La manade Nicollin est un élevage de taureaux de Camargue, fondée en 1851, par Charles Combet. Ses pâturages se trouvent sur les communes du Cailar, d'Aimargues et de Vauvert, dans le département du Gard, en région Languedoc-Roussillon. Elle a successivement été dirigée par Charles Combet, son fils Laurent Combet, son petit-fils Fernand Granon, puis par Marcel et René Delbosc, Jean Lafont, Louis Nicollin, et depuis 2017, ses fils Laurent et Olivier Nicollin..

Avec treize Biòu d'or, quatre titres de Meilleur Taureau de la Finale du Trophée des As, quatorze titres de Meilleur Taureau de la Cocarde d'or, dix-sept Trident d'or récompensant la meilleure manade de la Palme d'or de Beaucaire, et cinq titres de Meilleur Taureau de cette même épreuve, ainsi que de nombreux prix obtenus lors de différentes courses, la devise rouge et verte est l'une des manades les plus titrées de la course camarguaise, ainsi que la plus ancienne de Camargue.

Les couleurs de la devise ont été choisies par Fernand Granon: « le rouge, comme le sang de ma race, et le vert, comme mes pâturages...les meilleurs de Camargue ».

Historique L'origine Jean-Jules Boissier est propriétaire d'un élevage de taureaux de Carmargue installé au mas du Sauvage. Le , il est sollicité pour assurer une course à la cocarde dans les arènes de Nîmes. Charles Combet, né le , à Marsillargues, est employé agricole de Boissier, en qualité de baile-gardian. En 1849, l'une des vaches s'échappe du troupeau, et déclenche un accident ferroviaire. Après deux ans de procédures, Boissier est condamné à verser d'importants dédommagements. De dépit, il choisit de vendre la totalité de son élevage, y compris ses chevaux, et Combet saisit l'occasion.

Période Combet thumb|245px|La Maison aux volets verts.

Charles Combet fait paître les cent trente bêtes de sa manade dans les prés du Cailar. La commune gardoise a pris, en 1850, un arrêté permettant à tout habitant du village d'utiliser gratuitement les prés pour nourrir et faire paître son troupeau, si celui-ci s'engage à offrir une course pendant la fête votive. Le , il achète le premier des trois lots de la « Maison aux volets verts », au rue Émile Jamais. Son épouse lui donne trois enfants. Pauline, née le , mais qui décède . Puis, Anna et Laurent, nés le . Ce dernier, surnommé Combetou, seconde son père. Lequel décide également d'élever des chevaux. Les taureaux Cabri, Bicho, Londes, Sabre et Tonnerre donnent à la manade une bonne réputation auprès du public.

En 1897, Charles Combet tombe malade, et doit garder la chambre. Son fils Laurent devient manadier. Célibataire, il consacre tout son temps à la manade, aidée de sa sœur Anna. Mariée au viticulteur, et négociants en vins, Pierre Fernand Granon, Anna seconde son frère, cavalier émérite et homme de terrain, mais peu à l'aise avec l'administration et les relations avec les clubs taurins. Son neveu Fernand, interne au lycée Daudet de Nîmes, apprend le métier de gardian pendant les vacances scolaires. La manade produit des cocardiers appréciés du public: Banquier, Esperaza, Cascavel, Tonnelier, nommé ainsi car il brise un tonneau lors de sa première course sur le plan du Cailar, et Horloger, qui doit son nom à la fête donnée pour l'inauguration de l'horloge du Cailar.

Charles Combet décède le . Deux ans plus tard, Laurent Combet pourchasse à cheval une vache qui s'est séparée du troupeau. Alors qu'il traverse un tunnel, un train arrive de l'autre côté et décapite le cheval sous les yeux de son cavalier.. Traumatisé, Combet perd progressivement la raison et la santé, jusqu'au , jour de son décès. Anna Combet-Granon soigne son frère, tout en continuant à s'occuper de la partie administrative, et son fils Fernand, qui vient de terminer son service militaire, devient manadier.

Période Granon

Né le , au Cailar, fils de Pierre Fernand Granon, viticulteur à Aigues-Vives, et d'Anna Combet-Granon, Fernand est âgé de vingt-quatre ans lorsqu'il prend les rênes de la manade. Son père lui donne son second prénom, pensant qu'il marchera sur ses traces une fois adulte: « Au grand désespoir de mon père, j’étais fait pour être manadier et non pour devenir un maître du marché des vins ! ».. Fernand Granon prend la tête de la manade en 1906, secondé par sa mère Anna: « J'ai pris la manade un peu avant mon temps, car mon oncle Combet a eu un grave accident, et il était devenu non pas fou, mais il n'était plus un hommeExpression de Fernand Granon dans le documentaire Le centaure, de Jean-Claude Bringuier et Hubert Knapp, 1959, consultable sur l'INA.». Il développe une méthode: -ne jamais vendre une bête à un autre manadier afin de ne pas alimenter la concurrence. -choisir l'étalon de la manade sur des critères physiques et esthétiques. -privilégier les taureaux petits, car ils tournent plus vite, et sont plus dangereux.

Deux cocardiers, donnent satisfaction à Granon: Belcita, et N'a Pas Qu'à qui doit son nom à une infirmité. Ce dernier a les cornes tournées vers l'arrière, contrairement à la plupart des taureaux camarguais qui ont les cornes en forme de demi-lune ou d'épées relevées, mais il est plus rapide que ses congénères, et blesse quelques raseteurs durant sa carrière en finissant les actions aux planches. Si certains affichent une préférence pour Belcita, les deux cocardiers sont régulièrement programmés ensemble, de 1906 à 1914, et, drainent un large public à chacune de leurs sorties, ainsi que les meilleurs raseteurs du moment. La presse taurine considère que la manade Combet-Granon est sans rivale.

Mobilisé durant la guerre 14-18, Fernand Granon confie la manade à sa mère Anna. Son fils lui demande de ne pas vendre de bêtes pour éviter d'avoir à en acheter chez un confrère. La plupart des hommes valides étant sur le front, Anna Combet-Granon ne peut pas assurer le travail de manadier, et se contente de nourrir les bêtes. Lors d'une permission en 1917, Fernand Granon constate que le nombre de bêtes a augmenté, mais il craint que sa mère ne puisse pas nourrir autant d'animaux, tout en s'occupant de son frère Laurent. Il prend la décision d'en vendre soixante-douze pour les faire abattre, parmi lesquels cinquante taureaux. Décision qu'il regrette mais qu'il juge nécessaire, pour alléger la charge de travail d'Anna, qu'il surnomme l'âme de la manade.

Durant cette période, la devise rouge et verte voit la naissance du Sanglier. Son nom provient de son comportement lorsqu'il était un veau: souvent éloigné du reste du troupeau, sa mère doit beugler pour le faire venir à la tétée. Les gardians Chabalet et Nougaret font la comparaison avec le mâle de la famille des porcs-sangliers. De 1919 à 1931, il domine la course camarguaise. Sa première sortie se fait à Aigues-Vives, le . Durant sa carrière, il sort vingt-quatre fois dans les arènes de Lunel. Le , le Sanglier court pour la première fois à Montpellier, en clôture de la saison taurine. L'ensemble de ses attributs se montent à 1500 francs. Quatorze raseteurs sont présents, parmi lesquels Julien Rey. En 1926, la cocarde du Sanglier atteint la somme de 1500 francs, le à Beaucaire. Le de la même année, à Nîmes, elle atteint 3000 francs, un record à l'époque.

En 1921, le Sanglier affronte l'Artilleur et le Duc, deux autres taureaux de la devise rouge et verte, dans un combat entre étalons. Blessé à un testicule, le Sanglier est amené dans la cour de la « Maison aux volets verts », et Granon sollicite Franck Vedel, vétérinaire à Aigues-Vives. Ce dernier soigne le taureau, mais se voit contraint de pratiquer l'ablation de l'organe. Granon choisit de garder le Sanglier dans la cour durant sa convalescence. Sa mère Anna lui donne à manger par la fenêtre du salon. Le , il réalise une course de qualité à Lunel, et rassure son manadier sur son état de forme. Lequel décide cependant de maintenir le Sanglier à l'écart du troupeau, car il a remarqué qu'un autre taureau vient régulièrement l'affronter. En 1927, Granon choisit de ramener le Sanglier dans les prés, mais le lendemain matin, il découvre son taureau allongé devant le portail de la cour. Le manadier le fait rentrer, et ne le fait plus retourner avec le reste du troupeau. Régulièrement, Granon amène une vache pour que le Sanglier ne soit pas entièrement seul.

Une polémique éclate lors de la course du , dans les arènes d'Arles. Le Sanglier doit faire face à une trentaine de raseteurs, qui l'appellent de toutes parts. De plus, les portiers n'ouvrent pas le toril à l'issue des quinze minutes réglementaires, et le cocardier doit patienter dix minutes supplémentaires. Son comportement en piste s'en ressent, et des insultes pleuvent, certains en venant aux mains. Pour les pro-Granon, il s'agit d'un guet-apens des provençaux, jaloux du prestige du taureau languedocien. Pour les anti-Granon, cette course est la preuve que la réputation du Sanglier est exagérée. Une certitude : Granon décide de ne plus jamais fournir un seul taureau aux arènes d'Arles. 200px|thumb|La tombe du Sanglier, à l'entrée du Cailar. Le Sanglier réalise sa dernière course le samedi , dans les arènes d'Aigues-Vives. La municipalité a décidé d'honorer Gaston Doumergue, enfant du pays et Président de la République de 1924 jusqu'à , avec une course complète de la manade Fernand Granon, cailaren de naissance mais aigues-vivois de par son père, et propriétaire de plusieurs vignoble sur la commune. La dernière cocarde du Sanglier est symboliquement remise à Doumergue. Le , Léon Thiers, l'un des gardians de la manade, découvre le Sanglier mort, près de son abreuvoir. Granon, qui possède une terre à l'entrée du Cailar, y enterre son taureau avec l'aide de Thiers et de Chabaud. De nombreuses personnalités de la bouvine expriment leur regret de ne pas voir le Sanglier naturalisé; Granon répond qu'il a toujours souhaité que son taureau retourne à la terre cailarenne qui l'a vu naître. Deux mois plus tard, une stèle est érigée à la mémoire du cocardier. Gédéon Blatière, forgeron gardois, confectionne les deux tridents entrecroisés qui ornent le monument. Granon rédige l'épitaphe: «Aficionados, ici est enterré le Sanglier, de la manade F.Granon-Combet. 1916-1933».. En 2013, pour célébrer les quatre-vingt ans de la mort du taureau, la stèle est rénovée par le club taurin Lou Sangliéclub taurin cailaren "Lou Sanglié", et inaugurée le .. Le lundi , jour de la naissance du Sanglier, le club taurin dépose une gerbe pour célébrer les cent ans du taureau.. 200px|thumb|La statue du Clairon, à Beaucaire. En 1920, la devise rouge et verte voit la naissance du Clairon, dont les débuts à Aimargues et à Lunel sont laborieux. De retour d'une course à Redessan, Emile Tourreau, gardian de Fernand Granon, annonce à ce dernier qu'un taureau a été meilleur que tous les autres. Le manadier demande à le voir, et, en raison de sa très forte corpulence, décide de le baptiser le Clairon. En outre, ce nom à consonance militaire est dans la lignée des précédents : l'Artilleur, le Dragon, le Mutilé, l'Aviateur, le Lancier, le Zouave. Ils sont pour Granon un moyen d'exorciser les quatre années de guerre. Malgré sa taille imposante, le taureau saute la barrière, ce que beaucoup jugent comme une faute pour un cocardier. Sa carrière prend son essor le , lors d'une course à Lunel. Sorti en dernière position, Le Clairon se fait déposséder de sa cocarde dès le premier raset de Julien Rey, et les raseteurs se dirigent vers le vestiaire, pensant que les autres attributs du taureau ne rapporteront rien. Victor Ribes, directeur des arènes de Beaucaire, présent en tribune, annonce qu'il donnera 50 francs à qui touchera la tête du Clairon ; le directeur des arènes de Lunel annonce la même somme pour les ficelles. Les raseteurs se ruent à l'attaque, et le Clairon leur répond en les raccompagnant sèchement aux planches, ou en les projetant dans la contre-piste. Dès lors, le public et la presse s'accoutument à voir le cocardier sauter, et cessent progressivement de considérer cette action comme une faute.