Un répons (le s ne se prononce pas) est à l'origine un chant alterné entre un chantre soliste et un chœur, utilisé dans un office liturgique, et participant en particulier du chant grégorien.

Cette forme, qui remonte aux premiers siècles du christianisme, devint musique savante, à partir de la Renaissance, à la suite du grand développement de la polyphonie.

Avec l'antienne, ce genre demeure toujours chant officiel dans la liturgie de l'Église. Le caractère typographique ℟ sert à introduire un répons dans les livres utilisés dans la liturgie.

thumb|upright=1.65|Antiphonaire de Hartker (bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall manuscrit , vers 1000), le meilleur antiphonaire grégorien, folio . On y trouve 2 répons (Ṝ) avec leurs versets (Ṽ) ainsi que plusieurs antiennes (Ā) sans verset. À la fin du premier répons, le deuxième verset se présente sous l'aspect de la doxologie de fin : Gloria patri et filio et spiritui sancto. Amen. Terme Le mot répons ainsi que celui du latin responsorium sont issus du terme latin respons, qui signifie aussi réponse. Donc, il s'agissait, à l'origine, du chant avec réponse..

Dans la langue française, les deux s devinrent muets, et le premier fut remplacé par un accent aigu, tel l'accent circonflexe. De fait, les deux premiers dictionnaires de l'Académie française (1694 et 1718) employaient encore respons tandis qu'à partir de 1740, l'orthographe répons fut établie..

thumb|upright=0.8|Signes typographiques V/ et R/. L'emploi dans les documents français au ne possédait pas encore le sens strict et n'était pas encore distingué du mot antienne. Au contraire, les livres de chant tel l'antiphonaire utilisaient leur signe typographique « ℟ », afin de distinguer plus facilement la fonction des chants : antienne (A/ ou Ā), répons (℟, R/ ou Ṝ) ou verset (℣, V/ ou Ṽ). Très utiles, ces signes restent en usage jusqu'ici.

Historique Le musicologue grégorien Peter Wagner considérait que l'origine du répons remonte aux premiers siècles du christianisme et qu'il s'agit du chant le plus ancien de la messe. Durant ces trois siècles, la célébration chrétienne n'était en effet autre que l'imitation de celle du judaïsme : lecture de la Parole de Dieu, suivie de la réponse ainsi que du chant par solistehttp://palmus.free.fr/session_2005.pdf.

Ces réponses et chant se composaient, notamment selon saint Augustin d'Hippone, des psaumes - 88.

Une fois la célébration en latin établie au , le chant très orné après la lecture était cependant toujours assuré par soliste. Toutefois, en 595, saint Grégoire († 604) ordonna avec son décret que les chantres n'exécutent plus ce chant mélismatique en vieux-romain après la lecture, car ceux-ci avaient tendance à oublier une autre obligation, la distribution des aumônes aux pauvreshttp://palmus.free.fr/session_2004.pdf.

Pareillement, l'usage du répons dans les offices fut établi, surtout dans la règle de saint Benoît (vers 530), soutenue et recommandée tardivement par saint Grégoire. Au contraire, l'antiphonaire de Bangor (vers 680), manuscrit le plus ancien selon la règle de saint Colomban, ne contient aucun réponshttps://archive.org/stream/antiphonarybang00ambrgoog#page/n46/mode/2up.

Donc, le répons, chant développé et exécuté par soliste, était effectivement établi auprès du rite romain.

Grâce à ses œuvres en détail, Amalaire de Metz († 850) demeure un autre témoin important, celui du répons en vieux-romain et du chant grégorien, tous les deux - 138. Surtout, ce prêtre-musicologue s'aperçut que le répons en vieux-romain ne répétait que la seconde moitié de leur refrain initial ((B) au lieu de (A) / (B)), une troisième fois, à savoir après le verset Gloria Patri. En revanche, selon lui, les chantres romains répétaient entièrement le répons des matines de Noël Hodie vobis cœlorum alors que les religieux de Francs ne reprenaient que la deuxième moitié, à partir de Gaudet. Il n'existait pas de règle concrète.

En raison de ses qualités musicales et caractéristiques théologiques, le répons grégorien commença à remplacer d'autres chants liturgiques. Ainsi, un certain nombre de répons grégoriens, composés au royaume carolingien, furent adoptés même à Rome, entre 840 et 1140 environ, à l'exception du Vatican.

Ensuite, l'exécution du répons par plusieurs chantres fut constatée à Rome au . Il s'agissait de ceux qui pratiquaient le chant grégorien. Au début du , ce dernier dont son répons devint finalement le chant officiel du Saint-Siège.

Fonction et catégories Dans les célébrations de l'Église catholique, le répons demeure toujours non seulement important mais également officiel depuis le Moyen Âge. Sa fonction ressemble à celle de l'antienne et ces deux genres se trouvent souvent dans le même document liturgique, tel l'antiphonaire. De fait, les deux chants accompagnent, à l'origine, les textes bibliques importants.

Alors que l'antienne s'accompagne normalement de la psalmodie, le répons est exécuté après la lecture de la Bible. De surcroît, le répons se distingue en raison de son verset effectivement développé. Il existe quelques exemplaires entre les deux catégories. Ainsi, le chant vieux-romain comptait au moins 38 antiennes de communion avec verset, malgré peu de manuscrits restants. Mais on classifie ceux-ci en tant qu'antiennes, faute de lecture précédenteregardssurunevissansfin.hautetfor.com/media/02/00/462456323.pdf Les chants de la messe catholique romaine, consulté le 18 juillet 2016.

D'après leurs fonctions, les répons sont normalement classifiés en trois catégories : usage en faveur de la messe, il s'agit du répons graduel ; pour les offices, le répons prolixe ainsi que le répons bref. Répons graduel thumb|upright=1.3|Répons graduel Oculi omnium., notation accompagnée des neumes sangallien et de ceux du manuscrit Laon 239, dans laquelle l'articulation raffinée est immensément précisée (Graduale triplex (1979)). Le répons graduel ou graduel grégorien est la pièce exécutée entre la première lecture et l'Évangile de la messe.. Le terme graduel est issu du latin gradus, qui signifie marche, degré, car initialement les chantres montaient l'ambon. Une raison similaire explique la dénomination de psaumes graduels (de 119 à 133), car lors des pèlerinages vers Jérusalem, les juifs chantaient ces psaumes en montant les marches du Temple.

En conséquence, pour le répons, ce terme graduel indique une solennité pour l'emplacement un peu élevé, lorsque l'on chante le répons graduel à l'ambon. Littérairement, il s'agit d'une procession en faveur de l'Évangile vers les degrés.

Ce répons est chanté, pour la première partie, par toute l'Assemblée ou le chœur, grand ou petit, et suivi d'un verset par le chantre. Il est possible de reprendre la première partie après le verset, afin de respecter mieux la nature responsoriale.

Au regard du dimanche, le répons graduel est exécuté entre la première lecture et la deuxième, à l'exception du temps pascal durant lequel un premier alléluia remplace le répons. Dans la forme ordinaire du rite romain, on peut chanter à sa place le psaume responsorial prévu par le missel romain (c'est même ce qui est fait dans la plupart des paroisses), mais le missel mentionne explicitement la possibilité de chanter le répons graduel entre les deux lectures.

Bien entendu, les œuvres se trouvent dans le graduel et leurs textes sont normalement issus du psautier. Exécuté avant l'Évangile, tel le jubilus de l'alléluia, le répons graduel est la pièce la plus ornée du répertoire du chant grégorien. Il est normal que le soliste soit seulement capable de chanter correctement celui-ci.

Répons prolixe thumb|upright=1.5|Exemple de répons prolixe : Subvenite.

Parmi les répons réservés aux offices, le répons prolixe est celui qui est consacré aux matines..

S'il est probable que la pratique du répons est effectivement ancienne, c'était saint Benoît de Nursie qui précisait sa pratique dans la règle de son ordre, établie vers 530. À la différence d'autres offices du jour, lors des matines (appelés vigiles dans la règle), les trois lectures s'illustrent avec des commentaires des docteurs orthodoxes et des pères de l'Église, sauf la période entre Pâques et le en raison de la brièveté des nuits (chapitres XII - XIII). C'est la raison pour laquelle les répons des vigiles se distinguent particulièrement.

La fonction et la structure du répons prolixe ressemblent à celles du répons graduel et restent assez importantes dans cette célébration. Ce répons comporte un texte d'une certaine étendue et d'une grande richesse musicale. Tout comme le répons graduel, celui de l'office a parfois tendance à une forme écourtée. Mais normalement, le répons prolixe était plus développé, avec plus de répétitions de phrase, l'adoption de plusieurs versets ainsi que la doxologie Gloria Patri.

D'après la règle de saint Benoît, les trois leçons suivies des répons, en semaine, sont surtout remplacées par trois séries de quatre textes bibliques (y compris donc 12 répons) lors de l'office du dimanche et des fêtes sans travail. Avec cette augmentation, l'importance du répons se distinguait.

Quelques (rares) répons prolixes sont chantés à d'autres occasions que les matines, et présentent alors l'avantage d'expliciter le schéma de répétition, pour des interprètes a priori peu familiers avec le chant des matines. On peut noter parmi eux le très émouvant subvenite de l'office des morts, ci-contre, par lequel on dit un dernier adieu au défunt avant de refermer sa tombe : A/℣ » et « ℟ » sont remplacés respectivement par « V/ » (V barre) et « R/ » (R barre).. Subvenite sancti Dei, occurrite angeli Domini : * suscipientes animam eius : † offerentes eam in conspectu Altissimi. A/. Venez, saints de Dieu, Accourez, anges du Seigneur, * prenez son âme, † présentez-la devant la face du très-haut. V/. Suscipiat te Christus qui vocavit te, et in sinum Abrahae angeli deducant te. V/. Que le Christ qui t’a appelé te reçoive, et que les anges te conduisent dans le sein d’Abraham. V/. Requiem aeternam dona ei, Domine: et lux perpetua luceat ei. V/. Donne-lui, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière perpétuelle l’illumine. La manière de le chanter, explicitée dans l'illustration ci-contre, est la suivante : Le répons s'ouvre par une antienne (A/.) très mélismatique, dont la composition est libre, et qui est décomposée ici en trois segments (d'autrefois en deux segments) par la marque d'une médiane (*) et d'une flexion († si trois segments), médiane et flexion étant de simples repères pour la suite (et n'ont rien à voir avec les signes marquant la psalmodie des psaumes). La première fois l'antienne est chantée intégralement. Suit le verset (V/.), qui est de même chanté intégralement. Contrairement à l'antienne, la psalmodie du verset n'est pas libre, mais se fait (généralement) suivant une mélodie-type, très ornée, avec initiale, teneur accentuée et finale pentasyllabique, dont la nature dépend du mode de l'antienne. En pratique, la complexité de cette mélodie-type, et les nombreux cas particuliers susceptibles d'être rencontrés, font que ce verset est toujours explicitement noté (ou mémorisé) ; il serait irréaliste d'exiger d'un chantre qu'il puisse psalmodier à vue un texte a priori inconnu (ce qui reste faisable pour les autres types de psalmodie). À la fin du verset on reprend non pas toute l'antienne, mais uniquement son second segment (à partir de la marque *, jusqu'à la marque † exclusivement), c'est la « réclame » (dans le sens d'une déclamation renouvelée).