La fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) est une maladie chronique, dévastatrice et mortelle, caractérisée par la dégradation progressive des fonctions pulmonaires Raghu G, Collard HR, Egan JJ (2011). « » Am. J Respir. Crit. Med. 183 (6): 788–824. . 188 (6): 733-748. September 15, 2013. . L'expression « fibrose pulmonaire » fait référence à une cicatrisation des tissus pulmonaires provoquant une dyspnée (difficulté à respirer) qui s’aggrave avec le temps. La fibrose est souvent associée à un mauvais pronostic Meltzer EB, Noble PW (2008). « » Orphanet J Rare Dis. 3 (1). PMC2330030 . Le mot « idiopathique » signifie que la cause de cette fibrose est encore inconnue.
La fibrose pulmonaire idiopathique concerne principalement les adultes âgés de 50 à 70 ans mais elle peut aussi subvenir plus tôt, même chez les jeunes de moins de 20 ans et les jeunes enfants, plus particulièrement ceux ayant des antécédents de tabagisme. Les hommes sont plus touchés que les femmes .org. Consulté le 2013-04-11.. Près de personnes en France et de personnes dans le monde ont cette maladie.
La fibrose pulmonaire idiopathique appartient à la famille des pneumopathies interstitielles, composée de plus de 200 maladies touchant l’interstitium. Ce tissu, situé entre les alvéoles pulmonaires, est le principal site des lésions provoquant les pneumopathies interstitielles ; mais ces lésions touchent également souvent les espaces alvéolaires, les voies aériennes périphériques et les vaisseaux sanguins. Le tissu pulmonaire présente alors un schéma histopathologique caractéristique, de pneumopathie interstitielle usuelle. La pneumopathie interstitielle usuelle a donc par les mêmes manifestations pathologiques que la fibrose pulmonaire idiopathique.
En 2011, de nouvelles recommandations pour le diagnostic et la prise en charge de la fibrose pulmonaire idiopathique ont été publiées. Le diagnostic de la fibrose pulmonaire idiopathique ne peut être posé qu’après avoir écarté toutes les causes connues de pneumopathie interstitielle, et avoir vérifié la présence d’un modèle radiologique spécifique grâce à une tomodensitométrie haute résolution. Dans un contexte clinique adapté, une fibrose pulmonaire idiopathique peut être diagnostiquée par tomodensitométrie uniquement, sans avoir à recourir à une biopsie du poumon par voie chirurgicale.
Classification La FPI (fibrose pulmonaire idiopathique) est l'une des 200 maladies pulmonaires de la famille des pneumopathies interstitielles (PI), qui touchent l'interstitium pulmonaire, le tissu situé entre les espaces alvéolaires des poumons. C'est une pneumopathie interstitielle idiopathique, qui est à son tour une pneumopathie interstitielle, aussi connue comme pneumopathie parenchymateuse diffuse.
La classification de 2002 des PPI établie par l' et l' (ATS/ERS) a été actualisée en 2013. Elle comporte maintenant trois grandes classes de PII : les PII majeures, qui regroupent les pneumopathies interstitielles chroniques fibrosantes (dont la FPI et la pneumonie interstitielle non spécifique [PINS]), les pneumopathies interstitielles dues au tabac (dont la pneumopathie interstitielle idiopathique - bronchiolite respiratoire [BR-PII], la pneumopathie interstitielle desquamante [DIP], les PI aiguë/subaiguë (dont la pneumonie organisée cryptogénique [POC] et la pneumopathie interstitielle aigüe [PIA]. les PII rares les PII inclassables.
Le diagnostic de PII est posé après l'élimination de toutes les causes de pneumopathie interstitielle connues. Parmi les pneumopathies interstitielles dont les causes sont connues on peut citer la pneumopathie d'hypersensibilité, l’histiocytose langerhansienne, l’asbestose et la maladie du collagène vasculaire. Cependant souvent les lésions ne touchent pas seulement l’interstitium, mais aussi les voies supérieures, périphériques et les vaisseaux sanguins.
Le tableau suivant présente la nouvelle classification des PII. vignette|center|Classification modifiée à la suite du Consensus international multidisciplinaire de l' et de l'.
Épidémiologie Bien que rare, la fibrose pulmonaire idiopathique est la pneumopathie interstitielle idiopathique la plus courante. Sa prévalence est estimée comprise entre 14,0 et 42,7 pour , selon une analyse des données du système de santé, avec des variations liées à la définition du cas utilisée dans l’analyse Raghu G, Weycker D, Edesberg J, Bradford WZ, Oster G (2006). « » Am J Respir Crit Med. 174 (7): 810–816.. Elle est plus répandue chez les hommes que chez les femmes et généralement diagnostiquée chez les plus de .
L’incidence de la fibrose pulmonaire idiopathique reste difficile à déterminer car tous les praticiens n’utilisent pas les mêmes critères de diagnostic. Dans les de l’Union Européenne, une série de sources estime que l’incidence est comprise entre 4,6 et 7,4 pour Gribbin J, Hubbard RB, Le Jeune I, Smith CJ, West J, Tata LJ (2006). « » Thorax. 61 (11): 980–985. PMC2121155. Navaratnam V, Fleming KM, West J, Smith CJ, Jenkins RG, Fogarty A, Hubbard RB (2011). « » Thorax. 66 (6): 462–467. , ce qui implique qu’entre et cas environ sont diagnostiqués chaque année .
Une étude de cohorte observationnelle rétrospective monocentrique, menée au Danemark au Aarhus entre 2003 et 2009, qui incluait des patients ayant été incidemment diagnostiqués atteints d'une PI indique que 4,1 pour développent chaque année une pneumopathie interstitielle. La fibrose pulmonaire idiopathique s'avére la pneumopathie la plus fréquente (28 %), suivie par la pneumopathie interstitielle liée à des troubles du tissu conjonctif (14 %), la pneumopathie d'hypersensibilité (7 %) et la pneumonie interstitielle non spécifique (PINS) (7 %). La fréquence des fibroses pulmonaires idiopathiques s'élève à 1,3 pour habitants/année Hyldgaard C, Hilberg O, Muller A, Bendstrup E (2014). « » Respir Med. 108 (5): 793–799. ..
L'incidence semble être un peu plus faible en Asie ou en Amérique du SudHutchinson J, Fogarty A, Hubbard R, McKeever T, Global incidence and mortality of idiopathic pulmonary fibrosis: a systematic review, Eur Respir J, 2015;46:795-806. Elle semble augmenter avec le tempsLederer DJ, Martinez FJ, Idiopathic pulmonary fibrosis, N Engl J Med, 2018;378:1811-1823.
Dans la mesure où, dans les pays européens, la distribution de la maladie est hétérogène il convient de revoir les données épidémiologiques dans le cadre d'un registre européen étendu répertoriant les PI et les FPI.
Causes/facteurs de risque de FPI La FPI ou fibrose pulmonaire idiopathique est par définition une maladie idiopathique (c'est-à-dire dont on ignore la cause ou l'explication causale) ; des facteurs environnementaux et certaines expositions accroissent cependant le risque d'en développer Olson AL, Swigris JJ (mars 2012). . 33 (1): 41–50. .
Parmi les facteurs de risque environnementaux et/ou professionnels figurent : le tabagisme, qui à lui seul double le risque de développer une FPI ; l'exposition à certaines formes de pollution de l'air, particulaire notamment : exposition aux microparticules et poussières métalliques (qu'on trouve aussi dans les fumées de soudure), aux poussières de bois, de charbon, de pierre et d'autres matériaux riches en silice tels que bétons et granulats routier notamment (L'ANSES a conclu en que l'exposition par inhalation à des particules fines de silice est une source de risque pour cette maladie (et d'autres maladies autoimmunes, cancers, etc.Dangers, expositions et risques relatifs à la silice cristalline Rapport d’expertise collective - Saisine « SA-0236 - Silice cristalline » | mars) ; les métiers des secteurs agricoles et d'élevage ; l'exposition à certains virus pourraient causer une fibrose pulmonaire idiopathique (et/ou d'autres maladies pulmonaires fibrosantes) Williams, KJ (March 2014). 51 (2): 372–384. . de fait d'avoir développé une sarcoïdose (favorisée par certains métiers).
Cependant, certains patients semblent ne pas avoir été exposé à ces risques, qui donc ne suffisent pas à expliquer de façon exhaustive et satisfaisante la présence de la maladie García-Sancho C, Buendía-Roldán I, Fernández-Plata MR, Navarro C, Pérez-Padilla R, Vargas MH, Loyd JE, Selman M. Buendía-Roldán I, Fernández-Plata MR (2011) « » Respir Med. 105 (12): 1902–1990. .
Une prévalence accrue de Reflux gastro-œsophagien (RGO) est notée chez ces maladesTobin R.W, Pope C.E, Pellegrini C.A, Emond M.J, Sillery J.I.M & Raghu G (1998) Increased prevalence of gastroesophageal reflux in patients with idiopathic pulmonary fibrosis. American journal of respiratory and critical care medicine, 158(6), 1804-1808. ; ce reflux pourrait éventuellement être un facteur étiologique de certaines FPI, ce qui reste à démontrer.
La cause génétique est rare ou absente, car un antécédent familial n'est trouvé que dans moins de 5% des cas de fibrose pulmonaire idiopathique ; et sur le plan clinique et histologique, il est impossible de déterminer si la maladie est liée aux antécédents ou non. Les associations génétiques incluent des mutations des protéines A1, A2, C (SFTPA1, SFTPA2B) du surfactant pulmonaire et des mucines (MUC5B) (OMIM) 178500. Un variant du gène MUC5B a été détecté chez environ 20 % des sujets d'origine européenne, (pays du nord et de l'ouest de l'Europe) et chez 19 % de la population de l'étude Framingham Heart Study sur les maladies cardiovasculaires Mathai S (2014). « » Curr Opin Pulm Med. 20 (5): 429–435. .. Cette mutation implique une surexpression de la mucine dans les bronches distalesNakano Y, Yang IV, Walts AD MUC5B promoter variant rs35705950 affects MUC5B expression in the distal airways in idiopathic pulmonary fibrosis, Am J Respir Crit Care Med, 2016;193 :464-466. Les mutations des gènes par les télomérases sont aussi associées aux antécédents de fibrose pulmonaire et à la fibrose pulmonaire idiopathique isolée chez certains patients (TERT, TERC). Une mutation liée au chromosome X du troisième composant de la télomérase, qui correspond à la dyskérine (DKC1) a été décrite chez une famille atteinte de FPI Kropski JA, Mitchell DB, Markin C (Feb 6, 2014). . ..
Physiopathologie
La fibrose pulmonaire idiopathique serait provoquée par un processus anormal de cicatrisation qui inclut ou provoque un dépôt excessif de collagène (fibrose) dans l’interstitium pulmonaire, avec une inflammation minime associée Harari S, Caminati A (2010). . 65 (5): 537–553. .
On suppose que les lésions initiales ou répétées touchent les cellules pulmonaires portant le nom de cellules épithéliales alvéolaires, qui couvrent la plus grande partie de la surface alvéolaire Loomis-King H, Flaherty KR, Moore BB (2013). « » Curr Opin Pharmacol. 13 (3): 377–385. . Lorsque les cellules épithéliales alvéolaires de type I seraient endommagées ou détruites, les cellules épithéliales alvéolaires de type prolifèreraient afin de couvrir la membrane basale exposée. Dans un cas normal, les cellules de type II hyperplasiques meurent et les cellules restantes se répandent et subissent un processus de différenciation afin de se transformer en cellules de type I. Dans un cas pathologique, et en présence de TGFβ (transforming growth factor beta), les fibroblastes s’accumulent là où les cellules ont été endommagées et se différencient en myofibroblastes qui sécrètent du collagène et d’autres protéines Autrefois, on pensait que l’inflammation était la cause de la cicatrisation des tissus. Cependant, selon les découvertes récentes, le développement des foyers fibroblastiques précède l’accumulation des cellules inflammatoires et le dépôt de collagène qui s’ensuit Pardo A, Selman M (2002). « » Int J Biochem Biol. 34 (12): 1534–1538..
vignette|droite|alt=Etiology and pathobiology of Idiopathic Pulmonary Fibrosis