vignette|upright=1.5|Ghettos dans la Pologne occupée (repérés par des étoiles rouges/or). Lviv est au sud-est du territoire, à proximité (au sud) de l'endroit où, au cours de l'année 1942, va fonctionner le camp d'extermination de Bełżec. vignette|upright=1.0|Monument aux victimes de l’holocauste à Lwów (désormais « Lviv »). Le Ghetto de Lviv ou ghetto de Lwów. (en ; en ; en ; en ) était un ghetto organisé dans l'Europe occupée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale dans la ville jusqu'alors polonaise de Lwów.

Le ghetto de Lwów a été un des plus importants ghettos juifs créés par les allemands lors de la Shoah en Pologne occupée, après ceux de Varsovie et Łódź.

La ville de Lwów abrite environ Juifs en 1939. Mais au moment de l'arrivée des nazis en , ce nombre est passé à plus de : en effet, de nombreux Juifs, qui craignaient pour leur vie, ont à partir de quitté la Pologne occupée par les nazis en direction de la Pologne orientale occupée par les Soviétiques. Cette zone leur procure, à cette époque, un sentiment relatif de sécurité, notamment à Lwów.

Peu après leur arrivée en à la suite du déclenchement de l'opération Barbarossa, les Allemands mettent en place le ghetto ; ils le détruisent moins de deux ans plus tard en , la plupart de ses habitants ayant déjà été exterminés sur place ou dans les camps de Bełżec et Janowska....

La communauté juive de Lwów

Il semble que des Juifs se soient établis dans la région dès le et à Lwów même, dès le .. Dès le , deux communautés existent à Lwów, l'une dans les murs de la ville, l'autre hors les murs, chacune avec ses synagogues. Au , la population juive atteint le millier de personnes. Les plus prospères étaient des commerçants internationaux, certains étaient artisans tanneurs ou bouchers ou orfèvres et les plus pauvres colporteurs. En 1571 est érigée une synagogue de style gothique, la synagogue de la Rose d'or , ruinée durant la Seconde Guerre mondiale et finalement détruite par les Ukrainiens en 2011..

Après le partage de la Pologne, Lwów est intégrée à l'Autriche et devient Lemberg. En 1820, 265 des de Lemberg sont tenues par des Juifs et, en 1826, la ville compte juifs.

La Haskalah est influente parmi les juifs de Lemberg et en 1844, une synagogue réformée est fondée tandis que se répand aussi le hassidisme. À la fin du , le sionisme est aussi influent. La communauté juive compte alors des médecins et des avocats mais les plus nombreux restent les commerçants et les artisans. En 1910, la population juive s'élève à et la littérature, aussi bien en hébreu qu'en yiddish y fleurit.

Durant la Première Guerre mondiale, Autrichiens, Russes, Polonais et Ukrainiens s'affrontent pour la possession de la ville. Des pogroms y éclatent en 1917 et 1918, faisant cent morts parmi les Juifs et plusieurs centaines de blessés. La ville redevient polonaise après la guerre et la communauté juive s'y développe malgré l'antisémitisme. Elle atteint en 1939 un tiers de la population totale de la ville et 50 synagogues y sont recensées.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1939 la ville de Lwów se situait en troisième place en Pologne, après Varsovie et Łódź, en ce qui concerne le nombre d'habitants juifs : soit sur un total de en 1931 (32 %) selon des critères confessionnels ou (24 %) selon des critères de langue maternelle yiddish ou hébreu, comme indiqué dans le recensement officiel polonais de 1931Mały Rocznik Statystyczny 1939 (Polish statistical yearbook of 1939), , Varsovie, 1939. Les Juifs assimilés, ceux qui se considéraient eux-mêmes comme étant des Polonais de confession juive représentent la différence entre les deux chiffres. En 1939, ces chiffres s'accrurent de plusieurs milliers. Les Juifs s'étaient investis considérablement dans l'industrie textile de la ville et avaient réussi à installer un centre culturel et éducatif développant un grand nombre d'activités religieuses et politiques, organisant des mouvements de jeunes aussi bien pour les juifs orthodoxes, les Juifs de l'hassidisme, que les sionistes, les bundistes, et les communistes. Les Juifs assimilés constituaient une part importante de l'intelligentsia polonaise juive et des élites universitaires. Des intellectuels comme Marian Auerbach, Maurycy Allerhand et beaucoup d'autres ont grandement contribué à faire de Lwów un centre culturel de premier plan.

Occupation soviétique au début de la Seconde Guerre mondiale Trois semaines après le début de la guerre en 1939 et l'invasion de la Pologne par les Allemands, le , la ville, en même temps que la partie orientale de la Pologne, la Galicie, fut annexée par l'URSS au terme des clauses secrètes du Pacte germano-soviétique signé par Molotov et Ribbentrop. Sous les Soviétiques, la population de Lwów s'accrut d'environ , principalement juives, en absorbant un flot de réfugiés fuyant la partie orientale de la Pologne vers l'Est (Stefan Szende donne le chiffre de )Stefan Szende, The Promise Hitler Kept, Londres, 1945, .. Sous l'occupation soviétique (de à ), quelques Juifs de Lwów firent l'objet de mesures de répression comme les autres habitants. Ils furent parfois déportés en URSS profonde mais, du coup, sont presque les seuls à avoir survécu à la Shoah.

Les massacres et pogroms

La constitution du ghetto a été précédée de différents évènements tragiques en juin et . Une grande confusion existe à propos de ceux-ci, des responsabilités respectives de chaque protagoniste : soviétiques, allemands, polonais, ukrainiens, juifs. En résumé, on peut citer : le massacre de prisonniers dans les prisons avant le départ des Soviétiques ; un premier pogrom au début du mois de ; un second massacre en fin ; un massacre au stade municipal organisé par l'armée allemande.

Les controverses concernent : les dates, le nombre de victimes, la qualité des victimes, la nationalité de celles-ci, le nom des groupes de responsables. Ces difficultés sont amplifiées par l'agenda politique des parties respectives.

Massacres du 25 juin 1941 Le , les membres de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (B), armés de gourdins et de barres de ferEinsatzgruppen: Sur les traces des commandos de la mort nazis de Mickaël Prazan commencent les pogroms contre les Juifs à Lwów en représailles contre les meurtres de prisonniers commis par le NKVDGuerres et génocides au de Yves Ternon page 232, qui selon des témoignages récoltés par les Allemands, étaient majoritairement des membres de cette organisation (bien qu'il y ait eu parmi eux des Polonais et des JuifsLes années d'exterminations de Saul Friedländer (2008) page 279. Naturellement, les Ukrainiens accusèrent la population juive locale d'avoir soutenu le régime d'occupation soviétique en général et surtout d'avoir aidé le NKVD dans son offensive meurtrière contre les nationalistes ukrainiens.

Premiers pogroms En représaillesY. Nakonechny, Шоа у Львові, , Bibliothèque scientifique V. Stefanyka - NAN, Lviv, 2004, des pogroms sont organisés du jusqu'au , sans discontinuer durant quatre semaines, seront tuéesG. Motyka, Ukraińska partyzantka, 1942-1960, , Rytm pour Institut d'études politiques de Académie polonaise des sciences, Varsovie, 2006, .. Le , le bataillon Nachtigall rassemble un demi-millier de Juifs, qu'ils ont arrêtés dans les rues à des barrages de contrôleEliahu Jones, Témoignage, cité in ou à leur domicileA. Goldberg, Témoignage, cité in Der Spiegel, . Des civils portant un brassard seront organisés ultérieurement, le , en un corps de police auxiliaire, l'UP. Les personnes arrêtées sont réquisitionnées pour porter les cadavres hors des cellules. Une fois le travail accompli, elles subissent le supplice de la course des piques. Sur ordre d'un officier, elles sont battues à mort entre deux rangs de baïonnettes ukrainiennes.

Le même jour, un millier de Juifs sont livrés aux injures et aux coups d'une fouleChef local du SD, Alerte événement URSS , cité in Der Spiegel, qui couvre de fleurs les soldats allemands en acclamant Hitler et BanderaOberländer : Nachtigall in Lemberg“, in Der Spiegel, 24 février 1960.. La participation de la population et l'enthousiasme des participants sont surveillésCn. Liphshiz, French priest interviews Hitler's willing executioners in Ukraine. Father Patrick Desbois was a member of Pope Benedict XVI's entourage in Israel last week., Haaretz, Tel Aviv, 18 mai 2009, ce qui traduit une politique calculée de terreur. L'autorité abolit les ultimes freins de la conscience individuelle que sont les règles morales en manipulant et confondant victimes et bourreaux. La foule est invitée impérieusement à une manifestation festive qui culmine par un massacre.

Journées de Petlioura ou second pogrom vignette|Le cimetière juif a été un des deux centres de massacre. Fin , furent tués dans un pogrom.... Ce second pogrom, dénommé « journées de Petlioura ».., du nom de Simon Petlioura, indépendantiste ukrainien assassiné à Paris en 1926, fut organisé par les nazis, mais mis en œuvre par les Ukrainiens, comme prologue à l'extermination totale de la population juive de Lwów. Dans les environs de la ville entre et furent battus et plus de lors de ce massacreRichard Breitman. « Himmler and the 'Terrible Secret' among the Executioners. », Journal of Contemporary History, vol. 26, /4, The Impact of Western Nationalisms: Essays Dedicated to Walter Z. Laqueur on the Occasion of His 70th Birthday (Sep., 1991), ..

Massacre du stade municipal de Lwów De plus, à la même époque, quelque , en majorité juives furent exécutées dans le stade municipal par l'armée allemande.

Le ghetto vignette|upright=1.0|Cour de la prison de la rue Łąckiego.

Le déménagement imposé vers le quartier Zamarstynów Le , les Allemands établirent un ghetto qu'ils appelèrent Jüdisches Wohnbezirk (arrondissement de résidence juive) dans une partie nord de la ville de Lwów. Tous les Juifs de la ville furent obligés de déménager pour le et tous les Polonais et les Ukrainiens durent quitter l'emplacement réservé au ghetto. Le quartier désigné pour former le ghetto était Zamarstynów (aujourd'hui en ). Avant la guerre c'était un des quartiers les plus pauvres et miséreux des faubourgs de Lwów. La police allemande commença par opérer une série d'opérations de « sélection », appelées « actions sous le pont » - âgés ou malades furent poussés jusqu'au pont de chemin de fer de la rue Pełtewnat (appelé « pont de la mort » par les Juifs), d'où ils étaient ensuite envoyés dans le ghetto. En décembre entre et vivaient dans le ghetto de Lwów. Les conditions de vie dans ce ghetto surpeuplé étaient extrêmement pénibles et précaires. Les rations de nourritures étaient estimées à 10 % de celle des Allemands, et à 50 % de celles des Polonais ou des UkrainiensFilip Friedman, Zagłada Żydów lwowskich (Extermination of the Jews of Lwów).

Création d'une police juive Les Allemands instaurèrent une police juive appelée la Jüdischer Ordnungsdienst Lemberg (JOL) qui portait un uniforme bleu foncé comme les Polonais mais où l'insigne de police était remplacé par une étoile de David et les lettres JOL en différents endroits de l'uniforme. Les policiers disposaient d'une matraque en caoutchouc. Leur nombre est estimé entre 500 et . La police juive devait obéir au Conseil national juif de la ville, qui lui-même recevait ses ordres de la Gestapo. Ils agissaient contraints et forcés, de même que les polices polonaises et ukrainiennes.

Premières déportations en camp d'extermination