Léglise Saint-Pierre-ès-Liens est une église catholique située dans la commune de Langoiran, dans le département de la Gironde, en France.

Localisation L'église se trouve sur la place principale de l'écart du Haut-Langoiran, au nord-est de la ville, accessible par la route départementale D240 qui mène vers l'est depuis le rond-point du stade Alain-Giresse ou, depuis le lieu-dit du Pied-du-Château (au sud-est de la ville, par la route départementale D10), vers le nord, par la route départementale D119.

Historique

L'édifice, construit au Moyen Âge en style roman, porte le vocable de saint Pierre depuis au moins 1326. Le mur nord de la nef, le chœur et son portail, datent du . La nef, non voûtée, est de petit appareil avec des contreforts plats montant jusqu'au toit. les fenêtres, très haut placées, sont ébrasées en dedans, à ressaut en dehors. Le chevet, de neuf travées, est du .

Le bas-côté était construit au sud en 1541 par le maître maçon Martial Rous, comme indique une inscription : « L'an de grâce 1541. A estée édifiée la présente chapelle par les gens de maître Martial Rous et par les habitants de Langoiran », sur l'un des piliers entre le bas-côté et la nef.

Deux pierres gravées sont conservées dans le mur occidental du bas-côté : l'une porte une inscription en caractères gothiques ayant trait à Saint Pey de Langoiran, datée « 1402 », et l'autre rappelle la construction de l'ancien clocher en 1604. Ce clocher, en forme de tour carrée surmontée d'un toit en pavillon et recouverte de tuiles plates, est bien visible sur le dessin de Henri Maignan.

En 1864, suivant les directives de l’archevêque de Bordeaux Donnet, qui voulait « moderniser » toutes les églises romanes de la Gironde avec du néogothique, l'architecte Paul Abadie a commencé la reconstruction de l'église.

L’édifice avait une rusticité hors d'âge, à en juger par le dessin d'Henri Maignan (1815-1900) qui date de 1846. On voit que l'édifice dissimulait son portail roman à trois voussures sous un auvent rustique appuyé contre le mur. Selon Brutails, Dubourg-NovesÉglises de Gironde de Pierre Dubourg-Noves, Nouvelles éditions latines, Paris, 1971, . et Bougoux : « Dix-huit ans plus tard, en 1864, le vandalisme architectural de Paul Abadie, soutenu par les vanités archiépiscopales de Donnet, allait défigurer cette partie de l'église pour y implanter « une flèche prétentieuse » et une sacristie, à la suite de quoi, certains esprits avisés n'hésitèrent pas à dénoncer ces « embellissements désastreux ».

La croix de cimetière, qui date du début du , était dressée dans l'ancien cimetière près de l'église. Après le déplacement du cimetière en 1868, la croix servit à indiquer l'entrée du chemin menant du Pied-du-Château à l'église. Le , la croix a été déplacée en bordure du chemin qui conduit au château de Langoiran.

Près de l'église, à l'emplacement de l'ancien cimetière, se trouve une croix en fer forgé.

Au lieu-dit le Biac, entre Langoiran et le Haut-Langoiran se trouve une croix de mission. Une croix a été érigée à cet emplacement depuis le Moyen Âge. Des actes du évoquent ce lieu-dit, alors appelé la Croix. La présence d'une croix est attestée en 1760, 1779, 1858 et 1882. À cette dernière date, une croix en fer forgé fut érigée à la suite d'une mission prêchée par le père Dilliès. La croix en place aujourd'hui, en bois, date de 1965.

À côté du mur nord de l'église, se trouvent les restes d'un sarcophage.

L'église a été classée au titre des monuments historiques en totalité par arrêté du .

L'iconographie romane

L'essentiel de la sculpture romane se trouve autour de l'abside. À l'extérieur, il y a 36 chapiteaux, dont 7 historiés et 23 modillons sculptés ; à l'intérieur, autour du sanctuaire, on trouve 25 pièces sculptées, dont 9 chapiteaux historiés et une console.

La façade occidentale, très remaniée en 1864, porte six modillons figurés et le portail possède six chapiteaux sculptés.

Le portail et les modillons de la façade occidentale Les voussures du portail sont encore telles que les décrit Léo Drouyn en 1855Léo Drouyn en pays de Cadillac ; Léo Drouyn - Les albums de dessins - volume 11, Les Éditions de l'Entre-deux-Mers, 2004, ., sauf la première, refaite en 1862 en dents de scie. Les six chapiteaux du portail sont de facture fruste. Cinq ont une décoration à feuillages (feuilles d'eau ou de palmettes renversées). Le sixième chapiteau, sur l'ébrasement nord, est une composition animalière : une bête bicorporée, à tête unique. Les deux corps, aux queues entrelacées, sont disposés dos-à-dos pour dessiner un oméga (Ω) majuscule.

Les colonnettes n'étaient plus en place en 1855, il est possible que celles que l'on voit aujourd'hui soient des remplois, lors de la reconstruction de 1862, des colonnettes qui étaient au-dessus de la corniche.

La porte en bois, qui date du , ornée de ses ferrures, a été conservée.

La façade d'origine comptait 15 modillons sculptés selon Léo DrouynFonds Léo Drouyn des Archives Municipales de Bordeaux, tome 46, .. Lors de la construction du nouveau clocher, en 1864, la façade a été refaite et six des quinze modillons ont été remployés. Ils furent replacés dans un ordre arbitraire. Selon les dessins de Léo Drouyn, les modillons manquants étaient : entrelacs ; pommes de pin ; damier ; bossage ; trois motifs ornementaux. Les six modillons restants sont tous dans la même catégorie : la dénonciation de la luxure. On trouve : un bouc, connu pour ses mœurs sexuelles ; un joueur de dolio, un instrument à vent en forme de petit tonnelet avec un bec ; le joueur y souffle comme dans une flûte de Pan ; le dolio était synonyme de danses populaires, d'ivresse et propice aux péchés charnels ; Deux oiseaux enlacés tendrement (On trouve le même thème sur un chapiteau de la deuxième fenêtre du chevet.) ; Un exhibitionniste génital ou anal ; Un masque de loup, bête maléfique ; Une sirène bi-caudale, symbole de la « Tentation charnelle ». Ces modillons sont des exemples « classiques » dans l'iconographie des modillons romans.

Le chevet Heureusement, le chevet, à neuf pans, a échappé aux reconstructions et est à peu près intact. Il compte parmi les plus belles réussites de l'art roman de la région. Il y a une grande similitude avec des réalisations saintongeaises de l'époque.

Le chevet héberge sept chapiteaux figurés à l'extérieur et neuf à l'intérieur. Seuls, deux des seize chapiteaux traitent de thèmes religieux, les quatorze autres illustrant l'édification morale par le biais de contre-exemples, principalement des métaphores tirées du monde animalier.

Le soubassement du chevet est relevé de dents-de-loup et, dans la scotie, sous la corniche, de dents-de-scie.

Au premier étage, le bandeau chanfreiné, sous l'appui des fenêtres, et la moulure qui court à la hauteur de l'imposte de ces mêmes fenêtres, ainsi que le cordon placé sous l'arcature supérieure, portent des feuillages stylisés ou des ornements divers.

Dans les groupes de colonnes a été ménagé, de chaque côté du fût principal, un bandeau vertical couvert, jusqu'au niveau de l'imposte des fenêtres, de décors gravés variés.

Les chapiteaux des fenêtres et des arcatures aveugles sont tous sculptés. Les sculptures figurées sont toutes au sud. Les autres chapiteaux portent des décorations végétales.

Au deuxième étage, les chapiteaux centraux des doubles arcatures aveugles ont tous un décor végétal.

Sous la corniche, se trouvent 23 modillons sculptés dont aucun n'est figuré.

Le chevet : premier étage Première fenêtre : Oiseaux superposés Les deux chapiteaux de cette fenêtre portent le même thème : deux paires d'oiseaux affrontés et superposés. Les corbeilles sont sculptées sur deux faces et sommées d'un tailloir que parcourt une frise de feuilles palmilobées entrelacées, frise commune à tous les chapiteaux du chevet.

Sur chaque corbeille, deux gros oiseaux posés sur l'astragale, entrelacent leurs longs cous ; un second couple d'oiseaux est perché sur leurs dos.

À gauche, tous les oiseaux ont la tête dressée ; les oiseaux superposés sont plus petits que ceux qui les portent ; ces derniers, qui ont leurs cous entrelacés, détournent leurs yeux vers les petits. Léo Drouyn, qui a observé les corbeilles moins mutilées, a précisé que les quatre oiseaux s'entre-becquettent.

À droite, les quatre oiseaux sont de même taille ; tous les quatre baissent la tête. Les deux oiseaux porteurs baissent leurs cous entrelacés de façon à toucher du bec leurs propres pattes.

Le style de ces sculptures est apparenté à celui de l'abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux.

Le thème des oiseaux à longs cous entrelacés est récurrent dans l'art roman, soit de façon accessoire, comme sur le modillon de la façade, soit de façon bien développée comme sur des chapiteaux. On ne peut pas le reléguer dans un simple rôle décoratif. Les variantes sont très nombreuses et, sur cette fenêtre, il y a deux qui semblent avoir été opposées : à gauche, est rappelée la réalité de la procréation, c'est-à-dire que la « Nature » est « instinct » tandis qu'à droite, les têtes baissées de honte rappelle que la procréation est aussi la conséquence du péché originel.

Deuxième fenêtre : Trois personnages

Le chapiteau occidental de la fenêtre est orné des feuillages entrelacés.

Sur la corbeille orientale, il reste deux personnages en tunique, dos-à-dos, qui détournent conjointement la tête pour regarder un troisième être debout entre eux. De cette personne il ne reste que les jambes et le bas d'une tunique ourlée. L'homme à droite, afin de tenir en équilibre, se retient au pédoncule d'un énorme fruit, dont on peut penser qu'il se préparait à le cueillir. Quant à l'homme à gauche, il a levé le bras pour soulever un objet cylindrique de ses deux mains.

C'est le personnage central qui donne le sens à cette composition, sans doute une scène euphorique, car on discerne la jubilation sur les visages des deux hommes. Il existe un chapiteau complet, très semblable à celui-ci, dans le sanctuaire de l'église de Saint-Macaire. La troisième personne est une femme lascive, qui laisse supposer que le personnage central ici est un épigone de la luxure, soit une sirène-oiseau, soit une fille de joie.

Le style de la sculpture fait penser à un œuvre de la fin du .

Troisième fenêtre

La corbeille orientale porte une décoration géométrique. Des rangées de pointes de diamant sont parcourues par un tige torsadée en ligne brisée.

Sur chaque face de la corbeille occidentale, se trouve un serpent. Celui sur la face extérieure semble avoir un visage humain.

Pris isolément, il est difficile de donner une interprétation pour cette représentation d'êtres maléfiques. Les trois prochaines corbeilles concernant les luttes, lutte entre, hommes, lutte entre un loup et deux serpents, lutte entre deux volatiles, peut-être l'ensemble est-il une métaphore animalière au sujet des luttes incessantes que l'homme doit mener ?

Quatrième fenêtre : Bagarre à quatre personnages

La corbeille orientale porte un entrelacs de décor végétal.

Le scénario de la corbeille occidentale est difficile à déchiffrer, car elle est érodée.

Au premier plan, se trouve deux personnages, face-à-face, vêtus d'une tunique plissée, ayant posé un genou à terre. D'après Léo Drouyn : Ils paraissent se battre ou s'embrasser, leurs fronts se touchent, leurs bras sont brisés.

Deux autres hommes sont grimpés sur les dos des hommes agenouillés. Ces derniers semblent en position dominante. Il est difficile d'en dire plus.

Au Moyen Âge le péché était synonyme de désordre et la représentation d'un péché était souvent asymétrique, comme la disposition des bagarreurs ici. Il est possible que le thème est la représentation de la Discordia, un des sept péchés capitaux.

La fenêtre axiale : Des luttes animalières Les deux chapiteaux de la fenêtre axiale montrent deux types de combat entre des animaux. Au sud, c'est une lutte pour l’existence et au nord, c'est un combat mesquin, entre vaniteux, propre au corps social.