thumb|right|350px|Statut légal de la thérapie de conversion dans le monde (2024).

Une thérapie de conversion, parfois appelée thérapie de réorientation sexuelle ou bien encore thérapie réparatrice par ses défenseurs, est un ensemble de traitements pseudo-scientifiques, d'origines diverses, utilisés dans le but controversé de tenter de changer l'orientation sexuelle d'une personne de sexualité queer à l'hétérosexualité et/ou de changer l'identité de genre d'une personne de la transidentité ou d'une autre identité non cis à la cisidentité. Elle se passe parfois du consentement éclairé et outrepasse parfois le droit de refusEn France, le Consentement libre et éclairé est protégé : ; et . . éclairé de la personne. Elle s'appuie sur l'hypothèse (non étayée) que les sexualités non exclusivement hétérosexuelles et les identités de genre minorisées seraient des maladies ou des troubles mentaux, et que l'on pourrait selon la volonté de cet individu, ou de manière imposée, changer l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'un individu, souvent par des moyens violents (électrochocs, jeûnes sévères et autres privations, de sommeil notamment), injections d'hormones, prières obligatoires (en lien avec une dimension religieuse fréquente).

Il n'existe aucune preuve fiable que l'orientation sexuelle ou l'identité de genre peuvent être changées. Des études, organisations médicales et organisations internationales signalent que ces thérapies sont potentiellement violentes et dangereuses.

En 2018, une résolution de l'Union européenne s'est opposée aux thérapies de conversion. La France les a interdites le . Le « transsexualisme », autrefois considéré comme une maladie mentale, a été retiré de la liste des affections psychiatriques dressée par le Code de la santé publiquedécret no 2010-125 du 8 févr. 2010.

Histoire Développé au en littérature, le concept d'homosexualité a été rapidement repris par une partie de la psychiatrie et de la psychanalyse pour en faire une maladie mentale... Diverses thérapies ont été mis en place dans le monde pour tenter de l'homosexualité, par exemple par les sexologues William Masters et Virginia Johnson aux États-Unis..

L'homosexualité n'est retirée des classifications psychiatriques qu'en 1973 à la suite d'importantes pressions du mouvement LGBT.. Elle réapparaît dans la révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) sous le terme de « désordre de l'orientation sexuelle ». Pour des raisons politiques. l'Association américaine de psychiatrie a alors proposé de substituer au diagnostic d'homosexualité celui de « perturbation de l'orientation sexuelle » (incluant les personnes perturbées par leur orientation sexuelle, en conflit avec celle-ci ou désirant la modifier). Dans la prise de position initiale de son Conseil d'administration, l'Association précise. :

Une nouvelle classification apparaît alors (« homosexualité ego-dystonique ») avant de disparaître en 1984 du DSM, à la suite de nombreuses contestations (58 % des psychiatres membres consultés ont demandé la suppression de cette mention). Depuis, cette classification n'est plus répertoriée parmi les pathologies du DSM. L'Organisation mondiale de la santé ne retire l'homosexualité de sa Classification internationale des maladies mentales qu'à la fin des années 1980, par la révision de la classification adoptée par l'Assemblée mondiale de la santé le et mise en œuvre à partir de 1993. La Chine, qui dépénalise l'homosexualité en 1997., la retire également des maladies mentales le .

En 1983, la théologienne Elizabeth Moberly affirme, dans son ouvrage , que l'homosexualité ne dépend ni d'une prédisposition génétique ni d'un déséquilibre hormonal, mais de difficultés dans la relation parent-enfant. Ces difficultés aplanies, il serait possible de « réorienter » sexuellement les personnes concernées dans un cadre chrétien approprié. Elle est parmi les premières à lier la thérapie de conversion à la religion chrétienne..

À partir de 1976, des organisations laïques, axées sur des formes de développement personnel, proposent aussi des thérapies de conversion, essentiellement aux États-Unis.

Les psychologues Ole Ivar Løvaas, qui utilisa l'ABA () dans la prise en charge de l'autisme, et , membre de la , ont également étudié la thérapie de conversion en cas de ().

L'Union européenne a, en 2018, adopté une résolution visant à faire interdire les thérapies de conversion. Et depuis le , le Code pénal français interdit ces Code pénal ; article 225-4-13, sans porter atteinte au droit des individus à bénéficier d'opérations de réassignation sexuelle, qui sont des actes médicaux modifiant l'expression de genre mais non l'identité de genre, pour traiter l'incongruence de genre et dont les résultats démontrent une amélioration de la qualité de vie. Cependant, dans le monde, divers mouvements fondamentalistes religieux et politiques freinent les débats sur la sexualité, l'éducation à la sexualité et les politiques de santé sexuelle..

Principes de la thérapie de conversion Jusqu'au milieu des années 1990, les techniques utilisées dans les thérapies de conversion ont suivi mimétiquement celles utilisées dans le traitement des paraphilies.

De rares thérapies « douces » ont été utilisées aux (telles que la mise au repos, la prière). Le plus souvent selon Haldeman (2002), bien que cette pratique soit peu décrite dans la littérature scientifique, car conduite par des non-médecins, un peu à la manière des alcooliques anonymes mais avec une connotation plus religieuse, des groupes de pratiquants religieux, éventuellement composés d'« ex-gays » recourent à .

D'autres méthodes appliquées étaient fortement contraignantes et intrusives ( rencontre obligatoire de prostituées et/ou mariage imposé)..

Comme pour certains troubles psychiatriques, des techniques médicales agressives telles que la lobotomie et la sismothérapie auraient été expérimentées., durant la première partie du , pour tenter de changer l'orientation sexuelle de patients et de patientes avec sensiblement la même inefficacité. Du côté de la psychanalyse, qui a dominé la psychothérapie durant la même période, Sigmund Freud entretenait une ambivalence face à l'homosexualité car selon son analyse théorique, l'homosexualité constituait selon lui une composante normale de la sexualité humaine et l'attirance exclusive pour les personnes de même sexe n'apparaissait pas toujours cliniquement intriquée dans des conflits précoces. Cette ambivalence s'exprimait déjà en 1903 (voir Menahem 2003.), mais en 1935, Freud l'écrit de sa propre main dans une lettre, aujourd'hui célèbre., à la mère d'un jeune homosexuel où il dédramatise explicitement le diagnostic en invitant sa correspondante à ne pas considérer l'homosexualité de son fils comme une .

Les modalités apparues dans les années 1960 reposent essentiellement sur les techniques aversives qui semblent inspirées des théories pavloviennes et d'expériences de laboratoires sur les animaux. Il s'agit de coupler un stimulus négatif à tout contenu homosexuel (par exemple des images d'hommes nus pour un gay). Les stimuli négatifs utilisés sont des sensations déplaisantes (douleur, nausée induite par un médicament). Après un certain nombre de répétitions, le stimulus sexuel à contenu homosexuel est supposé devenir un stimulus conditionnant déclenchant automatiquement une réponse d'anxiété et/ou de stress physique élevé chez le patient. Le stimulus aversif le plus souvent utilisé était l'électrochoc. (de faible intensité) administré sur la main, les organes génitaux. ou le mollet, mais des stimuli olfactifs (ammoniaque) leur sont préférés par certains expérimentateurs.. Des techniques aversives ont parfois été combinées à des techniques de rétroaction biologique consistant à équiper le sujet d'un instrument de mesure de son excitation sexuelle et à intercaler un signal lumineux pour avertir le patient que son niveau d'excitation était trop élevé avant de l'exposer au stimulus aversif. De façon concomitante, le procédé consiste ensuite à présenter des stimuli sexuels alternatifs (par exemple des images de femmes nues) et de les associer à des sensations plaisantes soit par simple disparition de la douleur, soit, le plus souvent, en invitant le patient à se masturber jusqu'à l'orgasme. D'autres variantes visant à augmenter l'excitation face à des stimuli hétérosexuels ont été expérimentées, notamment sur les ...

Efficacité et risques Au-delà des enjeux éthiques, bioéthiques et déontologiques, la mesure de l'efficacité de ces techniques a été très contestée.

En 1970, certains auteurs s'entendent pour reconnaître que ces techniques se sont montrées capables de réduire l'excitation sexuelle déclenchée par des stimuli à contenu homosexuel, mais d'autres études concluent ensuite qu'elles n'ont pas efficacement entraîné d'augmentation de la réponse à des stimuli hétérosexuels et certainement pas transformé des homosexuels exclusifs en hétérosexuels.

Les personnes qui promeuvent les thérapies de conversion s'appuient même sur ce qu'elles présentent comme un solide argument scientifique, issu de la psychanalyse qui considère les personnes homosexuelles comme bloquées à un stade infantile et qui n'aurait pas atteint la phase ultime de développement adulte mature que représenterait l'hétérosexualité.

Depuis les années 1990, de nombreux travaux de recherches ont considéré ces pseudo-thérapies comme relevant des pseudosciencesHaldeman DC (1999) The pseudo-science of sexual orientation conversion therapy. Angles:The Policy Journal of the Institute for Gay and Lesbian Strategic Studies, 4, 1-4. et inadaptées aux problèmes des personnes homosexuelles et transgenres (d'autant que le consensus scientifique est maintenant que l'homosexualité n'est pas une maladie). De plus, elles génèrent souvent des conséquences négatives et durables sur les personnes homosexuellesStein TS (1996). A critique of approaches to changing sexual orientation. In: Textbook of homosexuality and mental health (ed. R.P. Cabaj & T.S. Stein). American Psychiatric Press, Washington, DC. (notamment par un taux de suicide encore plus élevé). Enfin, ces traitements, outre le fait qu'ils renforcent le sentiment de honte des personnes qui y sont exposées, renforcent aussi les préjugés d'intolérance homophobe considérant l'homosexualité comme anormale.

Risques avérés Les jeunes se définissant comme hétérosexuels mais ayant une attirance pour les personnes de même sexe ou des conduites sexuelles avec des personnes de même sexe ne font pas plus de tentatives de suicide que ceux qui sont exclusivement hétérosexuels. On sait en revanche que ce n'est pas le cas pour les jeunes se définissant comme gays : en 1989, a démontré que ces derniers présentent un risque de tentatives de suicide de 2 à plus élevé que les jeunes hétérosexuels. D'autres études ont ensuite montré qu'il en va de même chez les lesbiennes et les personnes bisexuelles (2 à plus de risques de réaliser une tentative de suicide que les hétérosexuels selon les auteurs). Les causes de ces suicides les plus citées sont les stigmatisations, violences, préjudices et discriminations homophobes, à l'école, dans la rue, au travail ou dans la famille mais il apparaît que les thérapies de conversion peuvent fortement contribuer à ce risque.