La Gaule narbonnaise (en latin Gallia narbonensis) désigne dans l'historiographie française la province romaine établie dans le sud-est de la Gaule sur un territoire s'étendant de Toulouse à Vienne en passant par Narbonne, Nîmes et Orange, conquis entre 125 et 120 av. J.-C.. Elle est ainsi appelée d'après le nom de la colonie romaine de Narbo Martius (Narbonne), fondée en -118, qui en devient le chef-lieu.

La conquête par Rome de cette partie de la Gaule intervient deux décennies après la destruction de Carthage en -146. Rome intervient en -125 pour protéger son alliée, la cité grecque de Marseille, contre des attaques du peuple des Salyens. Mais ce conflit s'étend rapidement à d'autres peuples de Gaule, notamment les Allobroges et les Arvernes opposées à Rome et les Éduens, alliés de Rome. La défaite des Allobroges en -121 met fin au conflit.

Une des conséquences de la conquête est de permettre une liaison terrestre entre l'Italie, déjà romaine, et l'Hispanie, où Rome est bien implantée, grâce à la construction de la voie Domitienne (prolongée à cette époque par la route du col de Montgenèvre).

Quelques décennies plus tard, en -58, Jules César, gouverneur de Gaule narbonnaise et de Gaule cisalpine, intervient dans un conflit en Gaule chevelue, qui finit par être conquise en -52. La province de Narbonnaise, déjà romanisée, reste à part des « Trois Gaules » créées par Auguste (Lyonnaise, Aquitaine, Belgique), dont les cités sont représentées chaque année à la cérémonie impériale au sanctuaire fédéral de Lyon.

À la suite des réformes de Dioclétien en 285, en revanche, la Narbonnaise est intégrée au diocèse de Vienne (chef-lieu : Bordeaux) et à la préfecture du prétoire des Gaules (capitale : Trèves).

« Province » romaine de Gaule par excellence, elle transmet ce nom à la Provence au début du Moyen Âge.

Noms successifs de la Narbonnaise

Citations d'auteurs latins Pline l'Ancien (23–79), Histoire naturelle, III, 31 (extrait d'un texte cité en entier plus bas) : Narbonensis provincia appellatur pars Galliarum quae interno mari adluitur, Bracata antea dicta « On appelle province Narbonnaise, autrefois nommée Bracata la partie des Gaules qui est sur le littoral de la mer Intérieure ». Le mot bracata, formé sur le nom des braies gauloises (bracae), est difficilement traduisible en français. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, IV, 105 (cité par le dictionnaire latin-français Gaffiot) Gallia Narbonensis « Gaule Narbonnaise »

Noms Juste après la conquête, cette province est d'abord nommée ou surnommée : Gallia transalpina (« Gaule transalpine ») par opposition à la Gaule cisalpine, conquise par Rome dès -200 ; Gallia Bracata, allusion aux braies (bracae) portées par les Gaulois, alors que les Gaulois de Gaule cisalpine sont déjà vêtus à la romaine. Pline, qui écrit vers 50 de notre ère, dit que ce nom était employé « auparavant » (antea), ce qui n'est pas très précis, mais renvoie sans doute à une période antérieure à l'avènement d'Auguste (26 avant notre ère).

Après la conquête de la Gaule chevelue par Jules César, elle est dite : , pour la distinguer de la Gaule chevelue, l'expression "Gaule transalpine" ; Provincia Narbonensis (« province Narbonnaise ») après la réorganisation des Gaules par Auguste, au moment de la création en Gaule chevelue des provinces de Gaule lyonnaise (chef-lieu : Lyon), de Gaule belgique (chef-lieu : Reims), et de Gaule aquitaine (chef-lieu : Saintes, puis Bordeaux) ; Gallia Narbonensis (« Gaule Narbonnaise »).

Géographie Telle qu'il apparait une fois la situation stabilisée, le territoire de la Narbonnaise va de l'est des Pyrénées aux Alpes et de Toulouse (inclusivement) sur la Garonne au lac Léman en contournant le Massif central.

Provinces et peuples limitrophes Au sud des Pyrénées, en Hispanie, c'est la province de Tarraconnaise (Tarragone). La limite est à Port-Vendres et au col du Perthus.

À l'ouest de la Narbonnaise, se trouve la région de Gaule que les Romains appellent AquitaineCésar, La Guerre des Gaules, 1. L'Aquitaine préromaine est plus petite que l'Aquitaine romaine, qui s'étend des Pyrénées à la Loire., au sud et à l'ouest de la Garonne, où le peuplement est marqué par la civilisation basque (cf. le nom ancien d'Auch (Elimberri), bien qu'il y ait aussi des Celtes (Lugdunum Convenarum, Saint-Bertrand-de-Comminges). Les peuples limitrophes en Aquitaine sont les Convènes (Saint-Bertrand-de-Comminges) et les Ausques (Auch).

Au nord, s'étend la région que les Romains appellent Celtique (entre la Garonne et la Seine), avec les peuples gaulois limitrophes (du sud-ouest vers le nord-est) des Nitiobroges (Agen), des Cadurques (Cahors), des Ruthènes (Rodez), des Gabales (Javols), des Vellaves (Ruessio, Saint-Paulien), des Arvernes, des Ségusiaves, des Ambarres, des Séquanes et des Helvètes.

Les Alpes restent pour une large part hors de Narbonnaise, étant habitées par des populations que les Romains soumettront seulement à partir du règne d'Auguste et qui formeront ensuite les provinces des Alpes maritimes, des Alpes cottiennes, des Alpes grées et des Alpes pennines.

Relief, hydrographie et villes La province de Narbonnaise inclut donc : le Rhône jusqu'au niveau de Vienne pour la rive droite, avec les villes de Nîmes (Nemausus) et d'Alba (cité des Helviens) ; jusqu'au lac Léman pour la rive gauche, avec Vienne (Vienna), Orange (Arausio), Vaison (Vasio) et plus tard Arles (Arelate) (-45) ; une partie des Alpes ; le littoral méditerranéen du Var à Cerbère (Cervaria), avec les villes grecques du littoral (à partir d'Antibes ; Nice est hors de Narbonnaise) ; les plateaux et plaines au sud du Massif central, avec les villes gauloises de Toulouse (TolosaNom d'origine probablement basque. Cf. Tolosa, province de Guipuscoa.) et de Béziers (Baeterrae) et les villes romaines de Narbonne (Narbo Martius) ; le versant nord des Pyrénées jusqu'au niveau du Val d'Aran (exclusivement) ; la Garonne des environs de Saint-Gaudens jusqu'au confluent du TarnGeorges Duby (dir.), Atlas historique, Paris, Larousse, 1978, page=22, carte de « La Gaule vers -60 ». Selon cette carte, la haute vallée de la Garonne (en amont de Saint-Gaudens) est tenue par la cité des Convènes, non intégrée à la Narbonnaise..

Histoire Avant la conquête Dans l'ensemble que les Romains appellent la Gaule (Gallia), qui s'étend des Pyrénées aux Alpes et au Rhin, les habitants, que les Romains appellent « Gaulois » sont principalement d'origine celte ou celtisée. Cette population est divisée en plusieurs entités politiques indépendantes (en général dirigées par une aristocratie guerrière), les cités gauloises, dont certaines sont bien connues des Romains dès le avant notre ère (Arvernes, Éduens, notamment).

Un certain nombre des peuples de Gaule ne sont cependant pas celtes. En ce qui concerne la Narbonnaise d'avant la conquête, on trouve quelques cités grecques, issues de la colonisation de la période archaïque. La principale est Marseille (Massalia), colonie de la cité ionienne de Phocée, mais aussi Nice (Nikaia), Antibes (Antipolis), Agde (Agathè), Monaco (Monoïkos), anciennement colonie phénicienne, etc., dont le rôle économique est fondamental.

Parmi les autres cités (celtes ou préceltiques) de Narbonnaise, on peut citer les suivantes : les Volques Tectosages (Toulouse), les Volques Arécomiques (Nîmes), les Sardones (Elne), Élisyques (Béziers), les Salyens (Entremont, vers Aix), les Voconces (Vaison, Die), les Helviens (Alba), les Allobroges (Vienne), etc.

Ces cités gauloises et ligures de cette région sont très tôt influencées par la culture grecque. Les Romains interviennent assez peu en Gaule avant la fin des guerres puniques (-146).

La conquête Origines

En -146, Rome conclut les guerres puniques par la destruction de la cité-État de Carthage. Les Romains s'installent en Afrique du Nord où ils créent la province d'Afrique (chef-lieu : Utique). Ils sont largement implantés en Hispanie, où les Carthaginois avaient de fortes positions. L'Italie du Nord, c'est-à-dire la Gaule cisalpine (de peuplement celte ou celtisé), au nord de l'Étrurie, est sous leur contrôle depuis -190.

Les relations entre l'Italie et l'Hispanie ont donc lieu par mer, le sud de la Gaule n'étant pas sûr.

Rome conclut une alliance avec Marseille et avec la cité des Éduens (capitale : Bibracte), adversaires des Arvernes, dont le roi Bituitos a l'ambition d'accroître son influence en Gaule.

La conquête et ses suites immédiates (de -125 à -118) En 125, Marseille appelle Rome à l'aide face aux attaques des Salyens. C'est le début de l'intervention romaine dans la région.

En 122, le consul Cnaeus Domitius Ahenobarbus décide de prendre la guerre en main. Menacés, les chefs salyens se réfugient chez les Allobroges, alliés des Arvernes. Bituitos essaie de négocier, mais Domitius refuse. En 121, son consulat achevé, il est nommé proconsul en Gaule, assisté par le consul Quintus Fabius Maximus, afin de terminer cette guerre. Malgré leurs rivalités, les deux hommes réussissent à vaincre les Allobroges et quelques autres peuples. Ils ont droit à un triomphe en 120 et Quintus Fabius reçoit le titre d'Allobrogicus.

La construction de la voie Domitienne (via Domitia, du nom de Domitius Ahenobarbus) est entreprise dès -118 afin d'établir une liaison terrestre entre l'Italie et l'Hispanie. Au sens strict, la voie Domitienne va des Pyrénées (deux branches : col du Perthus et Port-Vendres) au Rhône, fleuve dépourvu de pontEn aval de Vienne, le plus ancien pont est celui de Pont-Saint-Esprit, du . Les Romains ont par la suite installé un pont de bateaux à Arles, qui a duré plusieurs siècles (dates à préciser). en passant par Nîmes. Au-delà du Rhône, le trajet principal suit la vallée de la Durance jusqu'à Briançon, puis franchit les Alpes par le col de Montgenèvre et redescend ensuite vers Plaisance, nœud routier en Italie du Nord. À cette époque en effet, la route du littoral (par Vintimille) n'est pas praticable, ces territoires étant encore insoumis, ce qui oblige à un assez long détour. Ce n'est que sous Auguste que la voie Aurélienne (de Rome à Gênes) sera prolongée jusqu'en Narbonnaise, aux environs d'Arles.

Dès la fin de la conquête, sont fondées des villes ou des colonies, parfois associées sur des sites celtes ou ligures : Aix (Aquae Sextiae), en -122 ; Narbonne (Narbo Martius), qui a le statut de colonie de droit romain, en -118, sur le territoire des Élisyques ; Toulon (Telo Martius), en 118 av. J.-C.

vignette|upright=1|La Gaule narbonnaise avant la guerre des Gaules (-58/-52) vignette|upright=1|La Gaule narbonnaise (A. H. Dufour, La Gaule sous l'Empire romain, 1846).

Période de la République romaine (118-126 avant notre ère) Organisation de la province

La province est confiée à un gouverneur, le premier étant Cnaeus Domitius. Le gouverneur réside à Narbonne. L'armée romaine est présente dans un certain nombre de camps, notamment à Toulouse et à Narbonne.

Au-dessous du niveau de la province, les cités reconnues par Rome ne sont pas dirigées par un magistrat romain. Elles s'administrent elles-mêmes, assurant le maintien de l'ordre en liaison avec l'armée et s'assurant que la cité réponde aux exigences fiscales ou autres de Rome. Les dirigeants des cités sont des notables locaux, dotés du statut de décurion. Les décurions se réunissent à la curie, située au chef-lieu de la cité, formant une sorte de petit Sénat romain. Un des devoirs des décurions est de doter la cité des bâtiments caractéristiques de la civilisation romaine : des basiliques, un temple de Rome, les thermes, un amphithéâtre, notamment.

Les habitants gaulois libres sont sujets de Rome (pérégrins), mais certains peuvent accéder à la citoyenneté romaine, notamment les décurions, s'ils font preuve de loyauté et de compétence.

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