vignette|droite|Blason de Saint-Dié-des-Vosges.

Cet article traite des principaux événements liés à l'occupation humaine à Saint-Dié-des-Vosges, dans le département français des Vosges.

Préhistoire Les vallées avoisinantes de Saint-Dié-des-Vosges recèlent des lieux de peuplement dispersés et très anciens. L’archéologue n’y rencontre pas seulement des sites de période laténienne comme le site du camp celtique de la Bure, à 2 kilomètres de Marzelay. Une multitude d'indices signale une précoce présence néolithique et une intensification de l'occupation des sols il y a 5000 ans. Des silex taillés ont été mis au jour à Brompont, comme sur le site fouillé de La Bure. Une hache en silex polie a été retrouvée en 1899 dans la forêt communale de la Madeleine. Des tessons de poteries rubanées ont été exhumés au cours des aménagements des zones d'activité d'Hellieule. Des lames d'épées en bronze, ainsi que d'autres artefacts coulés de fabrication locale, ont été mises au jour rue de la Prairie à la Belle Époque.

Antiquité Le site du Petit-Saint-Dié, à 500 mètres du centre de la ville, est connu aujourd'hui encore par ses deux chambres en pierre, accueillant l'eau des fontaines ferrugineuses. Un bas-relief romain encastré dans le portique de l'oratoire du Petit-Saint-Dié, décrit par l'ouvrage de Jean Mettelus, imprimé à Cologne en 1504, atteste d'une source abondante, aménagée à l'époque gallo-romaine pour le repos des voyageurs. Est-ce la prolongation de chemin vers les sources d'Hercule de Deneuvre ? L'imposition religieuse d'un désert humain avant l'évangélisation n'a permis qu'un essor archéologique limité vers 1840, laissant aussi une persistance de doute sur toute trouvaille évidente.. Une foule de monnaies romaines, et la présence de multiples tombes près de la voie antique en contrebas, attestent la présence gallo-romaine. Les sites de hauteurs répertoriés, Varrinchâtel, Le Chazeté, La Pierre d'Appel, La Bure etc. sont parfois antérieures à La Tène. Ils forment à cette époque un réseau dense qui impressionne aujourd'hui les archéologues. La mise en valeur des prairies d'irrigation et la présence d'activité métallurgique avant la Tène finale oblige à revoir la densité de population.

Si le forum ou fanum suivant les auteurs, c'est-à-dire le Vieux-marché Saint-Martin a livré au quelques vestiges de maisons solidaires adossées à des remparts dont les fosses comblées après un incendie vers l'an 90 ont livré des minerais fondus, le plus connu par les fouilles de 1963 à 1978, un plateau barré par un murus gallicus et protégé par un rempart, est le camp de la Bure habité à l’époque gauloise, puis gallo-romaine par une famille de forgerons et ses employésIls sont supposés appartenir à la tribu belge des Leuques, puis à la cité de Toul. Pour les rapports de fouilles, lire Georges Tronquart dans les bulletins SPV, année 1963 à 1986. Notez aussi l’article de Marc Leroy dans le tome C, 1999 sur les scories qui ne proviennent que d’une forge et non d’un traitement de minerai local.. Le camp sert aussi longtemps de refuge de hauteur, véritable oppidum aux époques de troubles et de guerres. À l’époque gallo-romaine tardive, il est équipé d’une grande statue portant un Jupiter terrassant l’anguipède, une grande balise visible de l’antique voie romaine, via salinatorum Passant au nord de la vallée du Hure, la voie des Saulniers reste longtemps la voie de passage privilégiée des marchands, en particulier pour le transport du sel. Pour les mesures en stades prouvant une distance romaine entre les gites d’étapes, exposé et travaux de Pierre-Marie David, commission archéologique SPV..

vignette|La Glorification de saint Déodat (B. Prot, 1662).

Haut Moyen Âge Assez éloignés de cette voie marchande, les habitants de cette partie du Chaumontois christianisés bien avant le se rassemblent pour fonder un ban religieux qui reçoit des privilèges d'immunités du roi d'Austrasie Childéric IIÉdouard Ferry, « La population de la Haute Meurthe au septième siècle », Bulletin SPV, Tome 16, Saint-Dié, 1890-91. Le ban a souvent été décrit comme la grande paroisse primitive. En réalité, s’il existe des paroisses-mères depuis le , le véritable maillage paroissial apparaît au . Le ban est une structure politique et religieuse fondée à la fin de l’époque mérovingienne, qui s’est segmentée de façons fort complexes pour donner de grandes ou petites communautés à l’origine directe des communes actuelles. Les hagiographies décrivent les bans religieux à partir du , méconnaissant par désintérêt l’histoire des segmentations et fusions politiques locales antérieures.. Le ban Saint-Dié dont les privilèges immunistes sont confirmés et peut-être agrandis par Thierry IV ou Childéric III comprend probablement la plus haute partie du val de Meurthe jusqu’à La Bolle ainsi que le val de Fave en amont de la prairie d’Hellieule jusqu’aux abords de Beulay.

La fondation reconnue par un privilège royal en l’an 669 est associée à l’œuvre de saint Dié. Ce personnage légendaire, saint homme longtemps dénommé Bonhomme par le peuple, est d’abord associé au Petit-Saint-Dié, lieu-dit sous la roche Saint-Martin, à un vieux sentier qui mène au col éponyme et surtout au chemin de montagne parsemée de fontaines, saint Dié reliant Hunawihr aux abords de Colmar à Saint-Dié par le bien nommé col du BonhommeLe village du Bonhomme a gardé son église consacrée à saint-Dié.. Quelques anciens habitants du faubourg Saint-Martin avant 1890 connaissaient le vieux moutier en dessous de la côte Saint-Martin et au-dessus des sources abondantes du Petit-Saint-Dié. Déodat ou Dieudonné est aussi considéré par la tradition religieuse la plus orthodoxe comme le fondateur du "monastère idéal des Jointures", là où est maintenant l’ensemble cathédralMichel Parisse, La Lorraine monastique, collection Lorraine, Imprimerie Christmann, Essey-lès-Nancy, 1981,142 pages. Notons que ce monastère bénédictin qui est dédié à saint Maurice, le soldat noir de la légion thébaine et saint chrétien préféré des guerriers de Bourgondie, est, d’après Paul Boudet, sans doute apparu à une date postérieure à 760. Les archives ne nous ont livré aucun abbé et encore moins de moines. Ce qui n’est pas contredire l’action bâtisseuse de ce chef politique..

Ce ban est commandé par une assemblée chrétienne ou ecclesia, composée de tous les hommes capables de porter une arme, y compris les religieux s’il y en a. Elle choisit en son sein des conseils d’anciens ou saonnes qui se déplacent annuellement à date et lieu fixes dans le territoire ordonné par le ban Saint-Dié, elle peut aussi se réunir exceptionnellement. La saonne de justice semble être vénérée au-dessus de tout autre pouvoir et ses plaids sont les plus respectés. L’assemblée Saint-Dié est aussi conçue sur le mode du thing germanique ou ding mérovingien. L'assemblée primitive semble être née en même temps que le lieu de foire d’automne et de printemps, choisi sur la prairie d’Hellieule. Les assemblées politiques importantes se tiennent aux équinoxes, alors que les fêtes religieuses prépondérantes, hormis les premiers jours spécifiques des mois de novembre, février, mai et août, sont axés sur les solstices. Les élections se déroulent en plein air, à main levée. Une partie des fonctions est tirée au sort parmi des candidats de même âge.

Les hommes sages, élus ordonnant la bonne justice et la paix, se retirent au nord sur l’Ortimont ou mont rond. Ils écoutent le diseur de lois et jugent sans appel. Ils commandent ou désavouent au sud jeunes et vieux guerriers assemblés au voisinage du bois Saint-Martin. Les bonnes femmes ou sages femmes, garantes des valeurs familiales et de la divination, exercent à l’orient, réunies sur un ancien domaine du second Empire ou fundus, probablement en parie ruiné, dont la pars dominicata, séparée par une galerie jardinée et arborée de la pars rustica, est le monticule surplombant le rupt de Robache, qui se prolonge par les carrières antiques des Rochattes aux FéesLa ruelle médiévale des Jointures, où se proposaient librement les domestiques, a influencé tardivement le nom supposé primitif du monastère.. Elles jugent, réprimandent et consolent les réprouvés, les captifs temporaires et les femmes de mauvaise vie, qui sont gardés à l’occident près du massif actuel de la Madeleine. La pierre hardie, où pouvait être pratiqué des ordalies par le feu, rappelle le pouvoir fémininLa « Pierre ardente de justice » se trouvait encore à la fin de l’ancien régime au début de la Grand Rue, en contrebas des anciennes maisons canoniales et du palais épiscopal érigé après 1777 sur l’ancien rempart de la ville haute. Ce lieu était à moins de trente pas du Tilleul de la cathédrale, en dessus de l'actuelle place Georges-Trimouille donnant accès au musée. Les Révolutionnaires de l’an II ont rasé ce symbole honni de la justice capitulaire. Le palais épiscopal est maintenant musée de Saint-Dié.. Un tel lieu de rencontre temporaire n’est pas forcément habité.

Les Étichonides, possesseurs légendaires du pouvoir mérovingien, ont toléré bon gré mal gré cette organisation, en la chargeant aussi de la collecte d’impôt à leur profit. Ce n’est pas le cas des premiers Pépinides et Carolingiens, restaurateurs d’un fisc royal autoritaire et de dîmes religieuses rigoureuses, en dehors de prélèvements de guerre exorbitants. Ils imposent des administrateurs, souvent des religieux orthodoxes bénédictins, aux côtés de militaires qui suppriment toute vie politique indépendante au niveau du ban Saint-DiéL'effet désastreux à long terme explique sans doute le patient essor de communautés laborieuses de tailles réduites qui accaparent plus ou moins bien le statut de ban et l'incroyable morcellement des pouvoirs concrets lors des guerres civiles et des terribles invasions magyars des siècles suivants.. La légende de la fondation du monastère du Val de Galilée rappelle la volonté d’apaisement de Charlemagne, alors que ce dernier souverain, comme son père Pépin ou son grand-père Charles, utilisaient ces lieux de paix et de prière, pour assurer leur sécurité et l'approvisionnement de leurs soldats, en partance ou de retour d'une expédition guerrière à vocation principale de prédation. Il n’est plus sûr que l’âme de son cher père, le roi Pépin, aille aux paradis et rassemble une dizaine de moines pour prier à cette ascension sous le patronage de saint Maurice. Il restaure en partie un droit d’assemblée masculine pour associer à ses forces guerrières les jeunes hommes, et sélectionner de vigoureuses recrues pour son infanterie.

Les hagiographies successives de saint Dié, fort tardives à partir du , affirment que le monastère du Val de Galilée a été rêvé par Déodat. Au-delà des hagiographies légendaires, le premier moine cité par les archives « Marcinam le noir » apparaît sous Pépin et n’a aucune fonction abbatiale. Aucun document ne prouve la réalisation royale du , mis à part le terme « monasteriolum » qui apparaît dans la charte de Charlemagne du et le rappel inlassable par les chanoines de Saint-Maurice puis de Saint-Dié, de cette charte de Childéric II, avec ses privilèges et immunités maintenus par les rois et empereurs. Il s’agit sur la rive droite, à l'emplacement des deux églises actuelles, du monastère Saint-Maurice fondé pour prier pour le l'âme et le repos de son père Pépin. Les moines bénédictins, choisis par l'abbé de Moyenmoutier ont été nommés à Saint-Maurice pour accomplir le vœu royal. Hydulphe est plus tard présenté symboliquement en continuateur de saint Dié. Tous les parchemins et documents administratifs ainsi que la plupart des hagiographies des saints fondateurs proviennent du scriptorium de l’abbaye de Moyenmoutier à partir du Il aurait compter au début du millénaire plus de cent moines, attestant du pouvoir administratif de la forteresse monacale médianimonastérienne dont l'avoué, comme à Saint-Dié, n'est autre que le duc de Lorraine..

Réforme canoniale et naissance d’une église collégiale