vignette|300x300px|Les frontières du « Grand Reich germanique » telles que planifiées selon le (conquête d'un espace vital pour le Reich allemand national-socialiste en Europe centrale et orientale), avec ses États satellites en vert clair.. Le Grand Reich germanique (en allemand : ; en anglais, ou GGR), en forme longue le Grand Reich germanique de la Nation allemande (en allemand : ), est le nom officiel de l’entité politique que le régime national-socialiste du Troisième Reich tenta de créer en Europe entre 1938 et 1945, notamment durant la Seconde Guerre mondialeElvert 1999, .. Dans , Adolf Hitler mentionne également un futur État germanique de la Nation allemande (en allemand : )DHM - (https://www.dhm.de/lemo/html/nazi/innenpolitik/meinkampf/)..

Dépassant le cadre du pangermanisme conventionnel, le Grand Reich germanique devait à terme remplacer le (Grand) Reich allemand en réunissant non seulement les territoires peuplés d'Allemands et/ou de germanophones mais également les territoires peuplés de groupes ethno-linguistiquement germaniques. Ainsi, d'un point de vue géographique, ce Grand Reich territorialement très étendu incluait notamment : le (Grand) Reich allemand lui-même, appelé également « Grande-Allemagne » : l’Allemagne d’avant 1938, l’Autriche, la Bohême-Moravie, la région de Memel, les territoires polonais occupés, le Luxembourg, les cantons belges de l’Est, l’Alsace-Lorraine, la Basse-Styrie, la Carinthie et la Haute-Carniole ; les autres territoires peuplés de germanophones : le Liechtenstein et la Suisse alémanique ; les territoires peuplés par des groupes ethno-linguistiquement proches (principalement néerlandophones) : les Pays-Bas et la Flandre ; les territoires peuplés par des groupes nordiques : le Danemark, la Norvège, la Suède et l’IslandeRich, 1974, ..

Concernant la définition territoriale et géographique de ce Grand Reich germanique, les contours changèrent progressivement au fil du temps et des événements.

Ainsi, dans un premier temps, entre la signature du pacte germano-soviétique () et l’invasion de l’ par les forces allemandes (), la politique nationale-socialiste du n'incluait nullement au sein du Grand Reich les territoires se situant dans la sphère d'influence soviétique et préféra alors se concentrer sur la Scandinavie, l'actuel Benelux et l'Alsace-Lorraine (avril-). En outre, à terme, Hitler ambitionnait de donner au Grand Reich les mêmes frontières occidentales que celles du Saint-Empire romain germanique. Cela ne signifiait ni plus ni moins que l'annexion, en plus de celles des territoires cités plus haut, de la Wallonie, de la Suisse romande et de larges portions du Nord et de l’Est de la FranceWilliams, 2005, ..

Néanmoins, il est à noter qu'il exista deux exceptions germaniques à la volonté d'extension du Grand Reich : le Royaume-Uni et le Tyrol du Sud. De cette manière, il n’était pas prévu par les nazis de soumettre le Royaume-Uni au joug allemand, mais au contraire d’en faire un allié et un partenaire maritime du ReichStrobl, 2000, ., tandis que le Tyrol du Sud, pourtant peuplé d’Allemands, devait demeurer une région italienne.

Ensuite, dans un second temps, à partir de , la politique nationale-socialiste du prévoyait de surcroît une vaste expansion du Grand Reich vers l’Est et les immensités russes, repoussant ainsi sa frontière orientale jusqu’aux montagnes de l’Oural André Mineau, , Rodopi, 2004, .Rolf Dieter Müller, Gerd R. Ueberschär, , , 2009, ..

Contexte idéologique Théories raciales

L’idéologie raciale nazie estime que les peuples germaniques d’Europe appartiennent à une race supérieure nordique, sorte de sous-groupe d’une race plus large, dite aryenne. Les Aryens, selon les théories nationales-socialistes, sont les seuls individus porteurs de la culture et les fondateurs de la civilisationBohn, 1997, .. Hitler était également convaincu que les Grecs et les Romains de l’Antiquité n’étaient autres que les ancêtres des Allemands et les précurseurs d’un art et d’une culture « nordiques »Hitler, 2000, .Housden, 2000, .. Il exprimait ainsi souvent son admiration pour Sparte, déclarant qu’elle fut l’exemple de l’État racialement purGrafton , 2010, . :

Pour Hitler, le fait d’être « Allemand » ne renvoyait pas uniquement à des critères ethniques, culturels et linguistiques, mais signifiait également l’appartenance à un groupe biologiquement distinct. Son but fut ainsi de sauver le « sang allemand », supérieur à tout autre, des ennemis de la race aryenne. Pour le Führer, l’Allemagne possédait plus d’ que tous les autres pays du monde, les estimant grossièrement à environ quatre cinquièmes de la population du Reich allemandHitler, 2000, ..

Selon les nazis, en plus des populations allemandes, certains individus n’appartenant pas de toute évidence à la race germanique, tels des Français, des Belges ou des Tchèques par exemple, pouvaient malgré tout posséder du précieux sang germanique. Et ce particulièrement s’ils étaient aristocrates ou paysansFest, 1973, .. Ainsi, afin de leurs éléments germaniques , ces individus devaient prendre conscience de leur ascendance allemande à travers un processus de germanisation (le terme , utilisé par les nationaux-socialistes, signifiant plus précisément ). Si ce se révélait impossible à réaliser, les individus en question devaient être éliminés afin d’éviter que l’ennemi n’utilise leur sang supérieur contre les Aryens. Un exemple de ce processus de germanisation fut l’enlèvement par les nazis d’enfants d’Europe centrale et orientale qui furent considérés comme et confiés à des familles « aryennes » en Allemagne.

Dès la première page de , Hitler déclarait ouvertement sa certitude qu’un , explicitant par là le fait que la qualité innée de la race et du sang (telle que le régime nazi la concevait) prévaut sur tout autre critère , comme la nationalité, pour déterminer qui mérite d’intégrer le Hitler, 1927, .. Une des stratégies employées par Hitler pour s’assurer de la suprématie présente et future de la race aryenne (qui, selon lui, approchait de plus en plus de l’extinctionFest, 1973, .) consista à se débarrasser de ce qu’il nommait le (, faisant ainsi référence au ) d’Europe afin d’unir tous les pays germaniques/nordiques en une seule communauté racialeFink, 1985, .. À partir de 1921, il invoquait donc la création d’un .

Nom

vignette|Vue de face de la Couronne du Saint-Empire conservée au Trésor impérial de Vienne. Reich est le nom choisi pour cet ambitieux projet d’empire allemand. Il s'agit d'une référence voulue par le Führer au Saint-Empire romain germanique, connu dans l’historiographie nazie sous le nom de Premier ReichHattstein, 2006, .. Différents aspects de l’héritage du Saint-Empire et son impact sur l'Histoire allemande étaient d’ailleurs soit célébrés, soit détournés par le régime national-socialiste du Troisième Reich. Hitler admirait Charlemagne pour sa « créativité culturelle », ses talents d’organisateur et pour avoir renoncé aux libertés individuelles. Il n’hésitait cependant pas à critiquer les empereurs germaniques pour ne pas avoir poursuivi d’ (politique de l’Est) similaire à la sienne, et de s’être, au contraire, concentrés sur une .

Par ailleurs, une fois l’ réalisé en , Hitler ordonna que les joyaux du Saint-Empire, les quatre regalia (la Couronne du Saint-Empire, l’Épée impériale, la Croix de Lothaire et la Sainte Lance) et d’autres objets précieux, installés à Vienne, soient déplacés à Nuremberg, là où ils avaient été gardés de 1424 à 1796 Brigitte Hamann, (trad. Thomas Thornton), 1999, New-York, .. La ville de Nuremberg était en effet un symbole fort pour le Führer. Empreinte d’un passé mythique très fort et siège des grands congrès du (Parti national-socialiste des travailleurs allemands), elle était, selon Hitler, Boris Laurent, Les Reliques occultes de Hitler, in Axe & Alliés (mars/), .. Le transfert des regalia fut ainsi pour les nazis un moyen de légitimer l’Allemagne hitlérienne en tant que successeur du , mais également d’affaiblir Vienne, ancienne résidence du pouvoir impérialHamann, 1999, ..

Après l’occupation allemande de la Bohême en 1939, Hitler déclara qu’il avait ressuscité le Saint-Empire romain germanique, bien qu’en privé, il maintint que son propre empire demeurait plus grand et plus glorieux que le Vieux Reich romainBrockmann, 2006, .. Contrairement à l’, le (Grand-)Reich allemand et le Grand Reich germanique de la Nation allemande se devaient d’être racistes et nationalistes. Plutôt qu’un retour aux valeurs du Moyen Âge, son établissement à travers l’Europe devait signifier .

Les frontières historiques du Saint-Empire servirent également de base aux ambitions territoriales des dirigeants nazis, ces derniers se plaisant à affirmer que toute région ayant autrefois fait partie du « Premier Reich » devait, à terme, être intégrée au nouveau Reich germanique. Même avant la guerre, Hitler rêvait de jeter à bas les principes des traités de Westphalie qui, en 1648, avaient morcelé le Saint-Empire en États souverains, sapant ainsi l’autorité impérialeSager & Winkler, 2007, .. Le , le Ministre de la Propagande Joseph Goebbels nota dans son journal que la « liquidation totale » de ces traités est l’ « objectif suprême » du régime naziGoebbels, ..

Mysticisme germanique

Il existait des désaccords entre les dirigeants nazis quant à l’aspect religieux d’une dans leur programme idéologique. Hitler demeurait en effet très critique à l’égard de Himmler et de son interprétation ésotérique du mouvement , qu’il reliait à une sorte de . Quand le dénonça les actes de Charlemagne dans un discours intitulé « Le Boucher des Saxons », Hitler répliqua qu’il ne s’agissait pas là d’un , mais au contraire d’une bonne chose qui avait permis la soumission de Widukind de Saxe et avait apporté la culture occidentale à ce qui devint plus tard l’AllemagneSpeer, 1970, .. Le Führer désapprouva également les projets pseudo-archéologiques organisés par Himmler par l’intermédiaire de son institut de recherches, l’Ahnenerbe, comme les fouilles de sites préhistoriques germains :

Épaulé par le théoricien du nazisme Alfred Rosenberg, Himmler cherchait inlassablement à supplanter le christianisme avec une nouvelle religion, plus conciliable avec l’idéologie nazie. Il tenta ainsi de le remplacer par un paganisme purement germanique, comme l’illustre par exemple le culte renouvelé à la divinité nordique OdinDomarus, 2007, .. Himmler ordonna également la construction de sites voués à la célébration des cultes germaniques et nordiques, censés prendre la place, à long terme, des rituels chrétiens. Mais là encore, le se heurta à la désapprobation – certes passive – de Hitler, qui ne voyait pas l’intérêt de remettre au goût du jour une Heinrich Heims, , éd. §, 2000..

Fonder le Grand Reich Naissance du « Grand Reich » L’idée d’un nouveau « Reich germanique » fut publiquement dévoilée lors du congrès du parti national-socialiste de 1937 à NurembergSpeer, 1970, .. Hitler y termina en effet son discours de clôture par ces mots : . Cette déclaration provoqua immédiatement une vague de spéculations au sein des cercles politiques quant au commencement d’une « nouvelle ère » dans la politique étrangère allemande. Quelques jours avant le congrès, Hitler avait d’ailleurs confié à son architecte Albert Speer : « Nous sommes sur le point de fonder un grand empire. Tous les peuples germaniques y seront intégrés. Il s’étendra de la Norvège jusqu’au Nord de l’ItalieCe passage doit être compris dans le sens que l'Italie du Nord ne devait pas être incluse dans le Reich. Il n'y a aucune preuve montrant que Hitler comptait annexer des provinces italiennes avant 1943.Rich, 1974, .. Moi seul peux mener cette mission à bien. Si seulement j’étais en bonne santé ! » Le , alors que l’Allemagne débutait l'invasion du Danemark et de la Norvège (opération ), Hitler annonça la naissance de son :