Oksana ChatchkoLa transcription correcte de son nom en français est « Oksana Chatchko », mais les sources francophones utilisent parfois la transcription en anglais, « Oksana Shachko », voire « Oxana Shachko ». (en ), née le à Khmelnytskyï en RSS d'Ukraine et morte le à Montrouge en FranceLieux de naissance et décès trouvés dans la base MatchId des fichiers de décès en ligne du ministère de l'Intérieur avec les données INSEE (consultation 17 janvier 2020), est une artiste peintre et militante activiste féministe et anarchiste ukrainienne.

Avec Anna Hutsol et Oleksandra Chevtchenko, elle est l'une des trois fondatrices du mouvement Femen, créé en .

Biographie Oksana Vassylivna Chatchko (en ) nait à Khmelnytskyï, alors ville de l'Union soviétique, dans l'Ouest de la RSS d'Ukraine., dans une famille pratiquant la religion orthodoxe. Ses parents sont tous deux travailleurs en usine. À la chute du régime soviétique, ses parents perdent leur travail et son père selon ses propres dires sombre dans l'alcoolisme. dans une situation de crise économique et politique où tout manque.

Formation En 1995, à , Oksana Chatchko intègre l'école Nikosh, normalement réservée aux adultes et réputée pour son enseignement de la peinture d'icônes orthodoxes, dont elle sort diplômée en 2000..... Ses œuvres sont alors exposées par son école dans plusieurs expositions collectives en Ukraine et aux États-Unis. À l'âge de dix ans elle reçoit des commandes de l'Église orthodoxe pour réaliser des fresques.

Elle veut alors entrer au couvent, ce dont sa mère et sa famille la dissuadent.. Impressionnée par le refus de sa mère qui pourtant est croyante et va à l'Église régulièrement, elle commence à s'interroger sur le sens de sa foi. Plus tard, à l'âge de , elle rejette la religion orthodoxe, car elle estime que les prêtres se comportent plus comme des marchands que des gens de Dieu. Elle continue cependant la peinture d'icônes pour gagner sa vie..

Elle se tourne alors vers l'activisme en rejoignant le Komsomol, organisation des jeunes communistes. Leur activité va de la création d'un parti des jeunes communistes au nettoyage des statues de Lénine. Le groupe se heurte à la haine qu'éprouve la population envers le communisme après l'effondrement de l'URSS, et à la suspicion des dirigeants du parti communiste.

En 2000, elle entre à l'université libre de Khmelnytskyï pour suivre des études de philosophie, ce qui provoque chez elle une crise de conscience.. Elle commence à s'indigner du peu de place laissée aux femmes pour exprimer leurs idées et leur créativité. Elle fonde avec des collègues le « Centre des nouvelles perspectives », qui lutte d'abord contre la corruption et pour les droits des étudiants et des étudiantes. C'est alors qu'elle rencontre Anna Hutsol et Oleksandra Chevtchenko. Elle indiquera plus tard dans le documentaire Je suis Femen que cette expérience forge ses conceptions philosophiques et politiques, qui en font une militante pour défendre les droits des femmes et la liberté d'expression.

Cofondatrice de Femen vignette|Annie Le Brun rencontre Oleksandra Chevtchenko et Oksana Chatchko (cofondatrices de Femen) dans un café parisien le 9 septembre 2013, après qu'elles ont fui l'Ukraine.|alt=Photographie de trois femmes à une table dans un café.

Nouvelle éthique En 2003, elle participe à la création, en tant qu’artiste, de « Nouvelle éthique », un groupe de 5 ou à ses débuts, et rapidement d'une centaine. Le groupe part de la lecture de textes fondamentaux (Clara Zetkin et August Bebel entre autres). pour se forger ses propres conceptions philosophiques et politiques. Il ne se définit pas d'emblée comme féministe, mais se veut un groupe luttant contre le préjugé selon lequel les filles seraient stupides et incapables.

Drame de l'hôpital de Khmelnytskyï En 2008, un évènement marquant détermine l'orientation des activités du groupe. Quatre femmes meurent faute de soins adéquats dans un hôpital de Khmelnytskyï et le groupe intervient pour dénoncer publiquement la corruption des médecins de l'hôpital.

Elles manifestent avec des posters, des draps et du sang dans le centre-ville en criant. Leur action est couverte par des journalistes, et des mesures sont prises, jusqu'au licenciement du directeur. Anna Hutsol, Oleksandra Chevtchenko et Oksana Chatchko réalisent alors que si elles veulent , elles doivent agir, et qu'elles ont trouvé un moyen efficace de le faire en attirant l'attention et en poussant les gens à parler. Elles décident alors de partir pour Kiev, où .

Naissance de Femen Oksana Chatchko fonde en 2008 le mouvement Femen avec Anna Hutsol et Oleksandra Chevtchenko, avec pour objectif de réveiller les consciences et de pousser les Ukrainiennes à se battre pour leurs droits. La première apparition publique des militantes de Femen remonte à , lorsque deux étudiantes en maillot de bain protestent dans une fontaine de la place Maïdan contre les coupures d'eau.. Par la suite, les militantes Femen ont pour thématique centrale le tourisme sexuel en Ukraine, avec des actions comme

vignette|La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix. En , pour forcer les médias à relayer les actions de Femen, elle prend ainsi l'initiative de montrer sa poitrine lors d'une manifestation à Kiev., inspirant ainsi au groupe la méthode qui sera ensuite reprise par d'autres militantes féministes dans d'autres pays. Dans le petit atelier qu'elle loue à Kiev, Oksana Chatchko fabrique et peint sans cesse les « armes » que les Femen vont désormais utiliser dans leur lutte : costumes, masques, pancartes, et dessins à même le corps. Chatchko est à l'origine de la création de l'imagerie militante et esthétique de Femen : peinture sur un buste nu et couronnes de fleurs.

Le , Oksana Chatchko, Inna Chevtchenko et Alexandra Nemchinova manifestent en Biélorussie pour protester contre la dictature du président Alexandre Loukachenko à l'occasion du premier anniversaire de sa réélection controversée. Devant le siège du KGB biélorusse à Minsk, munies de fausses moustaches, en référence à la moustache de Loukachenko, elles se déshabillent avant d'être arrêtées quelques heures plus tard sur le quai d'une gare par plusieurs hommes, et emmenées en bus dans une forêt de la région de Homiel, où pendant la nuit, par une température glaciale, elles subissent des sévices. Abandonnées, elles finissent par atteindre un village d'où elles ont pu joindre Anna Hutsol. Le , Oksana Chatchko, Inna Chevtchenko et Alexandra Nemchinova détaillent leur calvaire lors d'une conférence de presse à Kiev « Ukrainian Activist Group Accuses Belarusian KGB Of Kidnapping, Abuse », Radio Free Europe, 21 décembre 2011.

Le , lors de l'élection présidentielle en Russie, Oksana Chatchko, Anna Deda et Irina Fomina font irruption dans un bureau de vote à Moscou, où le président du gouvernement de la fédération de Russie Vladimir Poutine a voté 20 minutes plus tôt. Ayant inscrit sur leurs torses nus des slogans hostiles à Vladimir Poutine et cherchant à s'emparer symboliquement de l'urne électorale où il a glissé son bulletin de vote, elles protestent de cette manière contre sa volonté de redevenir président de la fédération de Russie. À la suite de cette action, elles sont immédiatement placées en garde à vue et sont jugées le soir même. Oksana est condamnée à 12 jours de prison, Anna de 10 jours et Inna de 5 joursMathieu Molard, « Les activistes de Femen en prison : "une décision politique" », L'Obs, 5 mars 2012. « Feministas seminuas invadem seção eleitoral na Rússia em protesto », Globo.com.

En 2012, à Kiev, les Femen scient une croix de bois pour protester contre la détention des Pussy Riot, arrêtées pour avoir chanté une prière punk dans une église orthodoxe russe en 2011.. Le groupe se sent sous la pression des services secrets russes et ukrainiens... Inna Chevtchenko est la première militante Femen à quitter l'Ukraine pour s'établir à Paris. Le , Chatchko est à Paris pour l'ouverture officielle du centre Femen France.

Elle pose alors au Louvre devant La Liberté guidant le peuple, le tableau d'Eugène Delacroix, qui serait une de ses inspirations.. car représentant une femme à la poitrine dénudée menant une révolution.

Film documentaire Je suis Femen La réalisatrice Kitty Green réalise un premier film sur les Femen qui est présenté à la Mostra de Venise en 2013. Son film est centré sur le rôle de Viktor Sviatski dans le mouvement Femen..

Sur la même période le réalisateur Alain Margot fait par contre d'Oksana Chatchko la figure centrale du documentaire Je suis Femen sorti en 2014, qui expose Margot tourne ce film entre et en suivant les activités des Femen en Ukraine... Il a déjà réalisé avec Olivier Kohler. le documentaire Les Militantes aux seins nus pour l'émission Temps présent en 2011Les Militantes aux seins nus, Radio télévision suisse, Temps présent, 26 mai 2011..

Le , Je suis Femen est projeté au Parlement européen en présence d'Oksana Chatchko, d'Iana Zhadanova, de Sacha Chevtchenko et d'Alain Margot à la suite de l'initiative du député européen Marc Tarabella. Cette projection est suivie du débat « Égalité des genres, recul des droits des femmes et liberté d’expression », à l'occasion de la Journée internationale des femmes qui a lieu le « Des Femen au cœur du parlement européen : "les gens finiront par comprendre" », L'Avenir (Belgique), 8 mars 2017.« Oksana Shachko (Femen): "L'Europe court un grand danger" », L'Écho, 8 mars 2017.« Le 7 mars au Parlement européen, le film Je suis Femen », ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes..

Réfugiée politique à Paris

Menacée dans son pays d'origine, Oksana Chatchko demande l'asile politique en France en 2013, qu'elle n'obtiendra qu'en 2015. Elle est d’abord accueillie quelques mois au Lavoir Moderne, un théâtre alternatif du quartier de la Goutte-d'Or tenu par les parents d'Apolonia Sokol, étudiante en arts plastiques avec laquelle elle se lie d'une amitié durableVoir : Apolonia, Apolonia (2022) de Lea Glob.. Elle s'installe ensuite à Clichy dans un squat d’artistes dont une aile est occupée par Femen France.

Oksana Chatchko est vite en désaccord avec Inna Chevtchenko, qui mène la section Femen France.. Elle refuse d'intégrer cette section pour demeurer uniquement Femen International. Les tensions entre les militantes ne cessent d'augmenter. Chatchko rejette notamment la forme de pouvoir qu'essaie d'instaurer Inna Chevtchenko et dénonce une dérive fashion ou tendance, plutôt qu'une vraie rébellion. Elle rejette le pouvoir pyramidal et autoritaire mis en place par Inna Chevtchenko, à l’opposé de la pratique des Femen « historiques » dont elle fait partie et dans laquelle toutes les décisions sont prises en commun. Oksana Chatchko défend un fonctionnement ouvert du mouvement :

Après la parution du livre d'Olivier Goujon, Femen, Histoire d'une trahison, Oleksandra Chevtchenko explique lors d'une interview qu'elle et Oksana Chatchko ont été écartées du mouvement par Inna Chevtchenko...

Expulsée de sa chambre par un groupe de nouvelles recrues Femen françaises, Oksana Chatchko vit alors dans une grande précarité. Elle s'éloigne définitivement des Femen en 2014 et se consacre davantage à la peinture. Elle finit en par trouver refuge dans un petit studio à Montrouge.

Travail artistique et expositions en France En 2016, le commissaire Azad Asifovich propose à Oksana Chatchko sa première exposition personnelle à Paris. Ses œuvres s'inspirant d'icônes religieuses, et articulées autour du thème de l’apocalypse, sont exposées à la galerie Mansart à Paris, sous le titre « Iconoclast » du au .

En , elle expose à Nevers à l'Espace Usanii dans l'exposition « Who's that girl ».. Le même mois, le centre d’art contemporain de la chapelle Saint-Sylvain fait l’acquisition d’une double icône à l’occasion des Journées européennes du patrimoine... De nombreuses autres expositions personnelles ou collectives suivent, notamment à Paris, Bruxelles ou Copenhague.