La Gironde (en gascon : , en saintongeais : Ghironde) est l'estuaire commun à la Garonne et à la Dordogne., qui joignent leur cours au bec d'Ambès. Elle a donné son nom au département de la Gironde.

Ses eaux baignent deux départements de la Nouvelle-Aquitaine : sur la rive gauche, la Gironde (pays du Médoc) ; sur la rive droite, la Gironde (pays du Blayais), puis la Charente-Maritime (pays de Haute Saintonge et de Royannais).

La Gironde est longue de , large de 12 km à sa plus grande largeur et de 4,5 km à son embouchure (pointe de Suzac). Ses en font le plus vaste estuaire d'Europe.

Cet estuaire a une riche histoire en raison de l'importance du commerce maritime qui s'y est développé à partir du port de Bordeaux, qui existe depuis l'Antiquité. La Gironde permet en effet la remontée jusqu'à Bordeaux de très gros navires, par exemple ceux qui transportent les éléments (ailes, fuselage, etc.) de l'Airbus A380. La Gironde a aussi une activité de pêche importante. D'autres activités sont présentes, notamment autour de l'énergie (centrale nucléaire du Blayais, dépôts de pétrole du bec d'Ambès).

La Gironde et ses rives ont aussi un patrimoine culturel important. Les paysages sont variés.

Philologie Mention anciennes du mot « Gironde » désignant l'estuaire Le mot est attesté sous la forme Girunda en 1253.

Vers 1615, dans son récit de voyage (écrit en latin) Itinerarium Galliae, l'Allemand Justus Zinzerling (1590-1620) évoque la Gironde à propos du trajet de Royan à Bordeaux. Selon la traduction de 1859, il écritTraduction de 1859 (en ligne sur le site de la BM de Lyon), page 139. Les pages 137 à 139 sont consacrées à la Gironde. : « Lorsque tu voudras remonter de Royan à Bordeaux, tu auras soin de te choisir un marinier habile (…) ; car ce n’est pas un jeu de s’aventurer sur la Gironde. Le trajet de Royan à cette ville te coûtera douze sous et demi. »

Mais dans le texte original, on peut lireitinerarium, page 84, Itinerarium en ligne sur le site MDZ. : (Bourdeaux) Burdigalam praeterita Blavia adscendes, itinerum duodecim et dimidi solidorum mercede in caput constituta. Seligas tibi peritum nautam (…). Nec enim ludus est Garumnam navigare, soit : « Passée Blaye, tu arriveras à Bordeaux, pour ce voyage, le prix par tête est de douze sous et demi. Choisis toi un marin expert (…). En effet, ce n'est pas un jeu de naviguer sur la Garonne. » Zinzerling parle de la Gironde, puisqu'il mentionne Blaye, mais il emploie le mot GarumnaIci à l'accusatif, Garumnam., qui en latin désigne la Garonne.

Étymologie Selon Albert Dauzat, « Gironde » serait une variante de « Garonne », l'un et l'autre partageant la même étymologie et correspondant à deux variantes dialectales. .

Bénédicte Boyrie-Fenié précise que Gironde est une forme saintongeaise (gabaye) du nom de la Garonne, issue d'une forme de latin tardif *Garunda (en latin classique, le nom du fleuve est Garumna, mot utilisé par Jules CésarDictionnaire Gaffiot, page 704, donnant une référence dans La Guerre des Gaules (1, 1).).

En effet, à l'époque moderne, la rive droite de la Gironde est de langue d'oïl (depuis le ), alors que la rive gauche, ainsi que le cours tout entier de la Garonne est de langue d'oc (gascon). Sur la rive droite de la Garonne, Bourg est alors de langue d'oc, tandis que Blaye (et le Blayais) est de langue d'oïl.

Autres toponymes « Gironde » dans le bassin de la Garonne On peut remarquer l'existence d'une localité nommée Girund au , aujourd'hui Gironde-sur-Dropt, un peu en aval de La Réole, donc assez loin du début de l'estuaire« Arnaud, seigneur de Girund », dans .

Il existait aussi une seigneurie de Gironde dans la vallée du Lot. (ancienne commune de Cours, actuelle commune de Bellefont-La RauzeLe toponyme « Gironde » est donné par Google Maps pour la commune de Bellefonds-la Rauze., un peu en amont de Cahors.

Géographie Délimitation de l'estuaire et du domaine maritime vignette|La Gironde au bec d'Ambès. vignette|Habitations troglodytiques à Meschers-sur-Gironde (grottes de Régulus).

La Gironde commence au bec d'Ambès, point où se rejoignent la Dordogne et la Garonne.

Géographiquement, l'embouchure peut être délimitée par trois points : la pointe de la Négade (au sud de Soulac-sur-Mer) ; le phare de Cordouan (au milieu de l'estuaire) ; la pointe de la Coubre (à l'ouest de Royan).

Toutefois, le domaine maritime commence à la pointe de Grave (Le Verdon-sur-Mer) sur la rive gauche et à la pointe de Suzac sur la rive droite (Saint-Georges-de-Didonne).

Environs La Gironde arrose d'un côté le vignoble du Médoc, de l'autre le vignoble du Blayais et du Bourgeais, ainsi que plusieurs villes notables : Blaye (sous-préfecture), Pauillac, Le Verdon-sur-Mer en Gironde ; Royan, Meschers-sur-Gironde, Mortagne-sur-Gironde en Charente-Maritime.

Les paysages sont totalement différents de part et d'autre. Sur la rive gauche, de Macau à la pointe de Grave, on trouve une plaine alluviale de graves provenant des Pyrénées où domine un paysage viticole. Près de l'océan, les vignes cèdent la place aux dunes et à des marais épars.

Sur la rive droite, le paysage est beaucoup plus marqué (falaises mortes, collines) et diversifié. Les vignes sont moins présentes, sauf sur les plateaux. Vers le nord, s'étendent les grands marais de Saint-Ciers-sur-Gironde, de Braud-et-Saint-Louis et de Saint-Thomas-de-Conac. En aval de Talmont-sur-Gironde, on trouve des falaises vives contenant des habitations troglodytiques (grottes du Régulus et de Matata à Meschers-sur-Gironde).

Les îles thumb|L'île et le phare de Patiras.

Plusieurs îles sont présentes dans l'estuaire de la Gironde. Ces îles ont subi de nombreuses modifications au cours du temps et suivant les courants et le déplacement des bancs de sable.

Les plus grandes sont (du nord au sud) : L'île sans nom (domaine maritime), à l'est du phare de Cordouan, observée depuis 2009. L'île de Patiras (commune de Saint-Androny), face à Pauillac : plus ancienne île de l'estuaire, elle abrite des parcelles de maïs et de vignes ainsi qu'un phare ; elle servait autrefois de lieu de quarantaine pour les navires, avant qu'ils puissent accoster dans un port de l'estuaire. L'île Nouvelle (Blaye et Saint-Genès-de-Blaye), apparue au début du : c'est depuis 1991 une réserve naturelle. du Conservatoire du littoral. L'île Paté (Blaye) : d'une superficie de seulement 13 hectares, elle abrite le fort Paté, construit par Vauban en 1690 afin de mieux protéger l'accès à Bordeaux, en complément de la citadelle de Blaye avec fort Médoc. L'île Verte, l'île du Nord et l'île Cazeau sont un groupe insulaire de 790 hectares. L'île Verte conserve les ruines d'un village. 40 hectares de l'île forment une réserve naturelle depuis 2001. L'île Margaux est une petite île de 25 hectares. Très proche de la rive du Médoc, on y cultive 14 hectares de vigne. L'île Macau.

Formation thumb|L'embouchure de la Gironde à Saint-Georges-de-Didonne.

L'estuaire se trouve sur un plateau calcaire du Crétacé, déposé il y a 140 à 150 millions d'années. La surrection des Alpes et des Pyrénées, il y a 60 à 65 millions d’années, froissa les couches de calcaire. Il y eut alors un soulèvement du Saintongeois avec l'anticlinal de Jonzac, ce qui forma les falaises entaillées de sur la rive nord de l'estuaire et la plaine du Médoc au sud. Les eaux viendront buter contre cette falaise et former l’estuaire de la Gironde. Pendant cette période, la mer envahit tout le Bassin aquitain et ce n'est qu'à la fin du Tertiaire que les eaux se retirèrent.

Pendant le Quaternaire, des périodes de grands froids et de chaleur se succèdent. Les eaux de la mer se retirent pendant les ères glaciaires ce qui provoque un creusement du lit de la Gironde. Des terrasses alluvionnaires se forment sur la rive gauche. Mais avec la fonte des glaces, la mer remonte et la Gironde comble son lit avec des alluvions et les pentes au bord de l'estuaire s'adoucissent.

Il y a les marais se forment sur les deux rives de l'estuaire, puis des dunes et des apparaissent vers l'an 1000. Aujourd'hui, les marais ont été asséchés et l'estuaire évolue toujours. En 1999, l'Île de Croûte a disparu sous les eaux et Bourg-sur-Gironde se retrouve en face de la Dordogne au lieu de la Gironde.

Hydrologie thumb|upright|Eaux marron riches en alluvions près de Bourg-sur-Gironde. La Gironde est le plus grand estuaire d’Europe, avec de long et jusqu’à de large et une superficie de .

La Garonne et la Dordogne apportent de d'eau douce chargée de sédiments ; en même temps, deux fois par jour, la marée montante apporte, à chaque fois, un volume total de d'eau de mer, ce qui favorise la formation de bancs de sable, de vasards et d'îles. La rencontre de l'eau douce, riche en alluvions, avec l'eau salée fait floculer les particules argileuses qui forment un « bouchon vaseux » caractéristique des eaux estuariennes.. La Gironde charrie chaque année de deux à huit millions de tonnes de particules en suspension. Une partie des matières en suspension ( de tonnes par an) se dépose, formant des bancs de sable, des vasards et des îles..

L'estuaire de la Gironde est fortement soumis au flux et au reflux des marées. Cette marée dynamique remonte très en amont dans l'estuaire (jusqu'à de l'embouchure) : Casseuil sur la Garonne, Castillon-la-Bataille sur la Dordogne et Laubardemont sur l'Isle. Lors des grandes marées, le phénomène du mascaret peut survenir et remonter le fleuve sur une grande distance. Il est surtout visible plus en amont, sur la Dordogne et la Garonne. Cette vague est souvent surfée par les amateurs.

Écologie Les mesures de protection thumb|La roselière de Pauillac en Médoc.

L'estuaire de la Gironde appartient au Réseau Natura 2000..

Créé en 2015, le parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde élargi à la mer des Pertuis est le septième parc naturel marin en France, l'un des deux situés en région Nouvelle-Aquitainehttps://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030487008&dateTexte=&categorieLien=id..

Depuis 2019, la rive gauche de l'estuaire de la Gironde fait partie du parc naturel régional du Médochttps://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000038505921&dateTexte=&categorieLien=id..

Le bouchon vaseux Cet estuaire a l'un des plus grands bouchons vaseux de FranceLhuissier L. (2011). Variable : bouchon vaseux dans l’estuaire – Garonne 2050, 4 p.. Ce bouchon et l'ensemble de l'estuaire sont source d'une importante production primaire, mais il peut aussi concentrer certains polluants apporté par le fleuve ou émis dans l'estuaire (cadmium, mercure, plomb, pesticides…). Une turbidité anormalement élevée (induite par l'avancée de l'agriculture intensive et de l'artificialisation du bassin versant) peut y perturber la photosynthèse et les équilibres écologiquesNzigou A.-R., 2012. Production primaire et fonctionnement écologique en milieu estuarien turbide. Cas de l’estuaire de la Gironde (France) – Thèse Université Bordeaux 1, 178 p..

La centrale nucléaire du Blayais thumb|La centrale nucléaire du Blayais.

La centrale nucléaire du Blayais, située dans la commune de Braud-et-Saint-Louis, à environ 10 km au nord de Blaye, se trouve sur la rive droite de la Gironde, à mi-chemin entre Bordeaux et Royan. Implantée au cœur d'un marais de , elle a une superficie de .

Son fonctionnement, fondé sur la fission nucléaire, exige l'utilisation d'une certaine quantité d'eau de refroidissement, qui est prélevée dans la Gironde en amont de la centrale et rejetée en aval à une température plus élevéePlaquette d'information..

vignette|gauche|La centrale et le phare de Patiras. Au premier plan, des mouettes se laissent porter par la marée.