Le couvent des Mathurins fut la maison parisienne de l'ordre des Trinitaires du début du jusqu'à la dissolution de l'ordre en 1790. Il occupait le terrain délimité actuellement par la rue Saint-Jacques, le boulevard Saint-Germain, l'hôtel de Cluny et la rue Du Sommerard (anciennement appelée rue des Mathurins-Saint-Jacques)Paul et Marie-Louise Biver, Abbayes, monastères et couvents de Paris des origines à la fin du , Paris, Éditions d'histoire et d'art, 1970, 231..
Historique Au début du , on trouvait à cet endroit un hôpital Saint-Benoît (mentionné dès 1138)et une chapelle Saint-Mathurin abritant la majeure partie des reliques de Mathurin de Larchant. Un document indique que l'ordre des Trinitaires, officiellement approuvé en 1198, possédait déjà une maison à Paris dès 1209. Ce n'est qu'au chapitre général tenu à Cerfroid en 1230 que les Trinitaires acceptèrent le don du chapitre de Paris et de l'évêque Guillaume d'Auvergne, prenant possession de l'hôpital et de la chapelleC'est à cause de cette église que les trinitaires furent appelés « Mathurins » en France.. Le cloître fut construit à partir de 1219. Plusieurs reconstructions et aménagements eurent lieu au fil des siècles : à la fin du , sous le généralat de Robert Gaguin, d'importants travaux furent réalisés sur l'église et le cloître ; au sous les généralats de Louis Petit et de Pierre Mercier, il y eut une reconstruction partielle, la décoration de l'église et l'agrandissement des corps de logis ; enfin au on ajouta un portail classique à la façade de l'église en 1729, reconstruisit le cloître, avec deux étages, et aménagea une nouvelle bibliothèque en 1761.
Le couvent des Mathurins, situé au cœur du Quartier latin, jouait un rôle important dans l'ancienne université de Paris. Depuis le , il accueillait dans son cloître les assemblées de l'université, jusqu'en 1764, date à laquelle, après l'expulsion des jésuites, elles furent transférées dans le collège Louis-le-Grand. Au Moyen Âge il abritait aussi la halle aux parchemins, où ces derniers étaient stockés avant d'être vendus. Tous les trois mois, on y élisait le recteur de l'université, suivi d’une procession partant de l'église du couvent. Les religieux de l'ordre, qui venus de toutes ses maisons pour obtenir leurs grades universitaires à Paris, pouvaient y soutenir leur thèse. Au , la bibliothèque des Mathurins comptait entre cinq à six mille volumes, dont quelques manuscrits précieuxDans ses lettres, Érasme parle à plusieurs reprises de la belle bibliothèque constituée par Robert Gaguin à la fin du , mais elle fut pillée dans le courant du siècle suivant..
Cinq confréries du quartier Saint-Jacques étaient installées dans le couvent : celle de saint Jean l'Évangéliste pour les libraires, imprimeurs et papetiers (appelés « suppôts de l'Université ») ; celle de saint Charlemagne pour les messagers-jurés de l'université ; celle de sainte Barbe pour les paumiers et tripotiersLes paumiers fabriquaient les balles du jeu de paume, appelées « éteufs » ; les tripotiers tenaient les « tripots », qui étaient à l'origine les salles de jeu de paume. ; celle de saint Nicolas pour les huiliers et chandeliers ; et celle de la sainte Trinité dédiée au rachat des captifsCette dernière confrérie, non liée à une profession, constituait le « tiers ordre » des Trinitaires..
Ont été inhumés dans l'église : François Baudouin, savant jurisconsulte (mort en 1573). Pierre des Essarts, gendre du précédent (mort en 1413), avec sa femme Marie de Rully Robert Gaguin, vingt-troisième général des trinitaires (mort en 1501) Jacques de Rully, conseiller de Charles VI, président au Parlement de Paris (mort en 1409) Joannes de Sacrobosco, célèbre mathématicien du Jeanne de Vendôme, fille du comte Bouchard VI, bienfaitrice de l'ordre (morte en 1395)
Œuvres d'art L'église était décorée de dix-neuf scènes de la vie de Jean de Matha et de Félix de Valois, fondateurs de l'ordre des Trinitaires, dues à Theodoor van Thulden (peintes sur des panneaux de bois placés au-dessus des stalles du chœur)Il ne subsiste du cycle que L'Arrivée de saint Jean de Matha et de saint Félix de Valois à Paris (coll. A. Roy), mais l'artiste a réalisé en 1633 un recueil de vingt-quatre gravures à l'eau-forte de ses propres compositions, intitulé Revelatio Ordinis Sanctæ Trinitatis Redemptionis Captivorum…, édité alors à Paris avec un frontispice aux armes du ministre général Louis Petit. Sur la décoration de l'église des Mathurins sous le généralat de Louis Petit, voir Frédéric Cousinié, Maîtres-autels et retables parisiens (1610-1660) : pratiques religieuses et expériences artistiques dans le Paris du , Paris et Lille, 1997 (thèse), t. II, 298 sqq.. Le maître-autel, réalisé en 1647, comprenait un grand retable central pour lequel le même artiste avait peint trois toiles qu'on changeait selon le temps liturgique. Le jubé (avec deux figures d'anges) avait été commandé au sculpteur Simon Guillain par un marché passé devant notaire le . Il y avait aussi un tabernacle richement décoré de pilastres et de ciselures de bronze doré, avec sur le couronnement la statue d'un ange tenant les chaînes de deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement. Au XVIII siècle, l'orgue fut tenu successivement par Charles Noblet puis Guillaume Lasceux.
Terriers, dépendances, revenus (liste non exhaustive)
Depuis 1239, l'ordre possédait au nord-ouest de Paris une ferme de soixante arpents (environ trente hectares) autour de la Grange Batelière. Au , ces terrains avaient acquis une énorme valeur. En 1790, les Mathurins étaient propriétaires de soixante-treize arpents, entièrement loués en baux emphytéotiques dans le territoire des PorcheronsRégine de Plinval de Guillebon, La porcelaine à Paris sous le Consulat et l'Empire…, Droz, 1985, p.137. ou fut percée la rue ThirouxL'actuelle rue des Mathurins est une ancienne voie desservant les bâtiments agricoles de la ferme.. L'ordre possédait plusieurs autres propriétés autour de Paris (dont une maison de campagne à Bièvres, au « Fief des Damoiseaux »).
Les mathurins possédaient d'autre part plusieurs maisons (c'est-à-dire des immeubles) autour de leur couvent et dans le quartier environnant : en 1634, ils avaient seize maisons dans leur censive, et possédaient vingt-deux autres maisons et boutiques qu'ils louaient à des particuliers, notamment à des artisans.
Les religieux du couvent des Mathurins avaient, au , une seigneurie située au lieu-dit « la Trinité » à Amblainville Noël Taillepied : Recueil des antiquitez et singularitez de la ville de Pontoise : ville ancienne du pays du Vequecin françois (page 7) et des terrains avec vignes à BagneuxArchives nationales de France : S.4220.. Une rue et un quartier de la commune portent aujourd'hui leur nom Les Mathurins.
Disparition du couvent Les derniers religieux de l'ordre (en février 1790, on comptait dix-huit chanoines réguliers plus deux frères convers) quittèrent les lieux en août 1792. En mars et avril 1793, les tableaux furent retirés de l'église, et un entrepreneur se chargea des marbres. Les bâtiments conventuels furent vendus à des particuliers en 1799. L'église et les bâtiments claustraux attenants à l'hôtel de Cluny furent démolis en 1863 lors de l'aménagement de la rue de Cluny, Haussmann ayant refusé leur intégration au musée de Cluny. Une arcade de ce cloître est encore visible au rue de Cluny.
Dès 1864, côté boulevard Saint-Germain, au 71, est construit sur une partie du site de l'ancien couvent le théâtre de Cluny..
Notes et références
Annexes
Bibliographie Paul et Marie-Louise Biver, Abbayes, monastères et couvents de Paris des origines à la fin du , Paris, Éditions d'histoire et d'art, 1970, 231-240. Emmanuelle Bermès, Le couvent des Mathurins de Paris et l'estampe au , thèse à l'École des chartes, 2001.
Catégorie:Ancien monument à Paris Mathurins Catégorie:Université de Paris