vignette|Dessin d'Ernst Haeckel : Lanterne d'Aristote vue de profil et dents en haut (l'espèce est un Sphaerechinus granularis). La lanterne d'Aristote est l'appareil masticateur des oursins.

Description L'appareil masticatoire des oursins réguliers est situé dans l'orifice buccal (« péristome »), qui se trouve généralement au centre de la face inférieure (appelée « face orale ») de l'animal, c'est-à-dire au contact du substrat. L'appareil lui-même est de forme pyramidale à cinq arêtes ; il se compose de cinq « mâchoires » fenestrées portant chacune une longue dent calcaire en forme de crochet, toutes ensemble pouvant se réunir à leur pointe ; seule leur extrémité dépasse du péristome et est donc visible de l'extérieur de l'animal vivant. Les mâchoires sont alternées de pièces squelettiques appelées « compas », et qui assurent la souplesse de l'ensemble, et articulées par des « rotules »Voir cette fiche pédagogique sur le site de l'université de Jussieu... L'ensemble de l'appareil comporte 50 os et 60 muscles.. La symétrie pentaradiaire (symétrie radiale d'ordre 5) caractéristique des échinodermes est parfaitement conservée dans l'appareil. Les dents sont actionnées par un système de tendons robustes qui permettent à certains oursins de développer une force suffisante pour briser des coquilles, voire chez certaines espèces pour broyer du corail, du sable ou même certaines roches.

Évolution thumb|upright=1.1|Cet Arachnoides placenta endommagé laisse échapper sa lanterne d'Aristote aplatie, typique des Clypeasteroida. La lanterne d'Aristote n'est pas emboîtée dans le test (coquille) mais reliée à lui par une membrane tendre (le péristome). Par conséquent, elle se détache généralement pendant le processus de décomposition qui suit la mort de l'animal et n'est donc presque jamais retrouvée dans les fossiles, ce qui rend d'autant plus complexe l'établissement de son histoire évolutive.

Sur les espèces actuelles, la forme des dents est un critère distinctif pour reconnaître les différentes familles : celles-ci peuvent en effet être crénelées, en gouttière, plates ou de formes plus ou moins extravagantes. On compte généralement quatre grands types de dentitions : cidaroïde (lanterne étroite avec un faible foramen magnum, des épiphyses courtes et une section en U), aulodonte (avec un foramen magnum profond en V, des épiphyses allongées et libres et une section en U), stirodonte (proche des aulodontes mais avec des dents formant un T en section), ou camarodonte (avec un foramen magnum profond en V et des épiphyses élargies se rejoignant par-delà ce premier pour former un arc continu, avec une section en T)..

Suivant leur histoire évolutive et leur mode d'alimentation, la lanterne d'Aristote s'est considérablement modifiée chez certains oursins et a même disparu totalement sur plusieurs espèces, notamment celles se nourrissant par filtrage. La plupart de celles-ci vivent enfouies dans le sable ou la vase (Spatangoida, Gnathostomata...).

Origine du terme thumb|upright=1|Une lanterne extraite d'un oursin. C'est le philosophe et scientifique grec Aristote qui a fourni la plus vieille description connue de la mâchoire des oursins, dans son Histoire des animaux (vers 343 ), Livre IV chapitre 5. :

Cette description relativement exacte (hormis la mention d'une langue) est demeurée une référence pendant plusieurs millénaires, de telle sorte que la métaphore est conservée par l'Encyclopédie en 1751 à l'article Oursin :

Les biologistes scientifiques des et siècles comme CuvierGeorges Cuvier, Le règne animal distribué d'après son organisation : Pour servir de base à l'histoire naturelle des animaux et d'introduction à l'anatomie comparée, Tome III, Déterville libraire, Imprimerie de A. Belin, Paris, 1817. prirent ensuite l'habitude de nommer cet appareil masticateur d'après la métaphore qu'en fit le philosophe : la « lanterne d'Aristote ». Aujourd'hui, cette expression est encore le terme canonique utilisé en biologie des échinodermes, et est traduit tel quel dans la plupart des langues (Aristotle's lantern, Linterna de Aristóteles, Laterne des Aristoteles...).

Victor Hugo dans "Les Travailleurs de la Mer" s'interroge sur l'origine du terme.

Controverse quant à la traduction La phrase qui contient la métaphore de la lanterne est parfois considérée comme ambiguë par les traducteursLe texte original est « Κατὰ μὲν οὖν τὴν ἀρχὴν καὶ τελευτὴν συνεχὲς τοῦ ἐχίνου τὸ στόμα ἐστί, κατὰ δὲ τὴν ἐπιφάνειαν οὐ συνεχὲς ἀλλ´ ὅμοιον λαμπτῆρι μὴ ἔχοντι τὸ κύκλῳ δέρμα. »., et certaines traductions ont proposé que la métaphore désigne en réalité tout le test de l'animal (de fait, certaines grosses espèces comme l'oursin globuleux sont utilisées pour confectionner des abat-jour)..

Par exemple, en 1783 le traducteur Camus propose la traduction suivante : « Quoique les parties qui forment le corps du hérisson soient jointes vers la tête & vers la partie opposée, à voir sa surface on croiroit qu'elles n'ont aucune liaison. Il ressemble à un falot rond qui n'auroit que les côtes sans la peau qui doit les couvrir. », page 201, consultable sur Google Books à cette adresse..

Technologie Cet appareil masticateur particulièrement original et efficace est étudié par des ingénieurs, en vue d'en tirer des applications industrielles sur le modèle du biomimétisme..

Arts Cet organe si perfectionné a également fasciné les artistes, comme l'écrivain Jules Michelet :

Liens externes

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Notes et références

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