Le Théâtre des Nouveaux Compagnons est une troupe de théâtre fondée en 1920 à Trois-Rivières et toujours existante. D'abord connue sous le nom des Compagnons de Notre-Dame, elle revendique le titre de plus ancienne troupe de théâtre amateur francophone en Amérique du NordSite web de la troupe. Elle présente à raison de quatre fois par année des pièces tirées du répertoire classique, autant locales qu'internationales.

Contexte historique

Au début des années 1900, l'explosion industrielle et démographique bat son plein, propulsée par l'arrivée de l'hydroélectricité dans la région de la Mauricie. De 1907 à 1923, plusieurs usines sont implantées dans la région. En 1908, la partie commerciale de Trois-Rivières est reconstruite à la suite d'un incendie majeur, laissant place à la modernité et à une vie économique florissante. C'est dans ce foisonnement de modernité et d'ouverture sur le monde que l'intérêt pour une vie culturelle épanouie amène la création de la troupe de théâtre Les Compagnons de Notre-Dame. La naissance de cette troupe est intimement liée à la religion catholique, puisqu'elle a vu le jour dans le sous-sol d'une église franciscaine : Notre-Dame-des-Sept-Allégresses. Notre-Dame, qui lui a donné son nom, constitue une des premières paroisses de Trois-Rivières fondée en 1911. À l'époque, les divertissements doivent être approuvés par l'Église comme le sont le théâtre, les parties de carte et le bingo, contrairement au cinéma.

Première période : 1920-1929 Dans la paroisse de Notre-Dame, le théâtre est né grâce à la Garde ParoissialePoisson, Louis-Philippe, Les compagnons de Notre-Dame ou 50 ans de théâtre, Les éditions les nouveaux compagnons inc., Trois-Rivières, 1980, 175 pp.. En effet, c'est son premier président, M. Joseph-Edétius Bellemare, qui a mis sur pied en 1920 le Cercle Dramatique Notre-Dame, aussi appelé Association Dramatique de la Garde Notre-Dame ou encore Association Dramatique Notre-Dame . Les occasions de s'impliquer ne manque pas, tout est fait sur place. Faire du théâtre est considéré comme un honneur. Les pièces sont souvent présentées à guichets fermés durant plusieurs soirs, ou encore des pièces en un acte vont divertir les paroissiens lors de parties de cartes. Les changements de décor laborieux sont meublés par des intermèdes musicaux sous le coup des marteaux provenant de derrière le rideaux. Le maître de cérémonie fait office de programme et présente la pièce et ses artisans. Les décors sont fabriqués par le Frère Pascal Buisson, le peintre Monty ou par Albert Deschamps, décorateur de l'église. La salle de représentation se trouve sous le sanctuaire de l'église. L'influence de l'Église se fait sentir tant dans le répertoire joué que dans la structure hiérarchique. L'argent amassé grâce aux séances dramatiques vont aux œuvres paroissiales, mais, comme la troupe est florissante, les revenus encaissés permettront éventuellement d'amasser pour l'achat d'un terrain où sera construite la salle de Notre-Dame. Ce spacieux auditorium pourra accueillir 735 spectateurs.

C'est en 1924 que le premier conseil d'administration distinct de celui de la Garde est élu. M. Rosaire Fortier est élu président, M. Rosario Livernoche vice-président et M. Arthur Raymond secrétaire. L'expérience se répète en 1926. Le nouveau président est M. Rosario Livernoche. Puis, il faut attendre 1929 pour les prochaines élections et pour la réforme de la troupe qui deviendra alors les Compagnons de Notre-Dame, se dissociant ainsi de la Garde Paroissiale. Il y aura aussi formation de deux sections : l'une féminine : Les Compagnes ; et l'autre masculine : les Compagnons. Un conseil d'administration sera élu pour chacune des deux sections. Par la suite, les élections se tiendront une fois l'an. Malgré son autonomie administrative, la troupe demeure attachée et soumise aux autorités religieuses.

Répertoire Répertoire : 1920 Nos bicyclistes, de Théodore Botrel 1921 Don José, de Paul Croiset Vers la haine, d'Alfred Duret, tiré du roman de Pierre Gourdon Monsieur l'aumônier, de Théodore Botrel Le pater des vendéens, de Jean Clémot Le mystère de Kéravel, de Théodore Botrel 1922 Les pauvres de Paris, d'Eugène Nus et Édouard Brisebarre Le tour du monde en 80 jours, d'Adolphe d'Ennery, selon le roman de Jules Verne. 1923 Les Anciens Canadiens ou Archibald Cameron of Locheill ou Un épisode de la guerre de sept ans en Canada, de Camille Caisse et Pierre-Arcade Laporte, tiré du roman de Philippe Aubert de Gaspé Quand on conspire!... de Antony Mars, opérette avec la participation de l'Orchestre Notre-Dame Le reliquaire de l'enfant adoptif, de Stéphane Dubois Le moulin du chat qui fume, de Charles LeRoy-Villars Le docteur Oscar Thomas Morus, de Jacques D'ars 1924 La chasse aux revenants, d'Alphonse Crozière Yvonnik de Roy Villars, de Charles LeRoy-Villars Un mariage au téléphone, de Maurice Hannequin L'amitié médecin, tiré de L'Amour médecin de Molière et arrangé pour jeunes gens. Un brave, de Charles Buet L'anarchiste, de J. Médéric et Le violon de Stradivarius, d'Eugène Boulay de Lesdain 1925 Les fruits mûrissent, de Julien Richer avec la chorale des enfants de Marie La mission de Jeanne d'Arc, opérette paroles d'Yves Lameline et musique de H. Lavagne, avec la chorale des enfants de Marie Le brassard, de Julien Richer 1926 Le poignard, de Théodore Botrel 1927 Le coffret, de Jacques d'Ars 1928 Cœurs français, de Paul Féval Pitchounette (Les Compagnes), de Charles LeRoy-Villars La fille de Judas (Les Compagnes), de Charles LeRoy-Villars Les deux sourdes de Jules Moinaux

Deuxième période : 1929-1946 Le , le Cercle Dramatique Notre-Dame devient officiellement Les Compagnons de Notre-Dame présidé par Père Théodoric Paré, curé de la paroisse. Louis-Philippe Poisson explique : «Les compagnons de Notre-Dame doivent leur nom aux Compagnons de Notre-Dame de Paris. Parce qu'en 1920 la troupe a été formée sous le nom d'Association dramatique Notre-Dame. Et un Franciscain, qui est devenu curé par la suite à Notre-Dame, était allé à Paris, il y a rencontré Henri Ghéon, enfin il a été mêlé à ces activités là : les Compagnons de Notre-Dame de Paris. Et puis, en 1928, il a été nommé curé à Notre-Dame. Et il a transporté les Compagnons de Notre-Dame de Paris à Trois-Rivières.»Louis-Philippe Poisson, Fonds, CA3-0030-77

Les Compagnes Dans les années 1920, la moralité ne permet pas la présentation de pièces mixtes. Ainsi, les rôles féminins doivent être joués par des hommes. C'est ainsi qu'en 1924 la troupe présentera en première mondial L'Amitié médecin, version masculinisée de L'Amour médecin de Molière. Puis, le , la section féminine est formée avec un conseil d'administration distinct. Elles jouent leurs propres pièces, avec parfois des travestis si nécessaire. Les Compagnes inscrivent leurs premières pièces au répertoire de la troupe en 1928 avec Pitchounette et La fille de Judas. Les deux sections ne jouent pas ensemble, mais sont appelées à s'entraider : les Compagnons s'occupent des décors, et les Compagnes, des costumes, de la transcription et de la vente des billets. Elles présentent en tout une quinzaine de pièces. Elles pourront définitivement faire partie de la troupe quand les pièces mixtes seront admises dans les mœurs. La première pièce mixte est présentée en 1933 au premier Festival national d'art dramatique tenu au Palais Montcalm de Québec. Il faudra par contre attendre deux ans et beaucoup de discussions avant que l'expérience de la mixité ne se répète à la salle Notre-Dame. C'est en que les autorités religieuses vont permettent aux Compagnons de présenter des pièces mixtes, en imposant un décorum stricte. En effet, dans le contexte religieux de l'époque, les contacts physiques sont défendus; les textes sont choisis avec soin; toutes mentions de baisers ou d'échange de poignées de mains sont censurées; et les répétitions font l'objet d'une étroite surveillance de la part du clergé. C'est seulement en 1941, que les deux formations, Compagnes et Compagnons, sont fusionnées pour n'en former qu'une seule.

Le début des années 1930 : la salle Notre-Dame La troupe est maintenant pourvue d'une nouvelle salle : la salle Notre-Dame pouvant accueillir sept cent personnes. On y joue d'abord que du théâtre. Puis, une salle de quilles sera installée au sous-sol. Ainsi, la paroisse s'occupe d'organiser les loisirs de ses paroissiens. La paroisse de Notre-Dame prend ce rôle tellement à cœur que l'on vient des paroisses voisines pour profiter des divertissements aménagés par le clergé. Le Père Théodoric Paré prend en main le bon fonctionnement de la troupe. Il donne des cours d'art dramatique, d'analyse théâtrale, de maintien corporel, de diction, de confection de costumes et de maquillages. Il désire montrer à ses paroissiens les enjeux de la vie par le biais du théâtre afin de mieux les y préparer. M. J.-E. Bellemare est maintenant directeur artistique des Compagnons et Blandine Neault, directrice chez les Compagnes. En 1930, alors que la troupe célèbre son dixième anniversaire, dix pièces seront présentées. Un orchestre vient aussi s'ajouter à la troupe. Les musiciens sont présents pour meubler d'intermède musicaux la levée du rideau et l'entracte. Jean-Victor Allard en est le premier président. Par contre, dès l'année suivante, la crise économique impose un ralentissement au chapitre des productions annuelles de la troupe. Le le nom de la troupe est officiellement enregistré devant notaire.

1933 : Le premier Festival national d'art dramatique Le , la troupe participe au premier Festival national d'art dramatique au Palais Montcalm de Québec. Les Compagnons présentent Peuple sans histoire du frère Marie-Victorin F.E.C., seule pièce canadienne présentée au festival et première pièce mixte de l'histoire de la troupe. Alors que douze organisations participent au concours, Les Compagnons se classent quatrième et reçoivent une mention honorable. Ils sont par contre évincés de la finale qui aura lieu à Ottawa. Néanmoins, ils se sont classés premier devant les troupes amateurs venues des autres villes à l'est de Montréal, et ils ont devancé cinq des huit troupes théâtrales de la ville de Québec. Parmi les troupes présentent, on retrouve des regroupements d'expérience telles que L'association dramatique de Québec ainsi que L’École du chant français dirigée par M. Jean Riddez de l'Opéra de Paris. Leur principal adversaire est la troupe de l'université Laval qui regroupait MM. Jean Lesage et René Arthur (Témoignage de M. Omer-Jules Desaulniers, ). Leur deuxième participation au festival aura lieu seulement en 1951. Ils y joueront Ma p'tite ville de Thornton Wilder. Ils se rendront en finale et remporteront la Plaque du Festival pour la meilleure interprétation française. Ils participeront en tout huit autres fois à cet événement et présenteront cinq pièces canadiennes.

1934 : Le troisième centenaire En 1934, la ville célèbre son tricentenaire. Pour l'occasion, on y présente des reconstitutions historiques, des défilés, des danses en plein air. Les membres des Compagnons de Notre-Dame s’impliquent dans les différents projets. En plus des festivités, la troupe affiche onze pièces à son programme annuel dont Un petit fils de Pierre Gagnon qui avait pour auteur Claude Dupont, pseudonyme. Il s'agit d'une pièce mixte écrite en fait par une religieuse trifluvienne : Mère du Saint-Cœur-de-Marie, née Marie-Alice Ferron des Ursulines de Trois-Rivières et auteure de trois drames sociaux. À l'époque, le haut clergé n'a toutefois pas encore approuvé la production de pièce mixte. Cette pièce sera malgré tout présentée treize fois dans la ville et les environs. Il s'agit en quelque sorte de la première tournée organisée par la troupe.

1935 à 1945 : Période de crise et de renouveaux