Le rattachement de Lyon au royaume de France a lieu en 1312, cette ville, ancienne capitale des Gaules, siège primatial de nombreux diocèses du royaume de France et l'une des principales villes de la France actuelle, faisant partie à partir du traité de Verdun (843) du royaume de Francie médiane (Lotharingie), puis, à partir de 962, du Saint-Empire romain germanique. Dans le cadre du Saint-Empire, Lyon et le comté de Lyon deviennent très vite une principauté épiscopale dont le souverain est l'archevêque de Lyon, vassal de l'empereur germanique, à l'instar de l'archevêque de Cologne ou de l'évêque de Liège. La situation est formalisée en 1157 par une bulle d'or accordé à l'archevêque de Lyon par l'empereur Frédéric Barberousse.

C'est seulement à la fin du Moyen Âge que Lyon entre dans le royaume des Capétiens, sous le règne du roi Philippe IV le Bel. Dans les faits, le passage de Lyon du Saint-Empire à la France est progressif, mais l'on retient généralement la date du traité de Vienne () comme date officielle du rattachement de Lyon au royaume : par ce traité en effet, l'archevêque Pierre de Savoie cède à Philippe le Bel la souveraineté féodale sur la ville et sur le comté de Lyon.

Lyon au début du Moyen Âge Dans la Francie médiane puis le Saint-Empire

Lors de la division de l'empire carolingien au traité de Verdun en 843, Lyon est rattaché à la Francie médiane de Lothaire et se retrouve séparé de la Francie occidentale de Charles le Chauve qui deviendra le royaume de France. La ville passe ensuite lors de la division du royaume de Lothaire dans le royaume de Bourgogne de Charles de Provence. À la mort du dernier roi de Bourgogne en 1032, le royaume passe à l'empereur Conrad II qui l'intègre au Saint-Empire romain germanique..

La cité et son comté se trouvent aux confins de l'Empire, à la frontière avec le royaume de France, très loin de l'empereur qui n'aura jamais un réel pouvoir sur la ville. L'autorité de l'empereur sur le royaume de Bourgogne reste très largement théorique du fait de l'éloignement de la cour impériale et du peu d'intérêt de l'empereur, occupé par des guerres lointaines et son conflit avec la papauté, pour cette région. De fait, les pouvoirs locaux vont récupérer dans le cadre du système féodal l'essentiel du pouvoir. C'est également ce qu'il se passe du côté français, le domaine royal étant bien trop éloigné pour que le roi de France ait une influence sur les seigneuries voisines relevant du royaume de France.

La principauté épiscopale de Lyon

En l'absence de seigneur laïc assez puissant, c'est l'archevêque de Lyon qui récupère seul l'essentiel du pouvoir temporel sur Lyon et ses campagnes, formant le comté de Lyon, dès le lors de l'effondrement de l'empire carolingien. Se forme donc autour de Lyon une principauté ecclésiastique autonome dont l'archevêque est le seigneur, entourée de principautés laïques tout aussi autonomes avec à l'est le comté de Savoie, au sud le Dauphiné, tous deux faisant également partie du Saint-Empire, à l'ouest le comté de Forez et au nord la seigneurie de Beaujeu qui font partie du royaume de France. Tout au long des , l'archevêque de Lyon se trouve en conflit avec les comtes de Forez qui se prétendent aussi comtes de LyonLettre du comte Guy II de Forez à Louis VII de France (1163-1166). Texte original disponible en ligne (site en construction): https://sites.google.com/site/agerjarensis/home [archive]...

En 1157, l'empereur Frédéric Barberousse accorde à l'archevêque Héracle de Montboissier une bulle d'or lui accordant la souveraineté totale sur le Lyonnais, en s'exonérant des revendications des seigneurs locaux, en particulier du comte de Forez. Par ailleurs, le texte de la bulle d'or permet aussi à l'archevêque de Lyon de s'émanciper du chapitre des chanoines de la cathédrale, qui est particulièrement puissant à Lyon. En effet, le texte de la Bulle ne mentionne pas le chapitre aux côtés de l'archevêque, alors que la bulle octroyée à l'archevêque de Vienne trois semaines plus tôt mentionne le chapitre de Saint-Maurice aux côtés d'Étienne II. Par cet oubli volontaire, Frédéric Barberousse prive le chapitre lyonnais de rôle politique .. Cela fonde et renforce la légitimité du pouvoir de l'archevêque, même si celui-ci possède déjà, de fait, un tel pouvoir..

Relations de la principauté avec les puissances extérieures Après en avoir terminé avec les comtes de Forez grâce à la permutatio de 1173., Lyon est confronté au cours du à de nombreuses influences extérieures venant du comté de Savoie, de la papauté et du roi de France, ainsi qu'à de graves divisions internes.

Au sein de la ville, le chapitre de la cathédrale, composé de membres des grandes familles aristocratiques de la région, dispute à l'archevêque l'exercice de ses droits seigneuriaux. De leur côté, les bourgeois prennent de l'importance au sein de la ville, prospère à cette époque, et demandent plus d'autonomie et la constitution d'une commune pour prendre part à l'administration de la ville contre le pouvoir de l'Église de Lyon composé des chanoines et de l'archevêque, eux-mêmes en conflit entre eux pour le partage du pouvoir. Les bourgeois vont chercher de puissants protecteurs à l'extérieur de la ville alors que les chanoines et l'archevêque vont compter sur leur lignage. La puissante famille de Savoie arrive en particulier à faire élire deux des siens archevêques en 1246 et 1308 et possède de nombreux chanoines, ainsi que celle de Villards dont deux membres sont archevêques en 1295 et 1301.

La papauté entre aussi dans le jeu lyonnais. Dans le conflit qui l'oppose à l'empereur, le pape, chassé de Rome par les conflits, trouve à Lyon un lieu de repos, en dehors du pouvoir de l'empereurLyon est encore théoriquement terre d'Empire, mais trop loin de l'empereur pour qu'il y exerce un réel pouvoir., sans dépendre d'un autre roi. Les conciles de Lyon I et de Lyon II y seront organisés pour ces raisons en 1245 et 1273. Le pape réside même à Lyon entre 1244 et 1251 puis entre 1305 et 1309. L'indépendance de la cité par rapport aux différents pouvoirs temporels est essentiel pour la papauté qui tente d'y apaiser les tensions et influe sur la nomination de l'archevêque..

Politique des Capétiens à Lyon Premières approches () vignette|gauche|alt=Carte de France, représentant la frontière entre France et Saint-Empire à la fin du , ainsi que les divisions internes de la France. Le Lyonnais y est indiqué en tant que province du Saint-Empire, à l'ouest du Forez et au sud de Beaujeu.|Carte de la France à la fin du .

L'influence des rois de France se fait peu à peu de plus en plus forte dans la région. Les comtes de Forez, grands rivaux des archevêques de Lyon, font hommage au roi de France à partir de 1137..

¨Règne de Louis IX (1226-1270) Louis IX (qui sera canonisé seulement après sa mort) installe en 1259 un bailli à Mâcon, à seulement soixante kilomètres au nord de Lyon et qui ne manquera pas d'intervenir pour le roi dans les problèmes lyonnais. La croisade des Albigeois permet également au roi de France de s'imposer dans le sud : le comté de Toulouse passe à Alphonse, frère de Louis IX puis au roi Philippe III. En 1246, le comté de Provence passe également en possession des capétiens en la personne de Charles d'Anjou, frère de Louis IX. L'influence capétienne est donc de plus en plus forte sur l'ancien royaume de Bourgogne et la vallée du Rhône devient pour eux un enjeu important.. Une autre influence se crée par un biais religieux : les quatre diocèses suffragants de l'archevêché lyonnais, Mâcon, Langres, Chalon et Autun, sont tous situés dans le royaume de France, ainsi que la partie forézienne du diocèse de Lyon ..

Dans leur lutte avec l'archevêque de Lyon, les bourgeois font appel en 1269 à Louis IX, qui arbitre avec le papeLes chanoines avaient de leur côté fait appel à Rome. leur litige avec le chapitre de Saint-Jean sans que cela résolve le conflit.

Règne de Philippe III (1270-1285) Les bourgeois font ensuite appel à Philippe III qui prend la ville sous sa garde en 1271Fray Jean-Luc, « Auvergne, Velay et royaume d'Arles : éléments pour une révision de la géographie relationnelle auvergnate au Moyen Âge », Cahiers du centre d'histoire « espaces et cultures », n°15, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, p.79. et y installe des officiers royaux pour veiller sur ses droits. Philippe III force ensuite l'archevêque Pierre de Tarentaise à lui prêter hommage pour le temporel de l'Église de Lyon. Celui-ci proteste mais s'exécute en 1272 en réaffirmant toutefois que Lyon ne fait pas partie du royaume, et Philippe III lui rend la garde de la ville.

Les bourgeois se tournent alors vers le comte de Savoie. qui prend la ville sous sa garde en 1286 et jusqu'en 1289. Possessionné sur la rive gauche du Rhône, il a probablement l'intention d'intégrer Lyon dans ses États mais un conflit avec l'empereur et le Dauphiné le détourne de ce projet.

Le règne de Philippe le Bel (1285-1314) Revendication du roi de France sur Lyon Philippe le Bel par l'intermédiaire de ses délégués que ..

Politique lyonnaise de Philippe En 1292, l'influence française revient et c'est Philippe le Bel qui prend la garde de la ville à la demande des bourgeois lyonnais. et y impose un représentant du roi, le gardiateur, pour garder les droits du roi et des bourgeois à Lyon.

droite|vignette|Le couronnement de Clément V dans la basilique Saint-Just, à Lyon.

Le , Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, se fait couronner pape sous le nom de Clément V dans la basilique Saint-Just, à Lyon. Les textes de l'époque montrent presque tous un pape très complaisant envers la monarchie française, accusant le pape d'être la marionnette de Philippe le Bel. De fait, le roi de France est présent à l'intronisation de Clément V ; il y amène également une cour nombreuse ., pour montrer l'étroitesse de sa relation vis-à-vis à la fois de la papauté et de Lyon. Le pape, fuyant Rome et ses complots, avait choisi Vienne pour son couronnement, mais Philippe impose la ville de Lyon, et plus précisément le faubourg de Saint-Just, afin de ne pas être dans la ville même..

En 1307, Philippe le Bel arrive à imposer à l'archevêque de Lyon Louis de Villars un nouvel accord : dans les Philippines, il se réserve le droit d'appel en justice et la faculté d'établir des officiers de justice à Lyon. Certains historiens ont pu noter la parenté entre la Bulle d'or de Barberousse, d'une part, et les Philippines, d'autre part. Mais ils notent également que, si les principes affirmés dans ces deux documents sont globalement les mêmes, les objectifs qui président à leur rédaction sont en revanche complètement différents. Cela se ressent dans l'ingérence dont fait preuve Philippe le Bel : le roi devient en particulier l'instance d'appel ultime, se plaçant par là-même au-dessus de l'Église ; d'autre part, son représentant, le gardiateur, habite à demeure dans la ville.

Il fait également pression sur le pape Clément V qui n'interviendra plus dans les affaires lyonnaises. Celui-ci est alors aussi sous la pression royale dans l'affaire des templiers et finit par se retirer en Avignon, alors terre pontificale.. Un dernier sursaut survient avec l'arrivée de Pierre de Savoie comme archevêque de Lyon en 1308. En 1310, alors que ce dernier est à Paris, il reçoit la visite de Guillaume de Nogaret, qui exige de lui qu'il prête hommage au roi de France et qu'il jure la convention selon laquelle Lyon était rattachée au Royaume. Celui-ci tergiverse en demandant de pouvoir consulter le chapitre.. Ce refus de répondre étant considéré par Nogaret et Philippe le Bel comme une fin de non-recevoir, le roi arme des troupes contre Lyon..

Intervention militaire (1310)