La Baie (prononciation française : //, prononciation québécoise : //) est un des trois arrondissements urbains de la ville de Saguenay, au Québec (Canada). En 2020, cet arrondissement compte 18 761 habitants. Avant les réorganisations municipales québécoises de 2002, il était reconnu comme Ville de la Baie, une municipalité regroupant les secteurs Grande-Baie, Bagotville et Port-Alfred depuis 1976.
Située sur les rives de la baie des Ha! Ha!, plus particulièrement aux embouchures de la rivière Ha! Ha! et de la rivière à Mars, La Baie fut le premier pôle colonisé de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean lorsque la Société des Vingt et un s’y est installée en 1838. La grande profondeur navigable de la baie des Ha! Ha!, même près de ses rives, a permis de développer rapidement les installations portuaires les plus importantes de la région à la suite de l’arrivée du chemin de fer en 1910.
Les secteurs piliers du développement socio-économique de cet arrondissement sont l’exploitation forestière (depuis le ) et la transformation du bois en pâte à papier (depuis le ). À ces secteurs d'activité s’ajoute la production d’aluminium depuis le début des années 1980. À la suite de la fermeture, en 2004, de l’usine Abitibi-Consolidated, l'un des principaux employeurs de l'arrondissement, les élus de Saguenay ont décidé d'investir dans le potentiel touristique de La Baie en y construisant et opérant, depuis 2008, un port d’escale pour bateaux de croisière.
C'est à La Baie qu'est situé l'aéroport et la base militaire de Bagotville, principal aéroport civil du Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’une des deux bases militaires du Canada à héberger, en permanence, les chasseurs CF-18 de la force tactique aérienne. La base militaire est actuellement le principal employeur de l'arrondissement.
Histoire Exploration de la baie des Ha! Ha!
left|thumb|Monument des Vingt et un Le territoire actuel de La Baie aurait été fréquenté par les tribus nomades de langue montagnaise du Saguenay. Les Chicoutimiens occupaient les rives de la rivière Saguenay bien avant l’arrivée des Européens. Cependant, contrairement à Chicoutimi qui constituait un point de rencontre important, la baie des Ha! Ha! était en retrait des portages vers le lac Saint-Jean et ne représentait pas un lieu très fréquenté par les premières nations et les premiers explorateurs de la région..
Bien que située hors de l'itinéraire de la traite des fourrures au , la baie des Ha! Ha! est toutefois fréquentée par des bateaux commerciaux de pêche de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux embouchures des rivières Ha! Ha! (Wissuscoué) et à Mars (Vasigamenke).
En 1828, mandaté par la couronne, l'arpenteur J.-B. Proulx explore les pourtours de la baie et en décrit le relief et le potentiel forestier. La colonisation du territoire est pourtant impossible à cette époque puisque la Compagnie de la Baie d'Hudson possède l'exclusivité de l'exploitation des ressources du Domaine-du-Roy et ce, depuis 1821. Comme ce monopole n'expire qu'en 1842, ce sont les pressions des populations de Charlevoix, plus particulièrement de La Malbaie, qui permettent une ouverture précaire à la colonisation du Saguenay. À la suite de la parution, en 1829, d'un rapport démontrant la fertilité des sols de la région, une première pétition circule à La Malbaie pour permettre à des familles de s'installer au Saguenay. Le gouvernement refuse et ordonne d'autres explorations entre 1829 et 1836 visant à trouver un lien terrestre entre la baie des Ha! Ha! et Baie-Saint-Paul. Une seconde pétition est lancée en 1835, augmentant la pression sur le gouvernement et la Compagnie de la Baie d'Hudson qui cède finalement des droits de coupes à une société malbéenne, la Société des Vingt et un.
La goélette de la société quitte La Malbaie le et fait plusieurs escales sur les rives du Saguenay. Après avoir établi des campements temporaires aux Petites-Îles, près de Tadoussac, et à l'anse au Cheval, ils installent leur premier moulin à scier à l'anse Saint-Jean. Leur but est alors d'atteindre la baie des Ha! Ha! pour y établir une installation permanente.
Colonisation du Canton Bagot et genèse de Grande-Baie et Bagotville
thumb|upright=0.8|William Price, le « roi du bois » La Société des Vingt et un accoste dans l'actuel secteur Grande-Baie le . Après une exploration de la forêt et de son potentiel, les colons construisent une première écluse sur la rivière Ha! Ha! puis, jusqu'au mois d'octobre de la même année, érigent le premier moulin à scier, jetant les bases de ce qui deviendra le secteur Grande-Baie. Les premières familles arrivent durant l'automne et l'exploitation du pin gris et du pin blanc débute dès 1839. Conséquemment, le potentiel hydraulique des deux principaux cours d'eau, Ha! Ha! et Rivière-à-Mars, ainsi que ceux des différents affluents de la baie, est exploité pour le fonctionnement de plusieurs moulins. En tout, une dizaine de scieries sont gérées par la société. De son côté, Mars Simard, de Baie-Saint-Paul, établit un moulin à la Rivière-à-Mars et crée un second foyer de peuplement dans la baie : Bagotville. Les colons de Baie-Saint-Paul viennent s'y installer tandis que ceux de La Malbaie préfèrent Grande-Baie qui compte en 1839.
Dès 1841, la Société des Vingt et un connaît des difficultés financières causées par la perte de deux années de coupe à la suite de ruptures d'estacades en 1840 et 1841. Leur principal acheteur, William Price, un marchand de bois anglais, acquiert toutes les parts de la compagnie en 1842 et se porte acquéreur du moulin de Mars Simard en 1843. À cette époque, Price devient propriétaire de toutes les scieries du Bas-Saguenay.
La fin du bail d'exclusivité de la Compagnie de la Baie d'Hudson entraîne la colonisation légale du Saguenay. Le territoire se structure et l'on procède à l'arpentage du tout nouveau canton Bagot (en l'honneur de sir Charles Bagot) et au découpage du chef-lieu du nouveau comté et c'est l'arpenteur Jean-Baptiste Duberger qui est chargé de cette tâche. Il a également à tracer un chemin (qui deviendra le boulevard Saint-Jean-Baptiste et le boulevard Grande-Baie Nord) jusqu'à Chicoutimi durant l'été de 1842. thumb|left|upright=0.8|John Kane, premier maire du canton Bagot
D'un point de vue structurel, le canton de Bagot est unique puisqu'il est doté de deux pôles de peuplement : Bagot Village (Grande-Baie) et Bagot Town (Bagotville). John Kane, un agent des terres envoyé par le gouvernement pour percevoir les droits relatifs aux terres de la couronne devient le premier maire du canton en 1850. Le gouvernement du Canada-Uni forme le nouveau comté de Tadoussac et Chicoutimi en 1844.
La première école de la région est construite entre les rivières Ha! Ha! et Rivière-à-Mars pour desservir les deux foyers de peuplement de la baie. Le clergé ouvre les registres en 1842 à Grande-Baie et en 1845 à Bagotville. Les Oblats sont chargés de donner la mission au Saguenay ; ils arrivent à Grande-Baie le . L'année 1846 est marquée par un incendie qui détruit la majeure partie du canton. Les érections canoniques des deux paroisses de Saint-Alexis-de-Grande-Baie et Saint-Alphonse-de-Bagotville ont respectivement lieu en 1857 et 1861. En 1851, on compte autour de la baie des Ha! Ha! qui vivent principalement de l'exploitation forestière et de l'agriculture.
Entre-temps, Grande-Baie se dote d'un bureau de poste en 1855 et est proclamée municipalité en 1860. Le village de Bagotville est incorporé en 1876, Grande-Baie obtient ce statut en 1908. L'agriculture se développe réellement au cours des années 1850. Principalement axée sur la production céréalière, la cueillette du bleuet sera également une activité importante jusqu'à l'arrivée du train à Chambord au Lac-Saint-Jean en 1888.
Cette époque est aussi marquée par un ralentissement économique et une demande de moins en moins forte pour le bois d'œuvre saguenéen. En 1856, on compte pas moins de 26 petites scieries autour de la baie, en plus des deux principales sur la rivière Ha! Ha! et sur la Rivière-à-Mars. Le ralentissement des années 1870, provoque la fermeture ou la conversion de la production du pin à l'épinette pour de nombreux établissements. Malgré toutes ces difficultés dans l'exploitation forestière, l'industrie laitière se porte bien et le nombre de fromageries autour de la baie augmente jusqu'à en compter six en 1894.
Sur le plan des communications, c'est en 1870 qu'on assiste à l'ouverture du chemin Saint-Urbain, qui relie Grande-Baie à Baie-Saint-Paul. En 1880, une ligne télégraphique est installée entre les deux villes. La première jetée sur la baie des Ha! Ha! est construite à Bagotville en 1859. Le premier quai, trois ans plus tard dans le même secteur, sera acheté par le gouvernement canadien en 1876. Principalement desservies par la Canada Steamship Lines, les installations de Bagotville possèdent également un chantier de construction navale dès 1853.
Industrialisation : Port-Alfred et le développement accéléré de la fin du à 1976
thumb|upright=0.8|L'homme d'affaires et politicien, Julien-Édouard-Alfred Dubuc. Arrivé à Chicoutimi en 1893, le train marque le début d'une nouvelle phase d'expansion économique pour le Saguenay. La Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, fondée en 1898 par le journaliste Joseph-Dominique Guay et le banquier Julien-Édouard-Alfred Dubuc, devient rapidement trop importante pour les installations portuaires de Chicoutimi. Les dirigeants de la compagnie se tournent vers la baie des Ha! Ha! pour y construire un port d'expédition pour la pulpe. C'est pour assurer l'acheminement de la matière jusqu'au quai de Bagotville qu'est créé le chemin de fer de la baie des Ha! Ha!. Les travaux débutent en 1909 et le chemin de fer accueille le premier convoi le .
Certaines scieries connaissent des difficultés avant l'arrivée de la grande industrie dans la baie. Les scieries Price, les plus importantes, des rivières Ha! Ha! et à-Mars ferment leurs portes en 1904 et 1912 respectivement. D'autres secteurs de l'industrie forestière sont toutefois en plein essor. De 1902 à 1913, une usine d'écorçage du bois de pulpe est en activité à l'Anse-à-Benjamin par la compagnie Battle Island.
Plusieurs infrastructures municipales font leur apparition au cours des années 1910. Le premier réseau d'aqueduc de Bagotville est terminé au cours de l'année 1913. Ces travaux sont suivis par la première utilisation de macadam pour recouvrir la chaussée de quelques-unes des rues autour de l'église Saint-Alphonse de Bagotville. En 1915, le conseil municipal adopte un règlement favorisant l'implantation de l'éclairage électrique. La même année, la route 381 est ouverte aux automobiles. thumb|left|upright=1.5|La Ha! Ha! Bay Sulphite de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, Port-Alfred, 1918 La construction d'une usine de pâte chimique dans la baie des Ha! Ha!, un projet de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, prend forme au cours de l'année 1914. Les plans de la future usine sont dessinés et le directeur-gérant de la compagnie, J.-É.-A. Dubuc, se rend en Europe pour trouver des investisseurs. C'est en Angleterre qu'il les trouve, mais la situation précaire qu'a engendrée la Première Guerre mondiale repousse le financement à 1916. La Ha! Ha! Bay Sulphite Company Limited est fondée cette année-là dans le but de mettre sur pied une usine de pâte chimique dans la baie des Ha! Ha!. Deux centrales hydroélectriques sont construites, au cours de cette année sur la rivière Ha! Ha! pour répondre à la demande de l'usine. En 1917, deux terrains totalisant un peu plus de cinq kilomètres carrés2 miles carrés sont achetés par la compagnie au village de Grande-Baie. L'usine de Port-Alfred, débutée le , est terminée le . Le de la même année, on érige la paroisse de Saint-Édouard de Port-Alfred juste avant d'émettre la demande de séparation des terrains de l'usine du village de Grande-Baie le .