné d'une flèche et d'un lanternon. Sur la face ouest du soubassement s'ouvre une fenêtre en tiers-point, et sur la face nord se profile un grand arc de même tracé ; le pignon de la nef est ajouré d'une petite baie en plein cintre.
Les façades latérales sont épaulées par d'épais contreforts qui montent jusque sous la corniche moulurée et sont couverts d'un glacis au sud et d'une bâtière au nord. Au-dessous de la baie à double panneau de la seconde travée, s'ouvre une porte rectangulaire encadrée de nombreuses moulures aboutissant sur des bases à facettes, et abritée par un pan du grand toit qui couvre nef et collatérauxMarcel Anfray, La cathédrale de Nevers et les églises gothiques du Nivernais, Paris, Picard, 1964, p. 153-155..
Les vitraux L'intérêt de l'église réside dans les belles verrières datées du qui méritent de retenir l'attention du visiteur par le bon état de leur conservation et leur qualité. Les baies sont divisées en trois formes, sauf dans la deuxième travée où elles sont réduites à deux lancettes ne dépassant guère la largeur des portes percées au-dessous. Les vitraux ont été réalisés entre 1546 et 1559. Il semble qu'ils soient l'œuvre d'un seul et même atelier caractérisé par les auréoles « en plateau » des saints ou l'usage d'aplats rouges et verts. Les scènes occupent totalement les lancettes et s'inscrivent dans un cadre ou sous un dais architecturés. Le style du est reconnaissable dans l'usage de la perspective et dans l'art des portraits.