vignette|400px|Les partisans de la Fareynikte Partizaner Organizatsye à Vilnius. Au la quatrième personne en partant de la droite est le poète et partisan Abba Kovner.

La Résistance juive pendant la Shoah désigne la résistance des Juifs, organisée ou spontanée à l'encontre de la politique des nazis, de leurs alliés et des collaborateurs durant la période de la persécution et de l'extermination des Juifs, de 1933 à 1945. Elle prit plusieurs formes aussi bien passives qu'actives : de la résistance purement idéologique jusqu'à la résistance armée et déterminée contre les ennemis.

Historiographie Georges Bensoussan, responsable éditorial du Mémorial de la Shoah, rappelle que face au génocide, « survivre est la première des forces de résistance [...]. Résister, c'est tenter de faire connaître ce crime de masse. […] C'est déjouer l'euphémisation des nazis. » La résistance peut être aussi d'« ordre social par le biais des comités d'entraide », des collectes de vêtements, des synagogues clandestines, d'« ordre culturel » quand on monte des pièces de théâtre ou des bibliothèques ou des enseignements de l'hébreu, eux aussi clandestins. Résister, c'est encore « refuser de signer les ordres allemands », comme le fit le président du Judenrat de Ghetto de Varsovie qui préféra se suicider. Résister, c'est réunir et sauver les archives comme put le faire Emanuel Ringelblum. Résister, c'est aussi se révolter comme cela eut lieu à Varsovie et dans au moins 91 ghettos de Biélorussie ou dans certains camps d'extermination nazis, à Sobibor, à Janowska et à Auschwitz de la part d'un SonderkommandoInterview de Georges Bensoussan sous le titre : Les différents visages de la résistance juive, Hors-série de Marianne, mai 2015, pages 6 à 11.

Les historiens de Yad Vashem se démarquent ainsi de l'historien américain Raul Hilberg sur la question centrale dans les débats sur la Shoah : le manque de réaction de la population juive. La thèse de Hilberg est que les Juifs auraient fait montre d'une soumission importante dans le processus de destruction.

Pour lui cette soumission serait venue de leur habitude des pogroms de la part de populations hostiles à la présence juive. Dès 1958, le Yad Vashem refusa de soutenir et de participer à la publication de l'ouvrage de Hilberg. The Yad Vashem Encyclopedia of the Ghettos during the HolocaustGuy Miron et Shlomit Shulani, Jérusalem. Yad Vashem. 2009. met l'accent sur les réactions juives à la Shoah élargissant le concept de résistance à d'autres modes d'expression de la survie juive.

L'Encyclopédie de Yad Vashem souligne également l'importance de la résistance juive et les réactions à la persécution. Il le fait en rendant compte de la vie sociale intense qui a régné à l'intérieur des ghettos et de la description du combat pour la survie quotidienne.

De la soumission à la résistance vignette|Faux tampons créés par les services de l'Armée juive en France Au début de l'occupation, une partie des Juifs pensent qu'en se soumettant aux lois et ordonnances allemandes, ils éviteront le pire. Ils acceptent donc leur exclusion de nombreuses professions en Occident, le port d'un signe distinctif (brassard ou étoile jaune), la concentration dans les ghettos, l'emploi forcé dans des entreprises fournissant l'armée allemande. Ceux qui avaient des certificats de « Juifs économiquement utiles » ont longtemps cru que celui-ci les protégerait du risque d'arrestation et de déportation.

Dès le début de l'occupation, les Juifs durent mener une lutte quotidienne pour survivre. La plus grande part de résistance passive relève d'actes quotidiens et même d'habitudes acquises. La plus grande partie de la vie dans le ghetto était une résistance culturelle et spirituelle comme l'attestent par exemple la mise sur pied d'écoles clandestines et le respect des obligations religieuses.

Les grandes rafles de l'été 1942 obligent à la formation de structures de résistance et au développement d'activités clandestines. En Europe occidentale des réseaux juifs de sauvetage sont mis sur pied. Ils permettent en France de sauver juifs. Les Juifs essayaient de s'enfuir des territoires se trouvant sous contrôle des nazis, par exemple vers la Suisse ou vers la zone non occupée de France (avant ), ou vers la Suède, ou l'URSS..

En Biélorussie, les Partisans Bielski réussirent à aider les Juifs du ghetto de Lida et du ghetto de Novogroudok à s'enfuir de leurs ghettos pour les rejoindre dans les forêts et participer à la lutte ou simplement (pour les enfants et les vieillards) pour survivre dans les bois plutôt que de mourir dans les ghettos. Ils sauvèrent ainsi plus de Juifs d'une mort certaine.

Dans le ghetto de Novogroudok en Biélorussie, après trois massacres qui avaient réduit la population de prisonniers du ghetto à trois cents personnes, les derniers survivants se mirent à creuser un tunnel de de long pour s'échapper du ghetto. Le , après plusieurs mois de travail, entre 250 et 280 d'entre eux parvinrent à s'échapper. 80 furent tués en s'égarant entre la sortie du tunnel et les bois, mais 170 parvinrent à rejoindre les Partisans Bielski qui vivaient réfugiés dans la forêt..

Cette résistance a agi sans aide extérieure. Les pays en guerre contre l'Allemagne mettaient toutes leurs forces dans le conflit et n'ont mis aucun moyen dans le sauvetage des Juifs.

Une autre forme de résistance était le sacrifice. Par exemple, à Daugavpils en Lituanie les nazis expliquèrent que s'ils ne trouvaient pas deux volontaires pour le meurtre d'un Allemand, tous les Juifs seraient tués. Immédiatement deux rabbins s'avancèrent comme volontaires. Il faut également citer le cas des Juifs, qui pour ne pas tomber aux mains de leur bourreau, perdirent la vie en se suicidant. Des cas d'actions collectives de ce type sont également connus, par exemple à Mazyr en Biélorussie où un groupe de 40 Juifs périrent dans l'incendie d'une maison qu'ils avaient provoqué eux-mêmes.

En dehors de la fuite pour essayer d'éviter la rafle et des actions de destruction, tous les moyens étaient bons pour se cacher, comme les « malinés » (cachettes dans le langage du ghetto, littéralement « framboisiers ») et les bunkers. Les Allemands et les collaborateurs mettaient le feu aux maisons et en même temps aux cachettes et à leurs occupants. Les bunkers étaient aussi utilisés par les Juifs pour cacher des armes et d'autres provisions.

La résistance armée Parmi les formes armées de résistances on peut distinguer plusieurs cas : l'armement en vue d'insurrections dans les ghettos juifs et les camps de concentration, la participation à la lutte des partisans, les actions de subversions et de sabotages contre des entreprises allemandes. Contrairement aux mouvements nationaux de résistance, les résistants juifs armés n'avaient pas, en général, comme objectif d'aider à la libération de leur pays. Leur but était d'abord de survivre physiquement. Le soulèvement du ghetto de Varsovie est l'exemple le plus connu et le plus commémoré. La résistance dans les ghettos était très difficile. Il fallait nouer un réseau de communication avec l'extérieur, trouver des armes et des explosifs, entrainer les futurs combattants et le fait de jeunes militants. On la trouve dans les grands ghettos comme ceux de Varsovie, Białystok, Czestochowa, Cracovie, Kaunas, Vilnius, Minsk, mais aussi dans une cinquantaine de ghettos plus petits"Dictionnaire de la Shoah", p. 462.

Parmi les soulèvements les plus connus et les plus longs, il faut citer le soulèvement du ghetto de Varsovie qui dura tout un mois. Les Allemands durent faire appel à des blindés et de l'artillerie pour lutter contre les insurgés. D'autres soulèvements de ghettos se produisirent en particulier au moment où les nazis se lançaient dans leur destruction totale et l'extermination de la population y vivant encore. Ce sont souvent des actions désespérées qui sont vite écrasées par les Allemands et qui sont le fait de quelques dizaines de résistants armés. Le cas du soulèvement du ghetto de Białystok est un exemple. Les survivants décident souvent, en cas d'échec, de se suicider. Ce fut également le cas lors de la destruction du ghetto de Lvov. Dans le ghetto de Slonim en Biélorussie occidentale, en , au moment du massacre en masse des prisonniers du ghetto, une partie des jeunes Juifs réussit à se soulever contre les nazis et leurs complices. Environ parvinrent à s'enfuir dans les bois et la plupart d'entre elles se joignirent aux partisans. Durant l'été 1942 encore, en Biélorussie, les ghettos de Kletsk, de Mir, de Niasvij et, en 1943, de Hlybokaïe connurent chacun des soulèvements. Le nombre d'évadés ne représentait, à terme, que quelques dizaines de prisonniers du ghetto, mais ceux qui mouraient lors du soulèvement, étaient, dans tous les cas, condamnés à une mort proche lors de la destruction déjà programmée de leur ghetto.

Des insurgés ont combattu dans les camps d’extermination. À Treblinka, le , des déportés parvinrent à s’emparer d’armes et participèrent à l’insurrection. 600 parviennent à s'évader. À Sobibor, le , les révoltés réussissent à désarmer des gardiens, à en tuer une douzaine et à ouvrir une brèche dans les barbelés. Plus de 300 déportés réussissent effectivement à sortir du camp. À Auschwitz, les Sonderkommandos se soulèvent le . parvinrent à s'échapper après avoir détruit un des fours crématoires mais toutes furent capturées et tuées. Dans la nuit du au , la cinquantaine de Juifs travaillant encore dans le camp d'extermination de Chelmno, menacée d'élimination se révolte. Seulement deux personnes parviennent à survivre.

Participation dans la clandestinité à la lutte des partisans URSS vignette|Partisans civils et militaires de la Résistance juive en Bielorussie, 1943 Dans beaucoup de ghettos furent créées des organisations clandestines. En particulier dans le Ghetto de Minsk quelques dizaines d'organisations de ce genre apparurent comprenant en tout plus de . Les clandestins firent paraître des feuilles d'informations antifascistes ; ils écoutaient la radio des alliés et répandaient les informations entendues ; ils introduisaient des armes et des médicaments ; ils organisaient des actes de sabotage et de subversion ; ils faisaient passer les prisonniers du ghetto dans les rangs des partisans. Parfois aussi les Juifs cachaient dans le ghetto des clandestins, des blessés de l'Armée rouge et des partisans.

Les Juifs prenaient une part active dans les mouvements de partisans antifascistes, surtout en Biélorussie et, dans une moindre mesure, en Ukraine et en Lituanie. La plupart des juifs partisans étaient des gens qui avaient réussi à s'échapper du ghetto. En tout, dans les régions de l'Europe occidentale il existait une centaine d'organisations de partisans juifs.

vignette|Abba Kovner au procès Eichmann en 1961.

La plus importante organisation de partisans fut créée en 1941, entièrement par des frères juifs sous leur nom : les partisans Bielski, après l'invasion de la Biélorussie par les forces armées allemandes et les massacres de masse qu'elles organisèrent dans la population juive. L'organisation a existé jusqu'à la fin de l'occupation de la Biélorussie en 1944 et comptait à la fin de la guerre partisans parmi lesquels 350 portaient des armes de guerre.

Une autre organisation de partisans juifs se fit remarquer également : le « détachement-106 » de Simcha Zorine, qui comptait mais aussi 137 compagnies de combat, parmi lesquels des femmes et des enfants. Le premier adjoint des chefs biélorusses de l'état-major des mouvements de partisans fut secrétaire du comité central du parti communiste de Biélorussie. Il s'agit de Grégori Eydinovu. Deux Juifs furent commandants des brigades des partisans.