Maurice François Élisabeth Dupin de Francueil, né à Paris le et mort à Nohant-Vic, le , est un militaire français, officier de l'armée impériale, père d'Aurore Dupin de Francueil, baronne Dudevant, plus connue sous le pseudonyme de George Sand.
Biographie Famille
Son père, Louis, Claude Dupin de Francueil, soixante-deux ans, riche financier, épouse le à Londres dans la chapelle de l'ambassade de France, Marie-Aurore de Saxe, vingt-neuf ans, fille naturelle du Maréchal Maurice de Saxe.
Près de trente-trois années séparent les époux dont le mariage est célébré en Angleterre, craignant à juste titre, une opposition des familles respectives, mais plus probablement celle de la Cour de France, protectrice de la fille du Maréchal de Saxe. Trois mois après, les nouveaux mariés sont de retour en France pour valider leur alliance à Paris, le en l'église l'Église Saint-GervaisArchives de Paris : État civil - Acte de mariage reconstitué. Cote du document : V3E/M 344. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris..
Marie-Aurore de Saxe rapportera plus tard à sa petite-fille, Aurore Dupin de Francueil - future George Sand - ce témoignage sur son époux. :
De cette union improbable, est né neuf mois après la célébration du mariage en France, Maurice Dupin de Francueil.
Jeunesse Maurice François Élisabeth Dupin de Francueil voit le jour à Paris dans le quartier du Marais, le Archives de Paris : État civil - Acte de naissance reconstitué. Cote du document : V3E/N 812. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris. Baptisé à l'Église Saint-Gervais le suivant, son parrain est le marquis de Polignac. Unique enfant de Louis, Claude Dupin de Francueil et Marie-Aurore de Saxe, ses parents le prénomment Maurice en hommage à son grand-père, le Maréchal de Saxe.
thumb|right|upright=1.20|Marie-Aurore de Saxe et son fils Maurice, vers 1785. thumb|right|upright=1.20|Madame Dupin de Francueil achète le , le domaine de Nohant.
Les époux Francueil se fixent à Châteauroux en 1783, où Louis gère les biens issus de l'héritage paternel. Ils s'installent au château Raoul, l'ancienne demeure des princes de Chauvigny, et mènent une vie fastueuse bien au-dessus de leurs moyens. Dans leur maison se trouve une foule de domestiques et ils possèdent une écurie, une cavalerie ainsi que des chenils avec une meute nombreuse. Le couple reçoit beaucoup, donne réceptions et concerts. Les invités qui gravitent autour des Dupin, sont légion. Francueil investit dans des manufactures de drap qui enrichissent la cité berrichonne sans pour autant être rentable pour leur propriétaire. Louis Dupin meurt à Paris en la paroisse de Saint-Gervais, le Archives de Paris : État civil - Acte de décès reconstitué. Cote du document : V3E/D 508. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris et sa veuve s'acquitte des dettes laissées par son époux dont les affaires sont dans le plus grand désordre. Elle se retrouve dans une situation modeste mais bénéficie pour vivre, d'une rente de . Après la disparition de son mari, Madame Dupin de Francueil et Maurice viennent emménager dans la capitale et demeurent, rue du Roi-de-Sicile. Dupin engage un jeune précepteur pour parfaire l'éducation de son fils, Jean-Louis François DeschartresNé à Laon en 1761 et décédé en 1828 dans un asile pour vieillards, la Maison royale de santé à Paris.. Au cours de la période révolutionnaire, Marie-Aurore de Saxe décide d'acquérir une maison de maître dans le Berry, près de La Châtre avec les restes de sa fortune. Il s'agit du domaine de Nohant qu'elle achète le à Pierre Philippe Péarron de Serennes, un ancien officier d'infanterie, gouverneur de Vierzon.
Marie-Aurore de Saxe est à la hauteur des idées de son temps. Elle voit arriver la Révolution sans effroi, elle qui est imprégnée des idées du siècle des Lumières, des philosophes comme Jean-Jacques Rousseau. Marie-Aurore ne songeait même pas à émigrer, qu'avait-elle à redouter ? Sa tâche est d'élever son fils avant toute chose. Ses relations et ses habitudes la rattachaient au Berry. Elle souhaite se retirer à Nohant, une province paisible loin des événements parisiens, comme l'a fait madame Dupin à Chenonceau. Pour le moment, elle demeure encore à Paris, dans un logement au 12 rue Nicolas, propriété du sieur Amonin. En cette période troublée, celui-ci propose à sa locataire de cacher ses valeurs et ses papiers avec les siens dans l'appartement, ainsi que les titres de noblesse d'un gentilhomme, de Villiers. En vertu d'un décret, il était interdit de dissimuler des richesses, en particulier l'or, l'argent et les bijoux. À la suite d'une délation, une perquisition a lieu en pleine nuit, le 5 frimaire an 2 (). Les biens dissimulés sont trouvés et Marie-Aurore de Saxe est arrêtée puis incarcérée au couvent des Anglaises, rue des Fossés Saint-Victor, qui sert de prison. Elle connaît bien cet ancien établissement religieux, qui l'a accueilli après le décès de son premier époux. C'est ici que Louis Dupin de Francueil la rencontre et sollicite sa main. Lointain est désormais ce souvenir heureux. La situation de Marie-Aurore est préoccupante, car des documents les plus compromettants n'ont pas été retrouvés. Alors Deschartres, secondé par Maurice, prennent une courageuse décision pour sauver Madame Dupin. Ils réussissent à pénétrer dans le logement sous scellé et brûlent les papiers qui s'y trouvent. Mais il faut recommencer l'opération la nuit suivante, faute de temps et avec tous les risques que cela comporte. Leur action est des plus heureuses car une seconde perquisition est entreprise une semaine après, le 13 frimaire… sans le moindre résultat. Dans l'attente d'une issue favorable, l'angoisse de Maurice est sans commune mesure quand on sait que les jugements des tribunaux révolutionnaires devenaient plus terribles. Il pouvait toujours encore lui rendre visite. La suspicion allant de pair avec la Terreur, le gouvernement décrète que les proches parents des détenus, seront exilés hors de l'enceinte de Paris avec pour interdiction de revenir dans la capitale jusqu'à nouvel ordre. Maurice est donc contraint de s'établir dans une commune voisine, à Passy pendant plusieurs mois. Deschartres ne va pas abandonner son jeune élève et le rejoint. Cette séparation forcée avec sa mère et le contexte politique, vont forger le caractère de Maurice Dupin. Marie-Aurore est détenue pendant neuf mois et retrouve la liberté, le 4 fructidor an 2 (). Son premier geste est de revoir enfin son fils qui . Dès le début de l'an III (), Marie-Aurore retourne dans le département de l'Indre sur la terre de Nohant et poursuit avec François Deschartres, l'éducation de Maurice.
Marie-Aurore, mère très attentive, enseigne à son fils, la littérature, les langues et développe ses talents artistiques tel que le dessin, la comédie ou la musique. C'est dans ce dernier domaine que Maurice excelle. Il joue à merveille du violon, , s'investit dans un orchestre à Argenton-sur-Creuse où il vient souvent aux concerts du pavillon de musique de la maison des Scévole. François Robin de Scévole propriétaire des lieux est l'ami de Marie-Aurore de Saxe. Maurice aime aussi l'opéra et le chant et rien ne le prédisposait à une carrière militaire. Maurice cultive cette ambigüité. Il oscille entre ses projets d'être artiste, de composer des partitions, représenter des opéras ou exécuter des symphonies et à l'opposé, rêve de la carrière des armes, étudie les batailles dans sa chambre de Passy ou de Nohant, .
Carrière militaire
Aristocrate, Maurice Dupin devient par la loi Jourdan du 19 fructidor an 6 () qui institue la conscription, un soldat de la Révolution. Il est enrôlé à l'âge de vingt ans, le 6 vendémiaire an 7 () et rejoint son bataillon à Cologne le 7 brumaire an 7 (). Il devient chasseur à cheval au , le 4 ventôse an 7 () et en prairial suivant (), brigadier. Le 28 ventôse an 8 (), Maurice accède au grade de sous-lieutenant au de chasseurs et en floréal, le voici nommé à l'État-major.
Le 25 prairial an 8 (), il est promu lieutenant sur le champ de bataille de Marengo par le général en chef, Louis-Alexandre Berthier. Il est blessé au combat, lors du passage de l’Adige. Au mois de messidor an 8 () il est à Turin puis à Milan en fructidor () et gagne par la suite Bologne. Le 30 vendémiaire an 9 (), Maurice arrive à Rome. Sa mission est de rencontrer le pape et lui transmettre les dépêches de son État-major. Il quitte la ville éternelle le 2 frimaire () et retourne vers son unité à Bologne. Ses qualités d'officier de cavalerie sont remarquées par la hiérarchie militaire et reçoit sa nouvelle affectation en tant qu'aide de camp du général Dupont, au mois de frimaire an 9 (). Le 30 frimaire (), Maurice Dupin est prisonnier des autrichiens pendant deux mois et libéré fin ventôse an 9 ().
Après les victoires françaises, les traités de paix sont signés entre les différents belligérants, dont celui de Lunéville le 20 pluviôse an 9 (). Les négociations s'ouvrent avec l'Angleterre et les préliminaires sont signés le 9 vendémiaire an 10 () qui aboutissent à la paix d'Amiens conclue le 4 germinal an 10 () entre le Royaume-Uni d'une part, la France, l'Espagne et la République batave, d'autre part. L'année précédente, la paix religieuse est concrétisée par la signature du Concordat le 26 messidor an 9 (), ratifié par le pape, le mois d'après. C'est au cours de cette période apaisée après dix années de conflits, que le retour en France de Maurice se concrétise. Il réside à Paris de germinal an 9 () à floréal an 10 (), sous le commandement du général Dupont. Ce qui lui permet d'effectuer plusieurs séjours à Nohant. En prairial an 10 () il rejoint son régiment à Charleville dans les Ardennes.
La trêve est rompue le 3 prairial an 11 (), le Royaume-Uni déclarant la guerre officiellement à la France. Maurice Dupin en garnison à Charleville s'attend à recevoir une nouvelle mutation avec cette reprise des hostilités. Le lieutenant Dupin intègre l'armée d'Angleterre et rejoint le général Dupont à Boulogne, au camp d'Ostrohove, aux premiers jours de frimaire an 12 (). Le 30 pluviôse an 12 () à Ostrohove, Maurice rencontre un castelroussin et pas n'importe lequel : .
Il assiste au couronnement de Napoléon , Empereur des français, le 11 frimaire an 13 () à la Cathédrale Notre-Dame de Paris, qu'il commente dans une correspondance à sa mère :
Maurice Dupin, capitaine au de Hussards depuis le 30 frimaire an 14 (), est nommé Chevalier de la Légion d'HonneurArchives Nationales : dossier de la Légion d'Honneur de Maurice Dupin - Cote du document LH/852/51. Site du Ministère de la Culture : ., le . Après avoir été à Varsovie, Maurice Dupin est à la bataille d'Eylau les 7 et . Au cours de cet hiver redoutable, il a un pied gelé mais s'en sort miraculeusement. Maurice est chef d'escadron le et appelé auprès du prince Joachim Murat, grand-duc de Berg, en qualité d’aide de camp le suivant. Il accompagne Murat qui se rend à la fameuse conférence du radeau de Tilsit le , après la bataille de Friedland. De retour en France au mois de juillet, Maurice Dupin ne tarde pas à repartir pour l'Italie avec Murat et Napoléon. Il est à Venise au mois de septembre et à Milan en . Au début de l'année 1808, Murat est nommé lieutenant-général de l'Empereur et reçoit le commandement d'une armée qui entre en Espagne. Maurice arrive à Bayonne le et en mars, il est à Madrid. Il loge dans le même palais que le maréchal d'Empire. La population de Madrid se soulève le et elle est violemment réprimée par Murat, le lendemain. C'est le début de la Guerre d'indépendance espagnole. Murat prend possession du trône de Naples sur ordre de l'Empereur et quitte l'Espagne au mois de juillet. Maurice doit regagner la France avec sa famille pour soigner son fils qui vient de naître aveugle à Madrid et suit les équipages de Murat avec les colonnes de l'armée. Il arrive à Nohant à la fin du mois d'. Le , Maurice Dupin meurt accidentellement (voir le chapitre Décès).
Maurice Dupin et Napoléon