Le baptistère de Saint Louis est un objet d'art islamique, en laiton martelé, orné d'un décor incrusté d'argent, d'or, et de pâte noire. Il a été produit dans la zone syro-égyptienne, sous la dynastie des Mamelouk par le dinandier Muhammad ibn al-Zayn. Il s'agit sans doute d'un des objets islamiques les plus célèbres et les plus énigmatiques au monde, actuellement conservé au département des arts de l'Islam du musée du Louvre sous le numéro d'inventaire LP 16. Malgré son nom usuel, il n'a aucun lien avec le roi de France Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis (r. 1226 - 1270).

Historique Les conditions de commande et de fabrication de l'objet demeurent encore inconnues, tout comme la date et le contexte de son arrivée en France. Il est dit Baptistère de Saint Louis car on crut qu'il avait été ramené de croisade par Saint Louis. S'il n'apparaît pas sur l'inventaire des biens de Charles V dressé avant 1380, il est mentionné vers 1440 dans un inventaire inédit du trésor de la Sainte-Chapelle de Vincennes. Le , il fut utilisé pour le baptême du futur Louis XIII.

vignette|Vue générale du Baptistère de Saint Louis, gravure publiée dans les Antiquités nationales d'Aubin Louis Millin, 1791.

La trace du Baptistère se trouve à plusieurs reprises au cours du : tout d'abord dans un inventaire de la sacristie de la Sainte-Chapelle de Vincennes de 1739, puis à l'article « Vincennes » de Description de Paris par Jean-Aimar Piganiol de La Force, en 1742, en ces termes :

La date de 897 s'expliquerait par la mauvaise lecture de l'inscription arabe دوه présente sur l'œuvre ; .. En 1779, le Dictionnaire de Hurtaut et Magny propose la description suivante :

En 1791, Aubin-Louis Millin, dans ses Antiquités nationales, semble être le premier à faire le lien entre le Baptistère et Saint-Louis :

Le même auteur reconnaît dans de nombreux personnages des Occidentaux ; il estime que les quatre cavaliers présents dans les médaillons extérieurs indiquent . Millin évoque aussi la possibilité d'une arrivée en France plus précoce, liée à l'ambassade de Hâroun ar-Rachîd à Charlemagne au début du . L'ouvrage présente aussi des gravures assez imprécises, mais qui montrent que l'objet n'a pas subi de modification majeure depuis cette époque, à l'exception de l'ajout de deux plaques aux armes de France en 1821, date où l'objet sert au baptême du duc de Bordeaux..

Le , le Baptistère est versé au dépôt des Petits-Augustins avant d'entrer au Museum national des arts une première fois neuf jours plus tard. Replacé en 1818 à Vincennes, sur ordre du roi. Il sert au baptême d'Henri d'Artois à la cathédrale Notre-Dame de Paris, le . Il retourne au Louvre en 1852, après un décret de Louis-Napoléon Bonaparte intimant que . Il quitte temporairement le musée en 1856 pour servir, à Notre-Dame, lors de la cérémonie de baptême du prince Napoléon Eugène, le ; c'est la dernière fois que ce bassin a servi de fonts baptismaux.

L'année 1866 est marquée par deux publications : dans le Catalogue du musée des souverains, Henry Barbet de Jouy décrit un Cité dans . Barbet de Jouy remet en cause la datation proposée auparavant et émet l'hypothèse d'une œuvre rapportée en France vers 1150. De son côté, Adrien Prévost de Longpérier propose, dans un article, la première étude scientifique du Baptistère. Il découvre l'origine de la fausse date de Piganiol, réfute l'idée que l’œuvre ait servi au baptême de Saint Louis, et y voit une œuvre de la première moitié du , en raison des fleurs de lys dans les blasons :

En 1930, Mehmet Aga-Oglu, par une analyse stylistique, est le premier à voir dans le Baptistère une œuvre d'atelier syrien, et à le dater du premier quart du . Neuf ans plus tard, au moment de l'invasion allemande, l’œuvre est mise en sûreté au château de Chambord par le conservateur Jean David-Weill et par David Storm Rice, qui se trouvait alors à Paris pour l'étudier. La Seconde Guerre mondiale retarde la sortie de sa monographie, qui reste de nos jours la référence la plus complète et la mieux illustrée. Ses interprétations sont toutefois en partie remises en cause par plusieurs chercheurs depuis lors.

Description Le baptistère de Saint-Louis est un grand bassin à profil caréné, réalisé dans une unique feuille de laiton. Selon les publications, ses dimensions varient légèrement : sa hauteur se situe entre et ; son diamètre maximal varie entre et ; D. S. Rice donne aussi une indication du diamètre minimal : .

Il porte un décor figuré à la fois en interne et externe, qui se caractérise par une très grande diversité des personnages, dans leurs vêtements, leurs types physiques et leurs postures. D'après D. S. Rice, ce décor serait orienté selon un axe passant par l'inscription en argent sous une lèvre du bassin et par un personnage en armure. Tous les motifs figurés sont situés sur un fond de rinceaux végétaux, où prennent place divers animaux. À l'extérieur, le décor occupe la partie inférieure de l'objet ; il se compose d'un registre principal portant des frises de personnages interrompues par quatre médaillons, bordé de deux frises d'animaux courant, interrompues de quatre médaillons portant une fleur de lys héraldique. Au-dessus du registre supérieur, une arabesque végétale se termine par des lancettes. Une grande inscription en argent prend place sur la zone restée vierge. Une frise d'animaux courant est aussi présente sur la tranche de la lèvre.

À l'intérieur, le décor se déploie en partie supérieure sous la forme d'un large registre orné de cavaliers, interrompu par quatre médaillons : deux portant une scène de trône, deux portant des armoiries. De part et d'autre de ce registre principal se déploient des frises d'animaux courant interrompues par des médaillons à fleur de lys. Sur la lèvre, on observe aussi une frise marquée par un motif ondulé, où semblent prendre place des oiseaux stylisés. Au bas de ce décor, une arabesque végétale se termine par des lancettes. Le fond du bassin est également décoré, sur le pourtour, d'une frise de lancettes, et à l'intérieur d'une multitude d'animaux aquatiques.

centre|vignette|500 px|Organisation des frises principales du baptistère. L'ordre des numéros est de pure convention.

Frise extérieure vignette|Cavalier du médaillon A. La frise extérieure regroupe vingt personnages à pied et quatre cavaliers dans les médaillons. Tous sont nimbés.

Les cavaliers présentent tous une activité, un costume et un type physique différent. Par contre, leurs chevaux sont harnachés de la même manière : un filet, une selle avec des étriers, une couverture plus ou moins longue sur la croupe, une martingale et une fessière ornée. Une écharpe avec un pompon est nouée sur la nuque. Leur queue est parfois nouée (médaillon B et D), parfois laissée libre. Médaillon A : le cavalier est un chasseur, qui tue un ours avec une lance. Il porte un chapeau à jugulaire, un manteau à manches longues et serrées. Une écharpe ou une cape vole derrière lui. Son visage est allongé, glabre, avec un menton saillant marqué par un point. Médaillon B : le cavalier est enturbanné et porte un manteau à manches courtes, ainsi qu'une canne de polo. Le visage est manquant. Un oiseau au bec pointu et dont le long cou forme une boucle - peut-être une cigogne - prend place dans son dos. Médaillon C : le cavalier est un chasseur, qui enfonce sa lance dans la gueule ouverte, babines retrouvée, d'un dragon serpentiforme au corps noué. L'homme porte un chapeau, un manteau à manches courtes ainsi qu'une cape, fermée sur la poitrine et qui volète dans son dos. Son visage allongé est barbu. Médaillon D : le cavalier semble porter une coiffe nouée derrière son crane et surmontée d'un pompon. Ses traits rappellent les conventions de représentations iraniennes : un visage très rond, une moustache et un petit bouc. Son vêtement, orné de motifs géométriques, est largement manquant, mais devait être un manteau à manches longues. Sa selle est décorée d'un oiseau. L'homme est un archer : il porte un carquois rempli de quatre flèches et vient d'en décocher une cinquième dans l'épaule d'un lion.

Les personnages à pied, de la même manière, se signalent par la diversité de leurs postures, de leurs habillements, de leurs accessoires. Bandeau E1 : Cinq personnages, qui portent une cape attachée sur la poitrine, les cheveux attachés en chignon et un chapeau tripartite à jugulaire, hormis le personnage central, qui semble nu-tête. Tous arborent des barbes plus ou moins longues Deux ont les bras croisés dans le dos, dont un, à l'extrémité gauche, semble attaché à un pieu dont on voit la base dans le sol, entre ses pieds. Le second en partant de la gauche tient une coupe inscrite et une bouteille à long col. Le personnage central porte un quadrupède dans ses bras. Le personnage le plus à droite tient une coupe inscrite ; son chapeau est orné d'une plume. Bandeau E2 : Six personnages, trois tournés vers la gauche, trois vers la droite, mais le personnage central regarde du côté gauche. Parmi les personnages tournés vers la droite, l'un est plus petit que les autres, porte une canne de polo, un manteau et des bottes, et semble poussé par un homme penché derrière lui. Les cinq personnages de grande taille sont enturbannés, cheveux tombant librement et oreilles dégagées ; ils portent une épée à la ceinture, ainsi que des bottes parfois marquées par des symboles : un point, deux points et une goutte, deux points autour d'un trait vertical, trois traits verticaux. Leurs visages ronds, marqués par une moustache et un bouc, parfois par un monosourcil et des piquetages sur les joues, pourraient reprendre des canons mongols. Deux portent une hache à la lame en demi-lune, un autre un arc, un quatrième un quadrupède (onagre ?) sur les épaules. Bandeau E3 : Quatre personnages, vêtus de manière assez semblable à ceux du bandeau E1 : une cape fermée sur la poitrine, un chapeau tripartite (dont l'extrémité est aplatie, à l'inverse de ceux du bandeau E1), des chaussures basses. Trois semblent présenter une barbe de trois joursL'expression est empruntée à . ; le quatrième a une barbe longue. Le troisième personnage en partant de la gauche porte une coiffe différente, que Rice interprète comme étant en plumes d'oiseau. Le personnage le plus à gauche a les bras derrière le dos, le second tient la laisse d'un guépard, le troisième porte un faucon sur sa main gantée. Le personnage le plus à droite tient une grue dans la main droite et la laisse d'un chien dans la main gauche ; son chapeau est orné d'une plume, et il semble lever la tête pour observer un canard.