Orphée est une cantate de Jean-Philippe Rameau inspirée par la légende d'Orphée et Eurydice telle que rapportée par Ovide dans ses Métamorphoses.

Euridyce, mordue par un serpent, étant morte, Orphée descend aux Enfers auprès de Pluton pour réclamer son retour à la vie.

La cantate date probablement de 1721, d'après la copie manuscrite (mais non autographe) qui nous en est parvenue.

Elle est écrite pour une voix de soprano et un ensemble instrumental réduit (« symphonie ») , soit un violon et une viole avec basse continue.

Orphée comporte trois airs de caractères variés précédés chacun d'un récitatif. Le second air est séparé en deux par trois mesures marquées "très lent" au moment où Eurydice, qu'Orphée vient de regarder, est brutalement retenue dans les enfers. Cuthbert Girdlestone note cependant qu'il est d'un intérêt musical limité et que l'air gai qui lui succède manque singulièrement d'empathie.

Récitatif

Par le charme vainqueur d'un chant harmonieux Orphée à l'empire des ombres Arrachait l'objet de ses vœux Et le fils de Vénus, dans ces routes trop sombres, Conduisait son triomphe à l'éclat de ses feux. Un plaisir seul manquait à ce mortel heureux : Pluton, par une loi bizarre, Avait, jusqu'au pied du Ténare Contraint ses regards amoureux ; Mais de jeunes Amours une escorte riante Essayait d'amuser son âme impatiente Par ces chants gracieux.

Air Que du bruit de tes hauts exploits L'Univers toujours retentisse, Et qu'aux sons vainqueurs de ta voix Désormais la terre obéisse. L'enfer en respecte les lois. Elle a su réparer l'outrage Que t'avait fait l'injuste sort, Et l'avare sein de la mort Te rend la beauté qui t'engage.

Récitatif Mais son âme sensible à la seule Eurydice, Ne songe qu'au plaisir dont le terme est prochain : Cessez, dit-il, cessez un éloge si vain !

Air gracieux J'ai pour témoin de ma victoire Les beaux yeux qui m'ont enflammé. C'est le seul prix, la seule gloire, Dont mon cœur puisse être charmé. A ce penser flatteur, il s'émeut, il se trouble, Il cède enfin au violent transport De sa flamme qui se redouble. Attend, fais sur ton cœur encor quelques efforts ! C'en est fait ... et ses yeux ont vu ceux d'Eurydice ! ... Triste jouet de l'infernal caprice, Prête à quitter les sombres bords, Une barbare main la retient chez les morts. (très lent)(mouvement ordinaire) Ému par des nouveaux accords, Ce malheureux époux croit attendrir Mégère. Elle est sourde, et ce n'est qu'à l'enfant de Cythère Qu'il fait entendre ainsi sa plainte et ses remords : Amour, amour, c'est toi qui fais mon crime. Vole aux enfers le réparer ! Ah ! Devaient-ils nous séparer Pour un transport si légitime ? Amour, amour, c'est toi qui fais mon crime. Ne saurais-tu le réparer !

Récitatif Inutiles regrets !.. à sa douleur mortelle Tout l'abandonne sans retour. Ce n'est plus qu'en quittant le jour Qu'il peut rejoindre ce qu'il aime.

Air gai En amour il est un moment Marqué pour notre récompense. Si quelquefois par indolence On échappe ce point charmant, Plus souvent encor un amant Se perd par trop d'impatience. De ses désirs impétueux L'amant habile est toujours maître ; Il tâche avec soin de connaître L'instant qui doit combler ses vœux. Tel aujourd'hui serait heureux S'il n'avait voulu trop tôt l'être !

Bibliographie

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