Le château du Bilstein, aussi appelé Bilstein-Urbeis ou Bilstein Lorrain, est un château fort alsacien construit probablement au début du sur une des colline du bassin houiller de la vallée de Villé qui entoure le village Urbeis.

Le château connut de multiples rôles ; étant aussi bien un lieu de résidence qu'une forteresse chargée de la défense de l'axe Alsace-Lorraine ainsi que de la protection des mines alentours. Il servit également de prison puis de carrière lors de la Révolution française.

L'ouvrage s'intègre dans le tournant du système de construction féodal et est classé aux Monuments historiques en 1898 puis en 1930.

Il ne doit pas être confondu avec le château de Bilstein-Aubure près de Riquewihr, aussi appelé le Bilstein Alsacien.

Étymologie Le nom actuel du château est à consonance germanophone, comme de nombreux châteaux de la Vallée de Villé. Traduit littéralement depuis l'allemand cela ne donne rien, il est donc probable que l'appellation vienne d'un patronyme. En effet, « Bilstein » est le nom d'une famille de comtes et de barons, respectivement issus des noblesses franque et westphalienne.

Il est également possible, selon Émile Wagner, que le nom fasse référence à des légendes « d'images miraculeuses de la Vierge trouvées en ces endroits ». Il faudrait alors parler de « Bildstein », soit « la pierre de l'image ». Une autre hypothèse consiste à imaginer la transformation de « Bühlstein » - « Bühl » signifiant « colline » - en « Bilstein » au fil du temps.

Localisation Le château se situe sur un promontoire rocheux large d'une vingtaine de mètres, à une altitude comprise entre 600 et . Il est séparé du massif par un ravin dont l'origine n'est pas certaine. Il se peut que ce soit les occupants qui ont créé ce ravin afin de se protéger d'éventuellement ennemis.

L'ouvrage est situé au nord de la commune d'Urbeis et à de Sélestat à vol d'oiseau. Il contrôle la route passant par le col d'Urbeis en direction de Saint-Dié-des-Vosges, une importante voie de communication entre l'Alsace et la Lorraine déjà utilisée durant l'Antiquité.

Accès au château L'accès se fait depuis une route qui passe face au mur nord du château. Un chemin mène du coin nord-ouest au coin sud-est, en longeant le promontoire rocheux, suivit d'une passerelle en bois. Ensuite, un escalier permet d'accéder au logis seigneurial fait d'au moins deux niveaux, dont la distinction est encore visible sur le mur. Une nouvelle porte haute, de forme ogivale, permet d'accéder au donjon carré, en passant à côté de la citerne de filtration. vignette|Vue du château et de la vallée depuis la tour maitresse.|centré|236x236px

Historique

Première mention historique De nombreux doutes subsistent quant à la date de construction du château : certaines sources lui attribuent l'année 1105, sous l'égide de la famille des Weiler. Il est aussi question d'une construction par les comtes de Hurningen, avoués de l'abbaye de Honcourt, à la fin du . Une autre origine atteste qu'il est édifié par le fils de Ferry Ier alors duc de Lorraine, mais une charte assurant que l'ouvrage est cédé à ces derniers en 1206 rend impossible la construction par cette famille.

Selon l'abbé Théodore Nartz (1838-1890), auteur d'un ouvrage de référence sur le Val de Villé, ce château était « sans doute la propriété des Ortenberg-Hurmingen ». Il précise plus loin qu'il s'agit d'un ouvrage « bâti au » sans donner davantage de détails.

Il est cependant certain qu'il a été construit avant 1230, car le château est mentionné dans une fausse charte rédigée entre 1205 et 1232 et qui donne la possession du château au duc Frédéric le Borgne.

Selon Emile Wagner, « le Bilstein lorrain appartenait primitivement aux comtes de Dabo ». Cependant, lorsque la dernière héritière de la famille Dabo, Gertrude - devenue comtesse en 1212 à la mort de son père Hermann IV - se marie en 1215 avec Thiébaud de Lorraine, le château passe sous la domination du duché en tant que dot.

C'est à cette période que selon la légende, fut enfermé dans les geôles du château une certaine Adélaïde, la fille et maitresse de Matthieu de Lorraine alors évêque de Toul et grand-prévôt du chapitre de Saint-Dié. La jeune femme est probablement incarcérée en 1217, à la mort de son père qui a été assassiné en avril de cette même année par son neveu Thiébaud de Lorraine, propriétaire du château du Bilstein. En réalité, il s'avère que ce château n'ait rien à voir dans cette histoire et qu'il s'agirait en réalité du château du Bernstein, situé à une dizaine de kilomètre vers la plaine d'Alsace et qui surplombe Dambach-la-Ville.

Au début du , le château est transmis par héritage au comtes de Hohenberg, puis Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains, l'acquiert par mariage entre 1250 et 1254.

Entre 1256 et 1273, certaines sources mentionnent un certain chevalier Burkart de Bilstein comme propriétaire, mais son exactitude est ignorée..

En 1292, le château est attaqué et pris par Otto IV d'Ochsenstein, allié du comte Adolphe de Nassau et ennemi des Habsbourg. dont descend un certain Albert. Ce dernier voit ses possessions locales confisquées au profit d'Albert II de Hohenbourg, qui récupère par la même occasion le château de l'Ortenbourg.

Le Bilstein repasse sous l'autorité des Habsbourg après la signature d'un acte le qui l'attribue à Albert II, comte de Hohenberg. Cela est permis par l'union de sa sœur Gertrude et de Rodolphe de Habsbourg, devenu roi des Romains en 1273.

En 1310, le château est divisé en deux parties, alors que le fief appartient aux Habsbourg, à l'évêque de Strasbourg et au margrave de Bade.

À cette date, le bas-château (logis seigneurial ou Nierderhaus) est aux mains d'Heinrich Wassler d'Echery (ou d'Eckerich), avant d'être possédé par les Amoltern.

En 1314 (ou 1315), les Habsbourg vendent leur part du château à l'évêque de Strasbourg, qui le cède plusieurs fois en fief ou en gage.. La même année, l'ouvrage est enregistré comme un bien des ducs d'Autriches par Henri de Mullenheim, un banquier strasbourgeois.

En 1329, le château est récupéré par la famille Hattstatt lors d'un mariage. Ces derniers le conservent jusqu'en 1585.

Malgré les fouilles effectuées, aucune trace d'un deuxième ouvrage n'est apparu à proximité, impliquant donc que les familles se partagent le même ouvrage, malgré la complexité de la tâche de par la surface réduite du château.

C'est au cours du que les Wurtemberg renforcent la double enceinte.

En 1459, le château est confié comme récompense aux Marx d'Eckwersheim par les Habsbourg mais dès 1463, le haut-château (tour maitresse ou Oberhaus) est aux mains des Rathsamhausen de la Roche.

Le premier siège des troupes de Strasbourg en 1477 Lors de la bataille de Nancy le où Charles le Téméraire est tué et son armée écrasée, Hans Marx (ou Jean Marx d'Eckwersheim), propriétaire du Bilstein, vassal du margrave de Bade et allié du duc , fait prisonnier le comte après avoir poursuivi les fuyards en déroute. Ce dernier est alors l'un des plus influents chefs militaires des Bourguignons, ayant reçu le titre de Chevalier de la Toison d'Or en 1473. Hans Marx quitte alors la ville de Strasbourg avec son prisonnier afin de profiter seule de l'importante rançon, fixée à 50 000 florins.

Hans von Ramberg, un cavalier à la solde de la ville de Strasbourg, raconte la capture du comte :« Dans le village, il aperçut Hans Marx et Hans Lembel, ses camarades de combat, en train de prendre un homme d'importance. Il se dit : « A deux, ils n'ont pas besoin de mon aide » et s'empara d'un autre fuyard mais des fantassins le privèrent du gain qu'il aurait pu tirer de sa prise, en égorgeant le malheureux captif sous les yeux de son vainqueur. Aussi Ramberg se retourna-t-il vers Marx et Lembel, dans l'espoir de s'associer à la capture qu'ils faisaient et d'avoir part à la rançon qu'elle leur rapporterait. Trop tard ! Lembel et Max s'étaient déjà rendus maîtres de leur adversaire et Lemble, aux questions de Ramberg, répondit : « C'est Nassau que nous avons pris ; n'en parle à personne ! » Naturellement, Ramberg, déçu, n'eut rien de plus pressé à faire que de transgresser cette consigne : il alla trouver Hans von Kageneck, l'un des capitaines, qui lui promit aussitôt de communiquer la nouvelle au Magistrat de Strasbourg ».Cette capture ne semble cependant pas être une tâche difficile si l'on en croit le reste du témoignage :« Aux côtés de Marx, il [Hans Lembel de Horcken] galopait dans Bouxières quand il vit tout près un cavalier qui présentait tous les signes de la richesse : sa monture était un grand étalon, caparaçonné de drap d'or ; il portait une cotte d'armes également dorée. Le malheureux devait être démoralisé par la défaite de son camp car, sans opposer de résistance, il jeta son épée : « Je suis le sire de Nassau, s'écria-t-il, je me rends, faites que je ne tombe pas entre les mains de la piétaille ». Au chevalier Hans Marx - peut être parce qu'il était des deux vainqueurs le plus titré -, le prisonnier promit solennellement de ne pas chercher à s'enfuir. A Lembel, il se contenta de remettre son fourreau. Sur ces entrefaites, survint un autre Alsacien, Adam Zorn, que Marx connaissait bien et dot il ne repoussa pas les services. Le petit groupe de quatre cavaliers se dirigea vers un bois proche de Bouxières. Nassau retira sa cotte d'arme et le haut de sa cuirasse ; il mit une longue robe à l'allemande ainsi qu'un chapeau de fer ; il troqua sa splendide monture contre une médiocre rosse. Maquillé de la sorte, le prisonnier fut emmené vers l'arrière, loin des piétons qui massacraient n'importe qui, sans se soucier des rançons ! ».Désormais prisonnier, le comte de Nassau est enfermé au Bilstein dès le 5 ou le . Peu après, le , la ville de Strasbourg qui a appris la présence du prisonnier au Bilstein, impose au châtelain la garde de ce dernier : « Nous avons appris que vous avez pris part, en tant que bourgeois de notre cité, à la récente campagne de Lorraine et qu'avec le concours de notre soudoyer Ramberg, et en présence de Lembel, vous avez fait prisonnier le comte de Nassau et que vous l'avez emmené secrètement … ; sous peine de violer votre serment de bourgeoisie, vous ne devez relâcher ce captif sans que nous vous en ayons donné l'autorisation ».Malgré les consignes de la ville et l'envoi d'émissaires strasbourgeois, Zorn et Marx rentrent en contact avec Hans de Landsberg et Claus Zorn afin de trouver un accord à propos de la rançon.

Début mars, le prisonnier se trouve toujours au château et Marx refuse de verser une partie de la rançon, comme le serment l'impose normalement, ainsi que de livrer le comte à la ville. L'évêque et le Magistrat décident alors de récupérer leur dû par la force.

Le , les troupes se dirigent vers le château. 150 miliciens strasbourgeois dirigés par Leonard Ammeister et issus de professions diverses encerclent le château, rejoins le par trente à quarante cavaliers sous les ordres de Conrad Riff et Jean de Kageneck.

Le , des premiers pourparlers ont lieu entre défenseurs et assaillants mais n'aboutissent à rien. Les troupes strasbourgeoises se lancent à l'attaque du château avec l'appui de deux grosses pièces d'artillerie venues de Strasbourg, surnommées le Narr (le « fou ») et le Struss (« l'autruche »). Pour acheminer le second canon, dix-huit chevaux sont nécessaires. Sur place, des travaux sont nécessaires afin d'installer les pièces d'artillerie sous la fortification, dirigés par le maître de l'artillerie et effectués par les fantassins. Le , vingt boulets de pierres sont apportés pour le Struss par trois chariots, ainsi qu'un tonneau de poudre.