Le Provence est un ferry ayant appartenu à la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM). Commandé en 1970 aux chantiers de Pietra Ligure par la Compagnie générale transméditerranéenne (CGTM), sa mise en service, initialement prévue pour 1972, sera retardée de deux ans en raison des difficultés financières du constructeur italien. Finalement achevé au Havre, il est mis en service en sur les lignes de la continuité territoriale entre le continent français et la Corse, mais également sur les lignes de l'Algérie. Transféré à la SNCM en 1976, il devient dans les années 1980 un navire saisonnier et ne navigue plus que durant les périodes estivales jusqu'à son retrait en 1988. Vendu à la société grecque Laurel Sea Transport en 1989, il est renommé Poseidon Express (en grec, Ποσειδών Εξπρές, Poseidón Exprés) et affecté aux lignes de la compagnie Arkadia Lines en mer Égée. Sa carrière s'achève prématurément le lorsqu'il fait naufrage dans le port de Parikiá après avoir heurté un récif. Renfloué, il sera finalement démoli trois ans plus tard.
Histoire Origines En 1969, les services méditerranéens de la Compagnie générale transatlantique et la Compagnie de navigation mixte fusionnent, aboutissant à la création de la Compagnie générale transméditerranéenne (CGTM). Tout juste fondée, la nouvelle entité envisage la construction de deux car-ferries destinés à renforcer les lignes vers l'Algérie et la Corse et rénover ainsi la flotteSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). Le premier, baptisé Provence, est prévu pour effectuer deux rotations par semaine entre Marseille et Alger hors saison, et trois pendant l’été, en remplacement du paquebot Kairouan. Son exploitation est guidée par la concurrence aérienne qui ne cesse de se renforcer. Pour être compétitif, le navire doit être équipé d'aménagements proposant un confort amélioré, notamment en classe économique. Son principal atout sera la possibilité pour les passagers de voyager avec leur véhicule, sans pratiquement de limitation de bagages. Le second navire, nommé Languedoc, remplacera le paquebot Ville de Marseille sur les lignes de la Corse. En raison toutefois de la saisonnalité du trafic et la nécessité de service public, il apparaît qu’une exploitation à l’année pèserait sur les résultats de la compagnie, il est donc prévu que ce navire soit exploité sur la Corse en saison estivale et pour des croisières outre-Atlantique le reste de l’année. D'une longueur de 135 mètres, leur capacité est arrêtée à 1 200 passagers et 225 véhicules répartis sur un garage de deux niveaux accessible par une porte-rampe à la poupe et quatre portes latérales. La majorité des cabines comporteront des sanitaires, et il est également prévu un bar Lido avec piscine et une brasserie pour la classe économique.
Les appels d’offres sont remportés par les chantiers navals italiens de Pietra Ligure, mieux disant que la concurrence française. Les commandes sont passées respectivement le et pour des livraisons prévues les et 1973.. Le , un avenant au contrat de construction du Languedoc est signé. Il porte sur des modifications du navire telles que la construction d’un bloc supplémentaire, le réaménagement de l’équipement de restauration et l'installation d’une porte d’étrave. Le port en lourd est modifié et la date de livraison est reportée au .
Construction La construction du Provence débute à Pietra Ligure le . Alors que le chantier se poursuit, le constructeur italien, en proie à des difficultés financières, n’honore pas le paiement de factures à un certain nombre de sous-traitants. Le Provence parvient cependant à être mis à l'eau le avant d'être remorqué à Gênes et immobilisé dans coin du port sans aucun moyen de manutention pour l'installation des moteurs. Ceux-ci, construits par les Chantiers de l'Atlantique, ne sont toujours pas livrés en octobre, faute de garanties suffisantes de paiement, compromettant la mise en service du Provence pour la saison 1973. À la fin de l'année 1972, les Chantiers navals de Pietra Ligure sont déclarés en faillite. Compte tenu de leur impossibilité d’achever le Provence, ils concluent le une transaction avec la CGTM qui consent des sacrifices financiers non négligeables. Le navire n’est construit qu’à hauteur de 32,1% du prix contractuel, alors qu’un montant très supérieur a déjà été réglé.
Remorqué par le Laurent Chambon, le Provence quitte le port de Gênes à 16h00 le , pour rejoindre Marseille. L’arrivée a lieu le lendemain vers 21h00, le remorqueur mouille à L'Estaque mais le vent de sud-est fraîchissant ainsi qu’une forte houle rendent impossibles toutes opérations. Le Provence, très léger, faute de moteurs et de ses annexes, embarde jusqu’à mettre le remorqueur en plein travers au vent et à la mer. La tenue au mouillage dans ces conditions s’avère impossible et il est décidé d’appareiller pour faire route vers la passe Sainte-Marie où le Laurent Chambon mouille. À 5h30, les remorqueurs Marseillais 15, Marseillais 11 et Marseillais 14 arrivent et le Provence peut enfin entrer dans le port de Marseille par la passe Sud. Avec l’aide supplémentaire du Provençal 7, le navire accoste au quai Gouret à 10h15.
Une fois le Provence au port de Marseille le 8 Décembre 1972, un appel d’offres est lancé en vue de l’achever en France. Le contrat d’achèvement est signé le avec la Compagnie générale d'entretien et de réparation (Coger), dans lequel figure l’ajout d’une porte d’étrave. Quant au Languedoc, au début de l'année 1973, 1 000 tonnes de coque sont montées sur cale et la commande des moteurs principaux n’a toujours pas été confirmée. La date de livraison ne pourra pas être respectée et les pénalités de retard atteindront le plafond des 10% du prix contractuel, permettant de faire jouer la clause du rebut. La CGTM souhaite ainsi se libérer du contrat en obtenant sa résiliation par voie arbitrale. Elle obtiendra gain de cause et le contrat de construction sera cédé à la société italienne Maritima Commercial Gasolera.
Le , tôt le matin, alors que le Provence est à quai en préparation pour son remorquage au Havre, le vent devient très violent. Le navire commence alors à jouer sur ses amarres et à s’écarter du quai. Le vent redoublant de violence, l’amarrage au complet cède progressivement. La coque commence alors à dériver, et heurter par l’arrière le couronnement du paquebot Ville de Bordeaux puis se met en travers du vent. Deux remorqueurs, les Provençal 8 et Provençal 1, parviennent à le crocheter à l’avant et à l’arrière, mais dérivent également jusqu’au moment où le bulbe d'étrave et la partie avant du Provence touchent les enrochements de la jetée. L’appui sur les enrochements durera une vingtaine de minutes jusqu’à ce que le navire soit repris par les remorqueurs et conduit au poste 124. Les dégâts se résument à une déchirure de 10 centimètres sur le côté bâbord avant du bulbe ainsi que quelques déformations et un morceau de la quille anti-roulis arraché. Le navire pourra cependant quitter Marseille le suivant, pris en remorque de l’Abeille 30 et arriver le dans son nouveau chantier de construction pour l'achèvement, au Havre. Les avaries occasionnées à la fois par l’immobilisation forcée de la coque dans les ports de Gênes et de Marseille puis par son long remorquage jusqu’au Havre nécessitent deux passages en cale sèche du au puis du au pour réparations et contrôles de la coque, ce qui entraînera un retard de la livraison par rapport à la date prévue.
Service CGTM/SNCM (1974-1989) Le à 14h30, le Provence prêt au service, quitte Le Havre sous les ordres du Commandant Mudry. Il accoste quelques jours plus tard à 11h15 le à Marseille, au poste 88. Le navire est mis en service le avec une semaine d’avance, il appareille le soir à 19h00, à destination de Porto Torres en Sardaigne, qu’il quittera le lendemain matin pour rejoindre Ajaccio. Le , le Provence appareille de Marseille pour Bastia, en présence de M. De Joanis, président de la CGTM, pour ce qui devait être sa traversée inaugurale. Le lendemain, le dernier né de la flotte CGTM est présenté à la population bastiaise. Il en sera de même le à Ajaccio où des officiels, des professionnels du tourisme et des journalistes ont embarqué la veille pour assister à la présentation officielle du navire. Le Provence remplace au sein de la flotte le Napoléon devenu obsolète. Capable d'atteindre des vitesses de l'ordre des 22 nœuds, il est le navire le plus puissant de la compagnie, ce qui permet de diminuer la durée des traversées d'une heure et demi par rapport aux autres navires et ainsi effectuer deux voyages par semaine de plus que son prédécesseur.
Le , alors que le navire réalise une traversée entre Ajaccio et Marseille par mauvais temps de Nord-Ouest, les systèmes de verrouillage de l'étrave mobile sont arrachés. Par mesure de sécurité, le casque est provisoirement soudé à Marseille. En attendant la réparation, les véhicules seront embarqués par les portes latérales avant. Le casque d’étrave est finalement remplacé durant l’arrêt technique du au , à Marseille. Il mesure 3,80 mètres de moins que le précédent, sa structure est renforcée avec un volume diminué. Par la même occasion, les tuyaux d’échappement sont allongés au-dessus du pavois de la cheminée afin d’éviter les rabattements des fumées et gaz sur la plage arrière.
thumb|left|Le Provence sous les couleurs de la CGTM en 1975. En prévision de l'arrivée du nouveau car-ferry Napoléon, un accord entre la Compagnie tunisienne de navigation et la CGTM est signé le , afin d’affréter le Provence durant la saison estivale pour 17 voyages entre Marseille et Tunis. Cet accord stipule que le navire doit porter l'écusson sur la cheminée et le pavillon de la CTN. Le service technique prend donc les dispositions nécessaires pour que cette marque figure alternativement avec celle de la compagnie. Le , au départ de Marseille, le Provence arbore sur sa cheminée les couleurs de la SNCM, nouvelle entité succédant à la CGTM. À la suite du retrait de l‘Île de Beauté à la fin de l'année, le Provence est transféré à temps plein sur les lignes de la Corse.
Le , entre Bastia et Marseille, une passagère est gravement malade. Le navire fait route le plus rapidement possible vers Nice, d'où décolle un hélicoptère de la protection civile, dépêché par le CrossMed. Le commandant fait peindre un grand H sur la plage arrière afin de faciliter l’hélitreuillage de la passagère, qui se déroule sans incident.
Le , à 6h40, par vent d'ouest force 6, peu après avoir doublé la Giraglia, une fusée rouge est aperçue. Le car-ferry met immédiatement le cap dessus ; la liaison est établie avec la station de Grasse, le sémaphore du cap Sagro et les navires dans les parages. A 7h31, le Provence manœuvre à proximité d’un voilier de type Gin fizz, le Dalila, afin de l’abriter du vent. Le canot de sauvetage SNSM de Bastia étant occupé à un autre sauvetage, le voilier est pris en remorque de 8h30 à 11h06, à allure très réduite car le vent a forci, passant Ouest Sud Ouest 10 à 11 (65 nœuds – rafales 80 nœuds). À 11h40, le canot de sauvetage de Bastia prend la relève et le Provence attend l’accalmie devant le port, pour accoster finalement à 14h12, au quai du Fango.
Le , par gros temps d’Ouest, entre Propriano et Toulon, 3 personnes en détresse à bord du navire de plaisance Gédéon sont sauvées au large de l'Île du Levant.
Le , entre Marseille et Propriano, une fusée rouge est aperçue. Une demi-heure plus tard, les cinq membres d’équipage du yacht anglais Reny sont recueillis à bord.