+ Toponymes Toponymes très usités du Massif Vosgien Langue romane Langue germaniqueGoutteRunzVariantes :Variantes :Suisse, Savoie: Gottaz, Gottex, GottoBaechle Le toponyme roman Goutte est attesté dans le Massif des Vosges, en Savoie, dans le département du Rhône, dans le Forez et en Suisse romande. Dans les Vosges, il est particulièrement usité dans sa partie méridionale romane (départements du Territoire de Belfort, de la Haute-Saône, des Vosges). Les gouttes sont des petits affluents, du ruisselet temporaire, asséché en étéJules Guex, La Montagne et ses noms : étude de toponymie alpine, Lausanne, 1976, , « la Gode Gotte est une source tarie, desséchée de bonne heure en été » jusqu'au petit torrent permanent. En zone arpitane comme dans les Hautes-Vosges, la goutte est un petit ruisseau qui coule quasiment goutte à goutte en dehors des périodes de fonte des neiges. La goutte désigne aussi la petite source à l’origine du ruissellement dans le vallonAbbé J. Meunier, Patois de la Région de Charlieu, parlers de Charlieu, Coutouvre (Roannais) & Saint-Jean-Soleymieux, page 6La goutte est un ravin au fond duquel coule un petit ruisseau on: patois de Charlieu en Forez, page 6. En forézien, il prend également le sens de pré un peu humideJean Chassagneux et Bruno Cornier, "Lexique du patois de Saint-Jean-Soleymieux" - Village de Forez – 2010Patois de Saint-Jean Lo gouto (au pluriel lé goute) signifie « pré un peu humide », page 37.. De ce fait, un toponyme en -goutte dans les Hautes-Vosges comme dans la Marche est très lié, voire dépendant d'un toponyme en -ru / -rupt (« ruisseau »)Citation Perrier, 544: « La réunion de plusieurs gouttes forment un rupt ».
Étymologie L'appellatif toponymique goutte constitue un emploi régional spécifique du vocable commun goutte (cf. goutte d’eau). En effet, dans certaines langues et certains dialectes comme le francoprovençal goteHenry Suter, Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs, Lire en ligne ou l'ancien occitan gotaPhilippe Olivier, Dictionnaire d'ancien occitan auvergnat: Mauriacois et Sanflorain (1340-1540) , il a le sens plus général « de filet d'eau > petite source », de même en dialecte vosgien.
En ancien français le substantif goutte est attesté pour la première fois au sous la forme gute « petite quantité de liquide qui prend une forme sphérique ». Il est issu du latin gutta « goutte d’un liquide, petite partie de quelque chose »Site du CNRTL : étymologie de goutte Différents sens historiques du mot par le Centre national de ressources lexicales et textuelles du CNRS et ATILFVoir wiktionnaire.
Formes patoises Dans la toponymie des Vosges, l'appellatif Goutte, -goutte est la forme phonétiquement francisée du terme du patois vosgien gotteRosette Gegout, Dictionnaire-Patois des Vosges, chez PLI G. Louis, Haroué, 2002, 79, . Comme en français, avec des nuances, et dans certains dialectes d’oïl, il a aussi le sens de « peu » ou « quasiment rien » ainsi dans l'expression n'mi vore gotte » (n'y voir goutte). Dans son dictionnaire des patois lorrains du nord-estLéon Zéliqzon, Dictionnaire des patois romans de la Moselle, , A-E, Publications de la faculté des lettres de l'Université de Strasbourg, fascicule 10, éditions Librairie Istra, Paris-Strasbourg, Oxford University Press, Columbia University Press, 1922, 318., Léon Zéliqzon donne les mêmes significations liées à « l'eau-de-vie », « au bref instant », mais il rajoute « le saindoux ». En outre, il atteste du terme dérivé goté pour désigner une flaque d'eau ou un lieu humide dans un terrain. ce vocable est usité dans les patois non montagnard.
Sur les cartes topographiques, on lit néanmoins toujours la forme goutte.
En francoprovençal, le terme récurrent est également got(t)eHenry Sutter, toponymes de Suisse romande et Savoie, d'où la formation de toponymes avec les terminaisons -az, -oz et -ex très spécifiques aux régions arpitanes: GottazCette forme n'est qu'une variante graphique du terme gotta; Il y a eu une réforme simplificatrice, mais pas forcément unanime des mots terminant en z. Se reporter par exemple à Paul Guichonet : « La toponymie savoyarde et les nouvelles cartes de l'Institut Géographique National » in Revue de géographie alpine, 1951, tome 39, 1, 201-211. Article sur Persee; GottexCette forme n'est qu'une variante graphique du terme gotta; Il y a eu une réforme simplificatrice, mais pas forcément unanime des mots terminant en x. Se reporter par exemple à Paul Guichonet : « La toponymie savoyarde et les nouvelles cartes de l'Institut Géographique National » in Revue de géographie alpine, 1951, tome 39, 1, 201-211. Article sur Persee. De la même manière, on trouve ce mot dans les patois locaux : gotto, gouto 37On remarque que le terme est féminin, lo gouto; même si un locuteur francophone pourrait associer la consonance de ce mot à un masculin. Dans ce patois, le pluriel influe sur la phonétique et donne la forme lé goute; gottaPhilippe Sirice Bridel, Glossaire du patois de la Suisse romande, chez G. Bridel, 1866 - 547 pages, 183, la gotta : la goutte; gottetaz; gottale.
Contrairement aux Vosges, les toponymes issus des termes patoisants apparaissent également sur les cartes officielles sous leur forme originelleBien qu'une réforme orthographique des toponymes savoyards ait été menée dans la cartographie vers le milieu du . On peut se référer « La réforme de la nomenclature cartographique. À propos des noms de lieu savoyards en AZ et OZ. » in Revue internationale d'onomastique, , 27-32 sans jamais être francisé en -goutte, Goutte.
Occurrence et particularité suivant les régions Hautes-Vosges Des trois régions, le massif vosgienPerrier P. Termes de géographie agraire limousine relatifs à l'eau. In: Norois. , 1966. Juillet-septembre 1966. . 544, Article Persée Consulté le 09/01/2015, « Goutte: fréquent dans les Vosges pour désigner de petits torrents », PDF en ligne est sans conteste le secteur où l'occurrence est la plus élevée. Les Gouttes y prennent un sens élargi. Initialement, la goutte est un ruisseau de petite tailleClaude Gérard, La maison rurale en Lorraine, EDITIONS CREER, 1990, 151 pages, 142, Google book coulant partiellement dans un terrain marécageux ou tourbeuxJean-Louis Boithias, Marc Brignon, Les scieries et les anciens sagards des Vosges: bûcherons, schlitteurs, voituriers et voileurs, EDITIONS CREER,1985, 254 pages, 34, note 14, , donc surtout en amont sur les hauteurs où la pluviométrieAngot Alfred. Régime pluviométrique de la France [Troisième partie]. In: Annales de Géographie. 1920, t. 29, . Article Persée Consulté le 09 janvier 2015 est très importante"(…) Ainsi la pluviométrie est abondante, surtout dans les hautes vallées et les reliefs (…), in: Météo France, Climatologie des Vosges, Postes et Stations climatologiques 2007. Au départ, le terme désigne donc le tout petit affluent d'un cours d'eau de fond de valléeAndré Pégorier (Ingénieur en chef géographe), Les noms de lieux en France, glossaire de termes dialectaux, commission de toponymie, édition revue et complétée par Sylvie Lejeune et Elisabeth Calvarin, IGN, Paris, 2006, 235, puis avec le temps, il a été donné à tout le cours d’eau. La goutte finit également par désigner l'ensemble du vallon perpendiculaire à la vallée centraleCapot-Rey Robert, La glaciation dans les Vosges gréseuses (versant lorrain). In: Bulletin de l'Association de géographes français, , année, novembre 1935. 118-120. doi : 10.3406/bagf.1935.6964, Article 6964 Persée Consulté le 9/01/2015Capot-Rey évoque l'infinité de vallons et "gouttes" qu'il met entre guillemets pour signaler aux lecteurs le caractère regional du terme avec son acceptation spécifique..
Les gouttes vosgiennes, ruisseaux ou hydronymes, se concentrent souvent dans les parties d'amont où elles alimentent le bassin de réception d'un cours d'eau qui débouche sur une rivière collectrice.. Par exemple, l'entonnoir de réception sur le versant occidental du Ballon d'Alsace () jusqu'au Ballon de Servance () par les cols du Ballon du Stalon, du Beurey et du Luthier alimente en eau le ruisseau de Presles qui se jette dans la rivière collectrice qui est à cet endroit la Moselle. Cet entonnoir de réception est alimenté par les gouttes du Stalon, du Glisseux, des Ails, de la Jumenterie, du Petit Creux et de la Fons Goutte. La même chose est visible sur le versant germanophone; Sur les pentes du Jungfrauenkopf (), le bassin de réception est alimenté par le Steinlebachrunz, le Jungfrauenrunz, le Hirsengrabenrunz, le Rehgrabenrunz et le Klinzrunz.
Localisation limitée aux hautes vallées L'extension géographique des gouttes est très réduite dans le massif vosgien; elle se limite aux hautes vallées de la Vologne, de la Cleurie, de la Moselotte, de la Moselle, de la Meurthe, c'est-à-dire entre la vallée de la Vologne, ainsi que la partie du massif qui s'étend en Franche-Comté (et notamment, la haute vallée de la Savoureuse). Le toponyme en goutte n'entre pas en concurrence avec celui de la basse que l'on rencontre surtout dans les Vosges gréseuses. De plus, une basse peut être sèche. Les deux termes peuvent également cohabiter dans les Vosges. Les régions concernées sont:
La frontière linguistique: équivalents germanophones
Dans le Massif du Grand Ventron qui se trouve sur la frontière linguistique, le passage entre les gouttes et les Runz est très apparent. Côté roman vosgien, on trouve : Goutte de la Grande Basse; Goutte du Pourri Faing; Goutte des Blancs Murgers. Goutte du Grand Rupt des Eaux Goutte des Echarges Goutte de Plaine Faigne Côté germanophone alsacien, on observe: Hinter/Vorder Bocklochrunz; Gross/Klein Hasenlochrunz; Tieferunz; Heidelbeerenlochrunz; Frenzlochrunz.
La zone d'extension des toponymes en « goutte » fait la transitionColette Méchin, Frontière linguistique et frontière des usages en Lorraine, Université de Nancy 2. Presses Universitaires de Nancy, 100 p., 1999, Hal archives ouvertes, 44, chapitre "Une frontière qui s'évanouit lorsqu'on s'en approche"comme pour de nombreux toponymes vosgiens avec les toponymes germaniques de l'Alsace voisineLevy Paul (linguiste), Histoire linguistique d’Alsace et de Lorraine, édition, éditions Manucius, Houilles, 2004.. Dans les hautes vallées alsaciennes ayant une histoire ethnologique et administrative à cheval entre la Lorraine et l'Alsace, on trouve des régions sur le flanc est du massif vosgien dont la toponymie est romaneChristian Wilsdorf, « Depuis combien de temps parle-t-on un patois roman dans le val de Lièpvre et dans celui d'Orbey ? » in Cahier de la Société d'histoire du Val de Lièpvre, 1985, 23-30. Cote : M.501.072 au catalogue de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. en terres germanophonesC'est le cas du Ban de la Roche, de la vallée de la Lièpvrette, de la haute vallée de la Bruche ou encore en Moselle dans le pays de Dabo.. Il y a souvent une similitude topographique entre les deux versants : le terrain est perçu et décrit de la même manière, c'est seulement la langue des mots qui changent. Le massif vosgien n'est pas dichotomique ; il sert de transition entre le monde germanique et le monde roman.
Pour désigner les vallons perpendiculaires, avec plus ou moins l'accent sur le ruisseau ou pas, on obtient géographiquement un dégradé d'ouest en est avec les premières pentes des Vosges gréseuses habituées aux basses, puis les gouttes des hautes vallées granitiques et enfin les Bach (« ruisseau ») et Thal (Tal « vallée ») des zones germanophones.
Il y a en Alsace une forte occurrence de l'appellatif -bach utilisé comme second élément d'un toponyme pour désigner les ruisseaux, petits et grands; il est parallèle à l'emploi de l'appellatif -rupt / Rupt (prononcer ) et à la -goutte / Goutte du roman.
Néanmoins, dans les Hautes-Vosges germanophones, on observe la présence d'appellations germaniques plus adaptées à la topographie des lieux qui correspondent au terme roman « goutte ».