La bataille des Salomon orientales (également connue sous les noms de bataille des îles Stewart et de dans les sources japonaises), qui eut lieu les 24 et , fut la troisième bataille aéronavale du théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale et le second engagement majeur entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal. Comme lors des batailles de la mer de Corail et de Midway, les deux flottes n'entrèrent jamais en contact visuel et toutes les attaques furent menées par l'intermédiaire de l'aviation embarquée ou des appareils basés à terre.

À la fin de la bataille, aucun des deux camps ne semblait avoir remporté une victoire claire car les pertes respectives étaient plus ou moins équivalentes. Néanmoins, d'un point de vue stratégique, la bataille est considérée comme une victoire alliée car l'arrivée des renforts japonais destinés à la bataille de Guadalcanal fut retardée et les Japonais n'essayèrent plus de ravitailler Guadalcanal que lors d'opérations nocturnes.

Contexte Le , les forces alliées, principalement américaines, débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et sur les Îles Florida dans les Îles Salomon. Les débarquements sur ces îles devaient permettre d'empêcher les Japonais de les utiliser pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Leur contrôle pourrait également servir à isoler la grande base japonaise de Rabaul et jouer un rôle de soutien pour la campagne de Nouvelle-Guinée. Les débarquements marquèrent le début de la bataille de Guadalcanal qui dura près de six moisHogue, Pearl Harbor to Guadalcanal, ..

vignette|gauche|Les porte-avions américains USS Wasp (premier plan), USS Saratoga et USS Enterprise en opération au sud de Guadalcanal le 12 août 1942. Les débarquements alliés étaient directement soutenus par l'aviation embarquée de trois porte-avions américains, l', l' et l' et par leurs forces opérationnelles (Task Forces) composées de cuirassés, de croiseurs et de destroyers. Tous les navires n'étaient pas américains et la TF 44, commandée par Victor Crutchley, comprenait les croiseurs HMAS Australia et HMAS Hobart de la marine australienne. . Le commandant des trois groupes aéronavals était le vice-amiral Fletcher dont le navire amiral était l'USS Saratoga. Les appareils des trois porte-avions fournirent un appui aérien rapproché aux forces d'invasion et affrontèrent les avions japonais venant de Rabaul.

La réussite des débarquements fut ternie par la bataille de l'île de Savo de la nuit du 8 au au cours de laquelle, une force de sept croiseurs japonais profita de l'obscurité pour attaquer et couler trois croiseurs américains et un australien. Les porte-avions américains restèrent dans le Pacifique Sud pour défendre les routes de ravitaillement, soutenir les troupes alliées au sol sur Guadalcanal et engager tous les navires japonais arrivant à portée et .

Entre les 15 et , les porte-avions américains assurèrent la livraison de chasseurs et de bombardiers sur le terrain d'Henderson FieldDu nom du pilote de l'aéronavale Lofton R. Henderson sur Guadalcanal. Cet aérodrome joua un rôle décisif dans l'ensemble de la campagne des îles Salomon car, celui qui contrôlait la base, contrôlait plus ou moins l'espace aérien local.

Pris par surprise par l'offensive alliée dans les îles Salomon, la marine de l'amiral Isoroku Yamamoto et l'armée japonaise planifièrent une contre-offensive pour chasser les Alliés de Guadalcanal et de Tulagi. Cette contre-attaque fut appelée Opération Ka (Ka venant de la première syllabe de Guadalcanal telle qu'elle est prononcée en japonais) dont l'objectif principal était la destruction des forces navales alliées dans le Pacifique Sud et en particulier la neutralisation des porte-avions américains.

Bataille Prélude Un convoi transportant soldats japonais du d'infanterie Ichiki de même que plusieurs centaines de troupes d'infanterie de marine quitta la grande base japonaise de Truk (Chuuk) le en direction de Guadalcanal, . Le convoi était escorté par le croiseur léger Jintsu, huit destroyers et quatre patrouilleurs commandés par le contre-amiral Raizo Tanaka se trouvant à bord du Jintsu, . Le Jintsu et le Kagero avaient quitté le Japon pour Truk le 11 août en réponse aux débarquements alliés à Guadalcanal. À Truk, Tanaka reçut le commandement de la force de renforcement de Gudalcanal (plus tard surnommé Tokyo Express par les Alliés), une flotte composée de navires de diverses unités chargée de convoyer les renforts japonais jusqu'à Guadalcanal. Les quatre patrouilleurs étaient les anciens destroyers Shimakaze, Nadakaze, Suzuki, et le Tsuta converti pour le transport de troupes. Les trois transports étaient le Kinryu Maru, le Boston Maru et le Daifuku Maru. Un premier groupe de 917 soldats fut débarqué à Guadalcanal par six destroyers dans la matinée du 19 août. Une flotte de huit croiseurs lourds sous le commandement du vice-amiral Gunichi Mikawa quitta également Rabaul pour protéger le convoi. Il s'agissait des mêmes croiseurs qui avaient battu la force navale alliée lors de la bataille de l'île de Savo quelques semaines auparavant. Tanaka planifia de débarquer ses troupes à Guadalcanal le , .

vignette|gauche|Le vice-amiral japonais Chuichi Nagumo. Le , le reste de la composante navale de l'opération Ka quitta Truk en direction du sud des Salomon. Les navires étaient répartis en trois groupes : le « groupe principal » du vice-amiral Chuichi Nagumo incluant les porte-avions Shokaku et Zuikaku, le porte-avion léger Ryūjō, un croiseur lourd et huit destroyers ; la « force d'avant-garde » formée de deux cuirassés, de trois croiseurs lourds, d'un croiseur léger et de trois destroyers sous le commandement du contre-amiral Hiroaki Abe ; la « force avancée » composée de cinq croiseurs lourds, d'un croiseur léger, de six destroyers et du transport d'hydravions Chitose commandée par le vice-amiral Nobutake Kondo. Une force d'environ 100 bombardiers, chasseurs et appareils de reconnaissance stationnés à Rabaul et sur les îles alentour devaient fournir un soutien à l'attaque. Le groupe principal de Nagumo s'était positionné en arrière des deux autres forces pour éviter d'être repéré par les appareils de reconnaissance américains.

Le plan Ka prévoyait que dès la localisation des porte-avions américains, soit par des appareils de reconnaissance japonais ou par l'un des navires de surface, les porte-avions de Nagumo lanceraient une attaque pour les détruire. Une fois les porte-avions américains neutralisés, les flottilles de Abe et de Kondo pourraient engager et détruire les autres forces navales alliées lors d'un affrontement conventionnel à l'artillerie. Ensuite, les navires japonais pourraient bombarder et neutraliser Henderson Field tout en couvrant la reconquête de Guadalcanal et de Tulagi par les troupes au sol.

En réponse à un affrontement entre les Américains et les Japonais sur Guadalcanal le 19-, le groupe aéronaval de Fletcher retourna vers Guadalcanal depuis sa position à au sud. Les porte-avions américains devaient soutenir les marines, protéger Henderson Field et neutraliser les forces navales japonaises arrivant pour renforcer les soldats japonais dans la bataille terrestre de Guadalcanal.

vignette|Le vice-amiral américain Frank J. Fletcher vignette|Carte américaine de 1943 montrant les parcours approximatifs des forces navales japonaises (en haut) et américaines (en bas) du 23 au 25 août 1942Office of Naval Intelligence, Battle of the Eastern Solomons, 47. Guadalcanal est l'île de forme ovale au centre-gauche de la carte. Les flottes japonaises et alliées continuèrent de se rapprocher l'une de l'autre le . Même si les deux camps réalisèrent d'intenses opérations de reconnaissance, aucune flotte ne fut repérée. Du fait de la disparition de l'un de leurs appareils de reconnaissance (abattu par un chasseur de l'USS Enterprise avant qu'il n'ait pu envoyer un message radio), les Japonais suspectaient fortement la présence de porte-avions américains dans la zone. Les forces américains ignoraient cependant la disposition et la force de la flotte japonaise en approche ; De même le 22 août, le destroyer américain fut torpillé au large de Guadalcanal par le destroyer japonais qui avait été envoyé avec le Yunagi par Tanaka pour intercepter un petit convoi de ravitaillement allié en direction de l'île. L'USS Blue fut sévèrement endommagé et il coula le lendemain près de Tulagi. Comme cet affrontement eut lieu séparément, il n'est généralement pas considéré comme faisant partie de la bataille des Salomon orientales des 24 et 25 août (, et )..

À le , un hydravion américain PBY Catalina basé à Nendo dans les îles Santa Cruz repéra le convoi de Tanaka. Dans la fin de l'après-midi, sans autre observation des navires japonais, deux escadrilles d'attaque de l'USS Saratoga et de Henderson Field furent envoyées pour intercepter le convoi japonais. Tanaka savait cependant qu'il serait attaqué après avoir été repéré et il modifia son cap dès que le Catalina eut quitté la zone. Après que Tanaka eut rapporté à ses supérieurs qu'il avait perdu du temps lors de son détour pour éviter les appareils alliés, les débarquements à Guadalcanal furent reportés au . Comme aucun porte-avion n'avait été repéré et comme aucun rapport des services de renseignement n'indiquaient leur présence dans la zone, Fletcher décida le à de détacher l'USS Wasp (qui commençait à manquer de carburant) et le reste de la TF 18 pour qu'ils aillent se ravitailler au sud de l'île d'Éfaté. Par conséquent, l'USS Wasp et son escorte ne participèrent pas à la bataille à venir, , et . Les ordres reçus par Tanaka ce jour-là étaient contradictoires. Mikawa lui ordonna de s'orienter vers le nord pour éviter les attaques aériennes alliées et de débarquer ses troupes le 25 août mais Nishizō Tsukahara, commandant de la aérienne de Rabaul et l'officier supérieur de Mikawa ordonna à Tanaka d'organiser les débarquements le 24 août, ce à quoi Tanaka répondit que cela était impossible. Tsukahara et Mikawa ne coordonnaient apparemment pas leurs ordres..

24 août À le , Nagumo ordonna au contre-amiral Chūichi Hara de mener le porte-avion léger Ryūjō, le croiseur lourd Tone et les destroyers Amatsukaze et Tokitsukaze en avant de la principale flotte japonaise pour lancer une attaque aérienne contre Henderson Field à l'aube. La mission du Ryūjō était essentiellement une demande de Nishizo Tsukahara, le commandant naval de Rabaul pour neutraliser Henderson Field, . La décision a également pu être proposée par Nagumo pour détourner l'attention des Américains afin que le reste de ses navires puissent approcher la flotte américaine sans être repérés et pour offrir une protection et une couverture aérienne aux convois de Tanaka. La plupart des appareils du Shokaku et du Zuikaku étaient prêts à décoller à tout moment si les porte-avions américains étaient repérés. Entre et , des appareils des porte-avions américains (essentiellement de l'USS Enterprise) renforcés par des “Catalinas” basés à Ndeni furent envoyés pour des missions de reconnaissance.