Hélène Picard, née Hélène Dumarc le à Toulouse et morte le à Paris, est une poétesse française.

Hélène Picard est d'abord remarquée dans sa région natale, où elle côtoie des poètes et reçoit deux prix successifs de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse. Installée à Privas, en Ardèche, elle y publie son premier livre en 1903, La Feuille morte, un drame lyrique qui passe inaperçu sur la scène littéraire nationale. Elle est finalement mise en lumière par le tournoi de poétesses organisé par le magazine Femina, qu'elle remporte en 1904 avec un poème d'hommage à George Sand, et qui lui permet de se faire un nom parmi les grandes poétesses du moment. Après deux échecs successifs à remporter des prix nationaux en 1906, elle publie un recueil l'année suivante, L'Instant éternel, qui est applaudi par la critique et récompensé par le prix Archon-Despérouses. Avec Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien, Anna de Noailles et Marie Dauguet, Picard fait alors partie des poétesses les plus en vue, dans une période qui voit la publication de nombreux ouvrages écrits par des femmes. Son succès est cependant de courte durée : elle publie un recueil à tirage limité pour ses amis ardéchois, Petite ville... Beau pays...(1907), puis Fresques (1908) et Souvenirs d'enfance en deux tomes (1911 et 1913) chez un éditeur parisien, qui passent inaperçus.

Elle quitte l'Ardèche vers 1919 et s'installe à Paris, où elle devient secrétaire de Colette. Une grande amitié commence alors entre les deux femmes, qui durera jusqu'à la mort de Picard. Colette a une forte influence sur la poétesse, qu'elle loge et soutient financièrement et affectivement ; mais Picard conseille aussi la romancière. Elle publie un roman en 1923, Sabbat, préfacé par Colette. Une passion sans retour pour Francis Carco lui inspire son dernier recueil, Pour un mauvais garçon, paru en 1927, qui rompt avec le style de ses premiers poèmes et que les critiques soulignent pour son originalité.

Dépressive et atteinte de sévères rhumatismes, Picard s'enferme peu à peu dans la solitude, ne sortant plus de son appartement. Elle meurt le . Dans les jours suivant sa mort, Colette se consacre à un article en son hommage qui paraît dans La Revue de Paris, puis est publié dans L'Étoile Vesper. Elle reçoit plusieurs distinctions au cours de sa vie, dont le prix Archon-Despérouses, le prix Botta et le prix Renaissance, et est nommée chevalier de la Légion d'honneur.

Son style se divise en deux périodes : si elle fait d'abord l'éloge de la vie à la campagne et de sa simplicité avec des poèmes de forme classique, elle adopte après son arrivée à Paris un style plus original et novateur, en prenant pour cadre les bars et les quartiers mal fréquentés de la capitale. Elle évoque aussi, tout au long de sa carrière, les thèmes de la mélancolie, de l'idéalisme et de l'amour, avec une dimension parfois érotique.

Biographie

Les débuts d'un (1873 - 1903) Alice Julie Pauline Hélène Dumarc naît à Toulouse, avenue Frizac, le , de Léon Aristide Alphonse Dumarc, directeur d'assurances, et Charlotte Pauline Capdeville. Elle est d'origine ariégeoise par sa mère, qu'elle décrit comme calme et rêveuse et qui lui donne le goût de la poésie ; elle lit avidement durant son adolescence, admirant particulièrement Alfred de Musset. Elle commence à écrire des poèmes, parfois à tendance érotique, où elle exprime ses envies d'une relation amoureuse.

Entre 1896 et 1898 elle fréquente le cercle de poètes toulousains L'Effort, où elle rencontre l'avocat Jean Picard, qu'elle épouse le Jean Picard concourt comme son épouse aux Jeux floraux de Toulouse, et publiera un ouvrage chez Sansot en 1908, La Nuit Méditative.. Durant cette période, elle est proche de Pierre Fons, Marc Lafargue, Georges Gaudion et Armand Praviel, et reçoit successivement, en 1899 et 1900, deux prix de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse.

Picard s'installe ensuite à Privas, où son mari est nommé secrétaire général de la préfecture de l'Ardèche. Dans les premières anthologies où elle est mentionnée, elle est qualifiée de . Elle publie son premier livre en 1903, La Feuille morte, une pièce lyrique, chez un éditeur de Privas. L'ouvrage est commenté par Émile Faguet, qui souligne ses mais considère que Picard a un pour la poésie. Cette pièce, jouée seulement dans des théâtres régionaux, passe inaperçue du public parisien.

Succès sur la scène littéraire parisienne (1904 - 1910)

Le tournoi Femina alt=Page extraite du magazine Femina avec un portrait en miniature rond d'Hélène Picard et son poème.|vignette|Hélène Picard, , voit son poème publié en pleine page de la revue, avec son portrait (Femina, 15 juillet 1904). En , le magazine Femina annonce l'institution d'un tournoi de poésie ouvert à toutes les lectrices de la revue, dont la lauréate siégera l'année suivante au jury. La première édition du tournoi a lieu la même année, et Picard figure en bonne place parmi les poétesses primées. Elle remporte finalement le tournoi en 1904, pour son poème d'hommage à George Sand. Ses vers sont publiés en pleine page dans la revue, et récités par Blanche Barretta lors des célébrations du centenaire de la romancière. Intégrée au jury pour l'édition de 1905, Picard se lie d'amitié avec Anna de Noailles et devient désormais une poétesse en vue.

Succès de L'Instant éternel alt=Portrait en noir et blanc et de forme ovale d'Hélène Picard, les yeux baissés, tenant un livre dans les mains.|vignette|Dans ses numéros du et du , le magazine Je sais tout publie un portrait de la poétesse avec un livre, symbole de la reconnaissance de son statut de femme de lettres. L'année suivante, elle concourt à la Bourse nationale du voyage littéraire, instituée par le Ministère de l'instruction publique et la Société des Gens de Lettres, avec un recueil inédit intitulé L'Instant éternel. Elle y retrace les étapes d'une relation amoureuse en six parties, avec des poèmes en alexandrins influencés par Musset. Bien qu'enthousiasmé par ses poèmes, le jury ne récompense pas Picard, préférant la laisser aux journaux féminins ; Jules Bois écrit dans Gil Blas, le : Une poétesse ne peut gagner qu'une seule fois le tournoi de Femina, et Picard en est de fait exclue en 1906. Le Prix Vie heureuse de 1906 est quant à lui décerné à André Corthis.. Elle tente donc, toujours en 1906, d'obtenir le prix Archon-Despérouses de l'Académie française ; elle est à nouveau pressentie mais le rate de peu, et il est finalement décerné à Abel Bonnard pour Les Familiers.

Sans être parvenue à remporter les prix qu'elle espérait, Picard publie L'Instant éternel chez Sansot, à Paris, en . Le recueil est très remarqué par la critique et connaît un grand succès. Émile Faguet la qualifie cette fois de et de , et elle est considérée par la revue d'avant-garde italienne Poesia comme . Elle reçoit de nombreux commentaires élogieux de la part de critiques et d'auteurs en vue, notamment Victor Margueritte, Catulle Mendès, Gérard d'Houville et Fernand Gregh. Picard remporte enfin le prix Archon-Despérouses. 1907 est une année charnière pour la , terme utilisé par les critiques d'alors et englobant les nombreuses autrices qui publient durant la Belle Époque. Picard se démarque comme l'une des principales figures de ce renouveau poétique, avec Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien ou Marie Dauguet.

Dernières années en Ardèche La même année, elle fait paraître un recueil plus confidentiel, Petite ville... Beau pays..., qui est édité à Privas, en tirage limité, pour ses amis. Elle y décrit les paysages régionaux vus avec son mari. Picard est souvent renvoyée à son origine provinciale, signe de son et de la de son inspiration aux yeux des critiques parisiens. Dans un recueil paru en 1908, Fresques, elle évoque à nouveau l'Ardèche et les joies simples du quotidien en province, en refoulant ses désirs d'une vie plus mouvementée. Mais de tels désirs apparaissent à nouveau dans les recueils suivants, deux volumes autobiographiques qui composent ses Souvenirs d'enfance : Nous n'irons plus au bois paru en 1911, et Les Lauriers sont coupés en 1913. Elle y exprime des envies de fougue et de liberté qui s'opposent à sa vie simple et monotone.

Fresques et Souvenirs d'enfance passent tous deux inaperçus, bien qu'en tant que lauréate du tournoi Femina, Picard reste honorée par le magazine . Mais elle s'éloigne peu à peu de ce cercle restreint et bourgeois qui ne correspond plus à ses ambitions littéraires. Durant la guerre, elle publie dix-huit poèmes patriotiques dans Les Annales politiques et littéraires, puis fait paraître le recueil Rameaux en 1919.

Vie à Paris (1919 - 1945)

L'amitié avec Colette alt=Photographie en noir et blanc montrant Colette, sa fille et quatre de ses amis dans un jardin ensoleillé. L’environnement paraît champêtre.|vignette|Colette et ses amis à Rozven, vers 1920. Debout dans le fond : Bertrand de Jouvenel et Hélène Picard. Assis : Madame Francis Carco, Germaine Beaumont et Colette avec sa fille. En 1915 ou 1919Françoise Chandernagor et Jean Chalon situent son arrivée à Paris en 1915, mais Nicole Laval-Turpin et François Le Guennec la placent en 1919. Picard quitte son époux, qui aurait entamé une nouvelle relation, et va s'installer à Paris. Le succès de L'Instant éternel lui permet de travailler comme pigiste et secrétaire, puis elle va à la rencontre de Colette, qui travaille alors au Matin. Elle lui offre le second tome de ses Souvenirs d'enfance, les deux femmes se lient rapidement d'amitié, et Colette engage finalement Picard comme secrétaire. La romancière lui trouve un appartement au 29 rue d'AllerayDans le même immeuble vit Bertrand de Jouvenel, amant de Colette., où Picard passera le reste de sa vie, le remplissant d'objets de curiosités.

Picard semble avoir été très influencée par Colette, au point de la laisser lui couper les cheveux. Son seul roman, Sabbat, publié fin 1923, est préfacé par Colette et paraît dans une collection qu'elle dirige. À partir de l'été 1919, Picard accompagne plusieurs fois la romancière dans sa villa secondaire à Rozven, en Bretagne, où elles sont accompagnées de Germaine Beaumont, Francis Carco et son épouse, Léopold Marchand et Bertrand de Jouvenel. Picard est souvent taquinée pour ses manières enfantines, parfois assez durement, notamment par Carco.

Picard est nommée chevalier de la légion d'honneur en 1926 pour Extrait de la fiche de renseignements remplie lors de sa nomination à la légion d'honneur :

.. Mais la scène littéraire est marquée par l'éclosion du surréalisme, et Picard ne bénéficie plus de sa notoriété passée. Sa nature curieuse lui permet cependant de se tourner vers de nouvelles tendances littéraires, et le soutien matériel et affectif de Colette lui est d'une grande aide. Leur correspondance montre la préoccupation de Colette pour son amie, ainsi que des échanges littéraires : la romancière demande des conseils à la poétesse, notamment pour le titre de Le Pur et l'Impur, et l'aide en retour à trouver des journaux où publier ses poèmes. Hélène Clément, un des personnages de La Naissance du Jour, semble inspirée d'Hélène Picard. Picard est l'une des principales correspondantes de Colette avec Marguerite Moreno et Renée Hamon ; mais contrairement à elles, elle aurait éprouvé une véritable fascination pour Colette, comme l'écrivait Marguerite d'Escola à la romancière :

Pour un mauvais garçon alt=Portrait photographique en noir et blanc d'Hélène Picard. Cette dernière arbore une « coupe à la garçonne ». |gauche|vignette|Hélène Picard vers 1920.