Le temple de Bêl est un monument hellénistique de la cité de Palmyre en Syrie consacré au dieu Bêl. Construit en 32, il montrait un plan typique des temples du Moyen-Orient, tandis que les façades étaient purement de style grec ou romain. Le , le site a été détruit à l'explosif par l'État islamiqueÀ Palmyre, le temple de Baal a bien été détruit par l’EI, Le Monde, septembre 2015.. alors qu'il s'agissait de l'un des temples les mieux conservés de Syrie.
Localisation sur le site de Palmyre
thumb|upright|Plan de Palmyre effectué en superposition d'une vue aérienne. Le temple de Bêl apparaît au bas à droite de la zone délimitée par un pointillé rouge ; celle-ci figurant l'ensemble du complexe urbain de l'ancienne Palmyre. Le site de la Palmyre antique est situé au sud-ouest de Tadmor, la ville contemporaine. Le complexe urbain ancien est également côtoyé par la vallée des tombes à l'ouest et situé au sud de la nécropole, dite nécropole nord. Au sein de l'ancienne Palmyre, le Temple de Bêl se situe à l'extrémité sud-est de cette dernière. En outre, l'emplacement du sanctuaire dédié à Bêl est distant d'environ du temple de Nabû et aux alentours de de son homologue honorant Baalshamin.. De facto, nous possédons donc une vue d'ensemble du site antique de Palmyre par le biais de laquelle on peut mettre en relief quatre zones "fonctionnelles" différentes et identifiables : la vallée des tombes à l'ouest ; la zone d'habitat, au centre ; la nécropole nord, située au point cardinal éponyme ; et enfin le complexe cultuel sis à l'est et au sud-est. Ce dernier se présente grossièrement tel un triangle rectangle dont chaque sommet coïnciderait avec l'un des trois sanctuaires évoqués ci-dessus.. Pour conclure, il est significatif d'observer que le temple de Bêl s'inscrit au niveau de lentrée, celui-ci prenant incidemment place derrière l'arche monumentale qui fait office de porte d'accès à la ville antique.
Le culte de Bêl à Palmyre
Nous l'avons précédemment mentionné, le temple dédié au dieu Bêl est situé à proximité de l'arche monumentale demeurant le point d'accès essentiel de la ville antique de Palmyre ; cet indice souligne l'importance, voire la prééminence de la divinité au sein de la hiérarchie panthéonique palmyréenne. Cette assertion est corroborée par trois points : les ouvrages écrits de Pline, évoquant la dominante divine majeure figurée par Baal au sein de la cité palmyréenne ; l'inscription votive gravée sur l'un des éléments du sanctuaire et mettant en évidence que le sanctuaire édifié en l'honneur de Baal, louant la grandeur de celui-ci ; la statuaire palmyréenne mise au jour, soulignant l'importance que revêt le dieu susmentionné..
Il faut cependant apporter une nuance à ce constat. De facto, en dépit du statut du dieu proche-oriental présentant celui-ci comme une figure majeure dans le panthéon de la ville antique, Baal n'est pas l'unique divinité palmyréenne; celui-ci, en regard de cette même statuaire précédemment mentionnée, est souvent associé à Baalshamin (autre figure divine majeure), à Iarhibôl et d'autre part, à Aglibôl et Malakbêl. Il est également notable qu'un troisième temple vienne s'adjoindre à ceux respectivement dédiés à Baal et Baalshamin, et ce, au sein de la cité antique; en l'occurrence le Temple cultuel de Nabû. En outre, Baal, à l'instar de Bel (rappelons ici que ces deux termes sont employés pour désigner la divinité à laquelle le temple, dont on présente le propos, est dédié), est un élément théonymique que l'on peut qualifier de générique, à contrario d'un théonyme à part entière . Celui-ci peut se traduire par maître de; il est par ailleurs, de même que Bel, très fréquemment associé à des adjonctifs (ou suffixes)) également à caractère théonymique . Incidemment, ces derniers indices pourraient suggérer une forme de dévotion à un dieu omnipotent, dont les attributions divines seraient globales et le plaçant hiérarchiquement au sommet du panthéon palmyréen, sans être néanmoins clairement identifié.. De récentes fouilles mettant au jour des inscriptions antiques découvertes aux in situ du Temple de Baalshamin et également au sein du Temple d'Allat, nous permettraient de fournir une explication et un argument de taille venant étayer le postulat énoncé ci-dessus. De fait, lesdites inscriptions mettent en lumière que les prêtres officiant au temple de Bêl, ont pris position, au terme de l'édification de ce dernier, d'''unifier en une seule et même divinité , l'ensemble du panthéon palmyréen autochtone ayant cours depuis la fondation de la cité antique..
Histoire du temple
La ville antique de Palmyre, qui est connue bien en aval de la dynastie des Séleucides, prend son essor sous le règne de cette dernière. Elle apparaît comme un centre urbanisé prospère , par lequel transitent caravaniers et marchands. Passée sous tutelle romaine, la ville est rapidement rattachée à la Province de Syrie, au cours de l'exercice du pouvoir de l'empereur Tibère C'est dans ce contexte, et sous l'impulsion de ce dernier, que débute l'édification du Temple de Bêl au commencement du . Une inscription votive liée au culte de Bêl, met en évidence une assignation chronologique du sanctuaire à l'année Cependant, cet indice serait à rapporter à une première phase de construction.. Dans les faits, l'expertise archéologique a permis d'appréhender et de délimiter cette à la seule édification du bâtiment votif central lui-même. Outre la conclusion de la construction du bâtiment central du sanctuaire, la date notable de , marque également l'accession de la ville de Palmyre à un statut de ville romaine.. Au demeurant, des analyses chronologiques poussées, effectuées sur des fragments archéologiques du temple, fondent à prouver que le temple est par la suite érigé en plusieurs phases successives, lesquelles s'échelonnent au cours du et du . Dans un second temps, le portique interne dont la cella se dote, est érigé au cours de la domination romaine des Antonins. Par la suite, entre les années 80 et , le mur d'enceinte de l'aire sacrée se voit être mis en œuvre et parvient à son terme. Dans cette même période, le temple, et par extension la ville, bénéficie de la « bienveillance » des différents empereurs romains, tour à tour exerçant leur pouvoir. En revanche, le site urbain antique subit une première mise à mal sous le règne de la dynastie des Sassanides ; puis une seconde lors du soulèvement et la prééminence de Zénobie; et enfin une troisième au cours de la mise à sac de Palmyre par l'empereur romain Aurélien en . Cependant, en regard de ces évènements, le sanctuaire dédié à Bêl, nous est parvenu jusqu'à notre époque contemporaine dans un état d'une remarquable conservation.
Site archéologique thumb|Temple de Bêl, photographie de Louis Vignes, 1864. thumb|left|Les voyageurs et hommes politiques Robert Wood et James Dawkins découvrant les ruines de Palmyre (huile de Gavin Hamilton, .
Le Temple de Bêl est découvert de manière fortuite par des voyageurs au cours du . Au milieu du , grâce à une expédition archéologique entreprise par les britanniques Robert Wood () et (), des croquis, représentant le site sont réalisés. Ces dessins mettent en évidence des vestiges de grande ampleur qui, jusque-là, étaient considérés comme une simple rumeur. Le dégagement de l'édifice est effectué au cours des années 1930, permettant la remise en valeur de l'intégralité de l'édifice dédié à Bêl et du Temple de Baalshamin, ainsi que d'une grande partie du site urbain antique de Palmyre.. Le temple était enserré dans le maillage urbain très dense de l’agglomération musulmane de Tadmor et sa conversion en mosquée dès le en avait préservé la cella. Les observations et relevés effectués par les missions archéologique françaises permettent d'en retracer l'historique depuis l'abandon des cultes païens : transformé en église dès le , le sanctuaire devient une mosquée après la conquête de la ville par les Arabes, mais les traces de cette seconde transformation sont perdues dans celles de la rénovation entreprise après un grand tremblement de terre mentionné par les chroniqueurs au . C'est à la suite du séisme qu'une grande partie des structures monumentales s'effondrent et notamment les poutres reliant la colonnade aux murs de la cella et le toit de cette dernière. La nouvelle mosquée permettra aux vestiges de parvenir intacts jusqu'à nos jours car ce changement d'usage ne s'accompagnera pas de transformations majeures. thumb|gauche|Tempête de sable sur le site en 2004. thumb|Reste de temple après sa destruction par l'État islamique en 2015. En , le temple est détruit par les djihadistes de l’organisation État islamique, qui contrôlent la ville depuis la bataille de Palmyre dans le cadre de la guerre civile syrienne..
La reprise de la ville par les forces gouvernementales syriennes est appuyée par l'armée russe en mars qui transmet quelques vidéos et photographies du site. Elles confirment une destruction à l’explosif, mais la majorité des blocs monumentaux semblent en place et non dispersés. Les bases du sont encore visibles et les fûts des colonnes sont identifiables. De même, une grande partie des blocs de soutènement et les linteaux des fenêtres ne semblent pas fragmentés, permettant l'hypothèse d'une possible reconstruction future.
Description
Style architectural aux influences multiples
Globalement, l'architecture du temple se caractérise par la synthèse d'une stylistique gréco-romaine et d'un style architectural typiquement proche-oriental. Dans une moindre mesure, la conception d'édification et de mise en œuvre du bâtiment religieux, est également empreinte d'une influence perse, ce que l'on peut d'autre part corréler par le biais historique de la cité antique de Palmyre. Nonobstant ces différentes influences et/ou emprunts, l'édifice religieux affiche toutefois une impression générale d'harmonie.
La cour externe
Le temple est édifié au milieu d'une esplanade sacrée sur une terrasse de . À son tour, un téménos s'inscrit au sein de l'esplanade et pourvu d'une superficie d'environ , soit . La vaste place sacrée est encadrée de murs de pierre ouvragés formant une enceinte. Cette dernière est agrémentée de petites colonnes, l'ensemble clos possédant une hauteur d'environ . L'enceinte est par ailleurs munie d'un porche monumental, proposant une typologie architecturale octostyle, et faisant également office de porte d'accès au téménos. Celui-ci est, quant à lui, ceint sur chacun de ses côtés de portiques constitués de deux rangs de colonnes. En outre, l'entrée principale de cette seconde enceinte est sise sur la façade occidentale de celle-ci . Ledit accès, ou vestibule, apparaît sous la forme d'un propylée, et se présente adorné de sculptures. À l'instar de la Grande Colonnade de la cité antique de Palmyre, chaque colonne formant la deuxième muraille, est pourvue d'une console censée accueillir une statue à l'effigie d'un citoyen palmyréen ayant accompli des actes et/ou devoirs militaires, politiques ou commerciaux particulièrement remarquables. Enfin, on peut remarquer que l'ensemble architectural cultuel surmonte un promontoire pierreux .
Le plan au sol du Temple
L'organisation architecturale au sol du temple est marquée par une nette influence des plans d'emplacements rituels et/ou traditionnels du levant ; c'est-à-dire que la mise en adéquation des structures votives et du culte auxquels sont dédiées lesdites structures, demeure typiquement proche-orientale. À ce titre, il est notable d'observer l'orientation à de l'aire cultuelle par rapport aux autels ainsi qu'à l'ouverture d'accès du sanctuaire.
La cour interne