vignette|droite|upright=0.8|Dobrynia Nikititch sauve Zabava Poutiatitchna des griffes du dragon Gorynytch, par Ivan Bilibine. Le folklore russe est le folklore commun aux Russes et aux autres groupes ethniques de Russie.
Son histoire remonte aux croyances païennes des anciens Slaves, et se rencontre aujourd’hui dans les contes russes.
Les poèmes narratifs héroïques russes, connus sous le nom de bylines, tiennent également une place importante dans la mythologie slave. Les plus vieux poèmes du cycle de Kiev ont été en grande partie trouvés dans le Nord de la Russie, principalement en Carélie, où a également été recueilli l'essentiel de l'épopée nationale finlandaise, le Kalevala.
Certains poètes russes comme Piotr Erchov et Leonid Filatov ont fait bon nombre d’interprétations poétiques de ces contes russes traditionnels et certains, comme Alexandre Pouchkine, ont créé des contes merveilleux en vers, qui ont acquis une grande popularitéVoir par exemple Le Conte du tsar Saltan ou Le Conte du Pêcheur et du Petit Poisson. Côté cinéma, de célèbres réalisateurs, tels qu’Alexandre Ptouchko (Ilya Muromets, Le Tour du monde de Sadko) et Alexandre Rou (Morozko, Vassilissa-la-très-belle), se sont inspirés de ces contes russes et bylines afin de les adapter à l’écran (dessins animés et films).
Histoire du folklore russe Tradition folklorique de la Rus' pré-chrétienne (avant 987) L'organisation des premières sociétés slaves semble reposer sur de petites villes dirigées par un ensemble de personnes, plutôt que par un chef particulier. L'accent était mis sur l'unité familiale.
Les Slaves peuplaient au départ le territoire actuel des pays européens de l'Est. Les Slaves orientaux proviennent du bassin de la Volga et du Dniepr. L'Oka matérialise la terre-mère des tribus slaves, là où leur culture a émergé. La culture des Slaves méridionaux s'étend pour sa part dans la région des Balkans. Quant aux Slaves occidentaux, ils s'implantent dans l'est de la Pologne actuelle. De toutes parts, la nature joue un rôle clé dans ces premières cultures slaves.
L'importance de la fertilité La « Terre Mère Humide », probablement liée à la divinité postérieure Mokoch (qui signifie humide, et qui vient peut-être d'origines finnoises), se présente comme un culte central. Mokoch était la déesse des femmes, des enfants, des animaux, et était adorée pour sa fertilité. Le sol russe est rarement assez riche pour une agriculture pérenne : les pluies y sont imprévisibles, et mal réparties dans le temps comme sur les territoires ; la belle saison y est courte. La fertilité et l'humidité sont donc indissociablement liées à la réussite de l'agriculture russe. Cette nécessité était d'autant plus forte que ces premiers peuples recouraient peu à la chasse ou à l'élevage, et avaient des rapports conflictuels avec leurs voisins.
Par ailleurs, des éléments indiquent que les premières cultures slaves accordaient une place importante aux éléments féminins. Un mouvement vers une société plus patriarcale aurait eu lieu lors de l'implantation du christianisme dans cette zone.
Prévalence de l'animisme Le culte rendu aux ancêtres était une autre part importante de la culture de ces tribus, et permettait le lien entre générations passées et futures. L'animisme était en outre une croyance répandue : les esprits de la nature comme de la maison faisaient partie des représentations communes tribales.
Folklore de la Rus' chrétienne (987-1917) Vladimir , dit aussi saint Vladimir ou Vladimir le Grand, se convertit en 987 au christianisme, et en fait la religion d'État de la Rus' de Kiev. Il avait auparavant tenté d'imposer un panthéon païen, constitué largement d'éléments étrangers au peuple russe, sans succès. Le christianisme ayant déjà été implanté dans la région, il y fut mieux accueilli. Les idoles païennes implantées à Kiev et à Novgorod par Vladimir furent détruites.
Lutte contre les traditions païennes Malgré une chasse menée contre les croyances païennes, les cultes des ancêtres et des esprits survivaient dans des rituels, des histoires, des invocations et des gestes de la vie paysanne. Certaines divinités païennes ont donc été rattachées aux saints chrétiens. D'autre part, les fêtes païennes restèrent en général en place, mais leur nom fut remplacé, comme pour le Jour de la Trinité, durant lequel les paysannes avaient pour coutume d'honorer la créature Roussalka, de commémorer les défunts, et de s'adonner à la divination. De même, la fête de la Saint-Jean, marquait originellement la fin du printemps, et permettait, sous forme de rituels, de favoriser le retour prochain d''une nouvelle saison. La persistance de croyances païennes au sein d'une société chrétienne a mené à une sorte de « religion double », particulièrement dans la culture paysanne.
Certains rites païens étaient cependant bien perçus par l'Église, et même encouragés. Ils devaient alors être réinterprétés dans l'univers chrétien. Par exemple, le rituel liminaire de l'hiver consistant à répandre du foin au sol fut réinvesti comme une manière de célébrer la naissance de Jésus à Noël. Lorsque l'Église condamnait une pratique, la stratégie consistait non pas à la démystifier, mais plutôt à l'attribuer à l'œuvre du Diable.
Folklore russe pendant la Russie soviétique (1917-1991)
La décennie dorée des études folkloriques (1917-1928) Les spécialistes en folklore considèrent aujourd’hui les années 1920 comme l’âge d’or du folklore en Union soviétique.
Le nouveau gouvernement en difficulté, et qui à l’époque concentrait ses efforts sur la création d’un nouveau système administratif et la reconstruction de l’économie nationale en retard, n’avait que faire de contrôler la littérature d’où le développement des études du folklore. Il existait deux tendances élémentaires dans l’étude du folklore pendant cette décennie : les écoles formalistes et finnoises. Le formalisme mettait l’accent sur la forme artistique des anciens contes et bylines : en particulier l’utilisation de structures distinctes et de techniques poétiques. L’école finnoise s’intéressait aux similarités entre diverses légendes des régions d’Europe de l’Est. Les spécialistes finnois ont rassemblé des contes de différents endroits afin d’étudier leurs similarités et différences dans l’espoir de retracer le parcours de ces histoires héroïques.
Censure soviétique impulsée par Staline (à partir de 1928) Dès que Staline est venu au pouvoir et a mis en place le premier plan quinquennal en 1928, le gouvernement soviétique a commencé à critiquer et à censurer les études du folklore. Staline et le gouvernement soviétique ont réprimé le folklore, croyant qu’il soutenait l’ancien régime tsariste et l’économie capitaliste. Ils l’ont vu comme une réminiscence de la société russe arriérée que les bolcheviks essayaient de changer. Afin de contrôler les études du folklore et d’empêcher les idées nuisibles de se propager au sein de la population, le gouvernement a créé l’AREP, l’Association russe des écrivains prolétariens. L’AREP s’est principalement concentrée sur la censure des contes et de la littérature pour enfants, considérant que ces histoires fantastiques et « ces absurdités bourgeoises » portaient préjudice au développement des citoyens soviétiques honnêtes. Les livres de contes ont été retirés des bibliothèques et les enfants ont été encouragés à lire des livres sur la nature et les sciences. L’AREP a finalement renforcé la censure et est devenue l’Union des écrivains soviétiques en 1932.
Vers un rattachement du folklore russe aux valeurs communistes (à partir de 1932) Il était alors nécessaire pour les intellectuels de justifier l’utilité de l’étude du folklore devant le régime communiste. Les collections du folklore, ainsi que tout autre document jugé inutile à la réalisation du plan quinquennal de Staline, ne valaient pas le temps passé à les étudier. En 1934, Maxime Gorki prononça un discours à l'Union des écrivains soviétiques : le folklore pourrait, en effet, être utilisé expressément comme une des valeurs promues par le communisme. Après avoir expliqué la valeur artistique du folklore, il a souligné que les légendes et les contes traditionnels féeriques exposaient des idéaux axés sur la communauté, illustrant ainsi le modèle citoyen soviétique. Le folklore russe, dont beaucoup des thèmes sont fondés sur les difficultés d’un mode de vie basé sur le travail, était une notion essentielle pour le communisme qui n’aurait pas existé sans la participation directe des classes ouvrières. En outre, Gorki a expliqué que les personnages du folklore faisaient preuve d’un grand optimisme, et pourraient donc encourager les lecteurs à maintenir un état d'esprit positif, en particulier parce que le développement du communisme a changé leur vie.
vignette|Baba Yaga, par Viktor Vasnetsov Iouri Sokolov, président de la section folklore de l'Union des écrivains soviétiques, a également favorisé l'étude du folklore, en faisant valoir que le folklore était à l'origine de la tradition orale des travailleurs et par conséquent pourrait être utilisé pour motiver et inspirer les projets collectifs du prolétariat actuel. Dans les contes traditionnels russes les personnages se sont souvent retrouvés dans un voyage de découverte de soi, un processus qui les a amenés à se valoriser non en tant qu'individus, mais plutôt en tant que partie nécessaire d'un ensemble commun. Les comportements de ces personnages légendaires faisaient échos à l'état d'esprit que le gouvernement soviétique voulait inculquer à ses citoyens. Il a également souligné l'existence de nombreux contes qui ont montré des membres de la classe ouvrière se déjouer de leurs maîtres cruels, cela prouvait à nouveau la valeur du folklore à l’encontre de l'idéologie soviétique et la société de la nation dans son ensemble.
Diffusion soviétique des histoires folkloriques (années 1930 et au-delà) Convaincu par Maxime Gorki et les arguments de Sokolov, le gouvernement soviétique et l'Union des écrivains soviétiques ont commencé à recueillir et évaluer les éléments folkloriques des régions du pays. L'Union triait et préservait les histoires uniques qui, à leurs yeux, promouvaient suffisamment l'esprit collectiviste et montraient les avantages du régime soviétique et de son progrès. Il a ensuite redistribué à la population des copies d’histoires folkloriques approuvées par le gouvernement. Au même moment, des centres dédiés au folklore local ont surgi dans toutes les grandes villes. Ces organisations avaient pour responsabilité de favoriser le sentiment de nationalisme soviétique et de veiller à ce que les médias publient des versions approuvées des contes russes.
L'avènement d'un genre nouveau : les noviny En plus des contes traditionnels et des bylines déjà existantes, certains auteurs contemporains écrivirent de nouvelles histoires matinées d'idéologie communiste. Ces contes d'un nouveau genre mélangent les structures et les thèmes des vieux poèmes, avec des éléments de la vie quotidienne soviétique. Ces histoires, appelées noviny, marquent la renaissance du genre épique russe. Les folkloristes ont été chargés d'apprendre aux conteurs modernes le style conventionnel et la structure des bylines traditionnelles. Ils leur expliquèrent également les valeurs communistes qu'ils devaient mettre en valeur dans les nouvelles histoires.