thumb|upright=1.2|La Sanitary au chevet des blessés et des mourants dans un poste de soins avancé (New York Public Library). thumb|upright=1.2|Le sceau de la USSC. Pendant la guerre de Sécession, la United States Sanitary commission (USSC), connue également sous le diminutif de Sanitary, fut la principale organisation non gouvernementale de secours aux blessés et aux malades de l'armée de l’Union. Sa méthode de travail, fondée sur l’inspection, l’information et la responsabilisation des officiers, lui permit de dépasser largement le rôle consultatif qui lui avait été assigné par une loi du .
Très inspirée par le travail et les résultats de la British Sanitary Commission, son équivalent britannique au moment de la guerre de Crimée, elle fut déterminante dans l’évolution de l’organisation sanitaire des armées de l’Union, et imposa avec succès, par l'inspection et la statistique, contre les atermoiements de l’administration et au milieu des luttes d’influence, un nouveau modèle sanitaire fondé sur l’organisation, la prévention et l’hygiène.
Grâce à l'engagement humanitaire et à la hauteur de vue de ses inspirateurs, à une organisation très efficace et à une logistique à la fois réactive et rigoureuse, la Sanitary fut par ailleurs le principal canal de distribution, au front, dans les campements et dans les hôpitaux, des ressources provenant de la générosité publique, dont elle fut le répartiteur quasiment exclusif pendant toute la guerre.
Elle prit également en charge des opérations d'urgence, suppléant souvent le Gouvernement pour faire face aux conséquences des combats, et subvint aux besoins de milliers de soldats démobilisés, estropiés ou à la dérive, venant aussi en aide aux vétérans et à leur famille.
Contexte thumb|upright=1.2|Elizabeth Blackwell, première femme médecin des États-Unis, fut à l'origine, avec H. W. Bellows et E. Harris, de la création de la Woman's Central Relief Association qui donna naissance à la USSC. Au déclenchement de la guerre de Sécession, un vaste mouvement de sympathie se développa dans les populations civiles vis-à-vis des hommes qui s'engageaient en masse dans les régiments de volontaires.
Ces unités, levées localement dans les grandes villes ou à l'appel des États, restèrent organisées, pendant environ 18 mois, sur le mode de la milice, élisant bon nombre leurs officiersLe Gouverneur nommait les autres (McPherson, ). et recrutant leurs cadres parmi les citoyens en vue de leur lieu d'origine. L'état-major de l'armée, convaincu que ces bataillons de civils hâtivement appelés sous les drapeaux ne pourraient jamais lui être d'aucun secours dans un conflit qui ne devait pas durer plus de trois mois, ne se sentait aucunement responsable de leur organisation, de leur formation ou de leur intendance. Cette négligence de l'armée, associée à l'impéritie des officiers des régiments de volontaires, produisit ses premiers effets dès que ceux-ci se furent éloignés de leurs ports d'attache, où leurs épouses, fiancées, sœurs et mères, pouvaient compenser cette absence d'organisationMcPherson, ..
Dès que ces troupes issues de l'enthousiasme populaire se mirent en marche pour rejoindre dans un premier temps Washington, les civils restés à l'arrière, et en tout premier lieu les femmes qui les avaient entourés de leurs soins tant qu'elles étaient restées à leur portée, réalisèrent, en lisant la presse et les lettres des volontaires, l'étendue des problèmes que posait au quotidien l'entretien de ces masses d'hommes à peine encadrés et pour lesquels aucun service d'intendance n'avait été prédisposé.
Les premières à s'organiser furent les femmes de Bridgeport (Connecticut) qui créèrent une association de secours le , au moment même où le président Lincoln lançait son appel à la levée des troupes. Elles furent suivies par les femmes de Charlestown et de LowellPour donner une idée de l'état d'esprit qui prévalait dans l'environnement des volontaires, la société de Lowell se proposait de fournir des infirmiers pour les malades et les blessés, de les rapatrier dans leurs foyers si possible, de leur fournir habillement, provisions et ce qui pouvait contribuer à leur confort sans être prévu par les règlements, de leur faire parvenir des livres et des journaux, de tenir le registre des états de service de chaque homme, et de rester en communication permanente avec les officiers de leurs régiments, « de manière à ce qu'elles puissent être informées de l'état de santé de leurs amis » (Stillé, ).. Le , une association fut créée à Cleveland pour s'occuper des familles des volontaires (ceux-ci n'étant que des supplétifs dont le statut n'était pas défini, leurs familles ne pouvaient compter sur aucune aide en cas de malheur).
C'est dans ce contexte que fut également créée, à New-York, à la fin du mois d'avril et à l'initiative du Elizabeth Blackwell (première femme à recevoir un diplôme de médecine sur le territoire des États-Unis), la Women's Central Association of ReliefAdams, 6., l'association féminine qui allait tout à la fois donner naissance à la U.S. Sanitary Commission et être un de ses principaux auxiliaires tout au long du conflit. Répondant à l'appel signé par « quatre-vingt-douze dames parmi les plus connues et les plus influentes de New York », de très nombreuses femmes se mirent au service de l'association, dont la direction fut confiée, signe des temps, à un bureau et à un exécutif exclusivement masculinsSchroeder-Lein, .McPherson, .Adams, ..
Création de la U.S. Sanitary Commission thumb|upright=1.2|Cinq membres du bureau de la Sanitary. De gauche à droite, William Holme Van Buren, George Templeton Strong (trésorier), Henry Whitney Bellows (président), Cornelius Rea Agnew et Oliver Wolcott Gibbs (Bibliothèque du Congrès LC-B813- 1816 B). C'est au Henry Whitney Bellows, pasteur de la First Congregational (Unitarian) church de New York, qu'incomba la tâche de représenter le mouvement, de le canaliser dans ses premières initiatives, puis d'assurer la présidence de la Sanitary Commission tout au long de la guerre.
Il rencontra tout d'abord le Satterlee, responsable du service médical des armées à New York, pour évoquer les besoins des troupes et la manière dont les civils pouvaient éventuellement participer à les satisfaire. Cette démarche fut reçue avec surprise et incompréhension, de la part d'un service médical qui sous-estimait totalement les enjeux à venir et n'imaginait pas un instant que des civils puissent apporter autre chose que de la confusionStillé, .« Tout l'intérêt que les officiels portèrent au mouvement se limita à calmer cette excitation passagère et leur politique fut de la rendre inoffensive en la guidant le plus rapidement possible vers le néant » (Stillé, )..
Cette rebuffade ne découragea pas les promoteurs de l'initiative, qui décidèrent de faire part de leur disponibilité à Washington. Ils y furent reçus à la mi-. La délégation était composée des Bellows et Harris, pour la Women's Central Relief Association, du Van Buren, représentant la Physicians and Surgeon Association et du Jacob Harsen, pour la Lint and Bandage Association« Association des fabricants de charpie et de bandages ». Dans la confusion du début de la guerre, les débats s'étaient focalisés sur la « question de la charpie » (Lint question) qui semblait alors une priorité. Comment fabriquer de la charpie ? Où s'en procurer ? Comment la stocker ? Ces questions occupaient les esprits à la veille des premiers engagements. Ils présentèrent leurs vues à Winfield Scott, général en chef des troupes de l'Union, puis au Wood, qui faisait alors fonction de Surgeon general en l'absence, pour raisons de santé, du Lawson, titulaire du poste.
De nouveau, ils durent faire face à l'aveuglement de leurs interlocuteurs. Comprenant que la mise en place d'une commission sanitaire pourvue d'un pouvoir d'exécution, sur le modèle britannique, était vouée à l'échec, ils proposèrent une commission consultative d'inspection composée de civils, de médecins et de militaires. Cette approche, formalisée par la délégation dans une lettre envoyée le au secrétaire à la Guerre fut appuyée par le Surgeon general dans un courrier daté du 22 du même mois. Ayant convaincu ce premier niveau de décision, ils durent encore abattre les obstacles politiques, jusqu'au président Lincoln qui considérait une telle commission comme « la cinquième roue du carrosse » et se trouvèrent à nouveau en butte aux réticences d'un nouveau Surgeon general, le Finley, Lawson ayant entretemps succombé à la maladieAdams, 8..
C'est une faiblesse criminelle que de confier des responsabilités de l'ordre de celles qui pèsent sur le chef du service de santé à un imbécile content de soi, étroit d'esprit, condescendant, pour la seule raison qu'il est le plus âgé de tous les vieux médecins qu'on trouve dans les mess de la garde-frontière du pays. Il ne sait rien faire, ne fait rien et n'est d'ailleurs capable de rien savoir ni de rien faire, sinon pour pinailler pour des questions de formes ou de précédentsF. L. Olmsted, secrétaire exécutif de la Commission, à propos de Finley (cité par McPherson, p. 527)..
Après avoir réduit le champ d'action de la Commission aux régiments de volontaires, leur nouvel interlocuteur accepta finalement le principe d'une commission sanitaire et, le , le secrétaire à la Guerre publia un ordre nommant une commissionLe nom de baptême était Commission of Inquiry and Advice in respect of the Sanitary interests of the United States Forces. de neuf membres, dont les Bellow et Van Buren, « en lien avec toute autre personne qu'ils choisiront de s'associer ». Dès le , ils appelèrent à leurs côtés George Templeton Strong (qui sera le trésorier de la Commission pendant toute la durée de la guerre) ainsi que les Elisha Harris, Cornelius R. Agnew et J. S. Newberry. Le 20, ils confièrent le poste de secrétaire exécutif à Frederick Law Olmsted, architecte et concepteur de Central Park, qui allait incarner l'action de la Commission pendant la première partie de la guerreIl démissionna en septembre 1863, épuisé par la tâche (Schroeder-Lein, p. 317)..
Les premiers pas thumb|upright=1.2|Signatures de Cameron, ministre de la Guerre, et du président Lincoln au bas de l'acte instituant la commission sanitaire (New York Public Library). Deux comités furent immédiatement créés, l'un chargé des « enquêtes »Avec trois sections « enquête sur les leçons à tirer des conflits les plus récents », « inspections », « amélioration en matière d'habillement, d'alimentation, de logement ». et l'autre des « avis ». Le premier organisait les inspections et produisait les rapports, le second devait « faire en sorte que les conclusions de la Commission soient approuvées par le service médical, ordonnées par le secrétariat à la Guerre et mises en application par les officiers et leurs hommes »Stillé, p. 66. L'activité de « secours », qui constitua la troisième et la plus visible des branches d'activité de la Sanitary CommissionElle collecta et distribua, sur la durée du conflit, 15 millions de $ de fournitures médicales (Stillé, p. 114)., se développa sous la pression de événements et n'avait pas été planifié par les fondateurs, qui défendaient l'idée qu'un système de prévention rationnel était infiniment plus important que la mise en place de palliatifs. La Commission créa enfin, un département statistique, dont les travaux furent rendus disponibles à la fin du conflit.