Le deuxième raid sur Rio de Janeiro ou seconde bataille de Rio de Janeiro est une tentative réussie, par une escadre française placée sous les ordres de René Duguay-Trouin, de capturer le port de Rio de Janeiro en , pendant la guerre de Succession d'Espagne. Les Portugais, alors maîtres de la ville, et au premier rang desquels le gouverneur de la ville et l'amiral de la flotte qui y était stationnée, se révèlent incapables d'opposer une résistance efficace et ce malgré leur supériorité numérique.

Quatre vaisseaux de ligne portugais sont perdus et la ville est contrainte de payer une forte rançon pour éviter d'être pillée et détruite.

Le précédent de Duclerc et son échec thumb|left|220px|Vue satellite de la baie de Rio. L'image nous donne un bon aperçu de l'immensité de la baie et de l'étroit goulet pour y pénétrer.

Le projet d'attaque contre Rio de Janeiro mûrissait depuis 1706 : intercepter la flotte annuelle de l’or qui apporte du Brésil à Lisbonne les métaux précieux. En 1710, le capitaine Duclerc était allé attaquer le Brésil avec 5 vaisseaux et un millier de soldats, mais l’expédition avait été un échec : fait prisonnier avec plus de 600 hommes, il avait été assassiné en dans des circonstances obscuresLaissé libre d'aller et venir dans Rio, il avait été assassiné dans ce qui semblait être un crime de droit commun, soutenaient les Portugais sans plus de détails. Certains historiens préfèrent cependant dire qu'il est mort de faim en captivité avec une partie de ses hommes.. Les prisonniers français étaient détenus par les Portugais dans des conditions inacceptables. Les Portugais avaient refusé tout échange de prisonniers, en dépit des clauses contenues dans le traité franco-portugais de 1707. L'opération est donc décidée avant tout pour venger cet échec, mais elle a également d'autres objectifs. Le royaume de France est alors en pleine guerre de Succession d'Espagne, et le Brésil une colonie portugaise alliée de l'Angleterre contre la France. Après la défaite à Malpaquet, l'ennemi était entré sur le sol français et le moral de la population s'en ressentait. Un succès militaire était nécessaire de toute urgence pour inverser la tendance. L'expédition française est alors également destinée à libérer ces prisonniers et à conquérir de nouveaux territoires brésiliens si possible. Enfin, Duguay-Trouin dispose d'une raison plus personnelle lorsqu'il expose son plan au roi : il est au bord de la banqueroute et a impérativement besoin de se refaire.

Louis XIV met à la disposition du Malouin une solide petite escadre de 15 navires : 7 vaisseaux de ligne, 4 frégates, 1 corvette, 2 galiotes à bombes et 1 flûte si l'on reprend l'historiographie habituelle. La lecture attentive des Mémoires donne cependant une composition un peu différente.

On comptait les vaisseaux le Lys (74 canons), le Magnanime (72 canons), le Brillant (66 canons), l’Achille (66 canons), le Glorieux (66 canons), le Fidèle (60 canons), le Mars (56 canons), les frégates l’Argonaute (46 canons), le Chancelier (40 canons), l’Aigle (40 canons), l’Amazone (36 canons), la Glorieuse (30 canons), commandée par Guillaume La Perche des Trauchandières, la Bellone (36 canons) équipée en galiote, et la Concorde (20 canons) servant surtout au stockage des réserves d'eau, soit un total de 738 canons. Duguay-Trouin signale de plus qu’il fit préparer « deux traversiers de La Rochelle, équipés en galiote, avec chacun deux mortiers » La Française et le Patient page 180 du précis historique de la marine royale de france par M. Poncet De La Grave 1780. De plus, en cours de route, le corsaire capture un petit navire britannique qu’il juge « propre à servir à la suite de l’escadre »Cet inventaire et ces dernières informations appellent plusieurs commentaires. Tout d’abord on arrive à un total de 16 navires au départ de France, contrairement aux 15 habituellement retenus par l’historiographie, et 17 finalement devant Rio avec la prise anglaise… Si les 7 vaisseaux sont bien là on passe à 5 frégates (une de plus), sans compter la frégate transformée en galiote à bombe et celle servant pour le ravitaillement et qui correspond sans doute à celle classée comme corvette vu le nombre réduit de ses canons, à moins qu’il ne s’agisse de la flûte… que Duguay-Trouin ne mentionne pas. On se retrouve aussi en ajoutant les deux traversiers avec 3 navires à bombes… Que penser de ces variations dans la comptabilité des forces ? Duguay-Trouin a écrit ses Mémoires dix ans après les faits : son récit est très détaillé et il semble peu probable que pour sa plus fameuse expédition il ait pu commettre une erreur, d’autant que le marin avait l’habitude lorsqu’un nom ou un fait lui échappait de le signaler dans son récit. On peut donc penser qu’en trois siècles les différents résumés fait par les historiens aient un peu bousculé la composition de l’escadre. Autre curiosité : Duguay-Trouin cite avec précision tous ses capitaines au point d’en oublier de dire quel navire il montait — et commandait — à l’aller ! Sans doute le Lis, l’un des deux 74 canons, puisque c’est sur ce vaisseau qu’il fait le voyage de retour et qu’il insiste régulièrement sur la qualité de commandement du chevalier de Courserac sur le Magnanime. et deux mille soldats (en plus des équipages des navires, soit ).

Le trésor royal ne pouvant financer l'expédition (le roi met cependant à la disposition de Duguay-Trouin une véritable escadre comprenant 7 vaisseaux, 4 frégates, une corvette, 2 galiotes à bombes et une flûte de transport, carénés et armés de tout le matériel, armes et munitions nécessaires, portant en tout soldats), il fallut avoir recours à un financement privé. Duguay-Trouin constitua une société au capital de dont les parts furent souscrites par de nombreux armateurs dont le comte de Toulouse, fils bâtard du roi. Au comte de Toulouse se joignent rapidement des négociants de Saint-Malo : Danycan et Lalande-Magon, monsieur de Coulange, contrôleur général de la maison du roi , monsieur François Le Fer de Beauvais (1672-1738), Pierre Le Fer de la Saudre (1673-1745), tous de Saint-Malo, ainsi que messsieurs Bellisle-Pépin, et Luc Trouin de la Barbinais, frère de Duguay-Trouin comme 7e directeur, pour , non compris les salaires payables au retour. C'était donc pour moitié une opération de guerre (attaquer une colonie portugaise) et corsaire (faire du butin sur l'ennemi pour rembourser avec bénéfice les armateurs privés). Le traité, signé entre Duguay-Trouin, le ministre de la marine Pontchartrain et Louis XIV lui-même () précisait d'ailleurs que le roi devait obtenir un cinquième du produit net des prises… Privilège auquel le roi renonça peu après par égard pour son brillant capitaine. In fine, Louis XIV n’imposa qu’un commissaire de son choix pour surveiller l’expédition.

Une préparation minutieuse Il fallait préparer cette grosse expédition avec soin, à moins de vouloir terminer comme le capitaine Duclerc l’année précédente. Mais Duguay-Trouin était un organisateur et un meneur d’homme hors pair. « Aussitôt que cette résolution eut été prise, nous nous rendîmes à Brest, mon frère et moi. (…) Je donnais toute mon attention à faire préparer de bonne heure, avec tout le secret possible, les vivres, les munitions, tentes, outils, enfin tout l’attirail nécessaire pour camper, et pour former un siège. J’eus soin aussi de m’assurer d’un bon nombre d’officiers choisis, pour mettre à la tête des troupes, et pour bien armer tous ces vaisseaux. Les soins que nous prîmes pour accélérer toutes choses, furent si vifs et si bien ménagés, que malgré la disette où étaient les magasins du Roi, tous les vaisseaux de Brest et de Dunkerque se trouvèrent prêts à mettre à la voile dans deux mois, à compter du jour de mon arrivée à Brest »D'après ..

Bien que le gros de l'expédition s'armât à Brest, une partie des navires étaient préparés à Rochefort, La Rochelle, Dunkerque pour tromper la vigilance des espions britanniques, nombreux des deux côtés de la Manche, et de la Royal Navy. Les capitaines choisis par Duguay-Trouin recevaient l'ordre de « s'armer à la course » pour les Caraïbes ou la mer du Nord. Finalement, l'expédition devenait aussi une opération amphibie puisqu’on prévoyait d'attaquer, débarquer, assiéger et qu'il allait falloir coordonner l’action et le feu des navires et des troupes à terre… et cela presque au bout du monde, sans plus aucun lien ni secours possible avec la métropole, dans des eaux que les Français n’avaient guère l’habitude de fréquenterUn seul des capitaines de l'expédition, le chevalier de Courserac « connaissait un peu l'entrée du port » nous précise Duguay-Trouin. C'était aussi l'un de ses meilleurs capitaines. Il fut donc chargé de commander le premier navire devant forcer l'entrée (Le Magnanime de 74 canons), les autres devant suivre en ligne de file par ordre décroissant de puissance, Duguay-Trouin se plaçant sans doute sur le quatrième vaisseau (il ne précise pas quel navire il monte) pour observer la progression de son avant-garde et donner ses ordres des deux côtés..

Bien que Duguay-Trouin ait fait courir le bruit qu'il partait en campagne dans l'océan Indien, les Anglais parvinrent néanmoins à connaître l'objectif de l'expédition en cours de préparation et dépêchent des bâtiments pour aller en aviser les Portugais, aussi bien au Portugal qu'à Rio.

Une expédition menée tambour battant

Duguay-Trouin a prévu de rassembler sa flotte à Brest où il l'attend avec dix vaisseaux armés dans cette ville mais il apprend qu'une escadre anglaise sous les ordres de John Leake est sur le point de l'intercepter. Duguay-Trouin change ses plans, prévoit de rassembler la flotte à La Rochelle et appareille de Brest le , brûlant la politesse aux Anglais qui arrivent deux jours trop tard. La jonction est faite le au large de La Rochelle avec les bâtiments armés dans les autres ports français.

Duguay-Trouin a confié le commandement de ses plus gros vaisseaux à messieurs de Courserac, de Goyon-Beaufort, de Beauve, Jean VI de la Jaille, sur le "Glorieux"Infobretagne, Famille de la Jaille., les frégates et autres navires au chevalier Dubois de la Motte, Le Fer du Chesnay, le chevalier de Kerguelin, de Rogan, et de Pradel-Daniel, tous de Saint-MaloCharles de La Roncière, Histoire de la Marine Française..., Plon, 1932, t.VI, pp.53p-540/674.p. vignette|left|Plan de la baye, ville, forteresses, et attaques de Rio Janeiro levé par le chevalier de la Grange, capitaine des grenadiers au mois de novembre 1711 En dépit des avertissements et des manœuvres britanniques, l'arrivée de l'escadre française de 18 vaisseaux au large de la baie de Rio de Janeiro le prend les Portugais par surprise. Le message britannique, lorsqu'il était arrivé en août, avait conduit le gouverneur de la ville à mobiliser ses miliciens et à peaufiner leur préparation, les rumeurs selon lesquelles des voiles avaient été aperçues au large de Cabo Frio au début du mois de septembre avaient conduit ce dernier à relever encore le niveau d'alerte. Cependant, le , le gouverneur ordonne à la milice de se disperser, alors même que Duguay-Trouin préparait son approche de la baie de Guanabara. thumb|Ferdinand Perrot : La flotte de Duguay-Trouin attaquant Rio de Janeiro en 1711 (1844) thumb|Prise de Rio de Janeiro en 1711. Huile sur toile de Théodore Gudin (1841).